Une photo, quelques mots (138ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

Arras-20141© Marion Pluss

Anne marche. Elle marche sans but dans les rues d’Arras. Il est deux heures du matin. Anne est insomniaque depuis quelques temps. Marcher l’apaise et l’aide à trouver le sommeil. Les rues sont vides, le silence envahit tout. Arras ressemble à une ville fantôme. Seules les enseignes des magasins rappellent l’activité de la journée. Anne en profite pour regarder les vitrines.

Elle s’arrête devant celle du coiffeur. Avec ses nombreux néons, elle illumine le passage couvert. Elle la fréquente depuis 25 ans cette boutique. Avant son premier rendez-vous avec Philippe, elle était venue se faire coiffer ici. Elle voulait être à son avantage pour ce garçon qui lui plaisait tant. Ils avaient tout juste vingt ans tous les deux. Leur vie était à construire et ils décidèrent de le faire ensemble.

Le mariage se décida très vite. On n’a pas de temps à perdre à vingt ans ! C’est toujours dans cette boutique qu’Anne décida de se faire coiffer le jour de son mariage. Quelle matinée mémorable ce fut ! Toutes les demoiselles d’honneur étaient là, ainsi que la mère et la future belle-mère d’Anne. La boutique avait été réquisitionnée par la famille ! Que de discussions animées, de rires, d’exclamations de joie ! Anne avait choisi un chignon banane égayé de perles blanches. Elle se pâmait d’envie devant celui de Kim Novak dans « Vertigo ». Une très belle journée, vraiment.

Après, Anne était moins venue. La vie à deux, les enfants, le travail, tout ça l’occupait beaucoup. Trop peut-être, elle en avait oublié sa féminité. Ca lui avait sauté au visage quand elle avait découvert que Philippe la trompait. Les enfants étaient déjà grands, le temps était passé si vite. Alors elle était retournée chez le coiffeur pour l’étonner, le surprendre. Lire à nouveau l’amour et le désir dans son regard. Croire que tout n’était pas perdu.

Quatre heures du matin. Il faut qu’Anne se décide à rentrer. La ville va bientôt commencer à s’éveiller. Les ombres vont s’estomper, les lumières des néons s’affadir. Le bruit va faire oublier le silence. Il faut qu’elle rentre même si elle n’en a pas envie. Sa journée aussi va finir par commencer. Il faut qu’elle essaie de se reposer un peu avant la sonnerie tonitruante du réveil. Il faut qu’elle rentre, qu’elle retrouve son appartement et son grand lit si froid, si vide.

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Huit jours à New York de Julien Coquentin

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 Lors du Festival America, j’avais pu admirer les photos de Julien Coquentin qui étaient exposées à côté de l’Hôtel de Ville de Vincennes. Y étaient présentées deux séries : « Huit jours à New York » et « Tôt un dimanche matin » à Montréal.  Les ayant vantées à droite à gauche, mes amis m’ont offert son recueil consacré à New York. Le photographe a donc passé huit jours à New York et il en compose « une esquisse » à travers ses clichés.

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Le recueil de photos est un petit volume dans lequel transparaît bien l’atmosphère de la ville. New York est une ville iconique, à moult reprises photographiée et tout un chacun est capable de l’identifier qu’il y soit allé ou non. Et je ne cesserai jamais de m’émerveiller devant l’incroyable photogénie de cette ville. Peut-être est-ce parce que je rêve d’y aller depuis bien longtemps. New York est, en effet, solidement ancrée dans mon imaginaire littéraire et cinématographique.

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Pourquoi vous parler du travail de Julien Coquentin puisqu’il y a tant de photos sur the big apple ? Tout d’abord j’ai été frappée par son sens du cadrage qui nous donne à voir les choses sous un angle différent. Je trouve la première photo illustrant mon billet très parlante quant à cet aspect. Ensuite, j’ai été séduite par les couleurs des clichés. L’œil est toujours attirée par des tâches, des zones de couleurs vives contrastant avec des environnements plus sombres ou plus ternes ce qui donne un éclat particulier à chaque photo. Celle qui est juste au-dessus est ma préférée : les immeubles et le ciel se fondent dans une harmonie de gris/beige et se détache ce grand arbre verdoyant perpendiculaire au store rouge. En grand format à Vincennes, cette image était sublime (Delphine peut en témoigner, je me suis extasiée tous les jours du festival en passant devant !).

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Ce qui m’a également plu, c’est la proximité créée avec le spectateur. Ce ne sont pas des visions écrasantes de New York mais plutôt des scènes de la vie quotidienne, des moments de vie immortalisés lors d’une flânerie dans la ville. Le spectateur est au cœur de New York parmi ceux qui y vivent. Ces photos donnent presque un côté plus humain à cette mégalopole.

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Je ne me lasse pas de regarder ce recueil de photos et si celles-ci vous ont plu, n’hésitez pas à faire un tour sur le site de Julien Coquentin qui présente son travail, la série sur Montréal est également particulièrement réussie.

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Y comme Romy de Myriam Levain et Julia Tissier

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Vous connaissez mon peu d’appétence pour la chick-lit et me voilà m’apprêtant à vous parler d’un petit livre 100% girly. Romy est de la génération Y : « presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot. » Ce sont ses aventures quotidiennes qui composent les cinquante chapitres. Ils sont accompagnés des dessins de Louison.

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Romy n’est pas sans nous rappeler Bridget Jones pour ses tentatives sentimentales compliquées (l’amour 2.0 n’est pas une sinécure et apporte finalement beaucoup de déceptions), son amour immodéré pour les soirées hautement alcoolisées, ses parents divorcés qui la prennent comme confidente (son père découvre les joies de meetic tandis que sa mère apprend péniblement à se servir de facebook) et sa copine Sonia avec qui elle peut tout partager. Romy a également un sens aigu de l’autodérision et son humour est communicatif.

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Toutes les situations y passent : du coiffeur d’où l’on sort avec la furieuse  envie de se recoiffer, de la déprime inévitable du dimanche soir, des attentes désespérés de sms, des cadeaux inutiles offerts par la famille à Noël, du dragueur relou de la rue à celui qui se croit au-dessus du lot. Romy accumule les mauvais plans, les ratages mais toujours avec le sourire. Romy ne baisse pas les bras, elle ne restera pas en CDD (boulot et mec) toute sa vie. Vous vous reconnaîtrez forcément dans certaines situations et vous rirez des autres.

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« Y comme Romy » est un petit livre fort sympathique, plein d’humour et que l’on a envie de lire avec ses copines.

Merci aux éditions Robert-Laffont pour ce moment de détente.

Une photo, quelques mots (137ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

romaric-cazaux© Romaric Cazaux

J’arrive à la fin de ma vie et je me souviens. Je me souviens du temps où je n’avais pas de barbe. J’avais 18 ans et je voulais fuir ma famille, ma campagne. Je m’y sentais à l’étroit, contraint par mon milieu, par mes parents qui espéraient que je travaille à la ferme avec eux. L’horizon me paraissait bas. J’étouffais dans ce village où tout le monde connaissait la vie de chacun. J’avais besoin d’air, d’espace. Alors je suis parti. J’ai choisi de partir le plus loin possible. J’ai choisi Paris. Je ne pouvais pas trouver plus différent de ce que j’avais vécu : une ville immense, grouillant de quidams anonymes. L’endroit idéal pour se réinventer, pour commencer à écrire ma vie d’adulte sur une page blanche. Paris m’offrait l’infini des possibles que ma campagne ne pouvait me donner.

Mais une grande ville peut déconcerter, épuiser même les plus enthousiastes. J’ai cru avoir trouvé ma place dans les artères palpitantes, les couloirs sous-terrains obscurs, les petits cafés de quartier. Je me fondais dans le paysage urbain. Mais cela n’a pas duré. Comment trouver sa route lorsque l’on veut en nier le point de départ ?

A la mort de mes parents, j’ai du revenir dans mon village. Il fallait solder l’héritage, vendre ou non la ferme. Et vous savez quoi ? Je ne suis jamais reparti ! J’ai été incapable de me séparer de la maison, des terres. A 40 ans, il était temps que je regarde mes origines en face. Et finalement, mes parents avaient raison, j’étais fait pour le terroir.

J’ai 70 ans aujourd’hui et je suis en paix avec mon histoire. Je me suis laissé pousser la barbe, comme mon père et mon grand-père avant moi. J’ai retrouvé des photos d’eux récemment et je  leur ressemble de plus en plus. D’ailleurs, cette casquette, c’était celle que portait mon père. Ma façon de rendre hommage à sa vie, à son travail et de lui dire que je suis rentré au bercail.

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Blacksad de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido

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Grâce à Miss Léo, j’ai découvert « Blacksad » et je la remercie car c’est une excellente bande-dessinée. Elle reprend les codes des romans noirs américains des années 50 notamment ceux de Dashiell Hammett ou Raymond Chandler.

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John Blacksad est un Philip Marlowe tout en poils en en vibrisses. Il est solitaire, un brin désabusé mais néanmoins séducteur et ne se laisse pas facilement impressionné. Et il porte l’immanquable imper, uniforme de tout détective privé qui se respecte. Dans le premier tome, il doit enquêter sur le meurtre d’une actrice, Natalia Wilford, qui se trouve être un ancien amour. L’enquête est, dans ce premier volume, très classique avec son lot de corruption, de bagarres musclés et se déroulant dans une mégapole inspirée de  New York. Les tomes suivants s’emparent de thèmes très différents, moins abordés dans les romans noirs : le deuxième parle du racisme avec des pseudos nazis qui font régner la terreur, le troisième porte sur la période du maccarthysme et de la bombe H.

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Les dessins sont absolument magnifiques. Juanjo Guarnido joue avec les couleurs, passant au sépia pour les flashbacks et intensifiant les teintes pour les moments plus joyeux. Le découpage est très cinématographique. Il surprend souvent le lecteur avec des changements de rythme, d’affichage (par ex : un dessin pleine page ou une case incongrue par rapport aux précédentes). L’ensemble est extrêmement dynamique, Guarnido instille beaucoup de mouvement dans ses dessins.

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Pour ce qui est de l’anthropomorphisme des animaux, je rejoins totalement l’avis de Miss Léo quant au choix judicieux des races par rapport aux caractères des personnages : une fouine journaliste, un chat détective nonchalant, un chien un chef de la police ou encore un crapaud magnat infâme et louche.

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« Blacksad » est une BD totalement réussie qui plaira à tous les amateurs de roman noirs dont je fais partie comme vous l’aurez compris. Soignée, originale, surprenante, cette BD m’a complètement emballée. Merci Miss Léo !

Une photo, quelques mots (136ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

enfant-kot© Kot

« Tempus fugit »

Cours, mon fils, cours.

Cours avant que le temps ne te rattrape.

Cours avant que ton enfance ne passe.

Les heures, les jours te semblent infinis.

Ils s’écoulent lentement sur ton visage innocent,

Sans laisser de marque,

Sans laisser de trace.

Ne te retourne pas, mon fils.

Avance, avance.

Tu as tant à vivre.

S’offrent à toi tant de promesses,

De rire,

De joie,

De tendresse.

Les larmes aussi parsèmeront ta route.

Il faudra les balayer, les oublier.

Ne laisse pas le temps éteindre les étincelles dans tes yeux.

Profite de chaque instant,

Car demain est déjà là,

Faisant de ces instants des souvenirs à jamais évanouis, à jamais enfouis.

Cours, mon fils, cours

Profiter de la vie.

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Bilan plan Orsec et film de septembre / Fin du mois américain et nouveau challenge

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Voilà un mois de septembre bien pauvre en lecture, j’ai été quelque peu perturbée par la rentrée et j’ai pas encore trouvé mon rythme de croisière. J’ai quand même réussi à tenir mon engagement du Plan Orsec de George et Miss Bouquinaix !

En revanche, le cinéma est toujours mon ami !

Mes coups de cœur :

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Benjamin (Vincent Lacoste) commence son internat dans l’hôpital parisien où travaille son père (Jacques Gamblin). Un peu trop sûr de lui, Benjamin va rapidement être confronté à la dure réalité des longues gardes, des malades et du manque de moyens. Thomas Lilti est lui-même médecin et il nous donne une vision très réaliste de la vie d’un hôpital aujourd’hui. Peut-être a-t-il voulu traiter trop de thèmes (la loi Leonetti, les médecins étrangers qui ont un statut d’interne, le manque de moyens…) mais c’est un film fort, sincère et très réussi. Vincent Lacoste et surtout Reda Kateb, qui joue un faisant fonction d’interne, sont formidables et attachants.

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Adaptation du roman de Joyce Maynard qui est plutôt fidèle. On retrouve le coeur du roman : Adele (Kate Winslet) et son fils (Gattlin Griffith) se retrouvent « prise en otage » par Frank (Josh Brolin) un ancien détenu qui vient de s’évader. Deux choses m’ont gênée : le début diffère du roman, Franck est plus menaçant que chez Joyce Maynard et c’est son histoire qui est le fils rouge et non celle d’Adele. Mais je chipote car c’est un bon film avec un excellent casting avec une mention spéciale au jeune Gattlin Griffith.

Et sinon:

  • « Trois cœurs » de Benoît Jacquot : Marc (Benoit Poelvoorde) est inspecteur des impôts. Lors d’un de ses déplacements en province, il croise Sylvie (Charlotte Gainsbourg). Ils passent la soirée ensemble, tombent follement amoureux et se donnent rendez-vous la semaine suivante  à Paris au jardin des Tuileries. Mais Marc ne pourra être au rendez-vous et ne retrouvera pas sa belle. Malencontreux hasard, il rencontre sa sœur (Chiara Mastroianni) et l’épouse. Outre le brillant casting (mais pourquoi le cinéma français ne donne-t-il pas plus de rôle à Chiara Mastroianni ?), la force du film est l’imminence de la tragédie. Elle plane, elle étreint le spectateur qui guette le moment où tout bascule. Benoit Jacquot ne laisse aucune chance à ses personnages qui forcément vont se détruire à cause de l’amour puissant qui les lie. Un beau mélo classique.

 

  • « Gemma Bovery » de Anne Fontaine : Le roman graphique de Posy Simmonds passe sur grand écran à l’instar de « Tamara Drewe », déjà avec la ravissante Gemma Arterton. En face de la maison de Martin (Fabrice Luchini), boulanger d’un village normand, s’installe un couple dont le nom le fait rêver : Charles et Gemma Bovery. Dès lors, Martin va vouloir protéger Gemma de sa destinée qu’il imagine semblable à celle de l’héroïne de Flaubert. La satire de Posy Simmonds perd certes de sa force, le trait est souvent trop lourd et peu subtil mais j’ai pris plaisir à voir ce film léger et frais.

 

  • « Brèves de comptoir » de Jean-Michel Ribes : Le film de Jean-Michel Ribes est fait du recueil de brèves de comptoir de JM Gouriau qui avait déjà donné lieu à une pièce de théâtre. Dans un bistrot de quartier défile toute une cohorte d’habitués : le boucher, le politicien, le peintre, les taxis, l’employé de pompes-funèbres… L’exercice était périlleux et malgré un casting haut de gamme, je suis ressortie avec la sensation d’avoir assisté à un empilement de bons mots et pas à un film.

 

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Le mois américain s’est achevé et je tenais à remercier tous les participants pour leurs très nombreux billets. Encore une fois, le festival America fut une véritable réussite et j’ai pris beaucoup de plaisir à écouter les auteurs présents. Vivement 2016 ! Mais il est fort possible que je n’attende pas cette date pour vous faire voyager au-delà de l’Atlantique !

En attendant le retour du mois américain, je vous propose d’aller au cinéma avec François Truffaut ! J’en avais eu l’idée cet été avant de découvrir que la cinémathèque lui rendait hommage à partir du 8 octobre.  En plus de revoir ses films et ses courts-métrages, nous pourrons donc profiter de cette exposition. Je n’ai pas encore eu le temps de faire mon logo mais ça ne saurait tarder ! J’espère que vous serez nombreux à visionner avec moi l’œuvre de cet immense cinéaste.

-francois-truffaut_xl