Bilan livresque et films d’avril

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Cinq livres au mois d’avril, la plupart d’entre eux m’ont entraînée de l’autre côté de la Manche. Heureusement le commissaire Maigret m’a ramenée à Paris !

Comme toujours, un programme ciné très diversifié qui allie documentaire militant, film de genre ou dernier opus d’un grand réalisateur.

Mes coups de cœur :

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François Ruffin, fondateur du journal Fakir, a une mission : faire aimer Bernard Arnault. Pour cela, il rend visite aux anciens salariés de l’usine textile de Boussac-Saints-Frères dans le Nord, démantelée dans les années 80 par le grand patron du CAC 40. Bizarrement le message du journaliste a du mal à passer et sa tentative de réconciliation échoue lors d’une assemblée du groupe LVMH. Loin de baisser les bras, François Ruffin décide de faire valoir les droits des salariés en passant par un couple : les Klur au chômage depuis le passage de Bernard Arnault dans leur région, surendettés et au bord de l’expulsion (dont il faut souligner au passage la dignité et le courage). François Ruffin va alors mettre en place la plus astucieuse et jubilatoire des arnaques. Loin de s’apitoyer sur le sort des Klur, « Merci patron ! » est au contraire joyeux, drôle et surtout formidablement combatif. Comme il est réjouissant de voir ce grand patron se faire enfumer par une bande de pieds nickelés ! Ce documentaire redonne espoir, montre que la solidarité et l’entraide sont encore possible et tout ça dans la bonne humeur et la rigolade. Un documentaire véritablement salutaire.

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Un homme est retrouvé mort au fond d’un puits au fin fond des Balkans. Le corps est là pour rendre l’eau non-potable. Nous sommes en guerre à la fin des années 90 et c’est une ONG qui va devoir s’occuper de sortir le corps avec les moyens du bord…qui sont plus que limités. Tout le film autour de la tentative d’extraction du cadavre pour éviter que les habitants ne s’empoisonnent en buvant l’eau du puits. Les cinq humanitaires sont coincés entre la bureaucratie, l’armée et les difficultés avec les habitants. La situation est absurde et le film passe du rire à la noirceur absolue notamment dans une scène où deux personnes sont retrouvées pendues dans la cour de leur maison. Le scénario est très bien ficelé et montre bien l’impuissance des ONG dans pareille situation. Le casting cinq étoiles est également pour beaucoup dans la réussite du film : Benicio del Toro est le leader désabusé du groupe, Tim Robbins joue au cow-boy barré et Mélanie Laurent incarne la nouvelle recrue, fraîche et encore naïve.

Et sinon :

  • Desierto de Jonas Cuaron : Un groupe de clandestins mexicains tentent de rejoindre la Californie en traversant une zone désertique. Un petit groupe, n’avançant pas assez vite, est rapidement semé et reste un peu en arrière. C’est ce qui va les sauver puisque la tête du groupe est assassinée par un américain xénophobe. Comme au ball-trap, il prend plaisir à dégommer les clandestins un par un. Les survivants essaieront de lui échapper à travers les méandres du désert. « Desierto » est un excellent film de genre, la traque des survivants (dont l’un est interprété par le toujours parfait Gael Garcia Bernal) tient en haleine tout le long du film. Le scénario est simple mais est extrêmement efficace.
  • Sunset song de Terence Davies : Le dernier film de Terence Davies est adapté d’un classique de la littérature écossaise écrit par Lewis Grassic en 1932. Chris vit dans une ferme avec ses frères et ses parents. Elle prend des cours pour devenir institutrice. La mort en couches de sa mère va changer son destin. Son rêve s’envole et elle doit rester à la ferme auprès de son père violent et de son frère aîné Will. Ce dernier finit par quitter la famille et le père décède peu après. Chris reste seule pour gérer la ferme. La douce et rêveuse jeune femme est en réalité  forte, résistante. Les épreuves, et elles seront nombreuses, renforcent sa volonté et son amour de la terre. C’est un personnage de femme magnifique comme les aime Terence Davies et qu’il sait parfaitement magnifier. Agyness Deyn apporte à Chris une lumière, une détermination superbes. Encore une fois, Peter Mullan impressionne dans le rôle du père qui est pourtant court. Les paysages d’Écosse valent également le détour, la photographie du film leur rend bien hommage. Il ne me reste plus qu’à découvrir le roman de Lewis Grassic.
  • Quand on a 17 ans de André Téchiné : Dans un lycée de montagne, deux adolescents se disputent, se cherchent des noises, se brutalisent. Thomas est un enfant adopté, il vit avec ses parents dans une ferme reculée. Damien est le fils d’un militaire et de Marianne qui est médecin. Cette dernière soigne un jour la mère de Thomas qui doit être hospitalisée, elle propose alors que Thomas vienne habiter chez elle pour faciliter sa scolarité. André Téchiné aime l’adolescence, ce moment où tout se joue, où les désirs prennent le pas sur l’enfance. Il sait merveilleusement filmer ce moment particulier. Pour ce film, il a collaboré avec une autre spécialiste de cette période de la vie : Céline Sciamma qui a coécrit le scénario. Et comme toujours chez Téchiné, les acteurs sont remarquablement choisis et filmés : les deux jeunes hommes Kacey Mottet et Corentin Fila, et la vibrante Sandrine Kiberlain.

 

L’if et la rose d’Agatha Christie

If et la rose

Hugh Norreys est appelé au chevet du père Clément, ce dernier est connu pour sa générosité et son altruisme. Il est mourant et souhaite absolument parler à Hugh. Pourtant, celui-ci ne connaît pas le père Clément et pense ne l’avoir jamais rencontré. Il découvre qu’en fait le père Clément est en réalité John Gabriel. Hugh l’avait croisé des années plus tôt à Saint-Loo. Le père Clément souhaite justement reparler de cette période et de la mort d’une certaine Isabelle, évènement qui déclencha la haine de Hugh envers John Gabriel. A cette époque, Hugh était en convalescence à Saint-Loo, suite à un accident de la route et il avait perdu l’usage de ses jambes. John Gabriel était, quant à lui, le candidat du parti conservateur aux élections locales. Arriviste, cynique, séducteur mais d’une franchise étonnante dans le milieu politique, Gabriel avait su s’attirer la sympathie de Hugh. Rapidement, entre les deux hommes se plaça une jeune femme mystérieuse : Isabelle qui vivait dans le château de Saint-Loo avec ses tantes. Discrète, distinguée, elle était extrêmement éloignée de la gouaille tonitruante de John Gabriel. Et pourtant…

Mary Westmacott est le pseudonyme qui fut utilisé par Agatha Christie pour écrire des romans sentimentaux. Sa maison d’édition avait refusé de les publier et Lady Agatha trouva ce subterfuge pour pouvoir les sortir malgré tout. En plus de ses romans policiers, elle écrivit six romans sous le nom de Mary Westmacott.

Il est certes question essentiellement de sentiments dans « L’if et la rose ». Mais Agatha Christie n’a pu s’empêcher de créer du suspens dans ce roman. En effet, on sait dès le départ qu’Isabelle va mourir. Sa disparition est source de discorde entre les deux héros masculins. Mais il faudra attendre les dernières pages pour connaître les circonstances de sa mort brutale.

« L’if et la rose » est également l’occasion pour l’auteur d’explorer la psychologie, la moralité de ses personnages. D’ailleurs, elle le faisait également dans ses romans policiers. Le personnage de Hugh Norreys est très intéressant. C’est le narrateur de l’histoire et c’est son handicap qui le place dans cette position. Il ne peut pas bouger et semble aux autres en dehors de la vie, spectateur de celle-ci. Du coup, tous viennent parler avec lui, lui confient leurs sentiments. Hugh pense alors connaître, maîtriser les personnalités des autres protagonistes. Mais de spectateur, il va devenir acteur et l’histoire d’Isabelle et de Gabriel lui apprend que autrui est imprévisible. Les trajectoires de ces deux personnages n’auraient jamais dû se croiser et encore moins s’épouser. Et malgré l’amour éprouvé par Hugh et Gabriel envers Isabelle, elle restera pour eux une énigme.

« L’if et la rose » est un roman fort plaisant montrant une corde insoupçonnée de l’arc romanesque d’Agatha Christie et qui souligne son talent à analyser la psychologie humaine.

Merci à NetGalley pour cette découverte.

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Un tag : petites manies de lectrice

Voilà bien longtemps que je n’avais pas répondu à un tag. C’est Papillon qui a pensé à moi pour ce questionnaire sur nos manies de lectrice.

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Que penses-tu des adaptations cinéma ?

J’adore ça ! J’essaie de les voir après ma lecture pour ne pas polluer mon imaginaire. J’aime tout particulièrement les adaptations réalisées par la BBC qui sont quasiment toujours réussies. Fin 2015/début 2016, nous avons été particulièrement gâtés avec notamment « Lady Chatterley’s lover », « The go-between », « War and peace » ou « And then there were none« . Mais j’ai d’autres excellentes adaptations en tête qui n’ont pas été réalisées par la chaîne anglaise comme « Le temps de l’innocence » de Martin Scorsese que j’aime autant que le roman d’Edith Wharton ou les adaptations de E.M. Forster par James Ivory.

Quel marque-page utilises-tu ?

J’ai deux boîtes remplies de marque-pages. J’en achète un peu partout dans les musées, les expositions, les maisons d’écrivains, les librairies. Ma manie est d’assortir le plus possible mon marque-page au livre que je suis en train de lire (auteur, époque ou esprit du livre).

Quel est ton coup de cœur 2015 ?

J’avais fait un top 5 en fin d’année :

-Le principe de Jérôme Ferrari

-Le fils de Philip Meyer

-Sourires de loup de Zadie Smith

-L’île du Point Nemo de Jean-Marie Blas de Roblès

-L’astragale de Albertine Sarrazin

Comment classes-tu tes livres ?

Au départ, ils étaient classés par pays (surtout Royaume-Uni, France, Russie). En revanche, les polars cohabitent tous ensemble sans distinction de nationalité. En raison d’un manque de place patent, les livres sont maintenant rangés où il reste de la place ! Les romans s’entassent un peu partout chez moi, ça devient franchement catastrophique…

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Quels sont tes blogs de lecture préférés ?

Ceux de mes copines ! Mais ce sont des blogs de grande qualité : Lectures & co, Me, Darcy & I, My Lou Book, Shelbylee is day dreaming, Stars Hollow books, The French book lover. Mais ce ne sont pas les seules, loin de là ! Je ne peux malheureusement pas citer tout le monde mais la liste de mes liens est longue. J’ai malheureusement moins le temps d’aller faire un tour chez tout le monde. En fait, il faut être honnête, j’ai déjà du mal à alimenter régulièrement mon blog ou à répondre à mes commentaires !

Des petites habitudes inavouables quand tu lis ?

Pas vraiment, j’ai la même habitude que Papillon à savoir utiliser des post-it colorés pour marquer les phrases qui m’interpellent.

Un auteur contemporain que tu aimerais rencontrer et pourquoi ?

J’adorerais rencontrer Jean Echenoz, Patrick Modiano ou Jean-Marie-Gustave Le Clezio mais je me demande bien ce que je pourrais leur raconter ! J’aime beaucoup écouter les écrivains expliquer leur travail mais aller leur parler est au-dessus de mes forces !

Où achètes-tu tes livres (neufs et occasion) ?

J’achète des livres neufs, d’occasion en librairies le plus possible (L’arbre voyageur à Mouffetard, L’oeil écoute à Montparnasse, Gibert Joseph). Il y a aussi Price Minister où j’achète beaucoup de livres d’occasion. Je vais aussi régulièrement à la bibliothèque mais il faudrait que j’y aille plus souvent pour éviter de mourir étouffer sous mes livres.

En ce moment, quel genre de littérature lis-tu le plus ?

Comme toujours, je lis beaucoup de littérature anglaise et mon challenge « A year in England » n’arrange pas ma pathologie !

Un livre à la fois ou plusieurs ?

Toujours un seul et unique livre à la fois, je ne sais pas comment les autres lecteurs font pour en lire plusieurs en même temps. J’ai besoin d’être complètement immergée dans une histoire, un univers. Et cela ralentirait beaucoup trop ma lecture.

Quelle est ta lecture en cours ?

Je suis plongée dans « Le célibataire » qui est le troisième roman de Stella Gibbons à sortir aux éditions Héloïse d’Ormesson que je salue pour cette excellente initiative !

unspecified@plaisirsacultiver

Sur quel site communautaire en rapport avec la lecture aimes-tu aller ?

Je suis inscrite sur Babelio depuis longtemps et cette année je teste Goodreads. Mais Babelio reste le site où j’essaie de répertorier tous mes livres.

Livre papier ou numérique ?

Les deux, je lis plus régulièrement en numérique depuis quelques temps. Je préfère bien évidemment le papier mais le manque de place dans mon appartement ne me laisse que peu de choix. J’apprécie également la lecture numérique pour lire en anglais, le dictionnaire intégré facilite bien la vie.

Quel est ton endroit préféré pour lire ?

Mon canapé reste le lieu le plus agréable puisque ma tasse de thé n’est pas loin ! Mais je n’ai pas vraiment d’endroit favori, je peux lire partout : dans les transports, dans l’herbe, dans mon bain, etc…

lecture@Pinterest

L’appel du passé de Elizabeth Goudge

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La famille Cameron s’apprête à passer ses vacances à Bournemouth. Charles, le fiancé de Judy, doit les accompagner. Mais les plans de la famille vont être largement modifiés lorsque Judy découvre un tableau dans une galerie de Regent Street : « Elle n’avait pas encore compris qu’elle regardait ce tableau, mais soudain Regent Street s’était évanouie, et aussi le bourdonnement de la rue. Tout avait disparu, tout, et il ne restait devant elle que cette grande montagne sombre et pourpre, dont la silhouette déchiquetée se détachait brutalement sur un ciel froid et tourmenté et dont la cime était perdue dans les nuages. (…) Ce paysage avait une beauté sévère et orageuse un peu effrayante, mais qui en même temps satisfaisait pleinement l’esprit par sa perfection. Il y avait en lui on ne savait quoi d’achevé et de fatal. » Judy met une annonce dans le journal pour retrouver le lieu fascinant peint sur le tableau. C’est ainsi que la famille Cameron se rend en Écosse au lieu du bord de mer. Glen Suilag se situe dans les Highlands et est la propriété de Ian Macdonald. Une étrange sensation s’empare de Judy dans cette vallée sauvage et isolée. Il lui semble déjà connaître parfaitement l’endroit et Ian Macdonald.

« L’appel du passé » m’a beaucoup fait penser au premier roman de Daphné du Maurier intitulé « L’amour dans l’âme ». J’ai retrouvé chez Elizabeth Goudge, la dimension fantastique utilisée par du Maurier. L’histoire de Judy et de Ian échappe à la notion de temps et à la mort elle-même. L’amour se poursuit en abolissant les siècles. Il s’agit plus ici de réincarnation, ce qui n’était pas la thématique de « L’amour dans l’âme ». Cette idée va nous entraîner jusqu’à 1745 au moment de la bataille de Culloden et de la dernière tentative des Stuart pour regagner les trônes d’Écosse et d’Angleterre. Cette partie est le cœur du roman qui en contient trois et c’est le moment le plus réussi du livre.

Le roman d’Elizabeth Goudge est presque un roman gothique, il est en tout cas d’un romantisme échevelé ! Comme je l’ai dit plus haut, l’histoire d’amour entre Judy et Ian est totalement passionnelle et fusionnelle. Les deux personnages sont aimantés littéralement l’un par l’autre dès le premier regard. Mais cela les tourmente, les questionne. Le paysage et la météo écossais sont à l’unisson des âmes agitées de Judy et Ian. Elizabeth Goudge crée une ambiance sombre, inquiète à laquelle s’ajoute un mystère celui de la fenêtre du milieu (titre original du roman) du salon qui est condamnée sans que l’on sache pourquoi.

« L’appel du passé » fait partie des premiers écrits de Elizabeth Goudge et cela se sent par quelques maladresses et facilités. Mais le mystère de la fenêtre du milieu m’a tenue en haleine et les paysages écossais sont magnifiquement décrits.

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Une photo, quelques mots (217ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Ils sont tous partis. Enfin. Cela fait trois quarts d’heure que j’attends. Je les entendais derrière la porte parler et rire. Ils n’étaient pas pressés de quitter la salle, à croire qu’ils n’avaient pas envie de rentrer chez eux… alors que moi, j’aimerais déjà être dans mon lit… Rien ne sert d’y penser maintenant, ma journée n’est pas encore finie.

La salle résonne maintenant de leurs silences. Elle est encore chaude de leurs présences. Ils sont restés là durant plusieurs heures à écouter et à débattre. Je ne sais pas qui a eu cette drôle d’idée : une salle de conférence sans conférenciers ! Il paraît que c’est l’avenir, que tout sera numérique et virtuel. Ça va bien améliorer les relations humaines !

J’ai parfois l’impression d’être moi-même virtuelle, de ne pas exister aux yeux des autres. Tout à l’heure encore, ils sont sortis de la salle sans me voir, sans me saluer. Je dois avoir des pouvoirs d’invisibilité. Pourtant si je ne faisais pas mon travail, ça râlerait, ça ferait des moues de dégoût. Je redeviendrais soudainement bien réelle, concrète.

Je rumine, je rumine mais ça ne fait pas avancer le boulot. Autant en finir le plus rapidement possible pour ne pas rentrer trop tard… où est mon balai ?

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Westwood de Stella Gibbons

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En 1940, Margaret et ses parents déménagent à Londres où la jeune femme a trouvé un travail d’institutrice. En se promenant dans les rues de la ville, elle trouve un carnet de rationnement. Elle le rapporte à son propriétaire et fait la connaissance de la famille Challis. Le carnet appartient à un peintre reconnu qui est également le gendre du grand dramaturge Gerard Challis. Margaret est en admiration devant son œuvre et va tout faire pour pénétrer dans la magnifique demeure de Westwood. Parallèlement, Gerard Challis fait la connaissance de Hilda, la meilleure amie de Margaret, à qui il fait la cour malgré la différence d’âge et son épouse.

« Westwood » est un roman d’apprentissage où l’on voit évoluer Margaret, une jeune femme un peu fade et ennuyeuse qui vit sous le joug d’une mère caractérielle et déprimée. L’héroïne apprendra que l’habit ne fait pas le moine et que les idoles doivent un jour descendre de leur piédestal. Margaret a soif de nourritures intellectuelles, elle ne peut pas exprimer sa sensibilité artistique au quotidien. L’attrait de la famille Challis est donc grand pour elle. Pour être auprès d’eux, elle sera prête à servir à de nombreuses reprises de garde d’enfants. Fort heureusement, elle va finir par s’éveiller grâce au caractère parfaitement égoïste et arrogant de Gerard Challis. La rencontre entre Margaret et une enfant handicapée l’aidera également à prendre du recul.

Stella Gibbons nous raconte l’histoire de Margaret avec beaucoup d’humour et d’ironie. Elle n’est d’ailleurs pas tendre avec ses personnages. Margaret est parfaitement transparente, Hilda est d’une grande frivolité, Gerard Challis a un ego démesuré, sa fille est méprisante, etc… Ils ne sont pas très sympathiques et Stella Gibbons est assez cruelle avec son héroïne qui reste apathique devant la famille Challis. On aimerait parfois la secouer un peu ! J’ai vraiment apprécier la causticité de l’auteur envers ses créatures. Il y a également une distance très anglaise qui s’installe entre le lecteur et les personnages. Peut-être est-ce du au manque d’empathie que l’on ressent à leur égard.

« Westwood » est un roman très anglais de part son humour teinté d’ironie. Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai passé un très plaisant moment en compagnie Margaret et de la famille Challis.

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Une photo, quelques mots (216ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

7308910486_27584ee0e6_o-1© Romaric Cazaux

Cette pièce…Tant de souvenirs y sont enfermés. Cela fait presque vingt ans que je n’avais pas pénétré dans le grand salon. Après la vente du domaine, je n’avais pas eu l’occasion d’y revenir. C’est dans le journal régional que j’ai vu l’annonce du propriétaire concernant la journée portes ouvertes. Il avait besoin de fonds pour rénover la toiture des dépendances.

J’ai longuement hésité à venir. Mais mes amis m’ont encouragée à y aller pour surmonter ma douleur et mes souvenirs. Vingt ans ont passé et pourtant j’ai l’impression d’avoir été hier dans l’encadrement de cette porte.

C’était un soir de début décembre. J’avais douze ans. Avant d’aller me coucher, j’avais eu le droit de repasser au salon pour dire au revoir à mes parents et à mes grands-parents. Nous vivions tous ensemble dans cette grande demeure familiale. Mon père y avait grandi et il n’imaginait pas élever ses enfants ailleurs. D’enfants, il n’y eu que moi, Lucie, leur lumière après plusieurs fausses couches. Je vivais donc au milieu de ces quatre adultes qui me choyaient et que j’observais avec admiration. Ils étaient pour moi l’incarnation de l’élégance aussi bien physique que moral.

Et ce soir-là, dans l’encadrement de la porte, c’est bien ça que je regardais. Mes parents et mes grands-parents étaient invités à dîner chez des amis. Je les revois tous les quatre au salon avant leur départ. Mon père et mon grand-père portaient des costumes noirs et fumaient une dernière cigarette. Ma mère était grande, élancée, j’admirais l’insolente finesse de sa taille soulignée par sa robe cintrée vert émeraude. Elle tenait sa prestance de sa mère toujours parée d’une coquetterie discrète et subtile.

Le moment était venu pour eux de partir et pour moi de monter me coucher. Ma mère se pencha vers moi pour m’embrasser et me souhaiter bonne nuit. Elle laissa sur ma joue le sillage de son parfum. Mon père m’embrassa sur le haut de la tête. Je les regardais s’éloigner vers l’entrée avant que ma nounou m’accompagne jusqu’à ma chambre.

Ils ne refranchirent jamais la porte d’entrée. Une plaque de verglas, un chauffeur de camion ivre et ma vie bascula pour toujours. Tous les quatre restèrent emprisonnés dans ma mémoire à l’instant de leur départ, figés à jamais dans leurs tenues de soirée dans le grand salon.

Lorsque j’allumerai la lumière dans cette pièce, mes fantômes se désintègreront. Le grand salon ne sera plus celui qui est gravé dans ma mémoire, le présent pourra m’envahir. Dans un instant, je vais allumer la lumière, dans un instant.

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