Eugène Onéguine de Alexandre Pouchkine

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Eugène Onéguine est un jeune dandy de St Pétersbourg. Il promène son spleen de soirée en soirée. Son père ayant ruiné la famille, l’héritage d’un oncle tombe à point nommé. Eugène se retire alors à la campagne dans la maison de son oncle. Le jeune oisif change de vie, devient asocial et rustre. Il fait néanmoins la connaissance d’un jeune poète romantique Vladimir Lenski. Ce dernier est fiancé à Olga Larine. Celle-ci a une sœur prénommée Tatiana. Vladimir présente son ami Eugène à la famille Larine et Tatiana en tombe follement amoureuse. Eugène, plongé dans sa vie ascétique, éconduit Tatiana. Mais notre héros s’ennuie et envie le bonheur lumineux de Vladimir et Olga. Ses sentiments vont provoquer un drame irréparable.

« Eugène Onéguine » est le grand classique de la littérature russe. Composé en vers (je tiens d’ailleurs à souligner ici la splendide traduction de André Markowicz, elle aussi en vers), entre 1823 et 1831, le roman est tout d’abord publié en chapitres avant une publication totale en 1833. En 1837, Pouchkine livre une version définitive avec des strophes fantômes que vous trouverez en fin de livre dans la version des éditions Actes Sud. On peut notamment y lire le chapitre qui devait clore l’histoire d’Eugène intitulé : « Extraits du voyage d’Onéguine ».

Eugène Onéguine est un personnage d’une grande complexité et il m’a évoqué deux autres chefs-d’œuvre de la littérature. Tout d’abord, mon très cher Oblomov lorsqu’il refuse l’amour de Tatiana sous prétexte de ne pouvoir la rendre heureuse. On retrouve cette volonté de repli par rapport au monde et à la vie caractéristique du personnage de Gontcharov. Eugène refuse de s’investir dans une relation amoureuse avec Tatiana comme Oblomov repoussait Olga. L’autre grand personnage littéraire auquel m’a fait penser Eugène Onéguine, c’est le narrateur de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. La relation entre Eugène et Tatiana n’est pas sans rappeler celle du narrateur et d’Albertine. Le narrateur de la Recherche est toujours amoureux d’Albertine à contre-temps. Il la fuit quand elle est auprès de lui et la désire lorsqu’elle est loin. Eugène se comporte de la même façon avec Tatiana, il tombe amoureux d’elle lorsque celle-ci est devenue totalement inaccessible.

« Eugène Onéguine » est un roman qui se lit très aisément, le fait qu’il soit écrit en vers n’est en aucun cas un obstacle. Le ton du roman est très ironique, l’histoire d’amour dramatique d’Eugène et Tatiana est décrite avec beaucoup d’humour. C’est notamment le cas dans les nombreuses interventions et digressions de Pouchkine qui commente, donne son avis sur ses personnages et leurs décisions mais raconte également des moments de sa propre vie. Cela apporte beaucoup de distance au lecteur par rapport à l’intrigue. L’autre point intéressant est la manière dont Pouchkine ancre son roman dans le quotidien que celui-ci soit la vie mondaine pétersbourgeoise ou la vie campagnarde. Le texte regorge d’indications, de détails sur le quotidien, la réalité concrète des personnages.

« Eugène Onéguine » est un chef-d’œuvre de la littérature russe qui tient toutes ses promesses. L’écriture est fluide, l’histoire moderne et passionnante. Un vrai régal qu’il faut déguster avec lenteur.

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4 réflexions sur “Eugène Onéguine de Alexandre Pouchkine

  1. Pfff … L’histoire et le style ont l’air magnifiques mais des vers … je ne sais pas si j’arriverais à me lancer, ça fait un peu peur quand même ! J’avoue que j’ignorais tout de cette histoire avant de lire « Songe à la douceur » de Clémentine Beauvais qui dit s’en être inspirée. C’est de la littérature jeunesse mais c’est également rédigé en vers … L’as-tu lu ?

    • Je dois avouer que le dispositif me faisait peur aussi. Comme toi, je ne pensais pas arriver jusqu’au bout du roman. Et j’ai été très agréablement surprise par la fluidité de l’écriture. Ça se lit vraiment facilement et c’est même un vrai plaisir.
      Pour ce qui est de Clémentine Beauvais, si je te dis que c’est une semaine Eugène Onéguine sur mon blog, je pense que tu devineras sans peine quel article sera publié demain !!!!

      • lol ! Evidemment, comment aurais-tu pu passer à côté du Clémentine Beauvais ? Je suis contente que cette adaptation t’ai plu également …

  2. Pingback: Songe à la douceur de Clémentine Beauvais | Plaisirs à cultiver

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