Freedom de Jonathan Franzen

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Patty et Walter Berglund forme un couple modèle avec leurs deux enfants  Joey et Jessica. Ils résident à St Paul, Minnesota, dans une banlieue privilégiée où ils font des envieux auprès de leurs voisins tant ils semblent unis et heureux. Mais cela ne dure pas. La vie des Berglund semble se désagréger subitement lorsque Joey décide de s’installer chez les parents de sa copine qui se trouvent habiter juste en face. « La douleur qui émanait de la maison des Berglund était proprement sui generis. Walter (…) admit maladroitement à plusieurs voisins que lui et Patty avaient été « virés » comme parents et qu’ils faisaient de leur mieux pour ne pas le prendre trop personnellement. » Jessica quitte également le foyer familial pour ses études. Sans ses enfants, Patty perd totalement pied et ne sait plus quoi faire pour que Joey revienne vivre sous son toit. Walter, plus radical, refuse de parler à nouveau à son fils. Comment cette famille, qui semblait parfaite, en est arrivé là ?

« Freedom » est une grande saga familiale qui nous raconte, depuis sa genèse, la relation de Walter et Patty. Les Berglund forme une famille américaine moyenne, démocrate, sûre de ses valeurs jusqu’à ce que l’implosion ne les questionne sur leurs choix. Car le centre du livre de Jonathan Franzen, comme l’indique son titre, c’est bien la liberté ou son absence car avons-nous tant de liberté que ça dans nos choix de vie ? Walter et Patty se demandent en tout cas s’ils ont fait les bons. A travers les récits des différents protagonistes (dont le centre est le journal de Patty), nous découvrons la vie des Berglund, leur jeunesse, leurs espoirs et surtout leurs désillusions. Patty, ignorée par ses parents, se replie sur le basket et devient une compétitrice acharnée. Toute sa vie est menée par son envie de gagner. Lorsqu’elle rencontre Walter, c’est de son meilleur ami, Richard Katz, qu’elle tombe amoureuse. Mais celui-ci est musicien de rock, instable et dragueur impénitent. C’est donc Walter qu’elle choisit pour correspondre à l’image de la famille américaine modèle : « Mais même si elle était finie comme joueuse inter-universités, elle avait toujours un chrono des trente secondes dans la tête, elle était toujours sous l’emprise de la sonnerie de fin de match, elle avait plus que jamais besoin de continuer à gagner. Et la plus belle façon de gagner -de toute évidence son meilleur tir décisif contre ses sœurs et sa mère- c’était d’épouser le garçon le plus gentil du Minnesota, de vivre dans une maison plus grande, plus belle et plus intéressante que quiconque dans la famille, d’enchaîner les bébés et d’accomplir, en tant que parent, tout ce que Joyce avait raté. » Mais elle sera rattrapé par ce choix et sombrera dans la dépression.

Walter, quant à lui, est rattrapé par son idéal politique. Démocrate, écologiste convaincu, il se retrouve à travailler pour une société qui dévaste des paysages soit disant pour sauver une espèce rare d’oiseaux. Comme Patty, le fait d’ouvrir les yeux sur sa situation va engendrer une grande déception et une remise en cause.

Le portrait de la famille Berglund est aussi celui de l’Amérique contemporaine. Un pays plein d’idéaux qui les voit se fracasser les uns après les autres. « Freedom » est un roman d’une ampleur rare où l’on suit les personnages de l’adolescence à l’âge adulte. Récit choral non linéaire, « Freedom » est un roman passionnant, captivant de bout en bout.

 

L’île au trésor de Robert Louis Stevenson

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C’est à l’auberge de la famille Hawkins que le pirate Billy Bones a échoué. Il est violent, boit beaucoup et se méfie de ses anciens amis. Il craint surtout un homme à la jambe de bois. Il demande au jeune Jim Hawkins de le prévenir si l’individu se présente à l’auberge. Lorsque Billy Bones passe l’arme à gauche, Jim et sa mère découvrent dans ses affaires une carte au trésor. Ils la montrent au docteur Livesey et à Sir Trelawney. Ce dernier s’enflamme pour cette quête et décide de partir à la chasse au trésor. Grâce à ses biens, il achète un bateau, l’Hispniola, et monte un équipage avec le capitaine Smolett. Le cuisinier, Long John Silver, a une jambe de bois ce qui inquiète Jim. « Durant mon hésitation, un homme surgit d’une pièce intérieure, et un coup d’oeil suffit à me persuader que c’était Long John. Il avait la jambe gauche coupée au niveau de la hanche, et il portait sous l’aisselle gauche une béquille, dont il usait avec une merveilleuse prestesse, en sautillant dessus comme un oiseau. Il était très grand et robuste, avec une figure aussi grosse qu’un jambon – une vilaine figure blême, mais spirituelle et souriante. » Mais il est bien trop aimable et agréable pour être celui que craignait Billy Bones. Tout l’équipage, Jim Hawkins compris, embarque vers l’aventure, vers la fameuse île au trésor.

Voilà un beau roman d’aventures classique, tous les ingrédients sont réunis pour nous dépayser : une île déserte, un trésor caché, de viles pirates, un perroquet jacassant. Stevenson a vraiment écrit ce que l’on attend d’un récit de ce type. A partir du moment où l’Hispaniola prend la mer, de nombreux rebondissements nous attendent, relançant sans cesse le suspens. L’aventure nous est majoritairement racontée par le jeune Jim  Hawkins pour lequel on éprouve tour à tour de la sympathie, puis de l’inquiétude et l’on finit par admirer sa bravoure et son intelligence. Long John Silver est devenu l’archétype du pirate : cupide, rusé, manipulateur, à la réputation terrible mais avec du panache et un certain sens de l’honneur. Le parfait méchant que l’on n’arrive pas à détester totalement.

« L’île au trésor » est un roman palpitant, rythmé qui vous emmènera loin de votre quotidien aux côtés du terrifiant Long John Silver.

Une photo, quelques mots (138ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

Arras-20141© Marion Pluss

Anne marche. Elle marche sans but dans les rues d’Arras. Il est deux heures du matin. Anne est insomniaque depuis quelques temps. Marcher l’apaise et l’aide à trouver le sommeil. Les rues sont vides, le silence envahit tout. Arras ressemble à une ville fantôme. Seules les enseignes des magasins rappellent l’activité de la journée. Anne en profite pour regarder les vitrines.

Elle s’arrête devant celle du coiffeur. Avec ses nombreux néons, elle illumine le passage couvert. Elle la fréquente depuis 25 ans cette boutique. Avant son premier rendez-vous avec Philippe, elle était venue se faire coiffer ici. Elle voulait être à son avantage pour ce garçon qui lui plaisait tant. Ils avaient tout juste vingt ans tous les deux. Leur vie était à construire et ils décidèrent de le faire ensemble.

Le mariage se décida très vite. On n’a pas de temps à perdre à vingt ans ! C’est toujours dans cette boutique qu’Anne décida de se faire coiffer le jour de son mariage. Quelle matinée mémorable ce fut ! Toutes les demoiselles d’honneur étaient là, ainsi que la mère et la future belle-mère d’Anne. La boutique avait été réquisitionnée par la famille ! Que de discussions animées, de rires, d’exclamations de joie ! Anne avait choisi un chignon banane égayé de perles blanches. Elle se pâmait d’envie devant celui de Kim Novak dans « Vertigo ». Une très belle journée, vraiment.

Après, Anne était moins venue. La vie à deux, les enfants, le travail, tout ça l’occupait beaucoup. Trop peut-être, elle en avait oublié sa féminité. Ca lui avait sauté au visage quand elle avait découvert que Philippe la trompait. Les enfants étaient déjà grands, le temps était passé si vite. Alors elle était retournée chez le coiffeur pour l’étonner, le surprendre. Lire à nouveau l’amour et le désir dans son regard. Croire que tout n’était pas perdu.

Quatre heures du matin. Il faut qu’Anne se décide à rentrer. La ville va bientôt commencer à s’éveiller. Les ombres vont s’estomper, les lumières des néons s’affadir. Le bruit va faire oublier le silence. Il faut qu’elle rentre même si elle n’en a pas envie. Sa journée aussi va finir par commencer. Il faut qu’elle essaie de se reposer un peu avant la sonnerie tonitruante du réveil. Il faut qu’elle rentre, qu’elle retrouve son appartement et son grand lit si froid, si vide.

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Huit jours à New York de Julien Coquentin

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 Lors du Festival America, j’avais pu admirer les photos de Julien Coquentin qui étaient exposées à côté de l’Hôtel de Ville de Vincennes. Y étaient présentées deux séries : « Huit jours à New York » et « Tôt un dimanche matin » à Montréal.  Les ayant vantées à droite à gauche, mes amis m’ont offert son recueil consacré à New York. Le photographe a donc passé huit jours à New York et il en compose « une esquisse » à travers ses clichés.

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Le recueil de photos est un petit volume dans lequel transparaît bien l’atmosphère de la ville. New York est une ville iconique, à moult reprises photographiée et tout un chacun est capable de l’identifier qu’il y soit allé ou non. Et je ne cesserai jamais de m’émerveiller devant l’incroyable photogénie de cette ville. Peut-être est-ce parce que je rêve d’y aller depuis bien longtemps. New York est, en effet, solidement ancrée dans mon imaginaire littéraire et cinématographique.

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Pourquoi vous parler du travail de Julien Coquentin puisqu’il y a tant de photos sur the big apple ? Tout d’abord j’ai été frappée par son sens du cadrage qui nous donne à voir les choses sous un angle différent. Je trouve la première photo illustrant mon billet très parlante quant à cet aspect. Ensuite, j’ai été séduite par les couleurs des clichés. L’œil est toujours attirée par des tâches, des zones de couleurs vives contrastant avec des environnements plus sombres ou plus ternes ce qui donne un éclat particulier à chaque photo. Celle qui est juste au-dessus est ma préférée : les immeubles et le ciel se fondent dans une harmonie de gris/beige et se détache ce grand arbre verdoyant perpendiculaire au store rouge. En grand format à Vincennes, cette image était sublime (Delphine peut en témoigner, je me suis extasiée tous les jours du festival en passant devant !).

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Ce qui m’a également plu, c’est la proximité créée avec le spectateur. Ce ne sont pas des visions écrasantes de New York mais plutôt des scènes de la vie quotidienne, des moments de vie immortalisés lors d’une flânerie dans la ville. Le spectateur est au cœur de New York parmi ceux qui y vivent. Ces photos donnent presque un côté plus humain à cette mégalopole.

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Je ne me lasse pas de regarder ce recueil de photos et si celles-ci vous ont plu, n’hésitez pas à faire un tour sur le site de Julien Coquentin qui présente son travail, la série sur Montréal est également particulièrement réussie.

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Y comme Romy de Myriam Levain et Julia Tissier

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Vous connaissez mon peu d’appétence pour la chick-lit et me voilà m’apprêtant à vous parler d’un petit livre 100% girly. Romy est de la génération Y : « presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot. » Ce sont ses aventures quotidiennes qui composent les cinquante chapitres. Ils sont accompagnés des dessins de Louison.

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Romy n’est pas sans nous rappeler Bridget Jones pour ses tentatives sentimentales compliquées (l’amour 2.0 n’est pas une sinécure et apporte finalement beaucoup de déceptions), son amour immodéré pour les soirées hautement alcoolisées, ses parents divorcés qui la prennent comme confidente (son père découvre les joies de meetic tandis que sa mère apprend péniblement à se servir de facebook) et sa copine Sonia avec qui elle peut tout partager. Romy a également un sens aigu de l’autodérision et son humour est communicatif.

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Toutes les situations y passent : du coiffeur d’où l’on sort avec la furieuse  envie de se recoiffer, de la déprime inévitable du dimanche soir, des attentes désespérés de sms, des cadeaux inutiles offerts par la famille à Noël, du dragueur relou de la rue à celui qui se croit au-dessus du lot. Romy accumule les mauvais plans, les ratages mais toujours avec le sourire. Romy ne baisse pas les bras, elle ne restera pas en CDD (boulot et mec) toute sa vie. Vous vous reconnaîtrez forcément dans certaines situations et vous rirez des autres.

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« Y comme Romy » est un petit livre fort sympathique, plein d’humour et que l’on a envie de lire avec ses copines.

Merci aux éditions Robert-Laffont pour ce moment de détente.

Une photo, quelques mots (137ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

romaric-cazaux© Romaric Cazaux

J’arrive à la fin de ma vie et je me souviens. Je me souviens du temps où je n’avais pas de barbe. J’avais 18 ans et je voulais fuir ma famille, ma campagne. Je m’y sentais à l’étroit, contraint par mon milieu, par mes parents qui espéraient que je travaille à la ferme avec eux. L’horizon me paraissait bas. J’étouffais dans ce village où tout le monde connaissait la vie de chacun. J’avais besoin d’air, d’espace. Alors je suis parti. J’ai choisi de partir le plus loin possible. J’ai choisi Paris. Je ne pouvais pas trouver plus différent de ce que j’avais vécu : une ville immense, grouillant de quidams anonymes. L’endroit idéal pour se réinventer, pour commencer à écrire ma vie d’adulte sur une page blanche. Paris m’offrait l’infini des possibles que ma campagne ne pouvait me donner.

Mais une grande ville peut déconcerter, épuiser même les plus enthousiastes. J’ai cru avoir trouvé ma place dans les artères palpitantes, les couloirs sous-terrains obscurs, les petits cafés de quartier. Je me fondais dans le paysage urbain. Mais cela n’a pas duré. Comment trouver sa route lorsque l’on veut en nier le point de départ ?

A la mort de mes parents, j’ai du revenir dans mon village. Il fallait solder l’héritage, vendre ou non la ferme. Et vous savez quoi ? Je ne suis jamais reparti ! J’ai été incapable de me séparer de la maison, des terres. A 40 ans, il était temps que je regarde mes origines en face. Et finalement, mes parents avaient raison, j’étais fait pour le terroir.

J’ai 70 ans aujourd’hui et je suis en paix avec mon histoire. Je me suis laissé pousser la barbe, comme mon père et mon grand-père avant moi. J’ai retrouvé des photos d’eux récemment et je  leur ressemble de plus en plus. D’ailleurs, cette casquette, c’était celle que portait mon père. Ma façon de rendre hommage à sa vie, à son travail et de lui dire que je suis rentré au bercail.

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Blacksad de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido

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Grâce à Miss Léo, j’ai découvert « Blacksad » et je la remercie car c’est une excellente bande-dessinée. Elle reprend les codes des romans noirs américains des années 50 notamment ceux de Dashiell Hammett ou Raymond Chandler.

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John Blacksad est un Philip Marlowe tout en poils en en vibrisses. Il est solitaire, un brin désabusé mais néanmoins séducteur et ne se laisse pas facilement impressionné. Et il porte l’immanquable imper, uniforme de tout détective privé qui se respecte. Dans le premier tome, il doit enquêter sur le meurtre d’une actrice, Natalia Wilford, qui se trouve être un ancien amour. L’enquête est, dans ce premier volume, très classique avec son lot de corruption, de bagarres musclés et se déroulant dans une mégapole inspirée de  New York. Les tomes suivants s’emparent de thèmes très différents, moins abordés dans les romans noirs : le deuxième parle du racisme avec des pseudos nazis qui font régner la terreur, le troisième porte sur la période du maccarthysme et de la bombe H.

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Les dessins sont absolument magnifiques. Juanjo Guarnido joue avec les couleurs, passant au sépia pour les flashbacks et intensifiant les teintes pour les moments plus joyeux. Le découpage est très cinématographique. Il surprend souvent le lecteur avec des changements de rythme, d’affichage (par ex : un dessin pleine page ou une case incongrue par rapport aux précédentes). L’ensemble est extrêmement dynamique, Guarnido instille beaucoup de mouvement dans ses dessins.

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Pour ce qui est de l’anthropomorphisme des animaux, je rejoins totalement l’avis de Miss Léo quant au choix judicieux des races par rapport aux caractères des personnages : une fouine journaliste, un chat détective nonchalant, un chien un chef de la police ou encore un crapaud magnat infâme et louche.

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« Blacksad » est une BD totalement réussie qui plaira à tous les amateurs de roman noirs dont je fais partie comme vous l’aurez compris. Soignée, originale, surprenante, cette BD m’a complètement emballée. Merci Miss Léo !