City on fire de Garth Risk Hallberg

city on fire

31 décembre 1976, Samantha Cicciaro s’apprête à assister à un concert punk avec son ami Charlie Wesburger dans le Lower East Side. Le groupe est formé des anciens membres de Ex Post Facto qui a perdu son chanteur William Hamilton-Sweeney. Ce dernier a préféré se consacrer à la peinture. Il passera d’ailleurs son réveillon seul, refusant de rejoindre sa riche famille dans leur immeuble particulier. Son petit ami, Mercer Goodman, est en revanche bien tenté par l’invitation, il aimerait en savoir plus sur son mystérieux amant. Il pourrait y rencontrer Regan, la sœur de William, actuellement en plein désarroi entre les problèmes de la société et son divorce avec Keith Lamplighter. Ce dernier a en effet eu une liaison avec une très jeune femme prénommée Samantha. Dans la nuit, à Central Park, des coups de feu retentissent. Un corps s’effondre dans le noir.

Le premier roman de Garth Risk Hallberg a défrayé la chronique outre Atlantique. Et pour cause, il a été acheté deux millions de dollars devenant ainsi le plus cher premier roman de l’histoire de l’édition américaine. Les droits d’adaptation ont également été acquis par Hollywood. Le roman avait donc intérêt d’être à la hauteur de sa réputation et de son prix d’achat !

Et fort heureusement pour son auteur, il l’est. « City on fire » est une formidable fresque mélangeant le roman d’apprentissage, le thriller et le roman urbain. C’est aussi le constat de la fin d’une époque. Le roman se déroule du 31 décembre 1976 au 13 juillet 1977, jour du grand black-out qui transforma définitivement New York  en ville plus sûre mais également plus lisse et moins libre. New York est à l’époque une véritable ville punk : anarchique, créative, violente et camée jusqu’à l’os. « Les coupes budgétaires, la criminalité et le chômage avaient brutalisé la ville, et dans les rues ce sentiment d’anarchie aigrie et d’utopie mort-née était perceptible. Mais aussi triste fût-il, c’était un terrain de jeu idéal pour des adolescents avec des familles déstabilisées et de faux papiers d’identité. On pouvait aller écouter les premiers disques de rap, les derniers de la New Wave ou ce que le disco était en train de devenir dans des clubs sans licence où Noirs, métis, Blancs, gays et hétéros se mélangeaient encore librement. » Garth Risk Hallberg rend parfaitement compte de ce bouillonnement, de cette incroyable vitalité. La ville est en train de changer, on voit les prémices peu engageants de ce qu’elle va devenir à travers les pages du roman.

La construction de l’intrigue est à l’image de ce qu’était New York : foisonnante. A chaque chapitre, nous changeons de voix. Garth Risk Hallberg compose une belle galerie de personnages qui sont appelés à se croiser, dont les destins vont se télescoper en ce début d’année 77. Tous les milieux sociaux se croisent, s’entraident ou se détruisent dans cette ville de tous les possibles. La longueur (presque 1000 pages) permet aux personnages de s’installer, de se construire, de prendre chair sous les yeux du lecteur.

« City on fire » était un projet très ambitieux qui tient ses promesses. C’est une œuvre à l’esprit très 19ème siècle (on pense à Dickens) tout en étant moderne, fourmillant de personnages et d’idées. C’est le roman d’une fin d’époque, d’un basculement dans l’histoire de la ville de New York. Malgré quelques longueurs au milieu du livre, j’ai pris énormément de plaisir à la lecture de « City on fire » grâce à la fluidité de l’écriture et à la densité de son intrigue. Un nouvel auteur américain est né dont je vais suivre le travail avec grand intérêt.

Merci aux éditions Plon pour cette découverte.

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26 réflexions sur “City on fire de Garth Risk Hallberg

  1. Je tourne autour depuis sa sortie. Il a l’air passionnant. J’étais intriguée zussi par les différentes mises en page dans le corps de texte. Je trouve ça très bon. Tu vas -encore!- me faire craquer 😉

    • C’est vrai que je n’ai pas parlé des interludes dans le roman qui sont une respiration dans la lecture et marquent le passage d’une partie à une autre. Désolée d’aggraver encore ta PAL !

  2. J’avais hâte d’avoir un avis de lecteur sur ce livre. Je me mèfie toujoirs un peu de trop de publicité. Cela ne semble pas un coup de coeur mais sûrement un récit à lire.

  3. j’avais un peu peur du « coup médiatique » mais ton avis et celui de Marie-Claude (qui est quand même plus mitigé) me poussent vraiment à le lire – pas envie de m’embarquer dans 1000 pages décevantes!

    • Ce n’est pas le roman du siècle et je trouve le prix payé assez exorbitant. Je ne suis d’ailleurs pas sûre que ça ne desserve pas le roman en augmentant les attentes du lecteur. Mais c’est un roman très plaisant, très agréable à lire.

    • A la moitié, j’avais également l’impression d’avancer comme un escargot…tu as du le finir depuis ton message et du voir que ça s’accélérait vers la fin.

  4. Bon, je le lis s’il est à la bibli. Tu es la deuxième courageuse à l’avoir lu, dans mes blogs parcourus!

    • Malgré le battage médiatique, je ne l’ai effectivement pas beaucoup vu sur les blogs. C’est aussi bien comme ça, c’est toujours agaçant de voir le même livre partout !

  5. Le genre de roman que je me réserve pour les grandes vacances. Il faut quand même une bonne dose de disponibilité pour en profiter pleinement et lui accorder toute l’attention qu’il mérite, non ?

    • Jérôme : je me permets de te répondre, bien que je ne sois pas sur mon blog (je ferais mieux de répondre à mes propres commentaires, mais bon…). Je pense que tu as raison. Je ne sais pas si j’aurais autant apprécié ce roman ambitieux si j’avais dû en fractionner la lecture (je n’aime pas laisser traîner les pavés). Je l’ai lu pendant mon congé maternité, ce qui m’a permis de « l’avaler » rapidement, en lui consacrant toute mon attention. Comme l’a dit Martine, il y a quelques longueurs au milieu du roman, et mieux vaut ne pas avoir l’esprit parasité par autre chose.

      • Miss Léo, tu sais que tu es ici comme chez toi ! Je suis d’accord avec ton message, je regrette d’ailleurs de l’avoir lu en devant trop le fractionner. Comme tous les pavés, il faut avoir un peu de temps devant soi pour l’attaquer et bien rentrer dedans.

  6. J’avais commencé à écrire mon billet avant d’accoucher, et je n’ai pas encore eu le temps de m’y remettre… D’accord avec toi pour les longueurs au milieu du livre, mais j’ai également pris beaucoup de plaisir au cours de ma lecture. Pas sûre que les sommes déboursées pour en acquérir les droits soient totalement justifiées, mais il s’agit tout de même d’une belle réussite !

    • Je suis encore une fois totalement d’accord avec toi. Je pense également que le prix payé est trop élevé et risque de tromper les attentes des lecteurs. Mais je salue le talent de Garth Risk Hallberg qui a été capable d’écrire un pareil premier roman.

  7. J’ai eu un peu l’impression de le voir partout. Mais bon, c’est surtout la période des années 70 qui ne m’intéresse pas du tout, donc je pense que je passerai allègrement mon tour.

    • Etant donné l’investissement qu’il a représenté pour sa maison d’édition, ils ont fait une grosse campagne de pub ! Mais je trouve qu’il n’a pas été trop vu sur les blogs pour le moment. C’est sûr que si la période ne t’intéresse pas, ce n’est pas la peine de l’ouvrir !

  8. Pingback: City on fire de Garth Risk Hallberg | Dans le manoir aux livres

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