Il était une fois l’inspecteur Chen de Qiu Xiaolong

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L’inspecteur Chen a grandi au temps de la Révolution culturelle sous Deng Xiaoping. Il a vu son père accusé, sa famille plus basse que terre. Chen apprendra à se plier aux ordres de l’Etat. C’est ainsi qu’il se retrouve assigné à un poste de traducteur au commissariat de police. Il se consacre sagement aux tâches qu’on lui assigne jusqu’à ce que le meurtre d’un commerçant ne le fasse réagir. L’affaire réveille les souvenirs de son père et de l’humiliation qu’il a vécu. Le simple gratte-papier va peu à peu se muer en détective.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est le dixième livre où Qiu Xialong met en scène l’inspecteur Chen. Ici, il s’agit plus d’un recueil de nouvelles que d’un roman. Au cœur du livre se trouve la première enquête de Chen. Il y développe son intuition, apprend à enquêter, à interroger. L’histoire en elle-même est intéressante et bien menée. Elle souligne bien l’ambiance délétère de la Chine de cette époque, le climat de suspicion permanent. Une Chine où il ne faut ni s’élever socialement, ni intellectuellement.

Le reste des nouvelles dresse le portrait de cette Chine populaire qui, sous couvert d’égalité, humiliait, anéantissait des individus et leur famille. Ces textes dévoilent également la personnalité de l’inspecteur Chen marqué par son enfance et aimant passionnément la cuisine de son pays. N’ayant jamais lu de roman de Qiu Xiaolong, je n’ai pas vraiment été captivée par ces différents textes. Même si les nouvelles donnent à voir un aspect historique et terrible de Shanghai, tout cela manque singulièrement d’enquête et de suspens.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est plus un portrait de la Chine populaire qu’un polar. L’aspect historique est certes intéressant mais je conseillerais ce livre en priorité aux admirateurs de l’inspecteur Chen.

 

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Résultat concours 10 ans de blog

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Et voici le résultat de mon concours pour les dix ans de mon blog, c’est une patte innocente qui a procédé au tirage au sort (en clair, mon chat a choisi de jouer avec l’un des morceaux de papier que j’avais préparé !) et la gagnante est :

Kathel pour « Le principe » de Jérôme Ferrari !

Bravo à elle et merci à toutes celles qui ont participé et qui font vivre mon blog depuis dix ans.

 

 

 

 

 

Bâtard de Max de Radiguès

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L’histoire débute dans un snack où April vient acheter des tacos pour elle et son fils Eugene. Mais un homme dans la file d’attente la reconnaît et l’appelle « May ». April fuit le snack pour retrouver son fils dans un motel où ils se sont installés. Il faut faire les bagages et décamper dare-dare. April et Eugene sont recherchés par la police de plusieurs états. Ils ont en effet participé à un braquage d’envergure : cinquante-deux banques à la même heure le même jour. Mais il semble que la police n’est pas la seule à poursuivre la jeune femme. L’un des braqueurs semble vouloir garder l’ensemble du butin pour lui seul et élimine tous les autres. Commence alors une cavale pour April et Eugene qui doivent sauver leur peau.

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« Bâtard » est une bande-dessinée en format poche au dessin épuré et tout en noir et blanc. J’ai beaucoup apprécié le contraste entre la douceur du dessin, tout en aplats, et la violence de ce qu’il raconte. April et Eugene sont poursuivis par des hommes dangereux, qui ont comme seul but de les tuer. April n’hésite d’ailleurs pas utiliser cette même violence pour se défendre. Elle s’avère assez extrémiste. Max de Radiguès nous donne à lire une bande-dessinée rythmée, extrêmement fluide à lire. Il utilise des principes assez cinématographiques avec des gros plans, des dessins qui occupent une double-page. Cela donne des moments d’accélération à son intrigue.

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Même si « Bâtard » est bel et bien un polar, Max de Radiguès n’a pas oublié de traiter la psychologie de ses personnages. La relation entre April et Eugene est au cœur de la bande-dessinée et elle s’avérera complexe et très étrange. Je me suis très rapidement attachée à ces deux personnages au parcours cabossé.

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« Bâtard » est une bande-dessinée très prenante, très bien rythmée et dont l’intrigue est parfaitement construite.

 

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Le jour d’avant de Sorj Chalandon

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Le 27 décembre 1974, un coup de grisou tue quarante deux mineurs à la fosse St Amé de Liévin-Lens. Un 43ème meurt de ses blessures en janvier 1975. Il s’appelait Joseph Flavent. Son frère, Michel, ne se remettra jamais de son décès. Il vénérait son frère et ne supporte pas que celui-ci ne soit pas comptabiliser parmi les morts de la mine. Joseph n’a pas eu droit à l’enterrement collectif et aux honneurs de la République. Peu de temps après, le père de Joseph et Michel se suicide et laisse un message à son fils cadet : « Venge-nous de la mine ». Michel, qui a 16 ans au moment du drame, passe sa vie à recueillir des informations sur les dysfonctionnements de la mine. La catastrophe aurait pu être évitée et les responsables de la mine auraient du être jugées pour négligence. Michel, devenu adulte, est prêt à prendre sa revanche sur les Houillères.

Les livres de Sorj Chalandon sont des colères, des rages qu’il met en mots. « Le jour d’avant » est un hommage, une stèle dressée pour rendre justice aux mineurs de la fosse St Amé. Grâce à de très nombreux détails, à un travail documentaire fouillé, nous prenons conscience du quotidien des mineurs, de la dureté de leurs conditions de travail mais également de la solidarité qui existait entre eux. Il y avait beaucoup de dignité chez ses ouvriers qui aimaient leur travail et leur horizon de terrils. Les quarante deux mineurs morts sont à imputer à l’avidité des directeurs de la mine et c’est ce que dénonce avec force Sorj Chalandon.

Mais ce roman comporte également un pan psychologique très marqué. Le héros, Michel Flavent, s’avère plus complexe qu’il n’y parait au départ. C’est un homme détruit par la mort de son frère et qui a l’esprit durablement perturbé. Et Sorj Chalandon écrit un formidable roman sur la culpabilité, celle qui ronge le cœur comme la rouille et qui aveugle. Un sentiment qui écrase tout sur son passage et décide de toute une vie. La psychologie de Michel est finement analysée et amène Sorj Chalandon à prendre son lecteur par surprise pour donner encore plus d’épaisseur à son roman.

C’est à nouveau avec une écriture sèche, sans maniérisme que Sorj Chalandon réussit à nous émouvoir. « Le jour d’avant » est un mélange de colère, de tristesse, c’est un bel hommage rendu à l’ensemble des mineurs qui ont laissé leurs vies au fond de la mine : ceux morts dans la fosse St Amé et ceux morts à petit feu de silicose.

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Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas

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« De même que Colette écrit de Sido, sa mère, qu’elle a deux visages : son visage de maison, triste, et son visage de jardin, radieux, ma mère a deux visages : son visage de maison, obscur, et son visage de natation, lumineux. » Au travers de courts chapitres, Chantal Thomas évoque la personnalité de sa mère, Jackie. Du grand canal de Versailles où elle plongea, à Nice en passant par Arcachon, Jackie ne pense qu’à nager. L’eau, la mer, l’élément où elle peut évoluer librement et où elle peut tout oublier. Jackie est un personnage énigmatique, mystérieux pour sa petite fille. Elle est une femme au foyer qui étouffe, qui ne supporte pas le poids de son quotidien d’épouse et de mère. La natation est comme une fuite perpétuelle, comme un contre-point à une vie ennuyeuse. Chantal et sa mère n’arrivent pas à communiquer, il y a un mur de silence entre elle. Peut-être la mélancolie de Jackie l’empêche-t-elle d’être proche, d’être affectueuse. Mais Jackie a transmis à sa fille sa passion pour l’eau et la natation. Un goût commun qui les lie malgré tout. Le seul moment où la communication semble possible entre elles deux est paradoxal. Chantal Thomas vit alors à New York et elle échange de très nombreuses cartes postales avec sa mère.

En plus d’être un somptueux portrait de sa mère, « Souvenirs de la marée basse » est également le récit de l’enfance de Chantal Thomas. C’est un texte qui parle des découvertes de l’enfance, des choses qui fondent la personnalité de l’auteur : la plage, l’infinie beauté de la mer, la sensualité des sensations, la beauté de l’instant, l’émerveillement face à une amie à l’imagination fertile. Les images, les émotions semblent intactes dans l’esprit de l’auteure. Des réminiscences, des souvenirs qu’elle semble chérir et qu’elle nous livre aujourd’hui pour notre plus grand plaisir. Il faut souligner la suprême élégance de la plume de Chantal Thomas, l’infinie délicatesse de sa prose.

« Souvenirs de la marée basse » est un livre magnifique : évocation de l’enfance, de la figure de la mère, de la liberté offert par l’eau et la natation. Un livre mélancolique et lumineux à la fois.

10 ans !

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Et voilà 10 ans jour pour jour que je débutais ce blog. Je n’aurais jamais pensé fêter un jour ses dix ans ! En ouvrant ce blog, je ne pensais pas non plus que l’aventure serait si riche en rencontres et je lui dois de très belles amitiés. Et j’espère en faire d’autres grâce à lui.

En dix ans, j’ai lu beaucoup bien évidemment et j’ai repassé le fil des années pour ne garder qu’un roman par an. Voici donc la liste de la crème de la crème des livres que j’ai ouvert durant ces dix années :

Le choix fut difficile mais je trouve que le résultat reflète bien mes goût en littérature (même si ça manque un peu d’auteurs russes !).

Qui dit anniversaire, dit cadeau, je vous propose donc de gagner l’un des romans de liste. Pour ce faire, laissez-moi un commentaire précisant quel livre vous voudriez gagner et pourquoi. Je vous laisse jusqu’au 18 novembre pour me laisser un commentaire.

L’aventure continue donc, c’est reparti pour dix ans !!!

 

Bilan livresque et films d’octobre

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Octobre fut bousculé pour des raisons professionnelles et je n’ai consacré que peu de temps à mon blog. J’ai néanmoins réussi à lire six livres (ridicules à côté des 20 d’Eva !). J’ai essayé de rattraper mon retard de lecture pour le prix du meilleur polar Points avec « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi et « Il était une fois l’inspecteur Chen » qui est plus le récit du début de carrière de l’inspecteur plutôt qu’un véritable polar. J’ai découvert, grâce à ma copine Emjy, Patrick de Witt avec « Heurs et malheurs du sous majordome Minor« , un univers décalé  et fantasque. j’ai eu le plaisir de lire deux formidables romans de la rentrée littéraire avec deux auteures que j’affectionne : « Point Cardinal » de Léonor de Récondo et « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas dont je vous parlerai la semaine prochaine. Et j’ai retrouvé la pauvre Gervaise ; la lecture de « L’assommoir » m’avait marqué au collège et je suis toujours impressionnée par la force de ce roman. Chapeau Monsieur Zola !

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur du mois :

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Juste avant l’armistice de novembre 1918, une attaque inutile est lancée par le lieutenant d’Aulnay-Pradelle. Albert se retrouve enseveli avec un cheval et c’est Edouard qui réussit à le sortir de là. Mais une bombe explose et Edouard est défiguré. A la fin de la guerre, Albert prend soin de celui qui l’a sauvé. La France a du mal à accueillir ses soldats et les deux hommes ont du mal à joindre les deux bouts. Edouard a alors l’idée d’une arnaque d’envergure : concevoir et vendre des monuments aux morts qui ne seront jamais construits. Je n’ai pas encore lu le roman de Pierre Lemaître, j’ai donc découvert l’adaptation d’Albert Dupontel sans à priori. Ce film est une réussite. L’intrigue foisonnante est menée tambour battant et c’est une véritable fresque avec ses héros cabossés, son histoire d’amour, son méchant odieux. Et quel casting ! Nahuel Pérez Biscayart réussit à nous toucher uniquement avec le regard, Laurent Lafitte est impeccable en mièvre et lâche d’Aulnay Pradelle, Albert Dupontel est parfait en naïf et modeste comptable. Et il faudrait également citer tous les grands acteurs qui jouent ici des seconds rôles formidables. La réalisation, les costumes, les décors sont soignés et participent à la réussite du film.

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Mariam est une jeune étudiante tunisienne; Elle a organisé une fête avec son école. Elle s’est faite belle, elle veut s’amuser. Quelques heures plus tard, elle ère dans les rues, elle a été violée par des policiers. Le jeune homme, avec qui elle était sortie discuter, l’aide à porter plainte. Une longue nuit commence pour eux, entre hôpital, commissariat, menaces et brutalités. Il faudra beaucoup de courage à Mariam pour faire respecter ses droits. Le film de Kaouther Ben Hania dénonce avec force le machisme de la société tunisienne, le mépris que reçoit Mariam à chaque démarche fait froid dans le dos. Mais « La belle et la meute » n’est pas qu’une dénonciation, c’est un véritable thriller haletant où la tension grimpe au fur et à mesure. La jeune actrice Mariam Al Ferjani est de tous les plans, elle incarne avec ténacité et fragilité cette jeune femme en lutte. Le récit du film est malheureusement inspiré d’une histoire vraie.

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En Virginie Occidentale, la famille Logan est réputée pour sa poisse : l’aîné, Jimmy, était promis à une grande carrière de footballeur avant qu’il s’endommage le genou, le cadet, Clyde, a perdu un avant-bras en Irak. Jimmy vient de se faire licencier du chantier où il travaillait. Lui vient alors l’idée de proposer un casse à son frère : cambrioler le circuit automobile pendant l’une des courses les plus populaires de l’année. Pour les aider, il leur faut faire appel à un spécialiste des coffres-forts : Joe Bang. Le problème, c’est que celui-ci est en prison. « Logan Lucky » c’est « Ocean eleven » chez les rednecks. Soderberg réalise toujours avec beaucoup de malice et d’humour ces histoires de braquage. Ici, nous sommes bien loin de Las Vegas et les moyens du bord sont plus que limités (la bombe de Joe Bang en est un bon exemple !). Il n’y a pas de condescendance pour ces paumés de l’Amérique mais bien de l’empathie. Les acteurs semblent avoir pris beaucoup de plaisir et sont tous très convaincants. Mention spéciale à Daniel Craig qui joue une partition bien différente de celle de James Bond ! « Logan lucky » est un divertissement de qualité, drôle, espiègle et plein de surprises.

Et sinon :

  • « L’atelier » de Laurent Cantet : Antoine, jeune homme solitaire de La Ciotat, participe à un atelier d’écriture avec d’autres jeunes en insertion. Ils doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière parisienne. Rapidement, Antoine se démarque des autres, les provoque. Olivia est intriguée par ce jeune homme intelligent et inquiétant. Comme dans « Entre les murs », Laurent Cantet filme l’adolescence et il sait parfaitement choisir ses acteurs. Le groupe de l’atelier montre des jeunes gens de milieux modestes, criant de vérité. Mais l’intérêt du film est le duel entre Antoine et Olivia. Cet affrontement intellectuel et social amène de la tension au film. La relation entre Antoine, proche des idées nationalistes, et Olivia, bob parisienne, devient ambiguë, trouble. Un film qui démarre comme une chronique réaliste pour s’achever en film noir.

 

  • « Espèces menacées » de Gilles Bourdos : Dans ce film, des destins s’entrecroisent. Joséphine et Tomasz viennent de se marier. La fête est à son comble jusqu’à ce que les époux se retrouvent seuls. La belle histoire vire alors au cauchemar. Les parents de Joséphine essaie d’aider leur fille. Mélanie annonce à ses parents qu’elle est enceinte d’un homme plus âgé que son père. Enfin, un étudiant lunaire revient vivre dans la maison de sa mère hospitalisée en psychiatrie. Le film de Gilles Bourdos est inspiré de nouvelles de l’écrivain américain Richard Bausch. La famille est au centre du film. Elle est destructrice, violente, fantasque. Les personnages sont touchants, trop humains. Cette mosaïque de relations humaines prend vie grâce au travail d’acteurs d’exception : Vincent Rottiers d’une intensité renversante, Eric Elmosnino qui joue un père à côté de ses pompes, Gregory Gadebois qui alterne faiblesse et rage, Damien Chapelle qui est une découverte.

 

  • « Confident royal » de Stephen Frears : 1887, la reine Victoria fête son jubilé d’or. Lors des cérémonies, elle tombe sous le charme d’Abdul, un jeune valet indien venu lui rendre hommage. Victoria ne veut plus quitter son jeune ami indien. Celui-ci lui parle de l’Inde, lui apprend sa langue. La reine renaît au contact d’Abdul, reprend goût à la vie. Et cela ne plaît guère à l’entourage royal. Stephen Frears a décidément une prédilection pour les reines anglaises. Après « The queen » sur Elizabeth II, il s’attaque cette fois à Victoria. Sous couvert d’un film classique et d’une luxueuse reconstitution, il en profite pour égratigner le pouvoir et la cour. Se faire voler leurs places par un indien est tout simplement insupportable pour les proches de la reine. Le film vaut également le détour grâce à la prestation de Judi Dench incroyablement juste.

 

  • « Nos années folles » de André Téchiné : André Téchiné reprend l’histoire vraie d’un couple pendant la première guerre mondiale. Après deux ans au front, Paul se mutile pour fuir l’horreur des tranchées. Ne voulant en aucun cas y retourner, il déserte. Sa femme, Louise, décide de travestir son mari en femme pour qu’il ne soit pas arrêté. Mais en 1925, au moment de l’amnistie des déserteurs, Paul ne veut pas redevenir un homme. le film de Téchnié peine à démarrer. La chronologie est embrouillée pour finalement s’éclaircir. Le début m’a un peu gâché le film qui avait tout pour me plaire. L’histoire du couple est fascinante (et déjà formidablement racontée dans la BD « Mauvais genre »), Céline Sallette et pierre Deladonchamps sont absolument formidables et la reconstitution historique est soignée. Un joli film malgré un début embrouillé.