Culottées, tome 1 de Pénélope Bagieu

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Pénélope Bagieu nous propose, dans ce premier tome de « Culottées », quinze portraits de femmes hors du commun. Ces portraits avaient été pré-publiés sur un blog avant de paraître en volume.

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Chaque portrait occupe une dizaine de pages et montre les moments marquants dans la vie de ces femmes de caractère. Pénélope Bagieu souligne le courage de ces femmes capables à travers les siècles, les pays de dépasser les clivages et d’imposer leur volonté.

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Il y a des femmes célèbres comme Joséphine Baker, Margaret Hamilton qui jouait la méchante sorcière de l’Ouest dans « Le magicien d’Oz » ou Tove Jansson créatrice des Moumines. Les autres sont des inconnues que Pénélope Bagieu met en lumière : certaines dépassent les interdits comme Josephina Van Gorkum, jeune femme catholique qui en 1842 épouse un protestant ; d’autres savent surmonter leurs handicaps comme Clémentine Delait, la femme à barbe ou Annette Kellerman atteinte de la polio et qui devient nageuse, d’autres mènent des combats politiques comme Las Mariposas, des sœurs luttant contre la dictature de Trujillo ; d’autres enfin veulent la même place que les hommes comme Lozen, guerrière et chamane apache ou Wu Zetian qui deveint impératrice de Chine en 690.

C’est toujours avec beaucoup d’humour et un trait vif que Pénélope Bagieu nous présente ces destins de femmes exceptionnelles. Son propos féministe montre que le genre ne doit pas être un frein à la destinée des femmes. A la fin de chaque portrait, Pénélope Bagieu nous offre de superbes dessins peints en double page pour magnifier chaque femme. Merci à elle d’avoir exhumé les vies de ces femmes vraiment culottées !

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Suite française – Tempête de juin de Emmanuel Moynot

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Juin 1940, la capitulation de la France provoque un exode massif vers la zone libre. Le destin de plusieurs familles se croisent : les Péricand, grands bourgeois catholiques dont l’aîné des enfants aimerait s’engager ; les Corte, Gabriel un écrivain sur le déclin et sa maîtresse, l’abbé Philippe Péricand qui doit accompagner les petits repentis du XVIème sur les routes de France ; les Michaud qui doivent se débrouiller pour retrouver à Tours leur patron, le banquier Corbin. Sur les routes se révèlent les caractères des uns et des autres. La lâcheté, l’égoïsme, la violence, la misère, la faim, le désespoir accompagnent l’exode des personnages. Tous les milieux sociaux se mélangent, les points de repère sont abolis. Chacun doit sauver sa peau.

On se souvient du destin incroyable du dernier roman écrit par Irène Nemirovsky et qui a reçu le prix Renaudot à titre posthume. Emmanuel Moynot adapte le premier volet du roman intitulé « tempête de juin ». Le dessinateur a gardé la composition  chorale du roman, on suit successivement la destinée de chaque famille. On retrouve bien également le ton d’Irène Nemirovsky qui décrivait avec réalisme et ironie, la vilenie, la bassesse de ses contemporains. La vérité des caractères est mise à nu lorsque l’urgence, le danger se présentent.

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Le trait d’Emmanuel Moynot n’est pas sans évoquer celui de Tardi. Il choisit, pour dessiner cette histoire, le noir et blanc, le gris pour montrer l’incertitude de la période historique. Les heures sont graves et le dessin l’est aussi.

Le roman d’Irène Nemirovsky est respecté, il se prêtait d’ailleurs parfaitement à une adaptation en bande-dessinée. Le graphisme, aux traits rapides et en noir et blanc, souligne l’urgence et la noirceur de ce moment de notre Histoire.

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

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Juliette de Camille Jourdy

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Juliette est de retour chez son père. Elle vit à Paris mais avait besoin de changer d’air. Elle se réinstalle dans sa chambre et elle ne sait pas pour combien de temps. Elle écoute régulièrement son pouls qui lui semble irrégulier, dort mal. Sa sœur aînée, Marylou, est restée dans leur ville de province. Elle est mariée, a deux enfants mais elle s’ennuie. Pour égayer son quotidien, elle a pris un amant qui tient un magasin de déguisements. Celui-ci vient la surprendre dans son jardin habillé en ours, en fantôme, etc… Les parents des deux sœurs ont divorcé depuis longtemps. Le père est resté seul, la mère change sans cesse de compagnons qui sont de plus en plus jeunes. Un environnement pas forcément très reposant pour l’angoissée Juliette !

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J’ai retrouvé avec grand plaisir Camille Jourdy dont j’avais particulièrement aimé la bande-dessinée précédente « Rosalie Blum » (son adaptation au cinéma était également très réussie). Camille Jourdy décrit une petite ville de province, pavillonnaire, de manière réaliste, très détaillée. Elle se penche sur la vie quotidienne de la famille de Juliette avec une infinie tendresse et une grande sensibilité. L’album montre un moment de doute dans la vie de son héroïne, elle s’interroge sur le sens à donner à sa vie et son retour aux sources va lui révéler un secret de famille. Des non-dits, des regrets, des petites jalousies, des petits riens parfois insignifiants qui font tout le sel de cet album et donnent de l’épaisseur aux personnages de Camille Jourdy. Le retour de Juliette permettra aux membres de la famille de s’expliquer, de régler certains comptes. Et puis, il y a Polux… un quadragénaire qui passe son temps au café pour oublier qu’il est seul et qui redonnera le sourire à Juliette.

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Les images de l’auteur sont très colorées, très joyeuses, complètement à l’opposé de la morosité de Juliette. Dans l’album, il y a de pleines pages peintes à la gouache, qui sont de véritables petits bijoux, des respirations entre les pages. Le quotidien est sublimé par le trait simple de Camille Jourdy.

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Mélange de mélancolie, de douceur et d’humour, « Juliette » est un roman graphique particulièrement réussi aux personnages attachants. C’est délicat, subtil et touchant.

Le grand méchant renard de Benjamin Renner

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Comment réussir à manger à sa faim lorsque l’on est un renard pas du tout effrayant ? Conseillé par un loup ténébreux et flegmatique, notre renard trouve la solution : voler des œufs, les couver, les engraisser pour enfin les manger. Mais notre renard n’a rien d’une bête sauvage et sanguinaire, c’est un vrai gentil. Une fois les poussins sortis de leurs coquilles, son instinct maternel (j’ai bien dit maternel puisque les poussins l’appellent maman !) s’éveille et il est devenu hors de question de les manger. Malheureusement, le loup n’est pas du même avis.

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J’ai découvert cette bande-dessinée chez Leiloona juste avant que Benjamin Renner n’obtienne le prix de la BD Fnac. Et c’est bien mérité car cette bande-dessinée peut être lue aussi bien par des enfants que des adultes et qu’elle est tour à tout drôle et tendre.

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Notre pauvre renard est un loser complet. Il n’arrive à effrayer personne avec ses pitoyables « Graou », les poules ont systématiquement le dessus et il finit par manger des navets pour combler sa faim. Ses tentatives infructueuses furent tellement nombreuses que tout le monde le connaît à la ferme, il est même devenu ami avec le chien de garde paresseux, le cochon jardinier et le lapin crétin.

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Benjamin Renner joue sur les stéréotypes avec son renard pathétique. L’animal est supposé être rusé mais ici nous sommes bien loin du compte ! Et il s’avère être une vraie mère-poule pour ses petits. Les poules sont également loin de l’image de la proie facile. Elles forment un commando anti-renard, prennent des cours d’auto-défense et apprennent  les mille et une façon de décapiter leur ennemi ! Et pour le coup, les poussins sont plus méchants que leur mère d’adoption puisqu’il se prennent pour des renards et qu’ils terrifient les autres poussins une fois retournés à la ferme. Ces décalages créent bien évidemment de l’humour et notre ami renard (qui m’a fait penser au Coyote du cartoon) est tout à fait attendrissant.

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« Le grand méchant renard » est une bande-dessinée hautement sympathique, s’amusant des clichés qui collent aux basques de nos amis les animaux  et où chacun doit apprendre à s’accepter tel qu’il est.

Le chasseur de Darwyn Cooke et Richard Stark

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John Dortmunder, créé par Donald Westlake, est un de mes personnages littéraires préférés. Cambrioleur brillant et ingénieux, il manque de chance et ses coups échouent souvent spectaculairement. Dans la bibliographie foisonnante de Donald Westlake existe le double sombre de Dortmunder : Parker. Voleur lui aussi, il est froid, brutal et d’une efficacité redoutable.

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Avant de me lancer dans la découverte de la série de romans consacrée à Parker (écrite sous le pseudonyme de Richard Stark), j’ai commencé par la bande-dessinée de Darwyn Cooke adaptée du premier volet : « Le chasseur » (merci aux éditions Dargaud d’avoir conservé le titre original « The hunter », qui a été traduit par « Comme une fleur » lors de sa publication chez Gallimard). Parker sort d’un séjour en prison après s’être fait doubler par sa femme et un partenaire engagé sur un gros casse. En sortant, il n’aura de cesse de se venger et de récupérer l’argent qui lui est dû.

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Le graphisme de cette bande-dessinée de Darwyn Cooke évoque le New York des années 60. Nous sommes plongés dans la belle époque du hard-boiled et du film noir hollywoodien. Les femmes ont la taille cintrée et le verre de whisky n’est jamais loin. Le style est épuré, il joue avec les ombres, la bichromie et rend parfaitement la noirceur des romans de Richard Stark. L’entrée en matière est absolument brillante : 13 pages quasiment muettes qui présentent le personnage de Parker, sa détermination, sa brutalité et son talent de cambrioleur. Le découpage des scènes est très cinématographique comme l’écriture de Donald Westlake (je suppose que cette caractéristique reste vraie chez Richard Stark).

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Cette adaptation du premier roman des aventures de Parker est une belle réussite grâce à un dessin sombre, contrasté qui rend bien l’ambiance des romans noirs et permet de découvrir un personnage de dur à cuire à l’ancienne, toujours prêt à jouer des poings pour s’imposer.

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Catharsis de Luz

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« Catharsis » est bien le terme qui exprime ce que Luz a voulu faire avec cette bande dessinée et son utilité pour lui. Après les attentats de Charlie-Hebdo, auxquels Luz échappa grâce à l’achat d’une galette des rois, le dessinateur n’arrivait plus à pratiquer son art. Ne sortaient de son stylo que de petits personnages aux yeux gigantesques, images de la sidération de Luz face à la mort violente de ses amis. Le dessin est revenu peu à peu et il exprime toute la douleur, la culpabilité d’être encore en vie.

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Luz raconte dans « Catharsis » le jour de l’attentat (le jour de son anniversaire) et la vie d’après, celle des médias, des gardes du corps, de l’angoisse qui le tenaille sans cesse (pour l’apprivoiser, Luz l’appelle Ginette !) et du deuil impossible (très belles pages intitulées « Faut que je te raconte » où Luz discute devant la tombe ouverte de Charb comme pour achever un dialogue brutalement interrompu).

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Mais il y a aussi de la lumière dans « Catharsis », des frémissements de retour à la vie : la lecture de « Shining » qui fait taire Ginette, un rêve autour de l’architecture de Frank Lloyd Wright, l’évasion imaginaire de la surveillance des gardes du corps et surtout l’amour. La compagne de Luz est très présente dans l’album et c’est sa présence, ses caresses qui ramènent le dessinateur du côté de la vie.

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« Catharsis » est un album douloureux, désespéré mais il est également empreint de poésie, d’espoir. Jamais larmoyant, il montre juste un homme essayant de rester debout.

Merci au site de bandes dessinées en ligne Sequencity pour cette lecture.

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Literary life de Posy Simmonds

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« Literary life » est un recueil de chroniques publiées entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review par Posy Simmonds. Il s’agit du supplément littéraire du grand quotidien et c’est bien de la vie littéraire  dont nous parle l’auteur de « Gemma Bovery ». Et plus précisément des coulisses de la vie littéraire : la solitude de l’écrivain devant la feuille blanche, les séances de dédicace où personne ne vient, les cocktails de maison d’édition mais également la vie d’une petite librairie de quartier et l’impact du métier d’écrivain sur l’entourage. Posy Simmonds nous montre des écrivains à l’ego démesuré, malmenés, qui sont souvent coupés du monde réel et à la sensibilité à fleur de peau. Le regard de l’auteur est très acide, ironique sur ce monde littéraire mais il y a aussi de la tendresse envers les écrivains qui souffrent souvent de solitude et sont habités par le doute.

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Elle nous entraîne également dans la fiction pure avec deux personnages récurrents : Rick Raker, agent spécial qui fait penser à Bogart quand il incarnait Marlowe, et le docteur Derek assisté de nurse Tozer. Le premier peut vous aider à ruiner la réputation d’un adversaire écrivain. Le second soigne tous les bobos de l’écrivain : la panne d’écriture, l’étreintement par les critiques, l’accouchement de l’œuvre, la diarrhée verbale. Le docteur Derek a une solution à tous les problèmes ! C’est un personnage très réussi, très drôle et l’on prend plaisir à le retrouver.

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La dessinatrice alterne aussi les formats avec des pages de bandes dessinées classiques en noir et blanc et des dessins pleine page en couleurs.

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L’ensemble est très homogène et très plaisant avec des moments touchants mais surtout avec beaucoup d’humour. Mention spéciale à la page consacrée à Jane Austen qui se demande si elle va revenir du pays des morts pour recevoir les nombreux éloges qui lui sont adressés de nos jours. Je vous laisse découvrir si elle choisit où non de passer de l’autre côté !

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