La faim blanche de Aki Ollikainen

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En octobre 1867, la famine qui frappe la Finlande oblige Marja a abandonné sa ferme et à y laisser dépérir son mari trop faible pour prendre la route. Marja veut sauver ses enfants : Mataleena et Juho. Elle veut les emmener à St Pétersbourg où elle pense que le Tsar ne laisse pas mourir ses sujets. La route vers la Russie se transforme rapidement en cauchemar. Outre la faim qui provoque des hallucinations, le froid qui engourdit, Marja est à la merci de ceux qui peuvent lui offrir un quignon de pain ou un abri pour la nuit. La misère réveille les instincts les plus bas, les plus vils. L’angoisse d’un hiver infini, d’une faim sans fonds étreint chacun. L’homme redevient un animal dont la violence exprime des instincts primaires non satisfaits. La politique d’austérité du gouvernement ne fait qu’aggraver cet état de fait. Le sénateur, bien seul, se demande comment tout cela va finir.

« La faim blanche » est le premier roman de Aki Ollikainen. Il est court, incisif, sa langue est âpre et lyrique à la fois. Le récit du voyage de Marja balance entre réalisme et onirisme. La faim provoque des rêves, des cauchemars, des réminiscences de la vie d’avant. C’est un texte brutal, violent où la mort peut surgir à tout moment. « Le soleil reste caché derrière un voile gris de nuages durant tout le trajet. Ils parviennent à un pré. Les arbres lourds de neige le bordent d’une ombre argentée, telle la frontière séparant le monde des vivants et celui des morts. Marja n’a plus confiance en cette frontière. L’ombre s’éclaircit et s’éclaircit encore, si bien qu’elle ne peut plus contenir le désert blanc entre ses bornes : les deux mondes ne font plus qu’un. »  Il y a peu de place à l’espoir dans ce livre implacable sur la survie où le paysage glacé devient vite étouffant et source de souffrance. Le style de Aki Ollikainen évoque avec force ces notions de froid, de douleurs physiques et mentales liées à la faim et de peur qui fatalement leur sont associées.

« La faim blanche » est un texte saisissant, à la langue puissante qui dépeint le calvaire d’une population face à une des plus grandes famines du XIXème siècle. L’écriture de l’auteur ronge jusqu’à l’os les espoirs de ses personnages. Et malgré tout, la force vitale et insatiable de vivre est au cœur de ce roman à la beauté noire.

Merci aux éditions Héloïse d’Ormesson pour cette découverte.

9 réflexions sur “La faim blanche de Aki Ollikainen

    • En mettant en ligne mon billet, j’ai pensé à toi et je me suis dit que c’était un roman qui pourrait tout à fait te plaire ! J’attends ton avis !

    • C’est effectivement un livre de saison qui glace son lecture. Non, je ne connais pas « La veuve de Gil Adamson ». J’en déduis que tu me le conseilles !

  1. Le sujet a l’air très dur. Je pense que ça doit être un livre assez « éprouvant » émotionnellement. Je me laisserai peut-être tenter!

  2. Pingback: Bilan livresque et films d’octobre | Plaisirs à cultiver

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