Une photo, quelques mots (185ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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18h. L’heure de rentrer chez moi, de quitter des yeux les pixels de mon écran. Je rassemble mes affaires, salue mes collègues d’un rituel « Bonne soirée, à demain ! ». La petite sonnerie de la badgeuse me confirme que la journée est belle et bien finie. Comme celle qui retentissait à l’école, elle m’apporte un immédiat soulagement. Je me plante à l’arrêt du bus qui me ramène vers mes pénates. La douce lumière d’avril me caresse le visage. Les rayons dardent une chaleur tiède, réconfortante, annonciatrice de jours meilleurs. Et si je rentrais plutôt à pied ? Après tout, rien ni personne ne m’attend.

Rompre la monotonie, s’évader pendant un moment de la morosité ambiante, voilà qui ne peut que me faire du bien. Ce n’est pas en allumant les infos que je vais m’ensoleiller l’esprit : attentats, meurtres barbares, pays en faillite, chômage de masse, racisme, austérité… Impossible de garder le sourire dans un monde tel que celui-ci. En suivant le fil de mes pensées, je laissais le hasard guider mes pas. Ceux-ci m’emmenèrent au jardin du Luxembourg. Un îlot de verdure, le soleil y joue à cache-cache derrière les frondaisons, les fleurs se montrent encore un peu timides, l’eau du grand bassin scintille, m’éblouit. Petit à petit le printemps va vaincre les souvenirs frileux de l’hiver.

Une des fameuses chaises métalliques du jardin s’offre à moi. Son crissement sur les graviers me promet un moment de repos. Je m’installe et observe ce qui m’entoure. Une bande d’enfants arrive, se réjouissant bruyamment de faire flotter leurs embarcations dans le bassin. Parmi eux, deux attirèrent mon regard. Une petite fille blanche et un jeune garçon noir, ils sont un peu à l’écart du groupe, se tiennent par la main. Ils semblent ne pouvoir se lâcher et sont plongés dans une conversation muette. Un amour d’enfance, naturel, simple et sans à priori. Ces deux mains fermées l’une sur l’autre qui me font monter un sourire aux lèvres. Finalement, notre monde n’est pas si dénué d’espoir que ça.

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L’île du Point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès

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Lorsque Lady MacRae s’aperçoit de la disparition de son diamant « l’Ananké », elle fait appel à John Shylock Holmes (« Bien qu’il portât le nom de l’illustre détective, John Shylock Holmes n’avait hérité  de cette lignée qu’un humour douteux et un sens aigu de l’expertise. »), enquêteur de sa compagnie d’assurances. Celui-ci est accompagné par son mystérieux majordome Grimod et il va chercher le soutien d’un vieil ami, Martial Canterel. Ce dernier est un dandy opiomane, ancien amant de Lady MacRae et surtout il possède un sens de la déduction imparable. Bien que titillé par la présence de son ancienne maîtresse, il en faut plus pour attiser la curiosité de Canterel. Mais l’affaire va au-delà du simple diamant. Dans les alentours du château écossais de Lady MacRae, ont été retrouvés trois pieds droits amputés, de tailles différentes mais portant tous une basket de la marque Ananké. Voilà une étrangeté qui ne peut que séduire Canterel et il se décide à aider Holmes et Grimod dans la quête du diamant.

Quel régal que ce roman de Jean-Marie Blas de Roblès ! C’est un véritable roman d’aventures qui convoque Dumas, Verne, Melville, Black et Mortimer et l’auteur pimente le tout avec une pointe d’érotisme. Accrochez votre ceinture, vous traverserez Biarritz, Paris, Londres, la Chine, l’Australie, la Nouvelle Zélande pour finir au Point Némo, l’endroit de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée. Votre voyage se fera par terre, mer et ciel. Un vrai dépaysement, une vraie aventure rocambolesque et fantaisiste.

Mais « L’île du Point Némo » ne se limite pas à cette enquête haletante. En parallèle à celle-ci se développe une autre histoire, celle d’une ancienne manufacture de cigares dans le Périgord Noir aujourd’hui reconvertie en fabrique de liseuses numériques. Je vous laisse découvrir le lien entre les deux histoires. Cette partie permet à Blas de Roblès de mener une réflexion sur la place de la littérature, l’importance de l’imaginaire à l’heure du tout numérique. Il met également en lumière la vieille tradition des manufactures de cigares : la lecture à voix haute durant les heures de travail. Les célèbres cigares Montecristo tiennent leur nom de l’amour des ouvrières pour l’œuvre de Dumas.

C’est avec une écriture élégante, racée que Jean-Marie Blas de Roblès nous plonge dans les tourbillons de son imaginaire fantasque. Un roman que je vous recommande chaleureusement et dont l’entrée en matière auprès d’Alexandre le Grand m’a totalement éblouie et bluffée.

Une photo, quelques mots (184ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Julien Ribot

C’est ici que tout a commencé. Il y a un an tout juste. Il était tôt ce jour-là, comme aujourd’hui. J’avais passé la nuit à errer dans les rues. J’étais passablement déprimé et épuisé. J’avais donc besoin d’un café bien noir pour me remettre les idées en place.

Ce diner près de Washington Square Park était le seul à être déjà ouvert. Il était totalement vide, seul le propriétaire des lieux trônait derrière le bar. Il essuyait placidement des verres. Un coup d’œil à ma mine défaite lui avait suffi à comprendre ce qu’il me fallait. Il s’approcha pour me servir mon café, sans mot, seulement un hochement de tête pour me saluer. Je n’avais effectivement pas la force de me lancer dans une quelconque discussion.

Mais je ne suis pas resté longtemps seul à scruter mon bouquet d’oeillets pour évacuer mes idées noires. Les premiers à arriver furent deux éboueurs. Des habitués apparemment puisque le patron leur apporta instantanément deux cafés et deux donuts. Ils le saluèrent  » ‘Jour Sam », le remercièrent et discutèrent un peu de la météo, du match de basket de la vieille. En ressortant, ils tinrent la porte à un vieil homme très élégant. Ils le saluèrent également par son nom, un autre habitué des lieux. Il s’installa à une table près de moi, posa son chapeau à côté de lui et déplia son journal. Sam lui apporta un thé et du lait. Puis ce fut le tour d’un groupe de jeunes femmes qui prirent des cafés à emporter avant de rejoindre les espaces confinés qui leur servaient de bureaux. Chacune eut un petit mot pour Sam, l’une donnant des nouvelles de sa mère, l’autre de ses enfants.

Toute la matinée se déroula ainsi et je fus captivé par ce défilé quasi-incessant d’habitués. Une impression de chaleur m’envahit peu à peu l’estomac à la vue de cette assemblée hétéroclite. Ma solitude me semblait balayée par cette ribambelle de visages et par la figure centrale de Sam. Le vieux gentleman, à l’allure si plaisamment désuète, siégeait toujours à mes côtés. Je l’interrogeais donc sur ce lieu. Il m’expliqua que Sam avait repris le lieu à la mort de sa femme cinq ans auparavant, qu’il n’avait pas d’enfant et qu’il passait toutes ses journées ici. Sam connaissait tous ses clients, il était capable de raconter l’histoire, les tracas, les joies de chacun. Son chagrin s’était mué en empathie. Il avait réussi à créer un îlot de convivialité au milieu d’une ville qui en manquait singulièrement.

Et soudainement, l’idée m’est apparue évidente, lumineuse. Il était là le sujet du roman que j’essayais d’écrire depuis des mois ! J’étais venu a New York pour trouver l’inspiration dans son bouillonnement et celle-ci m’avait fui en emportant mes économies. Mais ce sont les vies de ces gens, de Sam que je devais raconter, ce café devait devenir mon univers de papier.

Et pendant une année, je suis venu chaque matin ici, devenant à mon tour un membre de la communauté de Sam. Aujourd’hui, j’arrive les mains vides. Pas de stylos, pas de feuilles, juste l’envie de boire un bon café. Aujourd’hui, j’ai envoyé mon manuscrit aux éditeurs.

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La vie en couleurs – Jacques-Henri Lartigue à la MEP

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La Maison Européenne de la Photographie nous propose de découvrir un pan inconnu de l’œuvre du photographe Jacques-Henri Lartigue avec sa production en couleurs. Environ 120 photos sont présentées pour la première fois au public. Bien que représentant plus d’un tiers du travail de Lartigue, elles n’avaient jamais fait l’objet d’une exposition.

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Pourtant Jacques-Henri Lartigue s’est toujours intéressé à la photo en couleurs. Dès que les autochromes, mis en place par les frères Lumière, furent disponibles, Lartigue les utilisa. Les premiers datent des années 20 et montrent la jeunesse dorée de l’artiste, des scènes familiales joyeuses et pleine de vie. Sa première femme, Bibi, est également très présente dans des prises de vue particulièrement élégantes.

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Dès les premières photos en couleurs, la nécessité à photographier de Jacques-Henri Lartigue est très claire. La photo n’est au départ qu’un loisir (Lartigue vit en effet de sa peinture) et elle lui sert à capturer le temps, à saisir les souvenirs. Toute sa vie, il consigne les moindres les détails de sa vie au travers de calendrier où il note voyages et rencontres, d’un journal (7000 pages) et d’albums de ses photos (135).

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Il revient à la couleur dans les années 50 avec une nouvelle muse : sa troisième femme Florette. Elle est présente dans un grand nombre des clichés exposés à la Mep. Ce qui frappe, c’est encore une fois la joie qui se dégage de ces clichés aux couleurs vives et lumineuses. Jacques-Henri Lartigue était un grand obsessionnel (des motifs reviennent très fréquemment : coquelicots, vallée d’Opio, ses femmes, la météo et les saisons), mais son œuvre en couleurs est profondément joyeuse, plein des petits bonheurs du quotidien et de l’émerveillement sans cesse renouvelé de l’artiste. « Le paradis n’est pas perdu parce que le moindre champ d’herbe ou de coquelicots m’enchante. Le paradis est partout mais on ne le voit pas. »

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Il faut voir cette splendide exposition de la Mep qui permet de redécouvrir l’œuvre de Jacques-Henri Lartigue sous l’œil de la couleur et de souligner sa formidable modernité.

A year in England – Récapitulatif

A year in England

©Eliza

  • Juillet :

Aelys : La déclaration – L’histoire d’Anna de Gemma Malley

-Alice (Malice)La messagère de l’au-delà

Arieste : Grantchester

-Belette : Black Butler, tome 19 ; Sherlock Holmes Society – Tome 1 – L’Affaire Keelodge : Sylvain Cordurié & Stéphane Bervas ; Les Quatre de Baker Street – Tome 6 – L’Homme du Yard : Djian & Legrand ; Victorian Undead – Sherlock Holmes Vs zombies : Ian Edginton & Davidé Fabbri ; Van Helsing contre Jack l’Éventreur – Tome 1 – Tu as vu le Diable : Lamontagne & Radovic ; Van Helsing contre Jack l’Éventreur – Tome 2 – La Belle de Crécy : Lamontagne & Reinhold ; Grantchester – Saison 1

Bianca : L’inconnue de Blackheath de Anne Perry ; Darkwind tome 1 Mécanique infernale de Sharon Cameron ; Les filles au chocolat tome 2 Coeur guimauve de Cathy Cassidy

Cendrah: Kingsman the secret service

Choup : Le Docteur Thorne d’Anthony Trollope ; The love punch (film) ; La constance du jardinier de John Le Carré

Claire: Les espionnes de la reine Lady Béatrice de Jennifer McGowan ; La marque de Windfield de Ken Follet

Emma : Le cadavre de Bluegate Fileds de Anne Perry

-Enna : Major Pettigrew’s last stand de Helen Simonson

Estelle : Le tir aux pigeons de Nancy Mitford

Fanny : Série Charlotte et Thomas Pitt, Tome 29 : L’inconnue de Blackheath de Anne Perry

-Félicie: Pince-mi et Pince-moi de Ruth Rendell ; La mort à nu de Simon Beckett; Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher ; Proies de Mo Hayder

-Filipa : Summer Exhibition

Galéa : Le docteur Thorne d’Anthony Trollope

George : Le manoir de Tyneford Natasha Solomons

Karine :) : Cherry Crush de Cathy Cassidy

Kathel : Les jours infinis de Claire Fuller

Kheira : Amy de Asif Kapadia ; Rebecca de Daphné du Maurier

Lili : Alice au pays des merveilles de Lewis Carol ; Le paradis perdu de John Milton, mis en image par Pablo Auladell  ; Le chat qui ne mangeait pas de souris de Carmen Agra Deedy et Randall Wright

-Lou : Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll

Marjorie – Chroniques littéraires : Beauté de Sarah Pinborough

Mior : Dark Island de Vita Sackville-West ; Correspondance Vita Sackville-West/Virginia Woolf

Nahe : Les derniers jours de nos pères de Joël Dicker

PatiVore : Mes coups de …/10 avec Patrick MacNee, John Steed, le prince d’Edimbourg et Grantchester

Romanza : Maurice de Forster

Sharon : Je dis non de Wilkie Collins ; Le fromage qui tue de Siobhan Rowden ; Emily et la porte enchantée d’Holly Webb ; Bad Boy de Peter Robinson

Shelbylee : Journal d’un courtisane de Priya Parmar ; Un mariage de convenance de Georgette Heyer  ; Agatha Raisin and the vicious vet

Syl. : Granchester, la série

Trillian : Un intérêt particulier pour les morts de Ann Granger

Événements à venir à la rentrée

Beaucoup d’évènements se préparent pour la rentrée, en voici un aperçu :

-Le mois américain sera de retour en septembre ici-même, il devient à partir de 2015 un rendez-vous annuel. Le blogoclub de Sylire et Lisa nous propose d’ailleurs de lire un roman de Toni Morrison.

mois américain

-En octobre, nous n’aurons que l’embarras du choix ! Eimelle nous emmène en Italie pour un mois alors que Lou et Hilde vont encore une fois nous faire frissonner !

mois italien

Halloween 2015

-En novembre, Karine et Yueyin continuent à nous faire découvrir la littérature du Québec.

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-En décembre, sortez les kilts et les cornemuses pour accompagner Cryssilda en Écosse !

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Vous avez maintenant tout l’été pour vous préparer à tous ces rendez-vous !

Pietra viva de Léonor de Récondo

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Au printemps 1505, Michelangelo est touché par la mort d’un jeune moine Andrea. Le sculpteur fréquentait le couvent où les moines lui permettaient de disséquer des corps. Il était également fasciné par la beauté angélique d’Andrea. Le chagrin le fait s’éloigner de Rome. Il prend la direction de Carrare où il doit choisir des marbres pour la dernière commande du pape Jules II ; Michelangelo doit réaliser son tombeau. Il passe six mois dans la carrière pour sélectionner les plus belles pierres, les plus pures. Sa connaissance du marbre le rapproche des carriers. Il partage leur quotidien dans la poussière de la pierre, partage leur amour pour la beauté des montagnes. Le solitaire et ombrageux sculpteur, qui ne cesse de questionner la disparition d’Andrea, se laisse approcher par les habitants. Il y a là Cavalino qui se prend pour un cheval et surtout Michele, un enfant qui vient de perdre sa mère et qui se prend d’amitié pour l’artiste. La douceur de l’enfant ravivera les souvenirs de Michelangelo, l’éloignera de ses sombres pensées.

Comme il est périlleux d’écrire sur ce monument de l’art de la Renaissance ! Mathias Enard avait déjà choisi le sculpteur comme personnage principal de son roman « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants ». Il avait choisi un épisode peu connu et peu documenté de la vie de l’artiste. Léonor de Récondo se glisse elle aussi dans les interstices de la biographie de Michelangelo. Comme chez Mathias Enard, le début du roman nous montre un Michelangelo solitaire, colérique, tourné uniquement vers sa recherche de la beauté, la perfection de son art. C’est dans ses rencontres avec les habitants des carrières que se place toute la sensibilité de l’auteur. Le sculpteur, ébranlé par la mort du jeune Andrea, apprend à écouter les autres, à les prendre en considération. Léonor de Récondo propose très joliment de sortir Michelangelo de ses ténèbres intérieures, de l’amener doucement vers la lumière, vers l’altérité.

La beauté est le cœur de ce roman et au cœur de la vie de Michelangelo. Le corps, notamment celui d ‘Andrea, n’est que sensualité et perfection. C’est ce que cherche à sublimer le sculpteur dans son travail du marbre, sa raison de vivre. Et la beauté est également celle des paysages qui entourent les habitants de Carrare et qui est parfaitement rendue par Léonor de Récondo : « Lorsqu’il arrive à la carrière ce jour-là, il est parmi les premiers. Le soleil se lève à peine. La lumière dorée de septembre embrase la végétation et les parois de marbre découpées. L’endroit est sublime. L’harmonie de ses proportions est ici naturelle. S’il doit concevoir un jour une église, il puisera son inspiration directement ici, au sein de cette carrière où la nature élève la pierre avec tant de grâce. »

C’est avec douceur, limpidité et musicalité que Léonor de Récondo nous raconte les six mois que Michelangelo passe à Carrare. Elle imagine un artiste sensible, douloureux mais capable de voir l’humanité de ceux qui l’entourent. Un beau et lumineux moment littéraire.