Témoin indésirable d’Agatha Christie

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Mrs Rachel Argyle est retrouvée assassinée chez elle, dans son bureau. Dans la maison ne se trouvent que les membres de la famille : son mari Léo, la secrétaire de celui-ci, Kirsten Lindstrom infirmière et gouvernante et les cinq enfants adoptés par le couple. C’est l’un d’entre eux, Jack, qui est arrêté et inculpé du meurtre de sa mère adoptive. Il clame son innocence, prétend avoir un alibi que la police n’arrive pas à vérifier. Jack aurait été pris en stop par un homme au moment du meurtre de Mrs Argyle. Mais l’homme est introuvable. Jack est alors condamné à perpétuité. Il meurt d’une pneumonie en prison six mois après son procès. Deux ans après l’affaire, le Dr Calgary vient frapper à la porte de la demeure des Argyle. Il est l’homme qui a pris Jack en stop. Pour différentes raisons, il n’a pu se présenter avant. Jack est blanchi du meurtre de sa mère adoptive. Le meurtrier est donc toujours dans la nature et comme le dit Micky, l’un des enfants adoptifs des Argyle : « Les paris sont ouverts, ricana-t-il. Qui ne nous a fait le coup ? »

Il y a quelque temps, je vous parlais de l’adaptation BBC de ce roman d’Agatha Christie. Je le lisais donc en terrain conquis, connaissant le fin mot de l’histoire. J’ai donc été fort surprise par la fin du roman qui est très différente de ce que nous a proposé la BBC. Comme quoi, il est toujours utile de revenir aux sources !

« Témoin indésirable » est un roman essentiellement psychologique, il s’agit presque d’un huis-clos. L’arrivée du Dr Calgary est très mal accueillie par la famille Argyle. Sa venue remet tout en cause. La suspicion revient semer la zizanie dans la famille. Chacun est rongé par le doute, chacun soupçonne l’un des autres membres de la famille. L’intrigue se déroule de manière très classique ; le lecteur, comme les membres de la famille, soupçonne tour à tour les différents personnages. Et le roman se termine par une grande scène de révélations avec l’ensemble des protagonistes. L’entrée en matière de « Témoin indésirable » est plus originale et surprenante puisque nous arrivons deux ans après le crime auquel nous n’avons donc pas assisté.

Agatha Christie profite de son roman pour questionner la maternité et ce qui est de l’acquis et de l’inné. Rachel Argyle est stérile mais son envie de maternité est si fort qu’elle adopte cinq enfants. Mais cela la pousse également à étouffer ses enfants, à se mêler, à diriger leurs vies. Certains d’entre eux nourrissent une amertume, une rancœur très fortes vis-à-vis de leur mère. Après le meurtre, les enquêteurs se questionnent sur les origines des enfants, d’où viennent-ils et quels sont leurs antécédents ? Est-ce qu’il suffit d’avoir reçu une bonne éducation pour rester dans le droit chemin ? L’interrogation est effectivement très intéressante et elle porte l’intrigue.

« Témoin indésirable » m’a permis de retrouver ma chère Agatha Christie dont j’apprécie toujours l’atmosphère et les idées originales.

 

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Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol

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Deux hommes et un enfant sont en voiture vers un lac artificiel proche de Barcelone. Le corps de l’enfant sera retrouvé noyé à cet endroit. La mère du garçon, Laure Gil, policière, soupçonne un dénommé Zinoviev, un mafieux russe. Ce dernier sera également retrouvé mort quelques temps plus tard. Il a été dépecé vivant. Il était attaché avec les menottes de Laura et, sur son torse, était épinglée la photo du fils de Laura. La culpabilité de la policière semble ne faire aucun doute. Probablement pour éviter la prison, Laura Gil se suicide. La nouvelle de sa mort va replonger son frère, Gonzalo, dans le passé de la famille Gil et surtout celui de son père Elias. Gonzalo est persuadée que sa mère n’a pas tué Zinoviev. Il se met donc dans les pas de sa sœur pour poursuivre sa dernière enquête sur la mafia russe.

« Toutes les vagues de l’océan » est un roman foisonnant qui nous fait traverser les périodes les plus sombres du XXème siècle : purges staliniennes, guerre civile espagnole, seconde guerre mondiale. Elias Gil a vécu tous ces événements, lui l’idéaliste de gauche dont la destinée a été brisée à Nazino, camps sibérien où sont enfermés les « opposants » à Staline. A Nazino, l’amour et la haine vont se présenter à Elias. Il croise le chemin d’Irina et d’Anna et surtout celui d’Igor Stern. Cet homme assoiffé de pouvoir, devient l’ennemi juré d’Elias, celui contre qui il se battra jusqu’à son dernier souffle au risque de se perdre. Victor del Arbol évoque ainsi dans son roman la perte des illusions, les compromissions et la soif de vengeance qui ronge Elias. Mais il est également question de filiation puisqu’à travers son enquête, Gonzalo découvre le véritable visage de son père et les décisions qu’il a prises et qui ont changé la destinée de sa famille.

Dans « Toutes les vagues de l’océan », Victor del Arbol entrelace le passé et le présent, passe d’un lieu à un autre avec une grande fluidité. Le lecteur n’est jamais perdu durant les 680 pages. Le livre est dense, les personnages sont nombreux mais ils ont tous leur utilité dans l’intrigue. L’auteur ménage de nombreux rebondissements sans que cela semble artificiel. La construction du roman est admirablement maîtrisée et tenue de bout en bout.

« Toutes les vagues de l’océan » m’a permis de découvrir enfin le talentueux Victor del Arbol. Roman aux multiples facettes questionnant l’engagement politique, la filiation et la soif de pouvoir, il vous tiendra en haleine de la première à la dernière page.

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L’affaire Sadorski de Romain Slocombe

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En 1942, Léon Sadorski est un flic modèle qui prend son travail très à cœur. Il contrôle et arrête des juifs pour les envoyer à Drancy. Parfois, il retarde les arrestations contre des pots-de-vin. Les temps sont durs et Sadorski adore gâter sa femme. De manière incompréhensible, il se fait arrêter par la Gestapo. Il est envoyé à Berlin avec un ancien supérieur hiérarchique. Les deux hommes se font durement interroger et sont incarcérés. Au bout d’un certain temps, les allemands dévoilent leur jeu : ils ont testé Sadorski, ils souhaitent qu’il devienne leur informateur à la préfecture de police. A son retour à Paris, il a l’ordre de retrouver une ancienne maîtresse, Thérèse Gurst, agent-double qui tromperait les allemands. Parallèlement, Sadorski enquête sur l’assassinat brutale d’une jeune femme qui a été retrouvée sur les voies de chemin de fer.

Le personnage de Léon Sadorski est de ceux que l’on oublie pas. Romain Slocombe nous décrit la parfaite ordure. Il n’a aucune compassion, aucun sentiment quant au sort des juifs qu’il arrête. Lorsqu’il s’intéresse à une jeune voisine juive, c’est en raison de pulsions perverses. Sadorski est infâme et c’est lui le narrateur du roman. Cela met le lecteur dans une position très inconfortable, proche du malaise. L’ambiance du roman est pesante, d’une noirceur étouffante.

Romain Slocombe a fait un travail documentaire remarquable pour écrire son roman. Les descriptions des différents services de la police, des coulisses du régime de Vichy sont riches de détails. Tout est extrêmement précis, réaliste. Trop peut-être, je dois avouer avoir eu une indigestion en arrivant aux cent dernières pages. Le roman est presque trop dense, cela pèse sur la lecture. Autre bémol, qui n’a cette fois rien à voir avec le livre, c’est le fait qu’il soit classé dans les romans policiers. L’enquête sur l’assassinat n’occupe qu’une petite partie du livre. Ceux qui l’achètent en cherchant un policier historique risquent d’être déçus. Il s’agit simplement d’un roman historique.

« L’affaire Léon Sadorski » est un livre marquant sur un officier de police pervers et malsain sous l’occupation. Malgré ma difficulté à le terminer, je le conseille car le projet est ambitieux. En revanche, je vais attendre un peu avant de me lancer dans la suite qui a été publiée pour la rentrée littéraire.

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Lagos lady de Leye Adenle

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Guy Collins est un journaliste londonien envoyé au Nigéria pour suivre les élections. Un soir, il sort dans un bar malgré les avertissements donnés à l’hôtel. Il aurait dû les écouter puisqu’à l’extérieur est découvert le corps d’une prostituée. Elle a été jetée dans le caniveau et ses seins ont été tranchés. La police arrive sur les lieux et embarque tous les témoins dont le pauvre Guy. C’est une femme qui vient le sortir de là. Anaka travaille dans une association qui vient en aide aux prostituées. L’aide d’un journaliste serait la bienvenue. Anaka va demander à Guy d’enquêter avec elle sur le meurtre de la femme mutilée.

« Lagos lady » est un premier roman et il mêle tous les ingrédients d’un bon polar : la corruption, les trafics en tout genre, une police à la limite de la légalité, des bas-fonds plus noirs que noirs, des héros téméraires, un rythme haletant et une critique sociétale. Leye Adenle laisse à voir une société nigériane totalement gangrenée par l’argent et par une terrifiante violence. Tout semble permit pour s’enrichir et obtenir du pouvoir. La place des femmes est également au centre du roman. Pour s’en sortir, pour aider leurs familles, les filles n’ont pas le choix : elles se prostituent. La prostitution étant hypocritement interdite au Nigéria, les filles vivent dans l’illégalité et à la merci de tous. Le constat de Leye Adenle est glaçant, toutes les couches de la société, des notables aux petits malfrats, participent à la violence de la société nigériane.

« Lagos lady » a néanmoins quelques défauts. Leye Adenle a construit un roman extrêmement foisonnant avec de très nombreux personnages. C’est un peu trop, certaines histoires se rajoutent au mille-feuilles sans apporter grand chose à l’intrigue principale. Un peu d’épure aurait donner plus de fluidité au récit. De même, était-il bien nécessaire de faire naître une histoire d’amour dans tout ce chaos ? Leye Adenle n’assumait-il pas la noirceur de son histoire et souhaitait-il l’adoucir ? Cela m’a paru totalement superflu et inutile à l’intérêt du roman.

« Lagos lady » est un premier polar plutôt convainquant et prometteur malgré les trop nombreuses ramifications de son intrigue.

STICKER PMP 2017

 

 

 

 

Il était une fois l’inspecteur Chen de Qiu Xiaolong

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L’inspecteur Chen a grandi au temps de la Révolution culturelle sous Deng Xiaoping. Il a vu son père accusé, sa famille plus basse que terre. Chen apprendra à se plier aux ordres de l’Etat. C’est ainsi qu’il se retrouve assigné à un poste de traducteur au commissariat de police. Il se consacre sagement aux tâches qu’on lui assigne jusqu’à ce que le meurtre d’un commerçant ne le fasse réagir. L’affaire réveille les souvenirs de son père et de l’humiliation qu’il a vécu. Le simple gratte-papier va peu à peu se muer en détective.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est le dixième livre où Qiu Xialong met en scène l’inspecteur Chen. Ici, il s’agit plus d’un recueil de nouvelles que d’un roman. Au cœur du livre se trouve la première enquête de Chen. Il y développe son intuition, apprend à enquêter, à interroger. L’histoire en elle-même est intéressante et bien menée. Elle souligne bien l’ambiance délétère de la Chine de cette époque, le climat de suspicion permanent. Une Chine où il ne faut ni s’élever socialement, ni intellectuellement.

Le reste des nouvelles dresse le portrait de cette Chine populaire qui, sous couvert d’égalité, humiliait, anéantissait des individus et leur famille. Ces textes dévoilent également la personnalité de l’inspecteur Chen marqué par son enfance et aimant passionnément la cuisine de son pays. N’ayant jamais lu de roman de Qiu Xiaolong, je n’ai pas vraiment été captivée par ces différents textes. Même si les nouvelles donnent à voir un aspect historique et terrible de Shanghai, tout cela manque singulièrement d’enquête et de suspens.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est plus un portrait de la Chine populaire qu’un polar. L’aspect historique est certes intéressant mais je conseillerais ce livre en priorité aux admirateurs de l’inspecteur Chen.

 

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Le fleuve des brumes de Valerio Varesi

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« Une eau fine glissait doucement du ciel. On apercevait avec difficulté le réverbère du cercle nautique à travers les gouttes qui tombaient, en dansant, sur la digue principale du fleuve : rien d’autre qu’un fanal pour les chalands des sableurs qui naviguaient dans le noir, de mémoire. » La pluie d’hiver fait grossir le Pô dans la région de Mantoue. Dans une petite ville au bord du fleuve, les anciens du cercle nautique surveillent la montée des eaux. Ils attendront le dernier moment pour évacuer. Une chose les intrigue : la péniche du vieux Tonna circule sur le Pô. La lumière de la cabine est allumée mais l’on n’aperçoit personne à la barre. La péniche semble dériver. A quelques kilomètres de là, le commissaire Soneri est appelé à l’hôpital où un vieil homme s’est défenestré. Le commissaire n’est pas convaincu qu’il s’agisse d’un suicide. L’homme qui vient de mourir se nommait Decimo Tonna. Il s’agit du frère du marinier dont la péniche dérive sur le fleuve. Ce dernier est d’ailleurs introuvable. Les deux disparitions ne semblent pas pouvoir être une coïncidence.

Le commissaire Soneri est le héros récurrent d’une série de romans qui n’avait pas encore été traduite en français. Le commissaire est un personnage un brin mutique, opiniâtre face à sa hiérarchie et au juge d’instruction, il suit son idée quoiqu’il advienne. Ce qui rend le personnage sympathique est son amour pour la cuisine, les vins italiens. Dans ce roman, il passe beaucoup de temps dans une auberge où sont servis des plats traditionnels qui ravissent les papilles de notre commissaire.

Si vous aimez les polars au rythme frénétique, au suspens insoutenable, passez votre chemin. « Le fleuve des brumes » déroule lentement son intrigue. Le rythme du roman se cale sur celui du Pô. Celui-ci est vraiment un des personnages du livre. Il irrigue les pages du livre, Valerio Varesi a l’art de décrire, de faire sentir une atmosphère. La brume, l’humidité nous encerclent au fil des pages.

L’enquête est classique, sa source remonte à la République de Salò, mais il est très plaisant de voir évoluer le commissaire Soneri dans le brouillard hivernal de la vallée du Pô.

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Dodgers de Bill Beverly

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« Les Boîtes, les garçons ne connaissaient que ça ; c’était le seul endroit. Dans la rue, une voiture avançait entre les véhicules intacts et des carcasses, écrasant bouts de papier et morceaux de verre. Les garçons faisaient le guet. Ils observaient la lumière qui envahissait le maigre espace entre les maisons noires, alignées comme une rangée de dents branlantes. Ils avaient passé la moitié de la nuit là : selon Fin, on ne devait pas rester la nuit entière. La moitié suffisait. Une rotation au milieu les maintenait en alerte affirmait Fin. Ça faisait d’eux des hommes. » East, 15 ans, est à la tête d’une bande de gamins chargés de surveiller l’une de ces boîtes à cames. Jusqu’au jour où les flics débarquent sans que les garçons n’aient le temps de prévenir les dealers. Fin, l’oncle de East, va le mettre à l’épreuve. Il va devoir traverser les Etats-Unis pour assassiner un juge dans le Minnesota. East devra partir de Los Angeles dans un monospace pourri accompagné par trois autres gamins de la bande. L’un d’eux est son frère cadet qui a fui la maison et est un agité de la gâchette. East sent tout de suite que le voyage ne va pas être de tout repos.

« Dodgers » est un roman noir qui prend la forme d’un road-trip. Les quatre gamins noirs n’ont jamais quitté la Californie et ils vont découvrir leur propre pays. Ils se rendront vite compte que quelque soit le lieu, ils sont toujours regardés avec suspicion. Quatre adolescents noirs en vadrouille dans un monospace ne peuvent pas passer inaperçus. Ils ne sont pas non plus très discrets en témoigne une virée à Las Vegas voulue par le chauffeur, Mickaël, et qui tournera mal. A partir de là, les relations entre les passagers seront plus que tendues, East tentant de maintenir le cap et le calme.

East est le personnage le plus attachant du roman. C’est lui le narrateur de ce voyage/mission à travers le pays. A 15 ans, il fait preuve de maturité et de sang-froid. Il est malheureusement né au mauvais endroit et de la mauvaise couleur. Ce voyage initiatique s’avérera décisif pour East. S’éloignant de Los Angeles, il peut penser à prendre la tangente, à imaginer une vie loin de la rue, de la drogue et la violence des gangs. Mais peut-on échapper à son destin ?

Réaliste, tendu mais malheureusement un peu bavard, « Dodgers » est néanmoins un premier roman prometteur.

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