Billet récapitulatif du mois américain 2014

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  • Le 1er :

-Adalana : "Le cœur est un chasseur solitaire" de Carson McCullers

-Belette : "Branle-bas au 87" de Ed McBain

-Laure : "Les filles de l’ouragan" de Joyce Maynard

-Marjorie : "Long week-end" de Joyce Maynard et "Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur" d’Harper Lee

-Miss Léo : "Le garçon d’à côté" de Katrina Kittle

-Syl : "Et devant moi le monde" & "L’homme de la montagne" de Joyce Maynard

-Titine : "Long week-end" de Joyce Maynard

  • Le 2 :

-Adalana : "La vie devant ses yeux" de Laura Kasischke

-Eva : "Le diable,  tout le temps" de Donald Ray Pollock

-Natiora : "Face au mal" de Bill Loehfelm

 

Long week-end de Joyce Maynard

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Le long week-end du Labor Day 1987 s’annonce caniculaire. La rentrée des classes approchant, Henry, 13 ans, et sa mère Adele se rendent au supermarché pour acheter un  nouveau pantalon. C’est là que Henry est abordé par un homme. Ce dernier demande de l’aide au jeune garçon : "C’est alors que je l’ai vraiment regardé. Il était grand. Avec des muscles apparents sur le cou et la partie des bras que ne couvrait pas la chemise. Une de ces personnes dont le visage révèle ce que serait le crâne sans la peau. Il portait la chemise des employés de pricemart – rouge, avec le nom inscrit sur la poche : Vinnie. Et puis, j’ai vu que sa jambe saignait, au point que le sang avait traversé le tissu du pantalon et imprégnait la chaussure, ou plutôt la savate." Adele accepte de lui venir en aide et le ramène chez eux. Rapidement, l’identité de l’homme est mise à jour : son nom est Frank, il vient de s’évader de l’hôpital de la prison où il était détenu pour meurtre. Adele et Henry deviennent ses otages.

Ce huis-clos nous est raconté par Henry une fois devenu adulte, ce qui lui permet d’avoir du recul sur ce week-end si marquant dans sa vie et celle de sa mère. L’atmosphère est dès le départ très particulière. Frank n’emploie à aucun moment la force pour s’introduire chez Adele. Cela ressemble peu à une prise d’otages et cela tient à la personnalité de la mère d’Henry. Entrelacées dans le récit du week-end, des brides de la vie d’Adele nous permettent de mieux la connaître. Elle vit quasiment en recluse dans sa maison, ne préparant que des surgelés ou des soupes Campbell à son fils. Adele est divorcée, Henry passe tous ses week-ends avec son père et sa nouvelle femme mais il s’intègre mal dans sa deuxième famille. On comprendra au fil du récit les évènements qui ont ébranlé la vie d’Adele et ont fait d’elle une femme si étrange, une femme prête à recevoir chez elle un meurtrier recherché par la police. Et à créer une relation intime avec lui, Frank prend la place du compagnon/du père qui a déserté la maison. Tous les trois vivent dans une bulle, se réinventent le temps de ce long week-end.

"Long week-end" est un roman captivant à l’intrigue parfaitement menée. Il dresse avec beaucoup de sensibilité et de tendresse le portrait d’une femme blessée par la vie et qui renaît le temps d’un week-end.

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Bilan Plan Orsec et films d’août/Challenge I love you/Mois américain

Enfin une baisse de PAL significative grâce à un mois d’août morose et tristoune (on se console comme on peut!) ! Neuf livres au compteur pour ce mois mais pas de livre prêté, je ne respecte pas tout à fait mon programme du Plan Orsec de mes copines George et Miss Bouquinaix.

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Et un beau mois d’août cinématographique :

Mes coups de cœur :

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Voilà un premier film très original et très réussi. Madeleine (Adèle Haenel) se prépare à la fin du monde qui se rapproche à grands pas. Elle nage avec des briques dans son sac à dos, se fait un jus de maquereau cru et se bat contre les garçons. Arnaud (Kevin Azaïs), un jeune menuisier, tombe sous le charme de cette jeune femme rugueuse. Il va jusqu’à s’inscrire au stage de survie de l’armée de terre pour rester avec elle. Le film va nous montrer le rapprochement de ces deux jeunes gens que tout oppose. Une surprenante histoire d’amour, atypique avec deux formidables acteurs.

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Bici travaille dans une boîte de photocopies le jour et est chanteuse la nuit. Son groupe, Bici and the bitches, est bien apprécié dans les boîtes liégeoises. Bici écrit les textes et est entourée de trois garçons dont Vince son ami d’enfance dont elle est amoureuse. Le contraire n’est malheureusement pas réciproque. Bici se consume d’amour et de rage contre l’ennui, la grisaille de sa vie dans une banlieue pauvre. Bici est le croisement parfaitement réussi entre Beth Ditto et Rosetta. Ambre Grouwels, qui l’interprète, est exceptionnelle de naturel et d’énergie (et elle assure au niveau vocal !). Le réalisateur Stefan Liberski, aurait pu faire un portrait larmoyant de Bici, mais nous sommes en Belgique et l’humour est omniprésent. Un petit film très, très réussi.

Et sinon :

  • "Le beau monde" de Julie Lopes Curval : Alice (Ana Girardot) est une jeune normande timide et rêveuse. Elle souhaite intégrer une école d’arts à Paris pour développer ses talents de brodeuse. C’est là-bas qu’elle fait la connaissance d’Antoine (Stéphane Bissot), un jeune bourgeois qui cherche à devenir photographe. Sur un thème proche de "Pas son genre" de Lucas Belvaux, Julie Lopes Curval nous donne à voir une jeune femme infiniment délicate, pleine de retenue qui s’ouvre peu à peu à la vie. Le jeu d’Ana Girardot est remarquable.
  • "The double" de Richard Ayoade :  Le film est tiré du roman de F. Dostoïevski. Simon, un bureaucrate timoré, voit apparaître son double parfait. Mais ce dernier est son opposé au niveau du caractère. Il prend petit à petit la place de Simon en réussissant mieux et en séduisant la fille qui lui plaît. L’univers du film est proche de celui de "Brazil" et la performance de Jesse Eisenberg est bluffante. Quelques longueurs gâchent un peu l’ensemble.
  • "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Théis : Angélique est une entraîneuse d’âge mûr à Forbach. Un de ses anciens clients, Michel, lui propose de l’épouser et de changer de vie. Angélique accepte de partager sa vie mais va-t-elle supporter le train-train du quotidien. Ce film est quasiment un documentaire puisque Angélique Litzenburger joue son propre rôle ainsi que ses enfants. "Party girl" est un grand mélo où l’émotion affleure sans cesse. Le personnage d’Angélique est fort, violent et saisissant.

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Ce bilan du mois d’août est l’occasion pour ma chère Maggie et moi-même de clôturer le challenge "I love London". Je tiens à remercier les nombreux participants et à m’excuser auprès de Belette que je prive d’un moyen de me harceler ! J’espère d’ailleurs n’avoir oublié aucun de vos liens, n’hésitez pas à me le signaler si c’est le cas.

Mais je ne pouvais pas démarrer la rentrée sans un nouvel objectif et je vous propose donc de passer septembre aux États-Unis afin d’accompagner le formidable Festival America de Vincennes (vous pouvez déjà consulter le programme ici).  Je vous retrouve donc lundi avec la Lecture Commune du blogoclub consacré à Joyce Maynard.

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Ruth de Elizabeth Gaskell

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Ruth Hilton devient orpheline à 16 ans. Obligée de quitter la ferme de ses parents, elle se retrouve apprentie couturière chez Mrs Mason dans une ville de l’est de l’Angleterre. Ruth souffre beaucoup de sa nouvelle situation et de sa monotonie. C’est lors d’un bal, où Ruth est employée pour réparer d’éventuels accrocs, qu’elle rencontre Henry Bellingham. Le gentleman est tout de suite charmé par l’incroyable beauté de la jeune femme. Celle-ci, innocente et naïve, se laisse doucement séduire par les manières élégantes d’Henry. Et lorsque Ruth est chassée de l’atelier de couture de Mrs Mason, Bellingham décide de l’emmener avec lui au Pays de Galles. Inévitablement, la liaison s’achève, Bellingham retourne à ses obligations sociales sans se préoccuper outre mesure de sa compagne.  "La difficulté dans laquelle le plaçait sa relation avec Ruth lui rendait la jeune fille ennuyeuse, et la simple évocation de cette aventure le remplissait de regrets irrités. Considérant tout ce qui n’était pas directement lié à son confort avec indolence, il se mit à regretter de l’avoir même rencontrée. L’affaire était si embarrassante, si malencontreuse."  Ruth se retrouve seule, déshonorée et enceinte. Mais la vie semble vouloir offrir une deuxième chance à Ruth Hilton.

"Ruth" est le deuxième roman d’Elizabeth Gaskell et il date de 1853. L’histoire de cette jeune héroïne est sans doute la plus empreinte de religion de l’ensemble de l’œuvre de la romancière. Le destin de Ruth est celui d’une martyre. Elle s’est laissée entrainer dans le péché par Henry Bellingham en raison de son jeune âge et de son manque d’éducation. Après son départ, Ruth n’est que trop consciente de sa faute et elle en porte le poids. Pendant le reste de sa vie, elle va expier et tenter de se racheter. Elizabeth Gaskell nous montre le manque de compassion de la communauté dans laquelle Ruth va vivre. Elle est jugée comme une femme pervertie, irrécupérable en raison de principes religieux. Et pourtant Ruth est parfaitement irréprochable, humble et dévouée. La religion la condamne mais c’est également elle qui la sauve. Ruth se plonge en elle pour y trouver de la force et elle est accueillie par Mr Benson, un prêtre dissident. A travers ce personnage, Elizabeth Gaskell nous montre ce que la religion devrait être : charitable, accueillante pour ceux qui se repentent et prête à pardonner. Mr Benson aime son prochain, sa vision de la religion est humaniste. Des idées que partageaient Elizabeth Gaskell et qu’elle veut inculquer aux lecteurs victoriens fort prompts à juger les jeunes femmes dans la situation de Ruth.

Malgré un dolorisme religieux très appuyé à la fin du roman, le destin de Ruth est très émouvant. Et comme toujours, l’humanisme et la finesse d’Elizabeth Gaskell me touchent. La thématique m’a beaucoup fait penser à "Tess d’Urberville" de Thomas Hardy mais je ne sais pas si ce dernier connaissait ce roman de Mrs Gaskell.

Merci aux éditions Phébus pour cette lecture.

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Le bal des hommes de Gonzague Tosseri

 

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En ce matin de 1934, les policiers de la brigade mondaine, Blèche et Lazare, sont appelés au zoo de Vincennes. Leur venue semble bien incongrue dans un tel lieu. Mais pendant la nuit, des inconnus ont tué et émasculé un tigre et une panthère. Les pénis, ainsi tranchés, sont ensuite séchés et réduits en poudre pour servir d’aphrodisiaque. Il est très recherché par les homosexuels et c’est justement Blèche qui est chargé de surveiller "les invertis" de Paris. Un drôle de zèbre ce Blèche ! Il a ses entrées partout, connaissant les détails de la vie de chacun, peu bavard mais extrêmement observateur. "Personne ne l’aimait, car il ne faisait rien pour se montrer aimable, mais on le savait équitable et fidèle à sa parole, ce qui était une vertu rare chez les gars du 36. Personne ne le raillait une fois qu’il avait passé la porte et personne n’avait même songé à l’affubler d’un surnom." Blèche se met donc en quête d’infos auprès de ses indics qui ne semblent au départ pas très loquaces.  Mais l’affaire du zoo de Vincennes n’est que l’arbre qui cache la forêt, Blèche n’est pas au bout de ses découvertes.

"Le bal des hommes" est le premier roman de Gonzague Tosseri, pseudo qui cache en fait deux journalistes. Le début du livre est fort prometteur : une enquête originale, un milieu gay du Paris de l’entre-deux-guerres, un policier atypique. L’ambiance des milieux interlopes du Paris des années 30 est d’ailleurs bien rendue. Elle est poisseuse et glauque. La chair est triste, l’alcool assomme et anesthésie les âmes perdues.

Malheureusement la suite du roman ne tient pas les promesses des premiers chapitres. L’intrigue s’éparpille très vite et on perd rapidement de vue l’affaire du zoo de Vincennes. Elle ne réapparaît dans le roman qu’à la page 162. De nombreuses histoires viennent parasiter le point de départ : celles de Blèche, de sa compagne Louise, de son frère Léon, de la Samo un travesti, d’Anselme Roche homosexuel pendant la première guerre mondiale. Certes la plupart des intrigues secondaires vont converger et faire sens les unes par rapport aux autres. Mais comme cette histoire est tarabiscotée, tortueuse et finalement peu crédible. Les morceaux du puzzle peinent à donner un tout cohérent et vraisemblable. La fin laisse un goût de factice et la multiplication des intrigues enlève le côté haletant qu’aurait dû avoir l’enquête.

"Le bal des hommes" est un premier roman qui n’est pas sans qualité : un personnage principal bien campé, une ambiance bien rendue. Mais, il est plombé par une intrigue labyrinthique, complexifiée par trop d’histoires secondaires.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

Peaky Blinders

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Birmingham, 1919, le gang des Peaky Blinders (surnom dû aux lames de rasoir cachées dans leurs casquettes) impose sa loi. Bookmakers, racketteurs, ils fournissent également leur protection aux commerçants. A leur tête, Tommy Shelby (Cillian Murphy) qui veut dominer le marché des paris. Ambitieux, il a le sens tactique et le sang-froid nécessaires pour y arriver. Pour le contrer, arrive l’inspecteur Chester Campbell (Sam Neill). Dépêché de Belfast par Winston Churchill, il vient à Birmingham pour retrouver un stock d’armes qui a été volé dans la ville. Rapidement, il soupçonne les Peaky Blinders et il envoie un agent en infiltration : la belle Grace Burgess (Annabelle Wallis). Une relation complexe et ambigüe s’installe entre ces trois personnages.

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Une fois n’est pas coutume, "Peaky Blinders" nous montre le talent des britanniques pour les reconstitutions. L’ambiance est âpre, tendue et brutale. Les gangs ne se font pas de cadeau et la violence est la règle. Une atmosphère de western flotte sur ce Birmingham d’après guerre. Celle-ci est d’ailleurs  très présente, elle a changé les hommes qui en sont revenus. Beaucoup sont traumatisés, Tommy Shelby prend de l’opium pour réussir à dormir. Les effets de la première guerre mondiale ne sont pas le seul sujet d’actualité abordé dans la série. L’IRA préoccupe également les autorités ; l’inspecteur Campbell revient de Belfast où il luttait contre l’organisation. Il veut éviter que l’IRA ne récupère le stock d’armes. Il veut également contrôler les ouvriers qui se mettent en grève pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Le communisme commence à gagner leur adhésion.

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L’un  des atouts de cette série est l’utilisation de la musique. Les exactions des Peaky Blinders se font au rythme des White Stripes, Tom Waits, The Raconteurs et surtout Nick Cave ("Red right hand" en est le générique). Un pari audacieux qui me semble parfaitement réussi.

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Mais l’atout principal de cette série, c’est l’acteur irlandais Cillian Murphy. Il est totalement magnétique et même si le reste du casting est excellent, c’est lui qui aimante tous les regards. Il fait passer toute la complexité de Tommy Shelby, personnage tout à tour détestable et attachant. La performance de Cillian Murphy est réellement bluffante et la série ne serait rien sans son regard bleu acier.

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"Peaky Blinders" est une série que je vous recommande malgré une intrigue qui démarre lentement et quelques afféteries dans la réalisation (surtout des ralentis inutiles). Cillian Murphy m’a totalement emballée, il construit son personnage avec beaucoup de subtilité et de sensibilité. Un grand acteur,découvert chez Ken Loach, que j’aimerais voir plus souvent.

La lumière des étoiles mortes de John Banville

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Alex Cleave, un acteur de théâtre à la retraite, se remémore son premier amour lorsqu’il avait 15 ans. Mrs Gray était la mère du meilleur ami d’Alex et ils eurent ensemble une liaison de cinq mois. Le jeune homme découvre la sensualité, les premiers émois amoureux et les brûlures de la jalousie dans les bras de cette femme de vingt ans son aînée. Ses souvenirs envahissent son présent  au moment où un rôle inespéré au cinéma lui est proposé. Alex doit incarner Axel Vander, un critique littéraire à l’identité usurpée. Cette proposition ne peut que le chambouler. Axel Vander était en effet présent à Portovenere lors du suicide de Cass, la fille d’Alex, dix ans plus tôt. Elle aussi fait partie des fantômes du passé qui hantent les journées d’Alex.

Alex Cleave est un personnage récurrent dans les romans de John Banville. "Éclipse" raconte la fin de sa carrière théâtrale et "Impostures" est centrée sur Cass et son décès. Il semble que "La lumière des étoiles mortes" soit le dernier volet de ce triptyque consacré à Alex Cleave, d’où probablement sa tonalité mélancolique.

Mes lectures récentes se font écho, "La lumière des étoiles mortes" et "Une fille, qui danse" portent sur le même thème : la mémoire que l’on cherche à retrouver, à éclaircir. Deux hommes, âgés de la soixantaine, repensent à leur jeunesse et tentent d’établir la vérité de ce qu’ils ont vécu dans leur jeunesse. La mémoire est un leurre, elle ne délivre pas de vérité fiable. On la reconstruit après coup, on arrange nos souvenirs. Alex Cleave tente de coller au plus près de la réalité mais n’y arrive pas. Il modifie ses souvenirs de Mrs Gray, il n’est par exemple pas certain de se rappeler de la première fois où il l’a vue. Mais il se compose une image,  un souvenir auquel se raccrocher (Ce souvenir de Mrs Gray à bicyclette est d’ailleurs le premier émoi sensuel de ce jeune garçon). Comme le héros de Julian Barnes, Alex va être aidé dans sa recomposition du passé.

C’est au moment où il se retire dans ses souvenirs qu’Alex Cleave convoque le fantôme de Mrs Gray. Cette femme, la première de sa vie amoureuse, est restée essentielle pour lui. Elle l’initia non seulement à l’amour (John Banville nous offre de belles pages de sensualité frémissante) mais également à l’altérité. Alex découvre l’autre et ses mystères. Il ausculte, observe ce corps qui s’offre à lui. "Jamais encore, je n’avais eu aussi vivement conscience de la présence d’un autre être humain, cette entité distincte, cet incommensurable pas moi ; de ce volume qui déplaçait l’air, de ce poids doux qui s’enfonçait à l’autre bout de la banquette, de cet esprit occupé, de ce cœur qui battait."  Et c’est sans doute pour cette raison que le souvenir de Mrs Gray reste aussi vivace et lumineux dans la mémoire d’Alex.

Mais cette ancienne amante n’est pas la seule étoile à distiller sa lumière morte dans le présent d’Alex. Cass, sa fille, est extrêmement présente. Elle l’est depuis son suicide mais le rôle proposé à Alex ravive les souvenirs. Elle est l’altérité dans ce qu’elle peut avoir de plus fort, celle sur laquelle Alex butte indéfiniment. Comment expliquer son suicide ? Comment comprendre son enfant lorsqu’il est atteint de schizophrénie ? Alex erre, s’enferme dans son passé pour tenter de saisir, d’appréhender ce qui lui a échappé à l’époque.

"La lumière des étoiles mortes" est un magnifique roman sur la mémoire servi par l’écriture précise et poétique de John Banville. Les images de Mrs Gray et de Cass se mélangent, s’associent pour composer le puzzle de la mémoire d’Alex et le constituer en tant qu’individu. "Étant donné qu’apparemment rien sur terre n’est jamais détruit, mais simplement démantelé et dispersé, ne pourrait-il en être de même pour la conscience de l’individu ? Où tout cela va-t-il donc quand nous mourons, tout ce que nous avons été ?"

Merci aux éditions Robert-Laffont.