Une photo, quelques mots (222ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

photo-semaine-bricabook© Leiloona

Ils me prennent pour un fou, un illuminé. Tous dans le village le pensent. Je le vois bien dans leurs yeux quand je les croise. Ils m’observent à la dérobée, le sourire aux lèvres,  lorsque je pars arpenter la montagne avec mes cartes et mes instruments de mesure.

Quelque part, je les comprends, je ne suis pas le premier à avoir cette idée folle. D’autres sont venus épuiser leurs rêves sur les versants de la montagne. Ce qu’ils n’admettent pas, c’est que cette fois, c’est l’un des leurs qui cède aux chimères.

J’ai grandi ici aux pieds de ce massif aride scandé par les cyprès. Au sommet d’un éperon rocheux, les ruines d’un château nous toisent. Seule une tour a su garder son intégrité et sa grandeur. C’était notre repaire.

L’écho de la sonnerie de fin de cours planait encore dans l’air que nous étions déjà loin. Barnabé, Justin et moi passions nos fins d’après-midi à nous imaginer en preux chevaliers défendant notre tour.

C’est là que mon idée, mon obsession diraient certains, a germé. Un jour, un vieil homme est venu nous parler. Il nous conta l’histoire du seigneur cathare qui vivait ici et qui dut fuir les persécutions de la papauté. Il nous expliqua aussi qu’une légende entourait son départ. Le seigneur cathare n’aurait pas emmené son trésor avec lui. Espérant revenir rapidement sur son domaine, il aurait enterré ses biens les plus précieux dans les environs.

Nos imaginations de gamins se sont alors emballées. Nous serions ceux qui allaient redécouvrir le trésor du seigneur cathare. La recherche nous a occupé plusieurs étés. Nous nous sommes documentés, avons récupéré des cartes de la région. Nous scrutions chaque centimètre de terre, soulevions chaque pierre avec détermination. Quelle palpitante chasse aux trésors cette histoire représentait !

Et puis, un été, Barnabé et Justin n’ont plus voulu me suivre. Ils me disaient que nous avions passé l’âge, que la plaisanterie avait assez duré. Ils voulaient m’entraîner dans les cafés, à la piscine où nous pouvions aborder les filles. Mais moi je savais que le trésor était bel et bien là, qu’il ne fallait pas relâcher nos recherches. Barnabé et Justin m’ont dès lors regardé avec moquerie et un soupçon de mépris. Comme le reste des habitants.

Je suis parti un temps mais je suis revenu chercher dans la montagne mon trésor enseveli. Ne me demandez pas pourquoi j’y tiens tant, je ne le sais pas moi-même. Ce que je sais en revanche, c’est que je le trouverai.

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Le lys de Brooklyn de Betty Smith

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« Le lys de Brooklyn » est un classique de la littérature américaine. Il s’agit du récit en grande partie autobiographique de Betty Smith nous racontant son enfance dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, l’un des quartiers les plus pauvres de la ville.

Le récit commence par une scène d’anthologie. Nous sommes en 1912, dans la famille Nolan. La narratrice, Francie, nous raconte une journée ordinaire pour elle, son frère Neeley et tous les autres gamins de Williamsburg. La journée commence par un passage obligé chez le chiffonnier où l’on échange ferrailles et autres trouvailles contre quelques sous. Ceux-ci permettent de s’acheter quelques bonbons, de s’offrir de petits cadeaux. Pendant que les garçons jouent entre eux, Francie se rend dans son lieu favori : la bibliothèque. « Elle croyait que tous les livres de la terre se trouvaient ici réunis et elle avait formé le projet de lire tous les livres. Elle lisait à la cadence d’un volume par jour, en suivant l’ordre alphabétique, et sans sauter les moins intéressants. Elle se rappelait que le premier auteur qu’elle eût jamais lu s’appelait Abbott. Il y avait longtemps déjà qu’elle lisait un livre par jour, et elle n’en était encore que dans les B. » Francie s’évade dans les livres et a le projet de devenir écrivain.

Sa mère, Katie, s’épuise à faire le ménage au point d’avoir honte de ses mains laborieuses. Son mari, Johnny, chante dans des bars et malheureusement boit aussi beaucoup. Malgré la pauvreté, les épreuves, la petite famille est soudée. La tendresse, l’amour restent forts malgré les privations.

C’est d’ailleurs ce qui est touchant dans ce roman. Récit réaliste d’un apprentissage de la vie, Betty Smith ne tombe jamais dans le misérabilisme. Le quotidien est difficile mais on ne s’apitoie jamais et Katie essaie sans cesse d’amuser ses enfants, de les détourner des choses pénibles. Elle les fait notamment jouer à l’île déserte, à la survie pour leur faire oublier que le frigo est réellement vide. Le roman est émaillé de récits témoignant de la dureté de la vie pour les Nolan : la maltraitance à l’école où les plus pauvres ne peuvent aller aux toilettes quand ils le souhaitent, Katie qui fait le ménage jusqu’au jour de son accouchement, Katie qui manque de se faire agresser par un pervers sexuel. Mais la dignité, le courage sont les armes qui permettent à la famille Nolan de tenir debout.

Ils ne sont d’ailleurs pas seuls. « Le lys de Brooklyn » présente une incroyable galerie de personnages secondaires à commencer par les sœurs de Katie. La plus notable est Sissy, mariée trois fois à des hommes qu’elle ne nomme que Johnny parce qu’elle aime ce prénom ; elle a vécu onze accouchements d’enfants morts-nés. Et pourtant, elle ne désespère pas, elle est pleine d’attention pour Francie et Neeley. Une véritable force de la nature que le malheur n’arrête pas.

« Le lys de Brooklyn » est le récit d’une enfance miséreuse mais pas malheureuse. Le ton du livre a la fraîcheur de l’enfance, de l’espoir jamais démenti. Parfois trop bavard, trop détaillé, il n’en reste pas moins un livre très plaisant et à l’optimisme forcené.

 

Le célibataire de Stella Gibbons

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Londres subit le Blitz, la population fuit la ville. Certains sont accueillis dans les comtés environnants. Dans celui de Herts, dans la propriété de Sunglade, les réfugiés ne sont pas les bienvenus. Constance Fielding, la propriétaire, vit comme si le conflit n’existait pas. Et elle décide de remplir sa maison avant que des réfugiés ne lui soient imposés. Constance vit à Sunglade avec son frère célibataire Kenneth et sa cousine Frankie. Elle ouvre donc les portes de sa maison à Betty, une amie et ancienne fiancée de Kenneth, et son fils Richard, un idéaliste à la santé fragile. Se rajoute à cette assemblée une nouvelle servante : Vartouhi, une jeune réfugiée baïramienne au franc-parler irritant pour Constance. C’est d’ailleurs la jeune Vartouhi qui va semer la pagaille à Sunglade. Jolie, directe et attendrissante, elle va faire se pâmer les deux hommes de la maison : Ken et Richard, au grand désarroi de Constance qui veut à tout prix éviter que son frère se marie.

« Le célibataire » est proche du « Bois du rossignol », il y  a une dimension de conte dans le livre avec la création d’un pays, la Baïrami (dont la description ouvre le roman) et avec le côté moral de sa fin. « Le célibataire » est un grand chassé-croisé amoureux. Ce sentiment et la question du couple sont au cœur du roman. Et finalement, le titre n’est pas exact car ce n’est pas un seul et unique célibataire que vous rencontrerez à Sunglade mais bien toute une galerie ! En effet, tous les personnages, qui peuplent ou passent à Sunglade, sont seuls. Stella Gibbons a écrit une comédie du mariage qui m’a beaucoup fait penser à la Jane Austen de « Orgueil et préjugés ». Certes à la fin du roman, il y aura des mariages (je ne vous dis pas lesquels puisque tout le sel du roman est de voir se faire, se défaire les couples potentiels), mais ils ne font pas rêver par leur romantisme. Certains se marieront mais en ayant réfléchi longuement et de façon très raisonnable, sans passion. D’autres souhaiteront trouver une moitié mais uniquement si celle-ci a des revenus confortables et ne lésine pas sur les cadeaux.

Tout cela se déroule sous les yeux effarés de Constance qui n’aime rien tant que l’immobilisme. Elle règne en maître sur Sunglade, sur Ken et Frankie et ne veut surtout pas que les choses changent. Et en bonne bourgeoise anglaise, elle méprise les sentiments et toutes ses manifestations. Ses certitudes, sa tranquillité vont être ébranlées par les nombreux habitants de Sunglade.

Stella Gibbons fait une nouvelle fois preuve de beaucoup d’ironie dans l’étude de ses personnages. Mais ses portraits sont plus nuancés, plus subtils que dans « Westwood », ils n’en sont que plus attachants et je les ai regardé évoluer avec grand plaisir.

C’est avec beaucoup d’esprit et de causticité que Stella Gibbons s’attaque ici à la question de l’amour, du mariage dans une bourgeoisie anglaise qui refuse le changement. Des trois romans de l’auteur publiés à ce jour en France, celui-ci est celui qui me semble le plus réussi et le plus réjouissant.

Un grand merci aux éditions Héloïse d’Ormesson pour cette lecture délicieuse.

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The Durrells-ITV 2016

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La chaîne anglaise ITV a adapté, en une série de six épisodes, la trilogie de Corfou du naturaliste Gerald Durrell. Dans ses livres, il raconte son enfance passé sur l’île grecque avec sa famille. Après le décès du père, les Durrells vivotent à Bournemouth. Lawrence, l’aîné, se rêve écrivain mais est un médiocre agent de voyage. Gerald, le plus jeune, n’est pas loin d’être expulsé de son école. Il préfère observer les animaux que d’écouter ses professeurs. Leslie et Margo n’ont quant à eux aucune intention  de se mettre à travailler. La mère, Louisa, décide alors d’emmener sa tribu sur l’île de Corfou.

Margo

Les premiers épisodes montrent l’arrivée et les multiples péripéties de la famille Durrell sur cette île étrangère. En 1935, Corfou n’a pas encore l’électricité, il n’y a qu’un seul médecin et la pension de veuve de Louisa a bien du mal à arriver jusque là. Mais les Durrells sont plein de ressources et s’acclimatent petit à petit : Leslie passe son temps à chasser, Larry trouve enfin l’inspiration pour écrire, Margo commence à devenir femme et Gerry découvre une faune riche et variée.

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Le centre, le pivot de la série est véritablement la mère, Louisa. Tout tourne et gravite autour d’elle. Ouverte d’esprit, attendrissante, elle s’attire les sympathies des habitants et notamment de Spiros qui devient le chauffeur et l’ange gardien de la famille. Elle permet surtout à ses enfants de s’épanouir et de trouver leur voie. Ce beau personnage de mère-poule doit beaucoup à son interprète : Keeley Hawes. Pétillante, radieuse, elle illumine la série de sa présence.

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Et le reste du casting est à la hauteur, chaque acteur incarne parfaitement et donne épaisseur et subtilité à son personnage. Mes préférés sont néanmoins Lawrence joué avec beaucoup d’ironie, d’esprit par Josh O’Connor et Gerry incarné par le formidable Milo Parker que j’avais découvert dans « Mr Holmes ». Il apporte une touche de candeur et de douceur dans le quotidien mouvementée des Durrells. Il y a une vraie complicité, une alchimie entre les acteurs. Les liens fusionnels entre les membres n’en sont que plus crédibles.

Larry

La production est extrêmement bien soignée. « The Durrells » est tournée dans des paysages de rêve qui donnent encore plus de lumière à cette série à la tonalité déjà joyeuse. Le générique en forme de bande-dessinée est superbe, il évoque parfaitement les années 30 et les différents personnages de la série.

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« The Durrells » est une série qui met du baume au cœur : rythmée, enjouée, pleine d’esprit et de fantaisie. C’est à regret que j’ai quitté cette famille atypique et merveilleusement excentrique. Fort heureusement, la série a connu un fort succès (mérité) et ITV a déjà annoncé une deuxième saison. Je m’en réjouis d’avance.

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Maigret et le voleur paresseux de Georges Simenon

Maigret

Une nuit d’hiver, le commissaire Maigret est réveillé par l’appel d’un collègue du XVIème arrondissement. Le corps d’un homme a été découvert au bois de Boulogne. Mais le meurtre a eu lieu ailleurs, le corps a été déplacé. Et le plus surprenant, c’est que l’homme a été défiguré par son agresseur. Maigret reconnaît rapidement la victime. Il s’agit d’Honoré Cuendet, un cambrioleur à l’ancienne que le commissaire rencontra à plusieurs reprises. Mais Maigret n’est pas censé s’occuper de cette affaire. Il n’est pas dans sa juridiction, le substitut du procureur et le juge le lui font bien comprendre. D’ailleurs, il s’agit pour eux d’une agression sans importance. Une autre affaire requiert pour eux les talents du commissaire : une série de hold-up dont les coupables n’ont toujours pas été appréhendés. Maigret voit bien entendu les choses différemment et décide de mener l’enquête sur l’assassinat d’Honoré Cuendet.

Dans ce roman, écrit en 1961, le commissaire Maigret est à deux ans de la retraite et devant un monde policier et judiciaire en pleine mutation, il est presque soulagé de devoir se retirer : « Un petit coup de cafard, en passant. Plus exactement de la nostalgie, sa femme le savait, sachant aussi que cela ne durait jamais longtemps. A ces moments-là, d’ailleurs, il s’effrayait moins de la retraite qui l’attendait dans deux ans. Le monde changeait, Paris changeait, tout changeait, hommes et méthodes. Sans cette retraite, qui lui apparaissait parfois comme un épouvantail, ne se sentirait-il pas dépaysé dans un univers qu’il ne comprenait plus ? » C’est donc un Maigret désabusé, un brin amer, qui mène l’enquête dans ce volume. C’est le moment où le Parquet prend le pas sur les policiers, leur laissant moins de latitude. Les flics de terrain, à l’ancienne comme Maigret ou Fumel du XVIème arrondissement, sont passés de mode. Leur instinct, leurs connaissances des hommes et de la ville semblent tout à coup dépassés. Et le changement est également visible dans les deux enquêtes en cours. Le Parquet s’intéresse aux hold-up, au monde de la finance et des banques qu’il faut protéger et pas à Honoré Cuendet, voleur solitaire et dilettant. Le cœur même du travail de Maigret est l’humain, l’attention aux petites gens, ici visibles dans de belles scènes rue Mouffetard avec la mère d’Honoré.

La grande force de Simenon est sa façon de créer des ambiances, des atmosphères. Ici, nous sommes plongés dès les premières pages dans un Paris glacial, feutré, vide et éclairé par une lumière hivernale blafarde et sans nuances : « En écartant le rideau, il découvrit les fleurs de givre sur les vitres. Les becs à gaz avaient une luminosité spéciale qu’on ne leur voit que par les grands froids et il n’y avait pas une âme boulevard Richard-Lenoir, pas un bruit, une seule fenêtre éclairée, en face, sans doute dans une chambre de malade. »

C’est le visionnage de la nouvelle adaptation des enquêtes de Maigret par la chaîne anglaise ITV (avec Rowan Atkinson qui incarne merveilleusement bien notre célèbre commissaire) qui nous a donné, à Claire et moi, envie de relire les romans originaux. J’y ai retrouvé ce que j’ai toujours apprécié chez Simenon : l’étude de l’âme humaine et le sens de l’atmosphère.

Plus haut que la mer de Francesca Melandri

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« Elle (l’île) se dressait au-dessus de la mer dans une succession sinueuse de petites baies. Certaines étaient des plages de sable blanc, là le bleu intense de la mer devenait turquoise. D’autres étaient parsemées de rochers rouges aux formes bizarres et dont la masse immergée restait parfaitement visible sous l’eau cristalline. Dans une crique abritée, un petit môle s’avançait devant un groupe de maisons basses aux teintes joyeuses : vert pâle, bleu ciel, rose. Au milieu poussaient des agaves, des bougainvillées, des figuiers. Rien ne faisait penser à une prison. » En 1979, lorsque Luisa rend visite à son mari sur cette île-prison, elle voit la mer pour la première fois. Son mari est incarcéré pour meurtre depuis de nombreuses années mais il a été transféré dans ce lieu hautement surveillé après avoir tué un gardien. Sur le bateau, Paolo la regarde s’émerveiller. Lui vient voir son fils en prison pour actes terroristes. Sur la berge, Pierfrancesco Nitti, gardien pénitencier, les attend pour les conduire à la prison. Durant toute la journée, le mistral se lève empêchant tout retour sur la terre-ferme. Luisa, Paolo et Pierfrancesco devront cohabiter jusqu’au lendemain.

Les années de plomb et l’assassinat d’Aldo Moro en 1978 hantent toujours l’Italie et sont la toile de fond de ce très beau roman de Francesca Melandri. Luisa, Paolo et Pierfrancesco sont liés par un point commun : leur confrontation à la violence la plus brutale. L’auteur donne la parole à ceux que l’on entend jamais : les parents des meurtriers, ceux qui sont aussi brisés que les parents des victimes et qui sont entachés par le crime de leurs proches. Et c’est l’excellente idée du roman que de montrer le poids infini de la culpabilité et de l’incompréhension. Luisa et Paolo sont finalement autant enfermés que leurs mari et fils, ils s’empêchent de vivre, d’avancer. Pierfrancesco est lui-même incarcéré avec les détenus auxquels il finit par ressembler. La violence le gagne chaque jour un peu plus.

Et malgré ce climat sombre, lourd, « Plus haut que la mer » est un livre lumineux. L’humain est au centre du roman. Ce huis-clos imposé va forcer les trois personnages à se livrer, à partager, leur souffrance. Et c’est avec beaucoup de subtilité, de nuances que Francesca Melandri les amènent à retrouver de l’espoir, à comprendre qu’ils ne sont pas seuls enfermés dans leur douleur. Un réconfort est enfin possible pour eux.

« Plus haut que la mer » ou comment une tempête peut alléger le fardeau de la culpabilité et apporter un peu de tendresse à des personnes qui en sont privées depuis trop longtemps. Francesca Melandri décrit ses vies broyées avec simplicité, empathie et douceur.

Merci aux éditions Folio pour cette découverte.

Cette sacrée vertu de Winifred Watson

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Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille de quarante ans, cherche un emploi de gouvernante d’enfants. L’agence de placement lui donne l’adresse de Miss Lafosse qui en cherche une. Miss Pettigrew se présente donc au 5 Onslow Mansions espérant décrocher le travail dont elle a désespérément besoin. Mais une fois entrée dans l’appartement de Miss Delysia Lafosse, c’est un tourbillon qui entraîne notre vieille fille et qui va totalement chambouler sa vie.

« Cette sacrée vertu », dont le titre original est plus parlant « Miss Pettigrew lives for a day », se déroule sur une journée dans le Londres des années 30. Le roman se découpe selon les heures du jour où se succèdent les nombreuses aventures et péripéties de l’héroïne. Ce livre de Winifred Watson est un conte de fée moderne qui fait penser aux comédies hollywoodiennes des mêmes années 30. En effet, on retrouve une opposition entre les deux figures centrales. Miss Pettigrew est une femme terne, sans vie personnelle, fille de pasteur, elle s’accroche à sa vertu et sa moralité sans faille. Delysia Lafosse est une délicieuse jeune femme, enjouée, belle, chanteuse dans un night club et aux mœurs légères. Lorsque Miss Pettigrew entre dans sa vie, elle n’a pas moins de trois prétendants ! Les deux mondes n’auraient jamais dû se télescoper, d’autant plus que Miss Lafosse n’a pas d’enfants et qu’elle cherchait une bonne. Mais comme dans toutes bonnes comédies, les contraires se rapprochent et chacune des deux femmes va apprendre de l’autre et va voir sa vie changer à son contact.

Mais sous l’humour et la légèreté, Winifred Watson parle de la difficile condition féminine avec ses deux archétypes. Miss Pettigrew, la vieille fille, n’a pas le physique pour se trouver un mari. Elle doit donc travailler pour survivre. D’ailleurs, c’est auprès des riches familles qu’elle côtoie que Miss Pettigrew est devenue aussi transparente. Ses patrons n’avaient que mépris et indifférence pour elle. Face à elle, Miss Lafosse ne doit qu’à son physique son sort plus enviable. Elle vit aux crochets d’un homme brutal qui lui paie son appartement, elle flirte avec un autre pour être engagée dans son spectacle et en aime véritablement un troisième qui a une situation moins intéressante. Sa vie n’est donc pas aussi idyllique qu’elle en a l’air pour Miss Pettigrew.

« Cette sacrée vertu » est une histoire de Cendrillon moderne, une bulle de champagne qui étourdit son lecteur et enchante page après page. Une comédie délicieuse, charmante et surannée à découvrir.

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