Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch

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« Je ne me souviens pas d’une époque où je n’aie pas été obnubilée par un profond désir de voyager, d’atteindre je ne sais quel horizon éloigné. Ce lointain nébuleux était un rêve miroitant et omniprésent qu’entretenait le rituel des histoires qu’on me lisait une fois couchée, histoires pas toujours des plus classiques mais je n’en voulais pas d’autres. « Je te chanterai des chants d’Arabie et des contes du beau Cachemire… », psalmodiait mon père lorsqu’il s’installait pour me lire quelque chose sur des personnages tels que Pocahontas, Lalla Rookh ou Lord Byron. Ces figures aux noms romantiques se déplaçaient sur un arrière-plan mystérieux, cet « Ailleurs » qui se formait déjà dans mon esprit d’enfant. Un pays magique auquel j’accèderais un jour par le fait tout aussi magique de partir, de me mettre en route, bref, de voyager. »

« Croquis d’une vie de bohème » est fait de différentes sources : les souvenirs d’enfance de Lesley Blanch écrit à l’initiative de sa filleule Georgia de Chamberet, des articles de l’édition britannique de vogue, un long récit sur son mari Romain Gary et l’ouvrage se termine par des récits de voyage. On trouve également dans le livre de nombreux dessins de Lesley Blanch, raffinés et élégants à l’image de leur auteure. Lesley Blanch est inconnue en France mais ses livres, « Vers les rives sauvages de l’amour » ou « Sabres du paradis », furent d’énormes succès en Angleterre. Cette autobiographie est vraiment passionnante, elle montre les multiples facettes de cette femme fascinante : journaliste, décoratrice de théâtre, voyageuse, collectionneuse d’objets d’art. Lesley Blanch a été élevée dans une famille bourgeoise dans la banlieue édouardienne de Chiswick. Sa curiosité est vite développée par des parents atypiques et cultivés. Toute sa vie, elle cultivera le côté bohème de ses parents et son indépendance. Elle devra l’être d’ailleurs rapidement car ses parents manquent d’argent. C’est ainsi que débutent ses multiples carrières.

C’est son immense amour de la Russie et de sa littérature qui lui permettront de séduire Romain Gary. Celui-ci est alors diplomate ce qui permet à Lesley d’assouvir son goût des voyages. Le couple vivra à Sofia, Paris, New York, en Bolivie et enfin à Hollywood. La vie avec Romain Gary n’est pas des plus reposantes, Lesley Blanch décrit un homme d’une incroyable complexité et d’un charme irrésistible. Beaucoup de femmes y succombent d’ailleurs. Leur mariage est libre, hautement intellectuel et littéraire.

Après que Romain Gary l’eut quittée pour Jean Seberg, Lesley Blanch se lance dans l’exploration des pays qui la faisaient rêver depuis l’enfance : l’Afghanistan, la Turquie, l’Iran, la Sibérie, l’Egypte, etc… Lesley Blanch fait partager son amour du voyage, de sa lenteur, du plaisir de la route en elle-même qui fait partie intégrante du plaisir de voyager.

Lesley Blanch est pétillante, spirituelle, extrêmement cultivée (sa passion pour la littérature est contagieuse) mais on sent également beaucoup de nostalgie dans ses récits. Elle sait notamment que sa manière de voyager est vouée à disparaitre pour laisser place à la vitesse et au tourisme de masse.

Je vous invite à découvrir la personnalité de Lesley Blanch, une voix érudite, lumineuse et extrêmement moderne. Le livre lui-même est magnifique, les éditions de la Table Ronde nous offre un objet magnifiquement mis en page et richement illustré de photos et de dessins de l’auteur.

Un grand merci aux éditions de la Table Ronde.

 

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Un manoir en Cornouailles de Eve Chase

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1968, la famille Alton quitte leur appartement de Fitzroy Square pour leur résidence de vacances en Cornouailles : le manoir de Pencraw autrement appelé le manoir des lapins noirs. La vie y est paisible, simple, un véritable refuge pour les quatre enfants et leurs parents. Les vacances s’y déroulent toujours de la même façon, dans une nonchalance bien heureuse et rêveuse : « Rien ne change. Le temps passe avec une lenteur sirupeuse. Dans la famille, on dit, pour rire, qu’une heure aux lapins noirs est deux fois plus longue qu’une heure à Londres, sauf qu’on y fait pas le quart de ce que l’on fait là-bas. »  Tout semble immuable et pourtant ces vacances de Pâques 1968 vont transformer la vie de la famille Alton.

Plus de trente ans plus tard, une jeune femme, Lorna, cherche avec son fiancé, Jon, l’endroit où ils célèbreront leur mariage. Lorna veut absolument que l’évènement se déroule en Cornouailles. Elle cherche un lieu très précis, un manoir qu’elle a visité enfant avec sa mère.

Comment résister à une si jolie couverture et à l’appel de la Cornouailles ? C’est quasiment impossible dans mon cas. Mais cela ne suffit pas à faire un grand livre et je ressors de cette lecture avec un avis mitigé. La partie la plus intéressante est celle qui concerne la famille Alton. Leur histoire est racontée par les yeux de Amber, l’aînée avec son frère jumeau Toby. Ce qui se joue au sein de la famille est bien mené même si la suite des évènements est assez prévisible. Les caractères des enfants sont bien affirmés et cela leur donne chair. On a de la sympathie pour ces quatre enfants frappés par le drame.

En revanche, la partie concernant Lorna n’est pas très réussie. Elle semble plaquée à côté de celle de la famille Alton uniquement pour créer un suspens qui paraît artificiel. Je pense même que l’intrigue est rendue plus prévisible en raison du récit de Lorna. Ce qui rend cette partie quelque peu contre-productive. Je n’ai vraiment pas accroché à l’histoire de Lorna et ne l’ai pas trouvé particulièrement attachante. Une autre chose m’a chiffonnée, on ne sent aucune différence temporelle entre les deux époques alors qu’il y a plus de trente ans d’écart. C’est un peu perturbant lorsque l’on passe d’une période à l’autre.

« Un manoir en Cornouailles » est un roman sympathique qui se lit facilement mais qui pêche par son intrigue trop prévisible et par une partie contemporaine qui manque de profondeur.

Merci aux éditions Nil.

 

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

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Le retour de Samson O’Brien à Bruncliffe, Yorshire, est pour le moins fracassant. Il est accueilli par des huées et par un coup de poing de Delilah Metcalfe. Samson avait quitté sa ville natale plus de dix plus tôt de manière brusque et s’en jamais y revenir. Il a notamment manqué l’enterrement de Ryan Metcalfe, son meilleur ami et frère de Delilah. Celle-ci n’est d’ailleurs pas au bout de ses surprises puisque Samson a loué le rez-de-chaussée du bâtiment qui abrite son agence matrimoniale. Pour éviter la faillite, Delilah finit par accepter son nouveau locataire qui va ouvrir une agence de détective privé. Rapidement, Samson reçoit sa première cliente, Mme Hargreaves, qui vient de perdre son fils Richard. Celui-ci se serait suicidé en se jetant sous les rails d’un train. Cela est impensable pour sa mère qui demande à Samson d’enquêter sur les circonstances du décès. Elle prend un tour inattendu quand Delilah se rend compte que son agence matrimoniale pourrait être liée à la disparition de Richard Hargreaves.

« Rendez-vous avec le crime » est le premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire » de Julia Chapman. Le deuxième vient de sortir et le troisième sera édité d’ici à la fin de l’année. Petite parenthèse esthétique : il faut remercier les éditions Robert Laffont d’avoir conservé les splendides couvertures dessinées par Emily Sutton. Cette série s’inscrit dans ce que l’on appelle les « cozy mysteries » qui sont des romans policiers ayant pour cadre une petite communauté rurale à laquelle le détective appartient, l’humour y a souvent une place importante. « Rendez-vous avec le crime » correspond parfaitement à cette description. Bruncliffe est un petit village au cœur du Yorkshire, où l’intimité est difficile à préserver. Rien ne peut rester secret, chacun connait par le menu la vie de ses voisins. Même à la maison de retraite, tout se sait rapidement ! Samson a d’ailleurs beaucoup de mal à se réhabituer à la rapidité de diffusion des nouvelles. Il est parti à Londres où il est devenu un flic infiltré, métier où le secret est primordial. Il est donc bien difficile pour lui de voir sa vie discuté au pub autour de pintes de bière ! Cette vie en communauté amène des situations cocasses qui apportent la petit touche humoristique nécessaire à ce type de roman.

Même si la résolution de l’enquête se fait bien avant la fin, « Rendez-vous avec le crime » est une lecture fort plaisante grâce à son ambiance de campagne anglaise et grâce aux deux personnages principaux. Delilah a un caractère bien trempé qui lui permet de faire face à n’importe qui et à n’importe quelle situation. Samson, quant à lui, est un personnage mystérieux dont la vie antérieure semble menaçante et toujours prête à resurgir. Leur duo fonctionne bien oscillant entre méfiance, agacement et attention protectrice. Le duo est soudé par la présence d’un  troisième personnage : Calimero, le très sympathique chien de Delilah, très présent dans l’intrigue et qui jouera un rôle important lors du dénouement.

« Rendez-vous avec le crime » remplit parfaitement sa mission de cozy mystery, nous offrant un charmant duo d’enquêteurs dans un cadre bucolique so english.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

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Témoin indésirable d’Agatha Christie

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Mrs Rachel Argyle est retrouvée assassinée chez elle, dans son bureau. Dans la maison ne se trouvent que les membres de la famille : son mari Léo, la secrétaire de celui-ci, Kirsten Lindstrom infirmière et gouvernante et les cinq enfants adoptés par le couple. C’est l’un d’entre eux, Jack, qui est arrêté et inculpé du meurtre de sa mère adoptive. Il clame son innocence, prétend avoir un alibi que la police n’arrive pas à vérifier. Jack aurait été pris en stop par un homme au moment du meurtre de Mrs Argyle. Mais l’homme est introuvable. Jack est alors condamné à perpétuité. Il meurt d’une pneumonie en prison six mois après son procès. Deux ans après l’affaire, le Dr Calgary vient frapper à la porte de la demeure des Argyle. Il est l’homme qui a pris Jack en stop. Pour différentes raisons, il n’a pu se présenter avant. Jack est blanchi du meurtre de sa mère adoptive. Le meurtrier est donc toujours dans la nature et comme le dit Micky, l’un des enfants adoptifs des Argyle : « Les paris sont ouverts, ricana-t-il. Qui ne nous a fait le coup ? »

Il y a quelque temps, je vous parlais de l’adaptation BBC de ce roman d’Agatha Christie. Je le lisais donc en terrain conquis, connaissant le fin mot de l’histoire. J’ai donc été fort surprise par la fin du roman qui est très différente de ce que nous a proposé la BBC. Comme quoi, il est toujours utile de revenir aux sources !

« Témoin indésirable » est un roman essentiellement psychologique, il s’agit presque d’un huis-clos. L’arrivée du Dr Calgary est très mal accueillie par la famille Argyle. Sa venue remet tout en cause. La suspicion revient semer la zizanie dans la famille. Chacun est rongé par le doute, chacun soupçonne l’un des autres membres de la famille. L’intrigue se déroule de manière très classique ; le lecteur, comme les membres de la famille, soupçonne tour à tour les différents personnages. Et le roman se termine par une grande scène de révélations avec l’ensemble des protagonistes. L’entrée en matière de « Témoin indésirable » est plus originale et surprenante puisque nous arrivons deux ans après le crime auquel nous n’avons donc pas assisté.

Agatha Christie profite de son roman pour questionner la maternité et ce qui est de l’acquis et de l’inné. Rachel Argyle est stérile mais son envie de maternité est si fort qu’elle adopte cinq enfants. Mais cela la pousse également à étouffer ses enfants, à se mêler, à diriger leurs vies. Certains d’entre eux nourrissent une amertume, une rancœur très fortes vis-à-vis de leur mère. Après le meurtre, les enquêteurs se questionnent sur les origines des enfants, d’où viennent-ils et quels sont leurs antécédents ? Est-ce qu’il suffit d’avoir reçu une bonne éducation pour rester dans le droit chemin ? L’interrogation est effectivement très intéressante et elle porte l’intrigue.

« Témoin indésirable » m’a permis de retrouver ma chère Agatha Christie dont j’apprécie toujours l’atmosphère et les idées originales.

 

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Ecoute la ville tomber de Kate Tempest

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Le livre s’ouvre sur la fuite en voiture de Becky, Harry et Leon. Ils quittent Londres avec une valise pleine d’argent. D’où vient cet argent ? C’est ce que le reste du roman va nous montrer. On retrouve nos trois personnages un an avant leur fuite en voiture. Becky essaie désespérément de faire partie d’une troupe de danseurs. Pour payer son loyer, elle travaille dans le café de son oncle et pratique des massages. C’est lors d’une soirée qu’elle rencontre Harry. Cette dernière deale de la cocaïne en attendant d’avoir assez d’argent pour ouvrir un bar avec son meilleur ami Leon. Celui-ci est son garde-du-corps, discret, il surveille les arrières d’Harry pendant les transactions. Les deux jeunes femmes vont se plaire immédiatement et leur rencontre va faire des étincelles.

« Ça vous rentre dans la peau. On n’en prend pas conscience tout de suite, seulement quand on regarde ce qu’on a toujours connu, ce qu’on laisse derrière soi, par les vitres de la voiture.

Ils longent les rues, les magasins, les coins de trottoir où il se sont installés. Les fantômes du passé sont de sortie, le regard braqué sur eux. Peau douteuse, yeux renfoncés, sourires flippants.

Ils le sentent dans leurs os, même. Le pain, la picole, le béton. La beauté que ça renferme. Les souvenirs fragmentés qui les aveuglent. Prêcheurs, parents, ouvriers. Des idéalistes aux pupilles vides qui vont droit dans le mur. Les réverbères, les voitures, les cadavres à enterrer, les bébés à faire. Un boulot. Rien qu’un boulot. » 

C’est ainsi que s’ouvre le premier roman de Kate Tempest. Ces premières pages sont extrêmement percutantes, rythmées et montrent une grande acuité, une lucidité sur notre époque. Même si la suite se fait plus sage en terme de langue, ce premier roman est vraiment prometteur. Kate Tempest est rappeuse, poétesse et dramaturge et son premier roman impose une nouvelle voix de la littérature contemporaine. L’auteur a un sens de la formule, elle étudie et analyse les sentiments de façon nouvelle. Elle utilise des images inédites et d’une grande poésie. Elle réussit notamment à renouveler des situations pourtant banales comme le coup de foudre : « Harry sent la chair de poule qui se propage, elle tourne la tête et découvre qu’une inconnue l’observe. Ce simple regard suffit à l’aveugler. L’inconnue est lumineuse. Elle lui explose au visage. Bombe à fragmentation. Elle lui brûle la rétine.« 

Kate Tempest caractérise également parfaitement ses personnages. Ils prennent chair sous ses mots. Et ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est la manière dont elle inscrit ses personnages principaux dans une constellation de personnages secondaires. Et pour chacun, il y a quelques pages pour nous les présenter, nous raconter leurs vies. On sent beaucoup d’empathie pour ses personnages qui évoluent dans une société dure où les aspirations de chacun sont difficiles à affirmer. Cette société offre peu d’illusions à la génération de Harry, Becky et Leon.

En revanche, ce qui est moins réussi dans le roman est l’intrigue principale qui finalement n’occupe pas tant de place que ça ! Le livre s’ouvre sur une fuite après un casse. On s’attend donc à un roman plutôt tourné vers le thriller et le suspens. Et cela ne revient qu’à la toute fin du roman. La chronique des habitants d’un quartier sud de Londres suffisait amplement à faire un livre intéressant. Ce n’était pas nécessaire d’en rajouter pour accrocher le lecteur qui l’était déjà grâce au ton et à l’écriture de Kate Tempest.

« Ecoute la ville tomber » est un premier roman qui n’est pas sans défaut mais il est extrêmement prometteur et nous révèle une nouvelle voix de la littérature anglaise.

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Numéro 11 de Jonathan Coe

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Lors d’une visite chez ses grands-parents , Rachel croise le chemin d’une étrange femme qu’elle nomme « la folle à l’oiseau » car elle se promène avec un faucon. Quelques années plus tard, elle séjourne à nouveau chez ses grands-parents accompagnée de son amie Alison. Les deux enfants vont chercher à en savoir plus sur « la folle à l’oiseau ». Ce qu’elles vont découvrir et vivre durant ce séjour vont les marquer pour le reste de leurs vies.

Il est difficile de s’étendre plus longuement sur le résumé de « Numéro 11 », le dernier roman de Jonathan Coe. Le roman présente effectivement une myriade d’intrigues et de personnages au travers de cinq grandes parties. Il semble au départ que les histoires ne se recoupent pas mais en réalité un fil rouge les sous-tend. Elles possèdent également plusieurs points communs. Le numéro 11, tout d’abord, qui peut être le 11 Downing Street, ou un numéro de bus, ou encore le nombre d’étages qu’une famille richissime se fait construire en sous-sol. L’amitié entre Rachel et Alison est un autre point commun. On croise les deux personnages à différentes périodes de leurs vies et dans des situations variées. Elles sont parfois des personnages secondaires, parfois elles n’apparaissent pas du tout comme dans « Le prix Winshaw ». Et voici encore un point commun à une partie des histoires racontées ici par Jonathan Coe : la famille Winshaw qui relie « Numéro 11 » à « Testament à l’anglaise », le roman qui a fait connaître le romancier anglais.

« Numéro 11 » n’est pas à proprement parler une suite de ce roman mais sans doute est-ce le livre qui rappelle le plus le formidable « Testament à l’anglaise ». On retrouve donc la terrible famille Winshaw, ou ce qu’il en reste, et cela permet à Jonathan Coe de revenir à la satire sociale. Nous sommes ici à l’ère de Tony Blair et la critique se fait mordante. Il faut dire que la société contemporaine a plus d’un travers : surexposition dans les médias ou les réseaux sociaux, travail clandestin, participation de l’Angleterre à l’intervention des USA en Irak, ultra-libéralisme, aggravation des inégalités. Le sous-titre du roman, « Quelques contes sur la folie des temps », n’a pas été choisi au hasard !!! Jonathan Coe retrouve un humour grinçant et souligne l’absurdité de notre monde. Le plus marquant étant les fameux onze étages en sous-sol où se trouveront piscine, coffre-fort, petits personnels, etc… Jonathan Coe accentue ici un véritable travers, le règlement de l’urbanisme londonien empêche en effet de développer les maisons en hauteur, il faut donc se mettre à creuser si l’on veut augmenter sa surface habitable ! L’argent peut tout acheter et peut tout permettre. S’ajoute à la satire, une petite pointe de fantastique qui rajoute à l’étrangeté à ce roman parfaitement mené.

Jonathan Coe est l’un de mes écrivains préférés et « Numéro 11 » fait partie de ses meilleurs romans. Ce livre est une réussite tant sur le fond que sur la forme. Il offre une satire mordante et juste de l’Angleterre contemporaine. Des retrouvailles avec Jonathan Coe extrêmement réjouissantes !

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Maisie Dobbs de Jacqueline Winspear

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A Londres en 1929, Maisie Dobbs ouvre son agence de détective privé. Elle poursuit le travail de son maître à penser, Maurice Blanche dont elle a récupéré la clientèle. Il reste à voir si les clients vont faire confiance à une jeune femme seule. Sa première affaire ne tarde pas à se présenter. Un gentleman nommé Christopher Davenham aimerait faire suivre sa femme. Les nombreuses absences de celle-ci lui font soupçonner l’existence d’un amant. Une première affaire qui semble des plus classiques à première vue. En suivant Mrs Davenham, Maisie ne va pas découvrir une liaison mais une affaire beaucoup plus complexe et intéressante. Cette enquête va replonger Maisie Dobbs dans un passé qu’elle n’aime pas évoquer, celui de sa période en tant qu’infirmière durant le première guerre mondiale.

« Maisie Dobbs » est le premier roman de Jacqueline Winspear qui a écrit depuis treize autres livres avec cette héroïne. Malheureusement, seules les deux premiers sont traduits en français. Ce premier volet a donc pour but de nous faire connaître Maisie Dobbs. Fille de vendeur des quatre saisons, Maisie voit sa mère disparaître lorsqu’elle est jeune. Son père travaille dur pour élever sa fille correctement. Mais il finit par ne plus s’en sortir. Maisie va devoir être placé comme femme de chambre dans une maison de Belgravia. Et ce travail sera sa chance car Maisie est extrêmement brillante et avide de savoir, ce que vont remarquer Lady Rowan, son employeur, et son ami Maurice Blanche. Le personnage de Maisie est de ceux auxquels on s’attache, elle est intègre, intelligente et extrêmement volontaire. On prend donc plaisir à la suivre durant son enquête même si celle-ci manque de relief.

L’intrigue n’est effectivement pas le point fort de ce roman. Ce qui est véritablement intéressant dans « Maisie Dobbs », c’est ce que Jacqueline Winspear restitue de l’époque et ce qui s’y déroulait. Toute l’histoire porte sur l’après première guerre mondiale même si le roman comporte un long flash-back pendant que Maisie est infirmière. Comment les soldats aux gueules cassées se sont-ils réinsérés dans la société ? Et d’ailleurs ont-ils réellement retrouver leur place ? La manière dont l’Angleterre (c’est également valable pour la France) les ont accueillis est assez navrante. On ne voulait pas les voir, on voulait à tout prix oublier la guerre. Ce qui est également intéressant, c’est que Jacqueline Winspear ne se contente pas des gueules cassées, de ceux qui portent physiquement la marque des combats, elle évoque également les jeunes hommes brisés de l’intérieur. Leur mal-être devait être difficile à faire comprendre alors qu’ils étaient revenus entiers. Jacqueline Winspear traite parfaitement ce sujet à travers l’enquête de Maisie.

« Maisie Dobbs » est un roman policier tout à fait plaisant qui m’a plus intéressée par son arrière-plan historique que par son enquête elle-même. Et l’héroïne est assez attachante pour que l’on est envie de la retrouver.