Une photo, quelques mots (147ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

3198545545_f27143f086_o© Romaric Cazaux

Début juillet 1973, ils étaient arrivés en début de semaine à Juan-les-Pins. Comme l’année dernière et  l’année d’avant, ils avaient réservé un petit bungalow au camping Rossignol d’Antibes. Des vacances un peu plus chères que lorsqu’ils partaient en Vendée. Mais les congés de juillet étaient les seuls où ils partaient. Le seul luxe de l’année, le seul moment où ils quittaient leur appartement de Meudon. Ils économisaient durant l’année pour s’offrir le soleil et la chaleur en juillet.

Le rituel était toujours le même. Le matin, il écoutait la radio, lisait le journal auquel le camping était abonné. Elle allait faire les courses pour le déjeuner à la supérette du bas de la rue. Elle prenait son temps, faisait connaissance avec ses voisins de bungalow qui, eux aussi, venaient ici depuis plusieurs années. Le déjeuner se déroulait sur la petite table pliante en formica installée devant le bungalow. Ils profitaient du plein air, se racontaient les petits riens de leur matinée. Une petite sieste concluait le repas.

Il était ensuite temps de se diriger vers la plage, ils étaient là pour ça. Les sacs avec les maillots de bain, les serviettes, les bouteilles d’eau, les attendaient dans la voiture. Arrivés sur la plage, ils installaient leur éternel et infatigable parasol à grosses fleurs orange sur fond marron. Elle aimait se baigner en mer pour ensuite se sécher au soleil, sentir sa chaleur envahir tout son corps. Lui préférait rester hors de l’eau, il n’avait jamais appris à nager. Il regardait la mer et le ciel se confondre au lointain. Il observait ses congénères étalés sur leur serviette, se laissant dorer par le soleil assommant de juillet.

L’après-midi s’écoulait doucement, dans une torpeur languide. Chaque après-midi ressemblait aux autres, la monotonie des jours d’été, finalement pas si différente de celle du reste de l’année, s’installait.

Le déclin du soleil les faisait reprendre la voiture, pour rejoindre le bungalow, pour s’ennuyer ailleurs.

Une journée ordinaire de juillet 1973 à Juan-les-Pins.

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Souvenir de l’amour, Chrysis de Jim Fergus

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Bogart Lambert a 17 ans en 1916 et il vit dans le nord du Colorado dans le ranch familial. A cause de lointaines origines françaises, il décide de rejoindre la France pour se battre dans le Légion étrangère. Un matin, il grimpe sur son cheval Crazy Horse et quitte ses parents. Après moult péripéties, Bogey arrive à New York. En attendant le prochain transatlantique, il travaille dans une maison de passe où il découvre la sensualité. Une fois sur le champ de bataille européen, Bogey devient une légende. Toujours accompagné de Crazy Horse, il se faufile entre les lignes ennemies, évitant les balles et les obus. Tous les soldats sont en admiration devant le « courrier cow boy ».

Gabrielle Jungbluth a 18 ans en 1925. Elle étudie le dessin, la peinture dans l’atelier Humbert à l’École Supérieure des Beaux-Arts. Fille du colonel Charles Ismaël Jungbluth, elle apprit à peindre en plein air avec celui-ci. Malgré son autorité et sa rigueur, le colonel sut déceler le talent de sa fille et lui permit de s’inscrire aux Beaux-Arts. Gabrielle prit alors le pseudonyme de Chrysis en hommage au roman « Aphrodite : mœurs antiques » de Pierre Louÿs. La jeune femme, curieuse de la vie et anticonformiste, va plonger à cœur perdu dans le Montparnasse des années folles et y rencontrer l’amour fou.

L’histoire qui préside à l’écriture de ce roman est bouleversante. J’ai eu le plaisir de l’entendre de la bouche de Jim Fergus lors du Festival America. Pendant l’été 2007 à Nice, Jim Fergus et sa compagne dénichèrent chez un antiquaire « Orgie » de Chrysis Jungbluth. La compagne de l’auteur étant atteinte d’un cancer, ils n’avaient pas les moyens de se l’offrir. De retour aux États-Unis, Jim Fergus eut envie de faire plaisir à sa compagne et il le fit venir de France.  « Orgie » fut le dernier cadeau de Noël de cette dernière. Elle légua le tableau à sa fille afin qu’elle soit plus libérée et à l’aise dans son corps comme les personnages du tableau. Jim Fergus dédie à son tour son roman à sa belle-fille.

« Souvenir de l’amour » nous raconte bien entendu la création de ce tableau et la deuxième naissance de Chrysis Jungbluth. Le Montparnasse des années 20 est un éblouissement pour la jeune femme : « Les gens qui y vivaient depuis longtemps l’appelaient simplement « le village », tant l’atmosphère de ce quartier était particulière, insufflant une sorte d’énergie folle qui avait été étouffée par la guerre et qui s’exprimait tout à coup librement comme le champagne qu’on vient de déboucher, jaillissant dans une explosion festive, pour célébrer un nouveau mode d’expression, une nouvelle manière d’être – la renaissance et la réinvention de la vie comme de l’art. » On croise dans les pages de ce roman Braque, Picasso, Pascin, Soutine … Un Montparnasse possédé par la fièvre de la liberté, de la sensualité et de l’art que j’aurais beaucoup aimé connaître et dont Jim Fergus sait rendre l’atmosphère.

Et puis, il y a l’amour fou de Chrysis et Bogey. Ces deux-là n’étaient pas nés pour se rencontrer mais leurs destinées vont finir par se croiser. Et c’est ce point de rencontre qui est également au coeur du roman. Jim Fergus prend plaisir à nous raconter la vie de Bogey et Chrysis avant que leurs regards ne se croisent. Les deux personnages semblent se construire pour cet amour, se transformer pour le recevoir.

« Souvenir de l’amour » est un très bel hommage à Chrysis Jungbluth, au Montparnasse des années 20 follement libre et créatif, au sentiment amoureux. Merci à ma copine Delphine de ma l’avoir fait découvrir.

Une photo, quelques mots (146ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

atelierjpg© Romaric Cazaux

Ce matin, Romain s’est levé de bonne heure. Avec la boule au ventre. Un mélange d’anxiété et d’excitation qui lui a fait ouvrir les yeux plus tôt que de coutume. 7h10. Son rendez-vous était prévu à 11h. Ne surtout pas se rendormir, ne pas se laisser submerger par le sommeil. Il voulait faire bonne impression pour ce premier rendez-vous. Il sait que s’il se rendort, son visage aura l’air froissée, chiffonné. Hors de question pour lui d’avoir l’air négligé. Ce n’était pas dans ses habitudes.

Romain a le souci du détail, du raffinement et de l’élégance vestimentaire. Ses amis se moquaient assez de sa manière de se vêtir, de ses afféteries de dandy intemporel. Ils l’avaient d’ailleurs averti avant son rendez-vous : surtout n’en fait pas trop, ne sois pas trop intimidant avec tes costumes trois pièces et tes chapeaux. Avoir l’air abordable, pas trop original, voilà à quoi il devait arriver.

Il avait le temps pour se préparer, pour choisir soigneusement ce qu’il allait porter. Romain avait attendu longtemps ce premier rendez-vous. Un rendez-vous qui pouvait changer sa vie. En tout cas, c’est ce que Romain espérait. Un café et une longue douche pour finir de le réveiller. Rasé de près, sobrement parfumé, Romain se dirigea vers son imposante penderie. Résister au veston, penser à plus de simplicité.

La fébrilité commençait à le gagner. Rencontrer quelqu’un pour la première fois n’avait jamais été évident pour lui. Sa timidité passait pour de la distance, de l’arrogance parfois. Pour éviter de trop se dévoiler, il se lançait dans des sujets pointus comme la peinture française du 18ème siècle, le sujet de sa thèse. La conversation tournait rapidement court, la personne en face sombrait peu à peu dans l’ennui.

Le temps passait rapidement. Déjà 10h ! Vite, il fallait se décider. Une chemise, un pull, un jean noir, il ne pouvait pas faire plus abordable ! Son long imper bleu roi, un peu militaire, avec un chapeau à bords courts dans la même teinte. Sa seule fantaisie serait ses gants à clous. Son originalité devait bien apparaître quelque part !

Il fallait se décider à partir, rejoindre le RER, descendre à Versailles Rive Gauche, traverser les jardins tant aimés pour rejoindre le bureau de la conservatrice en chef des peintures du château. « Allez Romain, il faut que tu décroches ce boulot ! Le boulot de tes rêves ! »

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Mr Turner

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Les dernières années de la vie de John Mallord William Turner (1775-1851) sont actuellement à l’honneur avec l’exposition de la Tate Britain et le film de Mike Leigh sorti la semaine dernière en France.

L’exposition de la Tate porte sur les années 1835-1851. Les seize dernières années de la vie de Turner sont celles où son travail est le plus audacieux. Ces œuvres vont très loin dans l’innovation picturale, elles vont à la limite de l’abstraction. Turner travaille aussi bien la forme que le fond. Une salle entière est consacrée aux petits formats carrés, octogonaux ou ronds créés à cette époque. Ce type de format est inhabituel à l’époque et c’est dans cette série que Turner lâche le plus sa touche et explore son art.

A River Seen from a Hill circa 1840-5 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851A river seen from a hill

Le travail de Turner est à l’époque très mal reçu par la critique. On pense qu’il devient aveugle ou qu’il perd la tête. Ses tentatives picturales détonnent par rapport aux autres œuvres exposées à la Royal Academy.

snow_storm_steam_boat_off_a_harbour_s_mouthSnow storm-Steam boat off a Harbour’s mouth

Malgré ses innovations, Turner a toujours voulu exposer à la Royal Academy, il le fit d’ailleurs jusqu’en 1850. Loin de lui l’idée de sortir du sérail, sa peinture s’inscrit dans une tradition picturale directement venue de Le Lorrain. Ses toiles sont imprégnées de culture classique, ses thèmes sont empruntés à la mythologie, à Shakespeare ou à l’histoire récente.

Regulus 1828, reworked 1837 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851Regulus

La grande affaire de Turner restera tout au long de sa vie la mer, la nature. Sa fascination pour la mer semble s’accentuer avec l’âge. Il fait de très nombreux séjours à Margate, dans le Kent, où il rencontre Mrs Booth avec qui il finit sa vie. Toute son attention se porte sur la manière de rendre les phénomènes naturels, la lumière du bord de mer. Il continue à beaucoup voyager jusqu’à la fin de sa vie. L’exposition présente une série magnifique d’aquarelles de ses derniers voyages notamment en Suisse.

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Le film de Mike Leigh est un parfait complément à l’exposition de la Tate Britain et il en est même une illustration. Le film se concentre sur les vingt cinq dernières années de Turner.

Mike Leigh nous dépeint un personne peu aimable, perpétuellement en train de grogner et peu séduisant. Il montre également très bien le fossé qui se creuse entre les membres de la Royal Academy et Turner dont le travail les dépasse. Même le fervent Ruskin finit par le lâcher.

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Ce que montre admirablement le film, c’est un homme habité par son art. Turner ne sort jamais sans son matériel à dessin ou à aquarelles. Chaque sortie est un prétexte pour dessiner. Une des scènes montre Turner accroché au mât d’un bateau en pleine tempête de neige. Cela fait partie du mythe du peintre mais elle montre bien son extrême fascination pour les éléments naturels.

Timothy Spall n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes, il est un parfait Turner. Grimaçant, bourru, il laisse échapper de l’émotion par petites touches comme dans la scène où le peintre chante du Purcell. La reconstitution de l’Angleterre du 19ème siècle est très réussie, on y voit les débuts de l’industrialisation qui intéressèrent tant le peintre. Mike Leigh a utilisé les mêmes tonalités pour ses paysages que la palette de Turner, un bel hommage esthétique au travail du peintre.

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Une exposition, un film pour célébrer l’immense talent de JMW Turner, peintre précurseur qui inspira les impressionnistes et qui nous entraine dans un tourbillon pictural de couleurs et de sensations.

Constellation d’Adrien Bosc

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Le 27 octobre 1949, le quadrimoteur Constellation EBAZN d’Air France quitte Orly pour les États-Unis. À son bord, la star de la boxe française, Marcel Cerdan,  qui va rejoindre Edith Piaf avant son combat décisif contre Jack La Motta. Ginette Neveu, la plus virtuose des violonistes de son temps, prend également place dans le Constellation. Une tournée l’attend aux États-Unis. Des anonymes complètent l’assemblée. L’avion doit faire escale dans les Açores. Arrivé dans la zone, le Constellation s’écrase sur la crête du mont Redondo sur l’île de Säo Miguel. Aucun des passagers ne survit à la catastrophe.

« Un concours infini de causes détermine le plus improbable résultat. Quarante-huit personnes, autant d’agents d’incertitudes englobées dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante-huit fragments d’histoires forment un monde. Un sondage mouvant et précipité dépassant par sa description le conformisme même des études. Une recension d’hommes, de femmes. »

Adrien Bosc s’est intéressé à cette constellation de passagers, il a regardé de près leur destin et ce qui les a amenés à prendre l’avion d’Air France. Le cas de Marcel Cerdan est le plus connu et le plus emblématique de cet accident. Lui qui n’aimait pas prendre l’avion et qui devait traverser l’Atlantique en bateau, a changé son voyage pour satisfaire Edith Piaf qui le pressait de venir la rejoindre.

Adrien Bosc rend hommage également aux autres passagers du Constellation. Certains destins sont profondément émouvants. C’est le cas de Amélie Ringler, bobineuse à Mulhouse qui vient de voir son destin bouleversé. Une tante, vivant aux États-Unis, lui lègue toute sa fortune. La traversée devait amener Amélie vers une nouvelle vie, radieuse et luxueuse. Cinq bergers basques espéraient également changer de vie et de condition en prenant place dans le Constellation. Comme nombre d’entre eux a l’époque, ils tentaient l’aventure, le rêve américain. Et puis, il y a ceux à qui la chance à souri le 27 octobre 1949. Ceux qui peuvent remercier la passion amoureuse dévorante d’Edith Piaf. Trois personnes, dont un couple en lune de miel, sont obligées de laisser leur place à Cerdan et ses managers, échappant ainsi à leur destin tragique.

Les différents passagers sortis de l’oubli par Adrien Bosc forment une constellation perdue au-dessus des Açores. Ils constituent également un échantillon de ce qu’était la société française, des possibles, des espoirs qui s’offraient aux gens de leur époque.

Adrien Bosc est très attentif et sensible à ces lignes de vies brisées, interrompues par la chute du Constellation. Il s’attache avec son étude de ces destins à ce que Breton nommait les hasards objectifs. Ces coïncidences, ces événements qui font que l’on se retrouve au bon ou au mauvais endroit. La fragilité du destin, les forces mystérieuses du hasard qui semblent régir nos vies, sont au cœur du premier roman de Adrien Bosc.

J’ai été très touchée par cette réflexion sur le destin, sur ces vies restées en suspens sur le mont Redondo. La poésie de l’écriture de Adrien Bosc m’a totalement séduite. Une très belle réussite. 5/5

 

Une photo, quelques mots (145ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Kot

« Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. » Je suis comme le personnage de « L’homme qui aimait les femmes », je pourrais passer mon temps à les regarder marcher.

Je m’installe dans un café rue de Rivoli et je regarde les passantes. Leurs démarches en disent long lorsque l’on sait les observer. Il y a les flâneuses qui avancent tranquillement, qui prennent le temps de regarder les boutiques ; les rêveuses qui manquent de se cogner aux poteaux, aux autres passants, elles ont le nez en l’air et la tête pleine de mille et un projets ; les débordées qui foncent et se fraient un passage en zigzagant, elles se donnent des airs d’importance pour montrer que leur temps est précieux.

Les saisons agissent aussi beaucoup sur les jambes des femmes. L’été nous les découvre et sans le poids des pantalons ou des collants, elles se font légères. Le rythme des pas se ralentit, s’alanguit. L’hiver les blottit sous des couches molletonnées de laine, de coton et de longues bottes.  Le galbe délicat des mollets s’efface face au frimas.

Nous sommes en novembre. Le froid s’installe doucement, la pluie domine nos journées de sa grise morosité. La jeune femme sur le trottoir d’en face a revêtu son camouflage de saison : chaud et sombre. L’averse lui fait accélérer le pas. Elle sort peut-être de son travail, elle est pressée de retrouver la chaleur de son foyer, de sa famille. Son parapluie l’encombre, elle a hâte de s’engouffrer dans la bouche du métro. Hâte de se mettre à l’abri, d’être au sec, loin des intempéries. Sa marche rapide, vive aura contribué à l’harmonie de ma journée. La regarder avancer m’aura apporté un certain contentement, un certain apaisement.

La rue de Rivoli s’est peu à peu vidée, c’est la fin de la journée. La pluie a fait fuir les passantes. Je n’ai plus rien à observer, plus de jambes arpentant le pavé. Je vais rentrer. Retrouver ma femme que je ne vois plus marcher depuis dix ans, depuis notre accident de voiture.

Bilan plan Orsec et films de novembre

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Ce mois-ci mon bilan plan Orsec est positif : 3 livres de ma PAL et un livre prêté. Tout doucement la PAL diminue, tout doucement…

En novembre, il fait froid, il faut donc se réfugier au cinéma !

Mes coups de cœur :

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 Gary Hook (Jack O’Connell), jeune engagé dans l’armée anglaise, se retrouve à Belfast pour sa première mission. Nous sommes en 1971, la guerre civile ravage les rues et chaque déplacement de l’armée est à haut risque. Tout peut rapidement basculer. Hook le constate dès sa première sortie. Il est pris à part avec un camarade par un groupe de catholiques. Le deuxième soldat est abattu d’une balle dans la tête. Hook s’échappe et commence pour lui une cavalcade dans les rues labyrinthiques de Belfast. La course-poursuite est haletante, captivante. Hook se trouve plongé dans la complexité d’un conflit dont il ne sait rien et est rapidement poursuivi également par des flics anglais véreux. Le film permet de rendre l’ampleur de cette guerre, la dévastation de la ville. Le spectateur retient son souffle pendant 1h39 en espérant que Hook réussira à sortir vivant de cette mission. Il faut souligner qu’il s’agit du premier long métrage de Yann Demange et saluer la maîtrise parfaite de sa mise en scène.

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Steve (Antoine-Olivier Pilon) est exclu du centre où il séjournait. Diane (Anne Dorval), sa mère, récupère son fils hyperactif et violent. Elle pense que l’amour et l’attention vont suffire à le soigner. Rapidement dépassée, Diane reçoit l’aide inattendue de Kyla (Suzanne Clément) la nouvelle voisine. Au début, je me suis dit que les excès, la violence des sentiments et des mots allaient finir par me lasser. Mais ce ne fut pas le cas, j’ai été happée par l’émotion, par la prouesse et la force des trois comédiens. La mise en scène de Xavier Dolan est flamboyante, lyrique. Une idée toute simple qui permet de faire comprendre beaucoup : l’écran change de taille, lorsque l’horizon se dégage pour Steve, l’image s’agrandit. Des instants de bonheur simple, de répit pour ces trois personnages fêlés, blessés qui vous marqueront pour longtemps.

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Lou (Jake Gyllenhaal) trouve un soir sa vocation. Des « journalistes » filment au plus près un carambolage pour vendre les images aux journaux locaux. Lou achète le matériel nécessaire et se met en chasse des faits divers sanglants. Lou est un personnage nauséabond, sans morale aucune comme nous le montrera la suite du film et donc fait pour ce voyeurisme ignoble. Jake Gyllenhaal réalise une performance éblouissante avec ce personnage cynique, froid, prêt à tout pour la gloire et passablement effrayant. Un être détestable qui permet de dénoncer cette recherche de sensationnalisme, cette exploitation scandaleuse du malheur d’autrui.

Et sinon :

  • « De l’autre côté du mur » de Christian Schwochow : En 1978, Nelly (Jördis Triebel) réussit à quitter Berlin-Est avec son fils. De l’autre côté du mur, l’attend toute une série d’examens médicaux et d’interrogatoires. Nelly est la veuve d’un scientifique soviétique dont la mort questionne. En attendant, Nelly doit vivre dans un camps de réfugiés. Je ne connaissais pas l’existence de ces camps entre les deux pays où les allemands de l’est vivaient dans la précarité avant de découvrir la liberté tant souhaitée. Nelly apporte avec elle toute la paranoïa de l’Allemagne de l’Est. Se méfiant de tout, paralysée par sa peur, c’est un personnage sur le fil en permanence. Une tension bien tenue de bout en bout par Christian Schwochow.
  • « Love is strange » de Ira Sachs : Après 39 ans de vie commune, George (John Lithgow) et Ben (Alfred Molina) se marient. Les amis et la famille des deux new yorkais louent leur amour et leur bonheur. Malheureusement, Ben, chef de chorale dans une école catholique, est victime de l’hypocrisie sociale et est licencié. Les deux vieux amants sont obligés de vendre leur appartement et de vivre séparés chez leurs amis en attendant de trouver une solution. Le portrait de ce couple de sexagénaires est extrêmement touchant. Ben n’arrive plus à dormir sans George à ses côtés. Leur séparation douloureuse nous bouleverse grâce à l’interprétation fine et délicate des deux acteurs principaux.
  • « Une nouvelle amie » de François Ozon : Claire (Anaïs Demoustier) vient de perdre son amie d’enfance. C’est un choc pour elle et le mari de son amie disparue David (Romain Duris). Claire lui rend une visite pour prendre de ses nouvelles et de celles de son bébé. Elle découvre avec effarement un David habillé et maquillé comme sa femme décédée. François Ozon s’intéresse une nouvelle fois à l’identité, à l’ambiguïté d’un personnage et au détournement de la réalité. Une relation trouble se noue entre Claire et David qui est parfaitement rendue par le cinéaste. Autant j’ai trouvé Anaïs Demoustier parfaite (comme toujours), autant j’ai eu du mal à adhérer à Romain Duris en talons aiguille même s’il fait tout ce qu’il peut pour rendre son personnage crédible.