Patrick Melrose, showtime

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Un téléphone sonne. Une main hésitante décroche le combiné. Au bout du fil, une voix lointaine annonce à Patrcik Melrose que son père est décédé à New York. Patrick se penche, se contorsionne, un  effet du choc ? Non, il ramasse juste une seringue dont il vient de se servir pour s’injecter de l’héroïne. Une tâche de sang sur sa chemise en témoigne. La conversation se termine assez vite et sur le  visage de Patrick Melrose se dessine un large sourire, effet combiné de la drogue et du soulagement à l’annonce de la mort de son père qui avait abusé de lui durant son enfance.

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Cette série de cinq épisodes, diffusée sur showtime, est tirée des romans fortement autobiographiques de Edward St Aubyn. Elle retrace l’histoire de Patrick Melrose de la fin des années 60 à 2005. Le personnage vit une vie oisive, de débauches, entre alcool, héroïne, cocaïne et autres drogues diverses. Cet abrutissement par les psychotropes sert à calmer les envies suicidaires de Patrick Melrose et à lui éviter d’affronter la réalité. La mort de son père réveille les traumas de l’enfance et l’oblige à faire face. Les cinq épisodes montrent les efforts de Patrick pour rester sobre et remplacer les drogues par de véritables relations humaines qui lui permettront de se tourner vers le futur et non plus vers le passé.

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Benedict Cumberbatch était le choix idéal pour ce rôle qu’il souhaitait interpréter depuis longtemps. Il colle totalement au personnage dans les différentes phases de son changement de vie. Le premier épisode est tonitruant. Patrick Melrose est en surrégime passant d’une drogue à l’autre, de la surexcitation à l’apathie. Le corps de Benedict Cumberbatch semble totalement élastique, allant jusqu’au dérapage burlesque (la scène au restaurant où il semble fonctionner au ralenti après une prise de drogue ; la scène au funérarium où il soulève le drap recouvrant son père comme s’il ouvrait un cadeau). Le cynisme du personnage teinte ce premier épisode. Mais Benedict Cumberbatch saura également parfaitement incarné un Patrick Melrose lucide, dépressif, aussi agaçant qu’attachant.

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Il est entouré par un casting cinq étoiles : Hugo Weaving, monstrueux père au regard glaçant, Jennifer Jason Leigh, toujours aussi extraordinaire pour incarner les personnages border-line, Holliday Grainger, Jessica Raine, etc … Un casting qui est à la hauteur de le performance de son acteur principal. La production est extrêmement soignée, les images sont léchées et sont caractérisées par des couleurs vives, saturées. Les dialogues sont ciselés, travaillés. La réalisation est minutieuse, élégante et elle s’accorde totalement aux différents états du personnage central.

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« Patrcik Melrose » est une série qui m’a emballée de part sa réalisation soignée, son intrigue parfaitement maîtrisée à l’aide de flash-backs et un Benedict Cumberbatch en totale adéquation avec le personnage qu’il interprète.

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A very english scandal de Stephen Frears, BBC

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« A very english scandal » est une mini-série de trois épisodes écrite par Russell T. Davies, d’après le livre éponyme de John Preston, et réalisée par Stephen Frears. Elle est inspirée d’une réelle affaire qui se déroula dans les années 70. Jeremy Thorpe est député du parti libéral, puis leader du parti lui-même, a une liaison avec un jeune homme rencontré à la campagne, Norman Scott. Leur histoire prend un tour plus sérieux quand ce dernier décide de venir à Londres. Jeremy Thorpe l’installe alors dans une garçonnière où il peut venir en toute discrétion. L’homosexualité a certes été dépénalisée à la fin des années 60, elle n’en reste pas moins une pratique honteuse. Jeremy Thorpe, en pleine ascension politique, ne peut se permettre un scandale. Il clôt sa liaison avec Norman, se marie et pense avoir évité les ennuis. Mais Norman est un jeune homme fragile émotionnellement, il menace Jeremy de tout révéler. Le député imagine donc de se débarrasser physiquement du jeune homme.

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Cette série est une réussite totale qui alterne parfaitement rire, émotion et gravité. Le scénariste et le réalisateur ont choisi le ton de la comédie pour nous raconter ce scandale qui a marqué les esprits en Angleterre. Il faut dire que Jeremy Thorpe choisit fort mal les personnes à qui il confie la sombre tâche d’éliminer Norman Scott. Une vraie bande de pieds-nickelés ! Le summum étant la scène où Norman est mis en joue par un tueur du dimanche et qui bien évidemment rate lamentablement sa cible pour tuer un grand danois que promenait Norman. Si l’histoire n’était pas vraie, elle paraîtrait trop fantasque pour être crue ! Les épisodes sont rythmés, les personnages secondaires sont tous parfaits et donnent du relief à l’histoire. Sous le couvert de la comédie, la série souligne bien évidemment la difficulté à être homosexuel au grand jour. Les associations gays de l’époque étaient présentes lors du procès. Jeremy Thorpe, qui défendait pourtant des idées progressistes au parlement, ne leur en demandait pas tant !

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La série est également un vrai plaisir car ses deux acteurs principaux sont absolument exceptionnels. La prestation de Ben Wishaw est de plus en plus remarquable au fil des épisodes et de la pousse de ses cheveux ! Il incarne un Norman Scott enfantin, immature et hypersensible. Et que dire de Hugh Grant, acteur extraordinaire et malheureusement souvent sous-employé ? Dans le premier épisode, il est rayonnant, charmant, littéralement primesautier. Il est extrêmement séducteur et l’on découvre au fur et à mesure son égotisme, son hypocrisie et sa soif de pouvoir. Hugh Grant joue ce personnage aux multiples facettes avec beaucoup d’habileté et de subtilité. Stephen Frears ne pouvait rêver mieux pour son casting.

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« A very english scandal » est une farce, une comédie aux côtés sombres qui met en scène la relation, dans les 70’s, de Jeremy Thorpe, député, face à son ex-amant Norman Scott. Excellemment interprété et réalisée, cette mini-série vaut vraiment le détour.

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Les adaptations de Tess d’Urberville

La semaine dernière, je vous parlais du magnifique roman de Thomas Hardy : « Tess d’Urberville ». J’ai eu l’occasion depuis de voir trois adaptations tirées du livre : celle de Roman Polanski qui date de 1979, celle de ITV de 1998 et celle de la BBC de 2008. Laquelle des trois est la plus réussie ?

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1-La fidélité au roman

Les trois adaptations sont très fidèles au roman et reprennent les scènes essentielles. Roman Polanski est celui qui fait le plus de coupe dans le roman et son film ne comporte ni la scène nocturne où le cheval des Dubeyfield est tué, ni la conversion de Alec D’Urberville. Ce sont des scènes importantes du livre mais l’intrigue n’en est pas dénaturée pour autant. Et Polanski respecte un moment clef du livre qui est détourné dans les deux autres adaptations : la raison pour laquelle Angel abandonne Tess juste après leur mariage. Il reprend exactement ce que Thomas Hardy a écrit. Angel quitte Tess non pas à cause de sa relation avec Alec mais parce que son manque de volonté est pour lui le signe de la décadence des familles aristocratiques anglaises. Cette scène est pour moi essentielle car tous les malheurs de Tess ne découlent que de son nom, de sa descendance avec les D’Urberville.

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2-L’esthétique 

Là, les trois adaptations sont disparates quant à ce point. La version ITV est assez pauvre sur ce plan et les images ne sont pas très travaillées. La version de la BBC s’en sort bien avec de splendides paysages de la campagne anglaise. La dernière scène à Stonehenge est particulièrement réussie. Mais tout cela est peu trop lisse, un peu trop sage pour emporter une adhésion totale. Roman Polanski apporte un véritable regard de cinéaste sur l’histoire de Tess, les cadrages sont beaucoup plus travaillés que dans les deux autres adaptations. De plus, le réalisateur a énormément travaillé pour que l’arrière-plan de l’intrigue soit des plus réalistes. Le film fut tourné sur huit mois pour respecter le rythme des saisons, le mobilier est en partie d’époque, la reconstitution est vraiment saisissante.

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3-Alec D’Urberville

Le personnage est interprété par Leigh Lawson chez Polanski, Jason Flemyng pour ITV et Hans Matheson pour la BBC. Clairement, Jason Flemyng n’est pas à la hauteur des deux autres. Il est beaucoup trop fade et on se demande comment il est possible que Tess lui cède si facilement ! Le choix entre les deux autres acteurs est difficile. Hans Matheson nous propose un Alec torturé, complexe et pris entre un repentir sincère et son envie de posséder Tess coûte que coûte. Leigh Lawson joue un Alec dominateur de bout en bout. Il est brutal, pervers mais sait aussi se faire charmant quand il s’agit de séduire Tess. Les deux interprétations sont vraiment intéressantes et les deux acteurs sont tous les deux très convaincants.

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4-Angel Clare

Ici, le choix est beaucoup plus simple. Oliver Milburn et Peter Firth sont de charmants Angel. Mais ma préférence va à Eddie Redmayne qui décidément est un acteur remarquable. Je trouve qu’il incarne totalement la candeur, la naïveté de Angel. Chacune de ses apparitions illuminent la série de la BBC. Il apporte beaucoup de romantisme à cette histoire, son duo avec Gemma Arterton fonctionne totalement. On sent aussi parfaitement l’orgueil buté d’Angel qui l’empêche de pardonner à Tess et son changement, suite à son voyage au Brésil, se lit sur le visage de Eddie Redmayne.

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5-Tess D’Urberville

Là aussi, le choix s’impose de lui même. Nastassja Kinski EST Tess ! Il n’y a pas grand chose à reprocher à Justine Waddell et à Gemma Arterton, elles livrent deux très belles prestations. J’ai d’ailleurs trouvé que Gemma Arterton était encore meilleure dans le tragique qu’au début de la série. Mais Nastassja Kinski est vraiment très au-dessus de ces deux actrices dans le rôle de Tess. Elle en est l’incarnation idéale et c’est sans aucun doute son plus beau rôle. Elle est parfaite à chaque moment de l’intrigue et son jeu est tout en subtilité.  Sa beauté, sa pureté éclatent à l’écran au début du film. Les épreuves traversées par Tess marquent son visage et elle semble beaucoup plus vieille à la fin du film. Elle est empreinte de gravité alors qu’elle n’est qu’innocence à l’ouverture du film. Roman Polanski a su choisir l’actrice parfaite pour ce rôle.

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Après avoir visionné ces trois adaptations, celle de Roman Polanski s’impose comme la plus réussie. Il est vrai que le réalisateur a pris beaucoup de soin à réaliser cette histoire bouleversante et romanesque. C’est en effet Sharon Tate, quelques mois avant son assassinat, qui indiqua à son mari que le roman de Thomas Hardy ferait un bon film. Roman Polanski lui dédie ce qui ne fait que renforcer le côté poignant de « Tess ».

 

Ordeal by innocence – BBC

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Une bouteille en cristal qui s’abat sur le crâne d’une femme. Celle-ci s’écroule sur un tapis où son sang se répand. Un cri, celui de la servante qui découvre le corps de Rachel Argyll. Dans la maison se trouvent son mari, Leo, et leurs quatre enfants adoptifs. Le cinquième, Jack, a quitté la maison quelques instants plus tôt. Jeune homme excessif, c’est sur lui que vont se porter les soupçons. Il est rapidement incarcéré. Mais son procès n’aura jamais lieu, il est assassiné en prison. Dans la demeure des Argyll ce soir-là, se trouvait également une autre personne, Gwenda, la secrétaire de Leo. Nous la retrouvons un an plus tard alors qu’elle s’apprête à épouser son ancien patron. Mais la fête va être perturbée par l’arrivée du Dr Arthur Calgary qui vient pour prouver l’innocence de Jack.

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« Ordeal by innocence » aurait du être diffusé pour Noël comme « And then there were none » et « Witness for prosecution », mais le scandale autour de Ed Westwick a obligé la BBC à repousser la diffusion. L’acteur a été remplacé par Christian Cooke et de nombreuses scènes ont été retournées.

Comme les deux précédentes adaptations, celle-ci est de grande qualité. La scène d’ouverture est particulièrement réussie. En quelques scènes, toute l’intrigue se met en place. Et celle-ci est sombre à souhait ! Il règne  dans la maison des Argyll, un climat de forte suspicion. Chacun semble coupable du meurtre de Rachel (Au moment de la découverte du corps, Gwenda a du sang sur le visage et Esther, l’une des filles adoptées par les Argyll,  porte une chemise de nuit couverte de sang) ou cachant de lourds secrets. A travers les trois épisodes, la belle photo de famille de la riche philanthrope Rachel Argyll se désagrège. cette dernière est d’ailleurs loin de la mère ou de la femme modèle. Chacun possède un motif pour l’assassiner. Les blessures sont à vif, la famille est rongée par l’amertume et la rancœur. De quoi donner beaucoup de fausses pistes aux spectateurs…

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L’intrigue est parfaitement maîtrisée, parfaitement mise en scène et luxueusement produite comme toujours avec la BBC. Ce qui rend « Ordeal by innocence » vraiment parfait est son incroyable casting : Anna Chancelor, Bill Nighy, Morven Christie, Matthew Goode, Eleanor Tomlinson, Luke Treadaway pour ne citer que les plus connus. Tous sont absolument brillants, parfaits dans leur rôle respectif. Mais j’aimerais souligner les prestations de deux d’entre eux : Anna Chancelor et Matthew Goode. Ils incarnent tous les deux des personnages détestables : hautains, méprisants, cruels (la scène au restaurant ou au petit déjeuner, où le personnage de Matthew Goode crache tout son fiel,  sont mémorables). Les deux acteurs sont éblouissants et saisissants.

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« Ordeal by innocence » est une nouvelle adaptation d’Agatha Christie qui souligne la maîtrise de la BBC dans ce genre d’exercice. Magnifiquement produite et réalisée, cette série bénéficie d’un casting trois étoiles où chaque acteur est à son meilleur niveau de jeu. Amateur d’Agatha Christie, précipitez-vous !

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The end of the f**king world / Mindhunter sur Netflix

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James pense qu’il est un psychopathe. Il s’est entraîné à tuer des animaux et aimerait maintenant passer au niveau supérieur. C’est là qu’Alyssa entre dans sa vie. Extravertie, rebelle, elle est forcément attirée par l’étrangeté de James. Les deux adolescents sont hors-norme, trop borderline pour leur petite ville. Leurs deux mal-être vont s’associer pour fuguer et partir à l’aventure loin de la morosité et de l’ennui.

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« The end of the f**king world » de Charlie Covell est l’adaptation d’une bande-dessinée de Charles Forsman. C’est le récit d’un road-movie mouvementé pour James et Alyssa. Les deux Bonnie and Clyde deviennent de plus en plus attachants. Leur relation bancale devient profonde, ils s’apprivoisent petit à petit.

La série, qui ne comporte que huit épisodes de 20 minutes, commence dans l’humour noir, le cynisme mais bascule tout doucement vers le drame, le malaise. Le ton du début est décapant, hilarant mais on finit la série avec la gorge serrée et les yeux humides.

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Les deux acteurs principaux : Alex Lawther (vu dans l’épisode le plus glaçant de la saison 3 de Black Mirror) et Jessica Barden sont particulièrement convaincants dans le rôle de ces deux adolescents décalés et déglingués. La bande-son est également excellente. « The end of the f**king world » est un petit bijou de comédie noire, un coup de coeur que je ne peux que vous conseiller.

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L’agent spécial Holden Ford est négociateur au FBI, il enseigne également ses techniques. Adepte de l’écoute et du dialogue, Holden s’intéresse aux criminels les plus dangereux, ceux que l’on nommera par la suite les tueurs en série. Il s’associe avec l’agent spécial Bill Tench et tous les deux parcourent les Etats-unis, de prison en prison, pour discuter avec les tueurs. Ils commencent par Ed Kemper, l’Ogre de Santa Cruz, qui a tué et décapité six femmes dont sa mère. Leur volonté de compréhension de ces cerveaux malades attire une psychologue universitaire  qui les aide à cadrer les entretiens.

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David Fincher produit et réalise certains épisodes de cette série inspirée par le livre de l’agent spécial John E. Douglas, pionnier du profilage. On suit les deux agents à travers les Etats-Unis essayant de définir un profil psychologique pour ces terrifiants criminels. Les deux agents peuvent changer les techniques d’investigation de la police grâce à leurs recherches. Est-ce que la société est responsable ? Est-ce leur rapport avec leurs mères qui les transforme en monstre ? La série ne fait pas de la psychologie de bas étage, les réflexions des trois personnages principaux sont techniques, approfondies. L’Amérique, dans les 70’s, s’interroge sur ses valeurs, sa morale et c’est ce qui transparaît en filigrane.

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Mais la série n’est pas qu’une série policière passionnante. Au fur et à mesure des épisodes, les personnages s’épaississent, prennent de la consistance. Leur relation, leurs oppositions, leurs évolutions apportent beaucoup à la série et accrochent définitivement le spectateur. Encore une fois, le casting est excellent : Jonathan Groff, le bavard et ambitieux Holden Ford, Holt McCallany, aguerri et mesuré Bill Tench, Anna Torv, la réfléchie et intelligente Wendy Carr.

« Mindhunter » est une série criminelle passionnante et parfaitement mise en scène.

The marvellous Mrs Maisel, amazon

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Miriam « Midge » Maisel (Rachel Brosnahan) est l’épouse parfaite des années 50. Toujours parfaitement habillée et maquillée (même au saut du lit !), ayant à cœur de s’occuper de ses enfants, cuisinant divinement, elle trouve encore le temps de soutenir son mari Joel (Michael Zegen) qui rêve de percer dans le stand-up. Midge accompagne Joel au Gaslight café pour l’écouter et le conseiller. Malheureusement, elle découvre que son mari vole tous ses sketches. Midge lui conseille alors d’être plus personnel, plus spontané. Joel, qui n’est finalement pas très drôle, se prend un bide monumental. Dépité, il quitte sa femme pour sa secrétaire. Midge se soûle et débarque au Gaslight. Elle monte sur scène, se lâche et fait hurler de rire la salle. Susie (Alex Borstein), qui gère la salle, veut alors faire de Midge la nouvelle star du stand-up.

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La première saison de « The marvellous Mrs Maisel » est un régal absolu. La bavarde Mrs Maisel (la saison s’ouvre sur son long discours de mariage) est naturellement douée pour le stand-up. Elle est excessive, provocatrice (elle montre ses seins sur scène) et son humour est féroce. Son mari Joel en fera les frais. Amy Sherman-Palladino nous avait déjà montré son talent de dialoguiste dans « Gilmore Girls » mais elle se surpasse dans « The marvellous Mrs Maisel ». Les répliques sont piquantes, le débit de Midge évoque celui de Lorelai Gilmore. Les rapports entre Midge et Joel m’ont également fait penser aux screwball comedies. « The marvellous Mrs Maisel » tient aussi de la comédie musicale façon « Dansons sous la pluie » ou « Un américain à Paris ». La bande-son est absolument géniale allant de Charlie Parker à Frank Sinatra, de Ella Fitzgerald à Barbra Streisand, de Duke Ellington à David Bowie. le décor est coloré, pop, travaillé dans les moindres détails. Les splendides tenues de Midge sont de couleurs vives, éclatantes à l’image de l’héroïne.

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« The marvellous Mrs Maisel » évoque le début du stand-up féminin. Être une femme dans les 50’s n’inclut pas le fait de monter sur scène pour se moquer des hommes et tenir des propos irrévérencieux. La série retranscrit bien cette époque paternaliste où les femmes peinent à s’affirmer. Midge, qui vient d’une famille juive de l’Upper West Side, préfère aller travailler dans un grand magasin pour conserver son indépendance. Elle devra se battre pour exister sur scène. Le chemin sera douloureux, Midge essuiera des échecs cuisants. Mais sa folle énergie, la confiance sans faille de Susie (la relation entre les deux femmes est très réussie) lui permettent de ne pas baisser les bras. Elle a également un ange gardien de taille : le grand Lenny Bruce (Luke Kirby). Les apparitions du showman et les passages au Gaslight café, qui existait réellement, rendent bien l’ambiance bouillonnante de l’époque et de ces clubs.

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« The marvellous Mrs Maisel » est une comédie réjouissante, au casting parfait (à commencer par Rachel Brosnahan), aux décors et costumes somptueux et à l’énergie communicative.

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Flowers de Will Sharpe, channel 4

Maurice Flowers écrit des livres sombres pour enfants. Mais son inspiration lui fait défaut depuis longtemps. Au bout du rouleau, il tente de se pendre aux branches d’un arbre mais il échoue. En revanche, sa mère, qui a récupéré la corde, ne rate pas son suicide. L’événement va faire exploser une famille qui était déjà pour le moins fragile. La mère, Deborah, sourit face à toutes les situations en espérant que son optimisme se propagera au reste de sa famille. Leurs jumeaux de 25 ans sont totalement puérils : Donald passe son temps à créer des inventions farfelues et Amy à écrire des chansons macabres. Tous deux vivent toujours chez leurs parents. Le voisinage est à la hauteur de la famille Flowers avec un chirurgien esthétique libidineux et un entrepreneur veuf obsessionnellement amoureux de Deborah.

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« Flowers » est la série la plus dingue que j’ai vue depuis longtemps. L’atmosphère est un croisement entre Edgar Allan Poe et Tim Burton (celui des premiers films). La série est imprégnée par la dépression de Maurice, sa morbidité donne le ton. Mais « Flowers » n’est pas qu’une série gothique. L’auteur, Will Sharpe qui interprète un dessinateur japonais à l’anglais improbable, a glissé beaucoup d’humour, de scènes burlesques et totalement farfelues dans sa série.

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Cet univers hors-norme peut surprendre au départ mais il faut se laisser porter par les différents membres de la famille Flowers qui deviennent de plus en plus attachants au fur et à mesure des épisodes. Il faut également souligner les formidables performances des différents acteurs avec, en tête, Olivia Coleman qui incarne avec talent l’hystérique Deborah.

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Étonnante, fantasque, drôle, « Flowers » est une courte série extrêmement originale aux allures de conte gothique.

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