La mort s’habille en crinoline de Jean-Christophe Duchon-Doris

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Pour le grand bal des Tuileries de 1856, la comtesse de Castiglione s’est fait confectionner une robe exceptionnelle de huit mètres d’envergure. Son entrée va frapper les esprits et attirer le regard de Napoléon III dont elle devient la maîtresse. La mystérieuse et sublime comtesse est au cœur de l’empire pendant trois ans puis retombe dans l’oubli. Mais pas pour tout le monde puisque sept années après le bal qui l’a consacrée, des cadavres de femmes lui ressemblant sont retrouvés dans Paris. L’une d’elles est repêchée dans la Seine par Dragan Vladeski, policier en charge du meurtre du premier sosie de la comtesse, et elle porte la fameuse robe bleue à la crinoline démesurée.

En ouvrant "La mort s’habille en crinoline", je m’attendais à un agréable divertissement historique sans autre qualité qu’une documentation fouillée. Mais ce qui frappe d’emblée, c’est la richesse de la plume de Jean-Christophe Duchon-Doris. Son écriture est travaillée, poétique et imagée. Elle rehausse le fond et en fait une œuvre littérairement intéressante.

S’ajoute donc à cela, un travail documentaire très poussé. L’idée de choisir la comtesse de Castiglione est excellente tant ce personnage est romanesque. Elle a passé sa vie à se mettre en scène au travers de nombreuses photos et au travers de la mode qu’elle fait et défait. Et toute l’intrigue de Jean-Christophe Duchon-Doris tourne autour du milieu de la mode. On découvre le travail des ateliers, des petites mains, la variété et la chatoyance des tissus, des plumes, des broderies. "De séduisants dos nus, des robes aussi légères que des bols de crème, des bustes poétiquement impudiques. Dragan ferme les yeux pour se concentrer sur le froufrou des étoffes de soie, pour humer les parfums de violette, de lilas, de frangipane que laissent dans leur sillage toutes ces délicates toilettes. Taille étranglée, coupes infiniment précises, sophistication épurée, couleurs sombres ou lumineuses, fourrure aérienne et cuir lustré." Et sous le second Empire naît la mode telle que nous la connaissons avec l’arrivée du couturier écossais Worth. C’est lui qui invente les défilés avec des mannequins de chair et de sang (appelés "sosies"). Dorénavant, les clientes se déplacent chez le couturier et s’approprient leurs modèles, ce ne sont plus elles qui sont à l’origine des créations.

Jean-Christophe Duchon-Doris rend également parfaitement compte de la mutation de Paris. Les travaux du baron Haussmann sont lancés, la capitale n’est que démolition, vide, percées. Les vieux quartiers disparaissent, les villages comme Passy sont absorbés par Paris. La physionomie de la ville est en plein bouleversement, le pittoresque laisse la place au grandiose, au monumental.

"La mort s’habille en crinoline" est une jolie surprise, la langue de Jean-Christophe Duchon-Doris m’a séduite et son roman nous plonge dans le bruissement des étoffes, les alcôves du second Empire et la poussière des travaux haussmannien.

Merci aux éditions Julliard pour cette découverte.

Série Z de JM Erre

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Félix Zac est fan de série Z et tient un blog, CinéBisBlog, sur son sujet de prédilection. En dehors du visionnage de nanars tous plus navrants les uns  que les autres (quelques titres pour égayer votre journée : "Arrête de ramer, t’attaques la falaise", "L’attaque de la moussaka géante", "Y a un os dans la moulinette"), Félix ne fait pas grand chose au grand dam de sa femme Sophie, enseignante et écolo militante, et de sa sœur Marie-Jo, urgentiste chez les pompiers de Paris. Mais la situation va changer, Félix va leur montrer que sa passion n’est pas vaine et inutile : il a écrit un scénario. Il y est question d’une maison de retraite pour anciens acteurs de seconde zone où les morts suspectes se multiplient. Le problème c’est que la résidence existe réellement et les décès également. Félix devient le suspect numéro un de l’inspecteur Galachu.

Amis du grand n’importe quoi, bienvenus dans l’univers génialement loufoque de JM Erre ! J’avais déjà eu l’occasion d’admirer le talent délirant de l’auteur dans "Le mystère Sherlock" et j’ai eu la chance de gagner ce roman chez Miss Léo. Et encore une fois, j’ai ri de la première à la dernière page. "Série Z" est composé de nombreux niveaux de lecture et de mise en abîme : extraits du scénario de Félix ainsi que de son carnet aide-mémoire, articles et commentaires de CinéBisBlog, journal de l’inspecteur Galachu, progression de la lecture de "Série Z" par Hubert C., lecteur à Knokke-le-Zoute. L’intrigue est rythmée, bien construite et les personnages sont tous totalement frappés. Vous croiserez au fil des pages un chat nommé Krasucki, un producteur de film-boucher résidant avenue Crosfeld-Jacob à Rungis, un directeur de maison de retraite passionné de taxidermie (en voilà un qui n’a pas choisi son métier par hasard…), un inspecteur tirant son sens déductif des épisodes de "Columbo", un apprenti policier au français approximatif et vous assisterez à une superbe et palpitante course-poursuite en déambulateur. De plus, les pensionnaires de la maison de retraite sont d’une méchanceté réjouissante et ils se débinent à longueur de journée.

JM Erre manie le nonsense et l’absurde avec brio et se permet une fin surprenante nous faisant réfléchir sur la vieillesse et la mort. Son roman fourmille d’idées, de trouvailles hilarantes qui ne laisseront pas vos zygomatiques en paix. Je vous conseille à tous cette cure de franche rigolade, de reboostage de moral instantané.

Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet

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Suite à l’exposition Brassai, où l’on pouvait voir plusieurs photos de Kiki de Montparnasse, j’ai eu envie de découvrir le roman graphique qui était consacré à ce personnage haut en couleurs du Montparnasse  de l’entre-deux-guerres.

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Née Alice Pin en 1901 à Châtillon, Kiki n’eut pas une enfance facile. Bâtarde, elle fut élevée avec ses cousins par sa grand-mère. Sa mère lui demande de la rejoindre à Paris en 1913 mais elle se débarrasse rapidement de Kiki. Cette dernière vit alors d’expédients avant de devenir modèle pour des peintres. C’est grâce à cela qu’elle devient rapidement la coqueluche du Montparnasse des années 1920. Muse et modèle, elle croisa Modigliani, Soutine, Foujita, Pascin, Risling, Picasso. Sa rencontre la plus durable et la plus décisive fut celle de Man Ray. Elle lui inspira ses photos les plus réussies et les plus connues comme "Le violon d’Ingres" ou "Les larmes". Cet amour tumultueux fait entrer Kiki dans le monde de Dada et des surréalistes. Elle participa à tous leurs projets cinématographiques et était également danseuse et chanteuse dans des cabarets.

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La bande-dessinée rend parfaitement compte de l’émulation artistique de l’époque, de sa folle légèreté et de la vie de bohème des Montparnos. La vie de Kiki est un tourbillon de soirées, d’alcool, d’amusements et de passion pour la vie et pour les hommes. Ce que montre la bande-dessinée de Catet et Bocquet, c’est une femme totalement libre et sans tabous. Une femme qui a su profiter de la vie jusqu’au bout sans jamais abdiquer sa gaieté, sa fierté et sans jamais penser aux lendemains. Sa fin est certes triste mais la vie de Kiki fut menée tambour battant et sans regret.

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Une époque et un personnage qui valaient bien ce beau roman graphique au style épuré.

 

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Le sillage de l’oubli de Bruce Machart

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En 1895, Vaclav Skala, propriétaire terrien de Lavaca County au Texas, attend la naissance de son quatrième enfant. Malheureusement l’accouchement se déroule mal et sa femme meurt en donnant naissance à leur quatrième fils, Karel. Vaclav ne se remettra jamais de ce décès : "A compter de ce jour, les gens du coin diraient que la mort de Klara avait transformé cet homme d’un naturel gentil en une personne amère et dure, mais en vérité Vaclav  le savait, l’absence de sa femme avait seulement fait resurgir celui qu’il était avant de la connaître, celui que seule cette compagnie féminine avait su adoucir." Et cet homme est taciturne, austère, dur à la tâche et ses fils doivent le devenir. Ce sont eux qui labourent la terre, le joug sur le cou, ce qui les déformera à vie. Eux qui subissent les coups de Vaclav lorsque le travail est mal fait ou que leur insouciance d’enfants réapparaît. La haine des fils de Vaclav grandit en même temps que le nombre de ses terres. L’arrivée d’un propriétaire espagnol et de ses trois filles va changer le destin de la famille Skala.

"Le sillage de l’oubli" est l’éblouissant premier roman de Bruce Machart, et est une saga familiale sentant la poussière, le tabac et la sueur des hommes comme celle des chevaux. C’est l’histoire de Karel qui prime sur celles des autres membres de la famille. Le livre fait des aller-retours entre trois moments-clés de son existence : 1895 au moment de sa naissance ; 1910 au moment où la fratrie se divise et où Vaclav meurt ; 1924 au moment où sa propre femme Sophie accouche de leur troisième enfant  et où Karel est à nouveau confronté à ses frères. Karel est hanté par les évènements du passé : la mort de sa mère qu’il n’a pas connue, la violence et l’indifférence de son père, l’arrivée de Graciela, une des filles du propriétaire espagnol, dont le corps l’obsède. Celle-ci deviendra la femme d’un de ses frères suite à un pari. Le destin chez les Skala n’est pas le fruit du hasard mais le résultat de courses de chevaux. Deux se déroulent en miroir dans le roman, à chaque fois Karel est le représentant de la famille. Il gagne la première mais perd la deuxième face à Graciela et scelle ainsi le sort de ses frères. La vie est âpre à Lavaca County, les habitants le sont également, surtout les hommes dont la virilité ne doit pas être prise en défaut.

La prose de Bruce Machart est puissante, dense et poétique. Il y a dans "Le sillage de l’oubli" un souffle romanesque indéniable qui emporte le lecteur de bout en bout. Cette histoire familiale a des allures de tragédie classique où la fratrie se déchire, la mort frappe et où le poids du passé écrase. Une vraie pépite littéraire à lire absolument.

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Bilan plan Orsec et films de mars

Et revoici venu le temps du bilan du plan Orsec lancé par George et Miss Bouquinaix. Ce mois-ci mon contrat est parfaitement rempli avec trois livres de ma PAL et un de ma PAL prêt. Croisons les doigts pour que ça dure….

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Passons maintenant aux films que je suis allée voir en mars.

Mes coups de cœur :

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 Gustave H (Ralph Fiennes) est le majordome du Grand Budapest Hotel perché sur une montagne. Il est très à l’écoute des besoins des clients (surtout les clientes d’un certain âge) qui reviennent dans cet hôtel pour le plaisir de le revoir. La vie de Gustave H se complique lorsqu’il est soupçonné d’avoir assassiné une cliente. On retrouve toute la loufoquerie et la mélancolie de Wes Anderson dans ce film. Les décors sont extrêmement soignés et colorés. L’ambiance est celle d’une Mittleuropa sur le point de disparaître, le fascisme commence à monter. Comme toujours chez Wes Anderson, toute une galerie de personnages défile devant nous, les caméos de sa bande d’amis font sa marque de fabrique.

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Julie Bertucelli réalise un formidable documentaire sur une classe d’accueil pour primo-arrivants. Les jeunes ont entre 11 et 15 ans et viennent de partout : Irlande, Chili, Serbie, Chine, plusieurs pays d’Afrique, etc… Ils sont là pour apprendre le français et ils abordent tous les sujets. Ils débattent sérieusement, ils se chamaillent, tournent un film, pouffent de rire, deviennent inséparables. Au détour des cours, on découvre des vies bouleversantes marquées par la violence, la pauvreté, l’exil politique, l’intégrisme. Ces enfants ont envie d’apprendre le français pour mieux vivre dans leur nouveau pays, pour recommencer à zéro. C’est un documentaire plein de vie, d’énergie, d’émotion et d’espoir.

Et sinon :

  • "Aimer, boire et chanter", le dernier film d’Alain Resnais, reprend les codes utilisés dans "Smoking, no smoking" : les décors sont dessinés, les acteurs rentrent et sortent comme s’ils étaient sur une scène de théâtre. Il s’agit de la troisième adaptation par Resnais du dramaturge Alan Ayckbourn. Toutes les femmes du film (Sabine Azéma, Sandrine Kiberlain et Caroline Silhol) se disputent les faveurs de George que l’on ne verra jamais. Leurs maris (Hippolyte Girardot, Michel Vuillermoz et André Dussolier) sont quelque peu perplexes… Les relations de couple y sont donc disséquées avec beaucoup d’humour et d’ironie.
  • "Ida" de Pawel Pawlikowski : A quelques jours de ses vœux, une jeune nonne découvre ses origines juives et l’existence d’une tante. Toutes deux vont chercher à connaître la vérité sur la mort des parents d’Ida. Film très touchant sur la culpabilité polonaise tenu par une jeune actrice formidable et un somptueux noir et blanc.
  • Un week-end à Paris de Roger Michell : Un couple d’anglais (Jim Broadent et Lindsay Duncan) reviennent à Paris où ils avaient passé leur voyage de noce trente ans plus tôt. Le couple se dispute beaucoup à travers les rues de la capitale et dans leur chambre d’hôtel. C’est un divertissement plutôt agréable et sympathique. Il m’a surtout donné envie de revoir "Bande à part" de Godart auquel il est fait référence à plusieurs reprises.

 

Guerre et amour de Woody Allen

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"Guerre et amour" de Woody Allen est une parodie du roman de Tolstoï. Le scénario prend beaucoup de liberté avec l’intrigue de départ. Fils cadet d’un petit propriétaire terrien (son lopin de terre se limite à un ridicule bout de pelouse qu’il a toujours sur lui), Boris (Woody Allen) est amoureux de sa cousine Sonia (Diane Keaton). Mais celle-ci ne s’intéresse qu’à Ivan, le frère aîné de Boris, qui lui même est amoureux d’une autre femme. Sonia épouse alors le premier qui passe au grand désespoir de Boris. La guerre contre Napoléon éclate alors.

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Il y a quand même des points communs entre les deux œuvres puisque  nous sommes à la même époque en Russie. Boris est un piètre et pleutre soldat, il n’arrive pas à se servir de son fusil à l’entraînement. Le personnage de Boris reprend celui de Pierre : il affronte plus fort que lui en duel ; il tente d’assassiner Napoléon ; il est fait prisonnier. On trouve également dans "Guerre et amour" des tirades philosophiques qui sont filmées à la manière de Ingmar Bergman.

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"Guerre et amour" est totalement dans la veine des premiers films de Woody Allen : burlesque où les gags et les jeux de mots s’enchaînent. A noter un dialogue excellent au cachot où Boris et son père se parlent uniquement en employant des titres de Dostoïevski !

Le mois de mars se termine, je vais laisser Natacha, André et Pierre à leurs aventures sur celluloïd et sur papier. Après plus de quinze heures de visionnage, je ne me suis pas lassée d’eux, signe que l’histoire de Tolstoï est exceptionnelle et dense.

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Le chardonneret de Donna Tartt

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 Un américain occupe une chambre d’hôtel au moment de Noël à Amsterdam. Il est fiévreux, agité et inquiet. Il s’intéresse aux journaux, à un fait divers en particulier : une scène de crime en plein cœur de la capitale néerlandaise. Quel est le rapport entre le narrateur et ce crime ? Comment a-t-il atterri dans cette chambre dont il ne sort pas ? C’est ce que Theodore Decker, le narrateur, va nous raconter durant 786 pages palpitantes. Le point de départ de son flash-back est l’évènement qui transforme à jamais sa vie : sa mère meurt lors d’un attentat au Metropolitan Museum où ils étaient venus pour voir une exposition sur l’âge d’or de l’art flamand.

Vous avez beaucoup entendu parler du "Chardonneret" depuis sa sortie et la plupart du temps dans des articles dithyrambiques. Force m’est de constater que ce roman mérite amplement tous les éloges, toutes les couronnes de laurier qu’on lui a tressées. Le dernier livre de Donna Tartt est un bijou, une œuvre ample et superbe. L’auteur maîtrise à la perfection son intrigue, c’est une formidable conteuse d’histoires. Elle sait changer d’ambiance, créer des rebondissements sur 786 pages sans lasser à aucun moment. Le début est déjà un tour de force : on découvre Theo à Amsterdam avant de plonger dans son enfance, au moment de ses treize ans et du drame de sa vie. Pendant tout le roman, l’idée de ce début de roman à Amsterdam reste inscrit dans la tête du lecteur : à quel moment allons-nous y retourner ?

Donna Tart excelle également dans tous les genres , toutes les atmosphères : roman d’apprentissage à la Dickens (présent sous la forme de nombreux clins d’œil) ; histoire d’amour sublime et infiniment triste ; roman d’amitié ; roman noir avec voyous, alcool et drogue ; roman du secret et de la culpabilité ; réflexion sur le destin, sur le bien et le mal (avec l’ombre tutélaire de Dostoïevsky). "Le chardonneret" réussit à être tout ça à la fois. Les trois villes où vit Theo (New York, Las Vegas et Amsterdam) sont de véritables personnages, leur atmosphère est très marquée. New York est la ville des doux souvenirs avec sa mère disparue, Vegas celle de tous les excès et de l’amitié avec Boris, Amsterdam celle où le destin s’accomplit. La galerie de personnages secondaires est foisonnante mais aucun n’est laissé de côté, chacun prend corps pour accompagner l’évolution de Theo. Il y a le monde policé et bourgeois de la famille Barbour où Theo est accueilli après la mort de sa mère. Pippa dont il tombe amoureux au MET avant l’attentat et qui est brisée comme lui par l’évènement. Hobie, le restaurateur de meubles, admirable de compréhension et qui transmet son art à Theo. Le père, revenu de nulle part, est rongé par l’alcool et la fièvre du jeu. Et il y a Boris, l’ami ukrainien rencontré à Vegas. Il est à l’origine de tous les excès, de tous les risques mais son amitié est indéfectible.

Enfin "Le chardonneret" est un hommage à l’art, à l’imaginaire. Le splendide tableau de Carel Fabritius est au cœur de l’intrigue et aussi de la philosophie que tire Theo de la vie : "Et tandis que nous mourons, tandis que nous émergeons de l’organique, c’est une gloire et un privilège d’aimer ce que la Mort n’atteint pas. Parce que si le désastre et l’oubli ont suivi ce tableau au fil du temps, l’amour l’a suivi aussi. Dans la mesure où il est immortel (il l’est), et où j’ai un petit rôle, lumineux et immuable, à jouer dans cette immortalité. Il existe ; il continue d’exister. Et j’ajoute mon propre amour à l’histoire des amoureux des belles choses, eux qui les ont cherchées, les ont arrachées au feu, les ont pistées lorsqu’elles étaient perdues, ont œuvré pour les préserver et les sauvegarder tout en les faisant passer de main en main, littéralement, leurs chants éclatants s’élevant du naufrage du temps vers la prochaine génération d’amoureux, et la prochaine encore."

Alors ne vous privez pas de cette plongée dans un roman foisonnant et totalement captivant.

Un grand merci aux éditions Plon pour ce grand moment de lecture.

 

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