L’affaire Sadorski de Romain Slocombe

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En 1942, Léon Sadorski est un flic modèle qui prend son travail très à cœur. Il contrôle et arrête des juifs pour les envoyer à Drancy. Parfois, il retarde les arrestations contre des pots-de-vin. Les temps sont durs et Sadorski adore gâter sa femme. De manière incompréhensible, il se fait arrêter par la Gestapo. Il est envoyé à Berlin avec un ancien supérieur hiérarchique. Les deux hommes se font durement interroger et sont incarcérés. Au bout d’un certain temps, les allemands dévoilent leur jeu : ils ont testé Sadorski, ils souhaitent qu’il devienne leur informateur à la préfecture de police. A son retour à Paris, il a l’ordre de retrouver une ancienne maîtresse, Thérèse Gurst, agent-double qui tromperait les allemands. Parallèlement, Sadorski enquête sur l’assassinat brutale d’une jeune femme qui a été retrouvée sur les voies de chemin de fer.

Le personnage de Léon Sadorski est de ceux que l’on oublie pas. Romain Slocombe nous décrit la parfaite ordure. Il n’a aucune compassion, aucun sentiment quant au sort des juifs qu’il arrête. Lorsqu’il s’intéresse à une jeune voisine juive, c’est en raison de pulsions perverses. Sadorski est infâme et c’est lui le narrateur du roman. Cela met le lecteur dans une position très inconfortable, proche du malaise. L’ambiance du roman est pesante, d’une noirceur étouffante.

Romain Slocombe a fait un travail documentaire remarquable pour écrire son roman. Les descriptions des différents services de la police, des coulisses du régime de Vichy sont riches de détails. Tout est extrêmement précis, réaliste. Trop peut-être, je dois avouer avoir eu une indigestion en arrivant aux cent dernières pages. Le roman est presque trop dense, cela pèse sur la lecture. Autre bémol, qui n’a cette fois rien à voir avec le livre, c’est le fait qu’il soit classé dans les romans policiers. L’enquête sur l’assassinat n’occupe qu’une petite partie du livre. Ceux qui l’achètent en cherchant un policier historique risquent d’être déçus. Il s’agit simplement d’un roman historique.

« L’affaire Léon Sadorski » est un livre marquant sur un officier de police pervers et malsain sous l’occupation. Malgré ma difficulté à le terminer, je le conseille car le projet est ambitieux. En revanche, je vais attendre un peu avant de me lancer dans la suite qui a été publiée pour la rentrée littéraire.

STICKER PMP 2017

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Lagos lady de Leye Adenle

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Guy Collins est un journaliste londonien envoyé au Nigéria pour suivre les élections. Un soir, il sort dans un bar malgré les avertissements donnés à l’hôtel. Il aurait dû les écouter puisqu’à l’extérieur est découvert le corps d’une prostituée. Elle a été jetée dans le caniveau et ses seins ont été tranchés. La police arrive sur les lieux et embarque tous les témoins dont le pauvre Guy. C’est une femme qui vient le sortir de là. Anaka travaille dans une association qui vient en aide aux prostituées. L’aide d’un journaliste serait la bienvenue. Anaka va demander à Guy d’enquêter avec elle sur le meurtre de la femme mutilée.

« Lagos lady » est un premier roman et il mêle tous les ingrédients d’un bon polar : la corruption, les trafics en tout genre, une police à la limite de la légalité, des bas-fonds plus noirs que noirs, des héros téméraires, un rythme haletant et une critique sociétale. Leye Adenle laisse à voir une société nigériane totalement gangrenée par l’argent et par une terrifiante violence. Tout semble permit pour s’enrichir et obtenir du pouvoir. La place des femmes est également au centre du roman. Pour s’en sortir, pour aider leurs familles, les filles n’ont pas le choix : elles se prostituent. La prostitution étant hypocritement interdite au Nigéria, les filles vivent dans l’illégalité et à la merci de tous. Le constat de Leye Adenle est glaçant, toutes les couches de la société, des notables aux petits malfrats, participent à la violence de la société nigériane.

« Lagos lady » a néanmoins quelques défauts. Leye Adenle a construit un roman extrêmement foisonnant avec de très nombreux personnages. C’est un peu trop, certaines histoires se rajoutent au mille-feuilles sans apporter grand chose à l’intrigue principale. Un peu d’épure aurait donner plus de fluidité au récit. De même, était-il bien nécessaire de faire naître une histoire d’amour dans tout ce chaos ? Leye Adenle n’assumait-il pas la noirceur de son histoire et souhaitait-il l’adoucir ? Cela m’a paru totalement superflu et inutile à l’intérêt du roman.

« Lagos lady » est un premier polar plutôt convainquant et prometteur malgré les trop nombreuses ramifications de son intrigue.

STICKER PMP 2017

 

 

 

 

Il était une fois l’inspecteur Chen de Qiu Xiaolong

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L’inspecteur Chen a grandi au temps de la Révolution culturelle sous Deng Xiaoping. Il a vu son père accusé, sa famille plus basse que terre. Chen apprendra à se plier aux ordres de l’Etat. C’est ainsi qu’il se retrouve assigné à un poste de traducteur au commissariat de police. Il se consacre sagement aux tâches qu’on lui assigne jusqu’à ce que le meurtre d’un commerçant ne le fasse réagir. L’affaire réveille les souvenirs de son père et de l’humiliation qu’il a vécu. Le simple gratte-papier va peu à peu se muer en détective.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est le dixième livre où Qiu Xialong met en scène l’inspecteur Chen. Ici, il s’agit plus d’un recueil de nouvelles que d’un roman. Au cœur du livre se trouve la première enquête de Chen. Il y développe son intuition, apprend à enquêter, à interroger. L’histoire en elle-même est intéressante et bien menée. Elle souligne bien l’ambiance délétère de la Chine de cette époque, le climat de suspicion permanent. Une Chine où il ne faut ni s’élever socialement, ni intellectuellement.

Le reste des nouvelles dresse le portrait de cette Chine populaire qui, sous couvert d’égalité, humiliait, anéantissait des individus et leur famille. Ces textes dévoilent également la personnalité de l’inspecteur Chen marqué par son enfance et aimant passionnément la cuisine de son pays. N’ayant jamais lu de roman de Qiu Xiaolong, je n’ai pas vraiment été captivée par ces différents textes. Même si les nouvelles donnent à voir un aspect historique et terrible de Shanghai, tout cela manque singulièrement d’enquête et de suspens.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est plus un portrait de la Chine populaire qu’un polar. L’aspect historique est certes intéressant mais je conseillerais ce livre en priorité aux admirateurs de l’inspecteur Chen.

 

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Le fleuve des brumes de Valerio Varesi

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« Une eau fine glissait doucement du ciel. On apercevait avec difficulté le réverbère du cercle nautique à travers les gouttes qui tombaient, en dansant, sur la digue principale du fleuve : rien d’autre qu’un fanal pour les chalands des sableurs qui naviguaient dans le noir, de mémoire. » La pluie d’hiver fait grossir le Pô dans la région de Mantoue. Dans une petite ville au bord du fleuve, les anciens du cercle nautique surveillent la montée des eaux. Ils attendront le dernier moment pour évacuer. Une chose les intrigue : la péniche du vieux Tonna circule sur le Pô. La lumière de la cabine est allumée mais l’on n’aperçoit personne à la barre. La péniche semble dériver. A quelques kilomètres de là, le commissaire Soneri est appelé à l’hôpital où un vieil homme s’est défenestré. Le commissaire n’est pas convaincu qu’il s’agisse d’un suicide. L’homme qui vient de mourir se nommait Decimo Tonna. Il s’agit du frère du marinier dont la péniche dérive sur le fleuve. Ce dernier est d’ailleurs introuvable. Les deux disparitions ne semblent pas pouvoir être une coïncidence.

Le commissaire Soneri est le héros récurrent d’une série de romans qui n’avait pas encore été traduite en français. Le commissaire est un personnage un brin mutique, opiniâtre face à sa hiérarchie et au juge d’instruction, il suit son idée quoiqu’il advienne. Ce qui rend le personnage sympathique est son amour pour la cuisine, les vins italiens. Dans ce roman, il passe beaucoup de temps dans une auberge où sont servis des plats traditionnels qui ravissent les papilles de notre commissaire.

Si vous aimez les polars au rythme frénétique, au suspens insoutenable, passez votre chemin. « Le fleuve des brumes » déroule lentement son intrigue. Le rythme du roman se cale sur celui du Pô. Celui-ci est vraiment un des personnages du livre. Il irrigue les pages du livre, Valerio Varesi a l’art de décrire, de faire sentir une atmosphère. La brume, l’humidité nous encerclent au fil des pages.

L’enquête est classique, sa source remonte à la République de Salò, mais il est très plaisant de voir évoluer le commissaire Soneri dans le brouillard hivernal de la vallée du Pô.

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Dodgers de Bill Beverly

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« Les Boîtes, les garçons ne connaissaient que ça ; c’était le seul endroit. Dans la rue, une voiture avançait entre les véhicules intacts et des carcasses, écrasant bouts de papier et morceaux de verre. Les garçons faisaient le guet. Ils observaient la lumière qui envahissait le maigre espace entre les maisons noires, alignées comme une rangée de dents branlantes. Ils avaient passé la moitié de la nuit là : selon Fin, on ne devait pas rester la nuit entière. La moitié suffisait. Une rotation au milieu les maintenait en alerte affirmait Fin. Ça faisait d’eux des hommes. » East, 15 ans, est à la tête d’une bande de gamins chargés de surveiller l’une de ces boîtes à cames. Jusqu’au jour où les flics débarquent sans que les garçons n’aient le temps de prévenir les dealers. Fin, l’oncle de East, va le mettre à l’épreuve. Il va devoir traverser les Etats-Unis pour assassiner un juge dans le Minnesota. East devra partir de Los Angeles dans un monospace pourri accompagné par trois autres gamins de la bande. L’un d’eux est son frère cadet qui a fui la maison et est un agité de la gâchette. East sent tout de suite que le voyage ne va pas être de tout repos.

« Dodgers » est un roman noir qui prend la forme d’un road-trip. Les quatre gamins noirs n’ont jamais quitté la Californie et ils vont découvrir leur propre pays. Ils se rendront vite compte que quelque soit le lieu, ils sont toujours regardés avec suspicion. Quatre adolescents noirs en vadrouille dans un monospace ne peuvent pas passer inaperçus. Ils ne sont pas non plus très discrets en témoigne une virée à Las Vegas voulue par le chauffeur, Mickaël, et qui tournera mal. A partir de là, les relations entre les passagers seront plus que tendues, East tentant de maintenir le cap et le calme.

East est le personnage le plus attachant du roman. C’est lui le narrateur de ce voyage/mission à travers le pays. A 15 ans, il fait preuve de maturité et de sang-froid. Il est malheureusement né au mauvais endroit et de la mauvaise couleur. Ce voyage initiatique s’avérera décisif pour East. S’éloignant de Los Angeles, il peut penser à prendre la tangente, à imaginer une vie loin de la rue, de la drogue et la violence des gangs. Mais peut-on échapper à son destin ?

Réaliste, tendu mais malheureusement un peu bavard, « Dodgers » est néanmoins un premier roman prometteur.

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Le ver à soie de Robert Galbraith

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Après le succès de l’affaire Lula Landry, Cormoran Strike croule sous les demandes. En général, les clients viennent le voir pour des histoires d’adultères mais cela va lui permettre de renflouer ses caisses. Pourtant, quand Mrs Quine vient lui proposer un travail alors qu’elle n’a pas les moyens de le payer, notre détective n’hésite pas un instant. Sa curiosité est tout de suite éveillée par le récit de Mrs Quine. Celle-ci s’inquiète de la disparition de son mari Owen. Ce dernier n’est pas rentré depuis dix jours. Mrs Quine n’a pas prévenu la police car son mari a déjà quitté son domicile quelques jours pour retrouver une maîtresse. Mais jamais il n’était resté absent aussi longtemps. Owen Quine était écrivain et il venait d’achever un roman où il révélait les secrets de certaines personnes de son entourage. Cormoran va donc commencer à enquêter avec l’aide de Robin, son assistante, dans le milieu de l’édition. Il semble que le dernier livre d’Owen est crée beaucoup d’inimitié à son égard. Cormoran finit d’ailleurs par découvrir son corps sauvagement mutilé dans une maison abandonnée.

Dans « L’appel du coucou », j’avais trouvé que l’intrigue n’était pas assez tendue, elle était notamment beaucoup diluée par les vies privées de Cormoran et Robin. Ce premier tome manquait de suspens à mon goût. Cette fois, J.K. Rowling réussit à établir un bon équilibre entre l’enquête policière et la vie de ses deux personnages. L’intrigue est parfaitement bien ficelée et haletante. Il n’y a aucun temps mort : les questions, les fausses pistes et les rebondissements titillent la curiosité du lecteur tout au long du roman. L’affaire se complexifie au fil des pages, Cormoran débute avec une simple disparition qui débouche sur un meurtre particulièrement horrible et sadique. Les personnages qu’il rencontre sont d’ailleurs tous plus sombres, cachottiers et nauséabonds les uns que les autres.

Et nous avons le plaisir de retrouver les deux personnages centraux de cette série. Cormoran est toujours aussi bourru, aussi massif et intuitif. On en apprend un peu plus sur l’accident qui lui a fait perdre sa jambe. Et il tente toujours d’échapper à l’influence de son ex-petite amie. Robin, quant à elle, est de plus en plus décidée à être elle-même détective. Elle se montre toujours plus volontaire, plus audacieuse. Mais elle doit faire accepter son envie à son fiancé qui aurait préféré qu’elle fasse un métier plus stable et moins chronophage. Le duo fonctionne toujours aussi bien et est toujours aussi complémentaire.

Plus réussi et abouti que « L’appel du coucou », « Le ver à soie » est une lecture vraiment plaisante à l’intrigue palpitante.

tumblr_ov1qkohAsm1tt4f9no10_1280Tom Burke et Holliday Grainger dans « Strike »

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Snjor de Ragnar Jonasson

Ari Thor vient de terminer l’école de police. Il envoie des lettres de motivation dans plusieurs villes et reçoit une réponse positive de la ville la plus au nord de l’Islande : Siglufjördur. Il accepte sans en parler au préalable avec sa petite amie. Celle-ci refuse donc de l’accompagner. Ari Thor se retrouve seul dans cette petite ville où tout le monde connaît tout le monde et où il est intensément scruté. La ville est calme, très calme selon les dires de son nouveau chef Tomas. Pourtant, peu de temps après son arrivée, Ari Thor est confronté à deux évènements des plus inhabituels : un vieil écrivain fait une chute mortelle dans les escaliers d’un théâtre, une femme est retrouvée allongée dans la neige de son jardin à moitié morte. Les deux affaires sont-elles liées ? Comment Ari Thor va-t-il réussir à résoudre les deux enquêtes alors que toute la ville se méfie de lui ?

« Snjor », qui signifie neige , est le premier volet des enquêtes d’Ari Thor. L’enquête nous entraîne sur différentes pistes, mêle le passé et le présent pour nous amener vers une fin inattendue et crédible. Le récit et l’écriture sont extrêmement classiques. Ari Thor est un policier mal dans sa peau, mais moins que la plupart de ces collègues de polars nordiques ! Il traîne néanmoins un passé douloureux qui l’empêche de communiquer véritablement avec les autres. Outre le personnage central, l’ensemble des protagonistes a droit à un portrait détaillé. Cela permet certes de brouiller les pistes mais l’on en apprend parfois plus que ce qui est nécessaire et j’ai fini par me mélanger les pinceaux dans ce fourmillement de détails.

Après avoir lu le deuxième volet de cette série, je constate malheureusement une répétition dans la construction du récit. Intercalé avec le récit de l’enquête, un narrateur non identifié nous raconte des faits violents. Le lecteur ne découvre que vers la fin du roman à quoi se rapportent ces passages. Il faut espérer que l’auteur ne va pas systématiquement utiliser cette forme narrative pour ses romans suivants.

Avec sa facture très classique, « Snjor » ne va certes pas révolutionner les polars nordiques. Mais malgré mes bémols, je dois reconnaître que j’ai lu très rapidement ce roman et que j’avais bien envie d’en découvrir le dénouement.

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