Virginia Woolf et Vanessa Bell, une très intime conspiration de Jane Dunn

La biographie de Jane Dunn étudie la complexe et étroite relation entretenue tout au long de leur vie par les sœurs Stephen : Virginia et Vanessa. L’auteur étudie dans un premier temps l’enfance, terreau de leurs émotions et de leur créativité, pour ensuite étudier de grandes thématiques comme maris et sœurs ou l’art contre la vie.

Les deux sœurs ont connu une enfance parfaitement victorienne où les filles restent à la maison pendant que les garçons partent étudier en pension puis à l’université. La mort frappe très tôt les enfants Stephen. Leur mère, Julia, décède le 5 mai 1895, Vanessa a 16 ans et Virginia 13. Stella Duckworth, leur demie-sœur, prend le relais de leur mère mais décède à son tour en 1897. Face aux épreuves et la rigueur de leur éducation, les deux sœurs deviennent inséparables. Leur relation se noue autour de cet amour fusionnel mais également autour d’une concurrence, d’une jalousie. « Les souvenirs que conservait Vanessa de leurs premières années exprimaient de manière à la fois explicite et allusive une concurrence profondément enracinée entre elle et Virginia et le sentiment de comparaisons habituellement défavorables avec sa cadette. Les deux petites filles avaient dès le départ décidé de leur destin. Virginia serait écrivain, Vanessa peintre : « C’était un arrangement heureux, car il signifiait que nous allions chacune notre chemin et qu’une source de jalousie au moins disparaissait. » Cette distribution tacite des rôles devait se perpétuer à l’âge adulte et impliquer la plupart des aspects de leur vie, car aussi longtemps que chaque sœur limitait ses talents et ses intérêts à l’arène qu’elle s’était choisie, les vieilles jalousies s’atténuaient, laissant libre cours à leur affection et à leur admiration mutuelles. »

A la mort de leur père, Leslie, les enfants Stephen décident de prendre leur indépendance et s’installe dans le quartier de Bloomsbury où les amis de Cambridge de Thoby (Leonard Woolf, Lytton Strachey, Clive Bell, Roger Fry, Maynard Keynes,…) se joignent à la famille pour des discussions intellectuelles et artistiques. Les deux sœurs peuvent enfin exprimer leur talent respectif. Elles sont brillantes et passionnées. C’est grâce à l’impulsion de Vanessa que la famille s’installe à Bloomsbury, c’est elle qui coupe le cordon avec les autres membres de la famille Stephen. « Ce changement radical et libérateur initié par Vanessa et mené à terme avec fermeté, sens pratique et lucidité caractéristiques, fut un exemple parfait de l’efficacité et de la justesse de son instinct. Elle était parfaitement consciente des « fortes pressions » exercées par la famille et les vieux amis pour la dissuader de quitter la sécurité et la « respectabilité » de Kensington ou de Mayfair au profit des environs distants et décidément moins convenables de Bloomsbury. Ce genre de pression et d’interférence contribua précisément à pousser Vanessa au-delà des limites de commodité pour les visiteurs et fit entrer l’euphonique « Bloomsbury » dans le langage universel. »  C’est également Vanessa qui, en se mariant, rompit le pacte de coalition contre le monde qu’elle avait établi avec Virginia. On retrouve à l’âge adulte la même idée de séparation des compétences, des territoires pour limiter les jalousies : à Vanessa le mariage, la maternité et la sensualité (la vie sentimentale de Vanessa ne se limita pas à son mari, Roger Fry fut son mant et le fascinant Duncan Grant également), à Virginia l’esprit, l’intelligence et la réussite artistique. Cette dernière se mariera plus tard avec Leonard Woolf et ils n’auront pas d’enfants, ils se consacreront à la littérature et à leur maison d’édition, la Hogarth Press.

Vanessa Bell, bien que moins connu que sa cadette, réalisa plusieurs expositions de ses peintures, devint décoratrice et illustratrice (notamment des couvertures de livres de sa de Virginia pour la Hogarth Press). Mais elle jalousera toujours le talent, la virtuosité, le succès de sa cadette tandis que celle-ci lui enviera sa vie de famille. Mais dans la douleur ou la maladie, chacune reste le soutien indéfectible de l’autre, un appui et une force qu’elle ne trouveront chez personne d’autre.

Le livre de Jane Dunn est foisonnant, dense et extrêmement documenté. Les idées énoncées dans la biographie se répètent parfois d’un chapitre à l’autre. Mais l’auteur souligne avec beaucoup de pertinence les influences de chaque sœur sur l’oeuvre de l’autre. Son étude éclaire souvent les romans de Virginia Woolf et donne envie de les lire ou de les relire. Ce travail, à l’écriture fluide, est de grand qualité et dresse finement le portrait des sœurs Stephen et de leur entourage.

logo-bloomsbury

Bilan livresque et films de juin

De belles lectures en juin avec le très beau « Les filles au lion » de Jessie Burton dont le talent de conteuse m’avait déjà séduite dans « Miniaturiste » ; je vous conseille également le nouveau roman de Melanie Benjamin qui parle de la gloire et la chute de Truman Capote au travers de sa relation avec ses amies de la haute société new new-yorkaise ; j’ai (enfin !) lu « Miss Charity » et je n’ai pas été déçue par ce délicieux roman ; « Mörk » de Ragnar Jonasson me prépare au prix du meilleur polar Points puisque son premier roman est dans la sélection ; enfin j’ai terminé le mois avec « Un roman anglais » de Stéphanie Hochet qui rend un joli hommage à Virginia Woolf. A propos de cette dernière, j’ai également lu une biographie très intéressante de Jane Dunn qui retrace le parcours de l’écrivain en parallèle de celui de sa sœur Vanessa Bell. Je ne désespère pas de vous en parler avant mon départ en vacances.

Seulement quatre films au compteur pour ce mois de juin :

Mon coup de coeur :

La bande-dessinée de Benjamin Renner avait été un coup de cœur et j’ai eu le même plaisir à voir le film. En plus de notre renard-maman-poule, nous faisons la connaissance d’autres personnages qui font l’objet de deux histoires : un cochon raisonnable et pragmatique qui tente de rattraper les bêtises des ces fantasques amis lapin et canard. Nos trois compères vont tour à tour jouer le rôle de la cigogne livreuse de bébé et du père Noël. On retrouve dans les trois histoires, qui composent le film, ce qui faisait la réussite de la bande-dessinée : un mélange d’humour et de tendresse. Les aventures de ces différents animaux de la ferme sont hilarantes, burlesques mais sont aussi empreintes d’humanité et d’amitié. C’est donc un régal qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands.

Et sinon :

  • Les fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin : Carlotta (Marion Cotillard), la femme d’Ismaël (Matthieu Amalric), a disparu il y a vingt ans. Ce dernier met du temps à se remettre de sa supposée mort. Il finit par rencontrer Sylvia (Charlotte Gainsbourg) avec qui il redécouvre la vie. Mais un jour, Carlotta refait surface et elle veut reprendre sa place. Le dernier film d’Arnaud Desplechin est un condensé de ce qu’il a fait précédemment et un hommage à ses maîtres. Les échanges verbaux brutaux, fiévreux font penser à Bergman. Carlotta est un clin d’œil à « Sueurs froides » d’Hitchcock. Le tournage de film dans le film (Ismaël est cinéaste) évoque « La nuit américaine » de Truffaut. On retrouve également des rappels des autres œuvres du cinéaste : le nom de Dedalus était celui de Mathieu Amalric dans « Comment je me suis disputé… » ; le fantôme du conjoint renvoie à « Rois et reine », la ville de Roubaix, où est né le cinéaste, était le cadre de « Trois souvenirs de ma jeunesse », l’histoire d’espionnage (qui m’a semblé totalement superficielle) évoque « La sentinelle ». Le film aurait peut-être gagné à se resserrer sur le trio amoureux mais Desplechin aime les narrations multiples, les personnes excessifs et il semble s’être follement amusé à réaliser ce film que je conseillerais en priorité aux amateurs du cinéaste.

 

  • L’amant double de François Ozon : Chloé (Marine Vacth) a des douleurs aigües au ventre. La médecine n’ayant pas pu la soulager, elle prend un rendez-vous chez un psy (Jérémie Renier). Tous les deux tombent amoureux et se mettent ensemble. Chloé doit trouver un autre psy. Au détour d’un trajet en bus, elle découvre que Paul a un frère jumeau, psy également. François Ozon est clairement sous l’influence de David Cronenberg. On retrouve ici le thème de la gémellité, traité dans « Faux semblants » par le cinéaste canadien, et de la monstruosité.  François Ozon l’a déjà prouvé dans ses films précédents, il sait distiller le malaise, le trouble. Il réalise ici un film splendide esthétiquement mais dont l’élégance froide m’a mise à l’écart, à distance.

 

  • Le vénérable W de Barbet Schroeder : Avec ce documentaire, Barbet Schroeder termine sa trilogie du mal (« Général Idi Amim Dada : autoportrait » et « L’avocat de la terreur »). Le réalisateur part en Birmanie où il rencontre le vénérable Wirathu. Le bonze est un fou fanatique qui s’est mis en tête de faire exterminé la minorité musulmane des Rohingyas. Barbet Schroeder n’apporte aucun commentaire. Il laisse s’écouler le flot de paroles du bonze et ses propos sont tellement monstrueux et ignobles qu’il n’est effectivement pas la peine d’en rajouter. Le cinéaste montre à travers son documentaire la puissance incendiaire des mots. Ce sont ceux qui sortent de la bouche du bonze qui feront commettre les pires actes à des bouddhistes. Cette religion de la paix est ici responsable de violences, d’incendies de maisons, d’exécutions. Le documentaire de Barbet Schroeder est glaçant et souligne bien qu’il ne faut jamais laisser la haine de l’autre se propager.

 

 

Un roman anglais de Stéphanie Hochet

Hochet_RomanAnglais

1917, Anna Whig vit dans le Sussex aux côtés de son mari, Edward, un horloger dont la boutique se trouve à Londres. Ils ont un enfant, Jack, âgé de deux ans. Anna aimerait se remettre à travailler, elle traduit des romans français. Elle demande donc l’autorisation à son mari d’engager une garde-malade. Elle choisit une personne prénommée George, en amoureuse de la littérature elle pense à George Eliot et George Sand. Anna est donc fort surprise de découvrir que George est un homme. Celui-ci joue parfaitement son rôle et s’entend merveilleusement bien avec Jack. Anna peut alors librement se remettre au travail. Ce temps disponible pour elle seule, la confiance qu’elle accorde à George vont lui ouvrir l’esprit sur sa position en tant que femme.

« Un roman anglais » de Stéphanie Hochet m’a beaucoup fait penser au travail de Virginia Woolf. Tout d’abord, la thématique première du roman est l’émancipation d’une femme. En ce début de XXème siècle, la société anglaise porte encore le poids des mœurs victoriennes. Anna se doit d’être une bonne femme au foyer et une bonne mère pour son fils. Elle ne réussira à se sortir de ce carcan que grâce à son travail. Ce qui rappelle l’essai de Virginia Woolf « Une chambre à soi ». Anna aspire à plus qu’une simple vie de femme au foyer.

Stéphanie Hochet aborde également le thème de la maternité de manière très intéressante. S’occuper de son fils est difficile, compliqué pour Anna qui semble le porter comme un fardeau. Elle perd facilement patience, s’agace et n’aurait peut-être jamais eu d’enfant si la société ne l’y avait pas obligée. La maternité n’est pas une évidence, un accomplissement obligatoire pour les femmes. La prise de conscience progressive d’Anna accompagne le mouvement des femmes qui réussit à aboutir en Angleterre grâce à la première guerre mondiale.

Stéphanie Hochet décrit très finement la psychologie d’Anna. Elle utilise le flot de pensées, cher à Virginia Woolf, pour plonger son lecteur dans l’esprit de son personnage. Elle construit son roman presque comme un huis-clos. Le domaine d’Anna est la maison qui devient peu à peu étouffante, étriquée.

De part sa thématique et le traitement de la psychologie des personnages, « Un roman anglais » est un très bel et subtil hommage à Virginia Woolf.

Mörk de Ragnar Jonasson

mork

Alors qu’il est cloué au lit par la grippe, Ari Thor reçoit un coup de fil d’Helena, la femme de son collègue, l’inspecteur Herjolfur. Ce dernier ne répond pas à son téléphone et est introuvable. Il s’avère qu’il enquêtait sur un trafic de drogues. Herjolfur est parti seul inspecter une vieille maison abandonnée et c’est là qu’il s’est fait tirer dessus. Il ne sortira jamais du coma. Ari Thor se fait fort de retrouver son assassin dans la petite communauté de Siglufjördur où tout le monde connaît tout le monde. En surface, la petite ville est calme et paisible mais les sombres secrets vont bien vite refaire surface.

Après le succès de son premier roman « Snjor », Ragnar Jonasson fait reprendre du service à Ari Thor. L’enquête est de facture très classique et elle allie le personnel et le général. L’auteur décrit la situation économique et sociale de Siglufjordur. La pêche, qui a fait la réputation de la ville, a périclité. Le maire de la ville compte maintenant sur l’essor du ski et de la venue de nombreux touristes. D’autres thèmes se croisent au fil de l’enquête : le trafic de drogues, les violences conjugales, la psychiatrie. S’intercalant entre les chapitres consacrés à l’enquête, nous découvrons le journal d’un jeune homme interné dans un asile psychiatrique après une tentative de suicide. Qui est-il ? Qu’est-ce qui le lie à l’enquête sur le meurtre de Herjolfur ? C’est ce qu’Ari Thor devra découvrir en démêlant les différents fils de cette histoire.

J’ai apprécié la lecture très fluide de ce roman et surtout la précision, le sens du détail de Ragnar Jonasson. Cela s’applique aussi bien aux rudes paysages islandais qu’aux personnages. Leur psychologie est particulièrement bien rendue et cela leur donne de l’épaisseur, de la chair. L’auteur nous présente des paysages et des personnages tout en clair-obscur, sans manichéisme.

« Mörk » ne révolutionne pas le polar nordique mais sa lecture est plaisante et son détective, Ari Thor, est assez attachant pour que l’on ait envie de le retrouver.

 

Miss Charity de Marie-Aude Murail

Miss Charity Tiddler est fille unique dans une famille de la gentry anglaise de l’époque victorienne. Contrairement aux autres jeunes filles, Charity n’a aucune appétence pour les bonnes manières ou les réceptions autour d’un thé. Tout cela l’ennuie prodigieusement et cela ne fait qu’empirer avec l’âge surtout quand sa mère commence à évoquer le mariage. Charity aspire à autre chose qu’une alliance financière. Depuis toujours, elle est passionnée par les animaux et par l’étude de la nature. Rapidement, elle fait entrer dans sa nursery tous les animaux qu’elle croise : souris, crapauds, corbeaux, hérissons et lapins. Armée d’une insatiable curiosité, Charity étudie sans relâche, apprend les pièces de Shakespeare par cœur et se met à l’aquarelle grâce à Blanche, sa gouvernante. Au fil des années, elle cherche de plus en plus à affirmer son indépendance et à s’affranchir de la tutelle pesante de sa mère. C’est à force de côtoyer les enfants de ses amis que le moyen d’y arriver lui apparaît : elle va écrire des livres pour enfants à partir de ses animaux de compagnie.

Depuis le temps que j’entends les louanges de ce roman, il fallait bien que je me décide à le lire. Marie-Aude Murail convoque tout ce que j’aime dans la littérature britannique : Dickens, Shakespeare, Oscar Wilde. « Miss Charity » est une biographie romancée de Beatrix Potter. Mais il ne faut pas réduire le livre à cet aspect. L’auteur réussit également parfaitement à restituer l’Angleterre victorienne et la place des femmes dans celle-ci. Les manifestations pour le vote des femmes en sont à leurs balbutiements et la volonté d’émancipation de Charity fait d’elle une originale. Elle risque le pire pour une jeune femme de l’époque : finir vieille fille ! Au fil du temps, les sourires narquois se multiplient surtout chez ses cousines Ann et Lydia qui ont fait de beaux et riches mariages. Mais la passion de Charity et sa réussite lui offrent une belle carapace face à la pression de la société victorienne. Marie-Aude Murail rend également parfaitement compte de la vie théâtrale de l’époque grâce au merveilleux personnage de Mr Ashley. Dans les pages du roman, nous avons le plaisir de croiser Oscar Wilde, au moment de sa gloire puis de sa chute, et Bernard Shaw.

L’autre force du roman, ce sont les personnages. Ils sont nombreux et incroyablement attachants : Tabitha, la bonne à la santé mentale vacillante, Noël, le filleul supérieurement intelligent, Mr King, l’éditeur qui veut que tous ses livres correspondant aux trois B (Beau, Bon et Bien), Kenneth Ashley aussi fantasque que pauvre. Marie-Aude Murail nous les dépeint avec beaucoup de justesse, de tendresse. Chacun est incarné et n’est pas juste une silhouette derrière Charity. C’est tout un univers que l’auteur crée autour de son personnage principal ce qui rend son histoire encore plus dense et plus vivante. Participant à l’enchantement des mots de Marie-Aude Murail, les merveilleuses illustrations de Philippe Dumas ponctuent le livre.

« Miss Charity » est une délicieuse évocation de la vie de Beatrix Potter. Un livre jeunesse tendre, drôle, émouvant qui se dévore à n’importe quel âge !

Atelier d’écriture n°273

terre-paume

L’effervescence était palpable dans le local de campagne de François Roudot. Les affiches de campagne allaient être livrées ce matin. François avait choisi une équipe de photographes loin du monde politique. Il souhaitait insuffler de la fraîcheur, de l’originalité. Il faut dire qu’ils étaient dix-sept candidats à se présenter dans sa circonscription. Et pourtant, il se présentait dans une zone rurale. Du grand n’importe quoi, comment les électeurs pouvaient-ils faire le tri ? François et ses collaborateurs attendaient beaucoup de la campagne d’affichage.

Les affiches furent livrées vers 11h. François réunit tout le monde dans son bureau. Il avait même prévu du champagne et quelques petits fours. Il fallait marquer les temps forts de sa campagne et en profiter pour remercier ceux qui travaillaient avec lui. C’est donc avec excitation qu’il déroula la première affiche et avec stupeur qu’il la regarda. Mais qu’est-ce que c’était que ça ? Une blague ? Oui, c’était forcément une plaisanterie. Frénétiquement, François se mit à ouvrir les autres rouleaux d’affiches. Il fallait se rendre à l’évidence, elles étaient toutes identiques à la première : une main ouverte, remplie de terre. Voilà ce qui devait illustrer sa campagne… Et son visage ? Il était où son visage ?

Rouge de colère, François fit sortir tout son staff de son bureau. Il se jeta sur son téléphone pour incendier le photographe responsable de ce désastre. Ce dernier ne comprenait pas la colère de son client qui lui avait bien demandé une photo qui permettrait de se démarquer. François avait même insisté sur la dimension authentique de la photo. Cette main était un signe évident de fraternité, d’ouverture vers l’autre. Et la terre symbolisait bien les préoccupations des futurs électeurs, elle soulignait aussi l’attachement au terroir de François. Non, vraiment, le photographe ne voyait pas où était le problème. François raccrocha le combiné avec dépit. Il calculait mentalement ce que refaire faire les affiches lui coûterait. Il n’avait malheureusement ni les moyens ni le temps pour recommencer. Cette photo allait le ridiculiser. Il était fini.

Résultats du deuxième tour des législatives : François Roudot fut élu avec 54% des voix et sa campagne de communication fut largement et positivement commentée. Depuis, la photo de sa main tendue trône au-dessus de son bureau.

une-photo-quelques-mots-atelier-dc3a9criture-en-ligne-300x199