Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

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Le retour de Samson O’Brien à Bruncliffe, Yorshire, est pour le moins fracassant. Il est accueilli par des huées et par un coup de poing de Delilah Metcalfe. Samson avait quitté sa ville natale plus de dix plus tôt de manière brusque et s’en jamais y revenir. Il a notamment manqué l’enterrement de Ryan Metcalfe, son meilleur ami et frère de Delilah. Celle-ci n’est d’ailleurs pas au bout de ses surprises puisque Samson a loué le rez-de-chaussée du bâtiment qui abrite son agence matrimoniale. Pour éviter la faillite, Delilah finit par accepter son nouveau locataire qui va ouvrir une agence de détective privé. Rapidement, Samson reçoit sa première cliente, Mme Hargreaves, qui vient de perdre son fils Richard. Celui-ci se serait suicidé en se jetant sous les rails d’un train. Cela est impensable pour sa mère qui demande à Samson d’enquêter sur les circonstances du décès. Elle prend un tour inattendu quand Delilah se rend compte que son agence matrimoniale pourrait être liée à la disparition de Richard Hargreaves.

« Rendez-vous avec le crime » est le premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire » de Julia Chapman. Le deuxième vient de sortir et le troisième sera édité d’ici à la fin de l’année. Petite parenthèse esthétique : il faut remercier les éditions Robert Laffont d’avoir conservé les splendides couvertures dessinées par Emily Sutton. Cette série s’inscrit dans ce que l’on appelle les « cozy mysteries » qui sont des romans policiers ayant pour cadre une petite communauté rurale à laquelle le détective appartient, l’humour y a souvent une place importante. « Rendez-vous avec le crime » correspond parfaitement à cette description. Bruncliffe est un petit village au cœur du Yorkshire, où l’intimité est difficile à préserver. Rien ne peut rester secret, chacun connait par le menu la vie de ses voisins. Même à la maison de retraite, tout se sait rapidement ! Samson a d’ailleurs beaucoup de mal à se réhabituer à la rapidité de diffusion des nouvelles. Il est parti à Londres où il est devenu un flic infiltré, métier où le secret est primordial. Il est donc bien difficile pour lui de voir sa vie discuté au pub autour de pintes de bière ! Cette vie en communauté amène des situations cocasses qui apportent la petit touche humoristique nécessaire à ce type de roman.

Même si la résolution de l’enquête se fait bien avant la fin, « Rendez-vous avec le crime » est une lecture fort plaisante grâce à son ambiance de campagne anglaise et grâce aux deux personnages principaux. Delilah a un caractère bien trempé qui lui permet de faire face à n’importe qui et à n’importe quelle situation. Samson, quant à lui, est un personnage mystérieux dont la vie antérieure semble menaçante et toujours prête à resurgir. Leur duo fonctionne bien oscillant entre méfiance, agacement et attention protectrice. Le duo est soudé par la présence d’un  troisième personnage : Calimero, le très sympathique chien de Delilah, très présent dans l’intrigue et qui jouera un rôle important lors du dénouement.

« Rendez-vous avec le crime » remplit parfaitement sa mission de cozy mystery, nous offrant un charmant duo d’enquêteurs dans un cadre bucolique so english.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

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Bonjour tristesse de Frédéric Rébéna

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Dans les années 50, Cécile, lycéenne parisienne, passe l’été de ses 17 ans dans une villa en bord de mer avec son père et sa maitresse. La jeune femme adore son père qui la laisse faire ce qu’elle veut. Elle vit un été de totale insouciance et de plaisirs. Cécile boit, fume, va au casino comme les adultes, connaît ses premiers émois sensuels. Cette vie sans aucune contrainte lui plaît énormément. L’ambiance change lorsqu’une ancienne amie de sa mère vient s’installer dans la villa. Anne est une femme élégante, intelligente, stricte et qui n’accepte pas de voir l’adolescente paresser et se comporter comme une adulte. De désagréable, Anne devient rapidement une véritable menace pour Cécile lorsque son père lui annonce qu’il va l’épouser.

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J’ai lu le roman de Françoise Sagan il y a de nombreuses années et j’en ai gardé une image vénéneuse, sombre malgré le climat estival. La bande-dessinée de Frédéric Rébéna m’a fait retrouver cette atmosphère délétère. Tout se noue autour du père, séducteur nonchalant. Les trois femmes veulent chacune le garder pour elle, conserver son attention. Et au fil de l’histoire, on se demande comment cet homme mou et sans volonté peut séduire autant de femmes. Les liens qu’il tisse avec chacune d’entre elles sont tous vénéneux et dangereux.

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Frédéric Rébéna a conservé la trame de l’histoire de Françoise Sagan. Il a néanmoins choisi d’ouvrir sa bande-dessinée par la fin ce qui n’enlève rien à l’intérêt de l’intrigue. Cela rajoute de la tension, une forme de suspens quant à la façon dont le drame advient. Le dessin est brut, fait de grands traits rapides, on est parfois presque dans l’esquisse. Cela permet de rendre parfaitement l’atmosphère cruelle, tendue du roman. Les couleurs froides accentuent l’incommunicabilité entre les personnages, leur solitude.

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Frédéric Rébéna a su conserver l’esprit cruel et vénéneux du roman de Françoise Sagan. J’ai beaucoup apprécié son dessin rapide et ses couleurs froides qui rendent parfaitement l’atmosphère du roman.

 

Témoin indésirable d’Agatha Christie

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Mrs Rachel Argyle est retrouvée assassinée chez elle, dans son bureau. Dans la maison ne se trouvent que les membres de la famille : son mari Léo, la secrétaire de celui-ci, Kirsten Lindstrom infirmière et gouvernante et les cinq enfants adoptés par le couple. C’est l’un d’entre eux, Jack, qui est arrêté et inculpé du meurtre de sa mère adoptive. Il clame son innocence, prétend avoir un alibi que la police n’arrive pas à vérifier. Jack aurait été pris en stop par un homme au moment du meurtre de Mrs Argyle. Mais l’homme est introuvable. Jack est alors condamné à perpétuité. Il meurt d’une pneumonie en prison six mois après son procès. Deux ans après l’affaire, le Dr Calgary vient frapper à la porte de la demeure des Argyle. Il est l’homme qui a pris Jack en stop. Pour différentes raisons, il n’a pu se présenter avant. Jack est blanchi du meurtre de sa mère adoptive. Le meurtrier est donc toujours dans la nature et comme le dit Micky, l’un des enfants adoptifs des Argyle : « Les paris sont ouverts, ricana-t-il. Qui ne nous a fait le coup ? »

Il y a quelque temps, je vous parlais de l’adaptation BBC de ce roman d’Agatha Christie. Je le lisais donc en terrain conquis, connaissant le fin mot de l’histoire. J’ai donc été fort surprise par la fin du roman qui est très différente de ce que nous a proposé la BBC. Comme quoi, il est toujours utile de revenir aux sources !

« Témoin indésirable » est un roman essentiellement psychologique, il s’agit presque d’un huis-clos. L’arrivée du Dr Calgary est très mal accueillie par la famille Argyle. Sa venue remet tout en cause. La suspicion revient semer la zizanie dans la famille. Chacun est rongé par le doute, chacun soupçonne l’un des autres membres de la famille. L’intrigue se déroule de manière très classique ; le lecteur, comme les membres de la famille, soupçonne tour à tour les différents personnages. Et le roman se termine par une grande scène de révélations avec l’ensemble des protagonistes. L’entrée en matière de « Témoin indésirable » est plus originale et surprenante puisque nous arrivons deux ans après le crime auquel nous n’avons donc pas assisté.

Agatha Christie profite de son roman pour questionner la maternité et ce qui est de l’acquis et de l’inné. Rachel Argyle est stérile mais son envie de maternité est si fort qu’elle adopte cinq enfants. Mais cela la pousse également à étouffer ses enfants, à se mêler, à diriger leurs vies. Certains d’entre eux nourrissent une amertume, une rancœur très fortes vis-à-vis de leur mère. Après le meurtre, les enquêteurs se questionnent sur les origines des enfants, d’où viennent-ils et quels sont leurs antécédents ? Est-ce qu’il suffit d’avoir reçu une bonne éducation pour rester dans le droit chemin ? L’interrogation est effectivement très intéressante et elle porte l’intrigue.

« Témoin indésirable » m’a permis de retrouver ma chère Agatha Christie dont j’apprécie toujours l’atmosphère et les idées originales.

 

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La mille et deuxième nuit de Carole Geneix

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Peu avant le voyage inaugural du Titanic, le couturier Paul Poiret envoie des invitations pour la soirée de lancement de son premier parfum. La fête, intitulée « La mille et deuxième nuit », sera placée sous le signe de l’Orient. Parmi les invités se trouve la fantasque et sulfureuse comtesse russe Svetlana Slavskaïa. Elle vient accompagnée de son secrétaire particulier, Dimitri Ostrov. Ce divin jeune juif a fui la Russie Bolchevik et est particulièrement intimidé par son entrée dans le monde. La fête est une totale réussite, décadente à souhait ! Malheureusement, elle s’achève dans le sang. Dimitri découvre le corps sans vie de sa chère comtesse. Il devient, pour la police, le premier suspect.

« La mille et deuxième nuit » est le premier roman policier de Carole Geneix. Le point fort du livre est son contexte historique. Nous sommes en 1912, juste avant que l’Europe ne s’embrase. Carole Geneix rend parfaitement l’ambiance de la Belle Epoque, son extravagance et son insouciance. Elle montre les signes avant-coureurs du conflit à travers certains personnages comme celui du fils de la comtesse. L’idée de mettre au centre du livre, le couturier Paul Poiret est également excellente. C’est un personnage extrêmement intéressant. Il était un précurseur de la mode et a notamment libérer les femmes du corset. Il formait avec sa femme Denise un couple en vogue et admiré. Les fêtes de Poiret étaient flamboyantes, originales. Il a travaillé avec Diaghilev et Nijinski qui sont tous les deux évoqués dans le roman. La carrière de Paul Poiret ne va pourtant pas survivre à la première guerre mondiale. L’évocation de ce personnage est vraiment réussie dans le roman.

Carole Geneix utilise les codes des romans populaires de l’époque. Son policier est fait de rebondissements, la langue est imagée et le roman est plaisant à lire. Mais il a aussi les défauts de ses qualités. C’est un divertissement plaisant mais qui va certainement s’oublier très vite notamment du point de vue de son intrigue.

« La mille et deuxième nuit » est un premier roman policier dont l’atmosphère Belle Epoque est particulièrement bien rendue et dont la lecture est tout à fait divertissante.

Serena de Pandolfo et Risbjerg

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1930, dans les Smoky Mountains, Pemberton, propriétaire de forêts, revient de Boston après trois mois d’absence. Durant son séjour, il s’est marié. Ses salariés vont découvrir la vénéneuse Serena. Elle n’est pas venue pour faire de la figuration ou s’occuper du foyer de Pemberton. L’exploitation du bois, elle connaît et c’est en associée qu’elle agit à la grande surprise des salariés de son mari. Elle impressionne par la force de son caractère, sa dureté et son sens des affaires. Serena voit grand, très grand et elle pousse son mari à acheter d’autres terres. Elle veut les exploiter totalement pour partir s’installer au Brésil. De nombreux obstacles vont s’élever sur la route de Serena, mais elle compte bien les éliminer un par un.

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Ane-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg ont adapté le roman éponyme de Ron Rash. Les premières pages plantent le décor, le sang coule rapidement après l’arrivée de Serena à Waynesville. L’ambiance est immédiatement tendue, rugueuse. Le dessin rend parfaitement compte de cela. Le coup de crayon est rapide, sans fioritures et les visages sont patibulaires. Et Serena ne fait pas exception. C’est une femme forte, cruelle. Rien ne semble pourvoir arrêter sa soif de pouvoir et de réussite. Elle ne fait preuve qu’aucune empathie envers son prochain. Elle semble être née pour une telle époque et un milieu hostile. C’est un personnage féminin marquant, étonnant pour l’époque dans laquelle elle s’inscrit. Elle est évidemment le point fort de cette bande-dessinée.

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« Serena » montre également parfaitement la dureté de l’époque. Nous sommes en 1930, juste qprès la grande crise de 1929. Les hommes sont près à tout pour travailler et les Pemberton ne se privent pas de les exploiter. Les conditions de travail sont plus que difficiles. La sécurité passe après les profits. Les hommes perdent leurs vies, parfois juste un membre, à déforester les terres des Pemberton. Le non respect de la nature est aussi évoqué. Les Pemberton sont freinés par un projet d’aménagement de parc national. Les paysages sont dessinés comme des terres désolées, dévastées par le passage des hommes.

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« Serena » est l’histoire d’une femme ambitieuse, cruelle mais également celle d’une terrible vengeance. Le dessin rugueux de la BD rend magnifiquement compte de la tension, de la brutalité de ce thriller.

Ecoute la ville tomber de Kate Tempest

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Le livre s’ouvre sur la fuite en voiture de Becky, Harry et Leon. Ils quittent Londres avec une valise pleine d’argent. D’où vient cet argent ? C’est ce que le reste du roman va nous montrer. On retrouve nos trois personnages un an avant leur fuite en voiture. Becky essaie désespérément de faire partie d’une troupe de danseurs. Pour payer son loyer, elle travaille dans le café de son oncle et pratique des massages. C’est lors d’une soirée qu’elle rencontre Harry. Cette dernière deale de la cocaïne en attendant d’avoir assez d’argent pour ouvrir un bar avec son meilleur ami Leon. Celui-ci est son garde-du-corps, discret, il surveille les arrières d’Harry pendant les transactions. Les deux jeunes femmes vont se plaire immédiatement et leur rencontre va faire des étincelles.

« Ça vous rentre dans la peau. On n’en prend pas conscience tout de suite, seulement quand on regarde ce qu’on a toujours connu, ce qu’on laisse derrière soi, par les vitres de la voiture.

Ils longent les rues, les magasins, les coins de trottoir où il se sont installés. Les fantômes du passé sont de sortie, le regard braqué sur eux. Peau douteuse, yeux renfoncés, sourires flippants.

Ils le sentent dans leurs os, même. Le pain, la picole, le béton. La beauté que ça renferme. Les souvenirs fragmentés qui les aveuglent. Prêcheurs, parents, ouvriers. Des idéalistes aux pupilles vides qui vont droit dans le mur. Les réverbères, les voitures, les cadavres à enterrer, les bébés à faire. Un boulot. Rien qu’un boulot. » 

C’est ainsi que s’ouvre le premier roman de Kate Tempest. Ces premières pages sont extrêmement percutantes, rythmées et montrent une grande acuité, une lucidité sur notre époque. Même si la suite se fait plus sage en terme de langue, ce premier roman est vraiment prometteur. Kate Tempest est rappeuse, poétesse et dramaturge et son premier roman impose une nouvelle voix de la littérature contemporaine. L’auteur a un sens de la formule, elle étudie et analyse les sentiments de façon nouvelle. Elle utilise des images inédites et d’une grande poésie. Elle réussit notamment à renouveler des situations pourtant banales comme le coup de foudre : « Harry sent la chair de poule qui se propage, elle tourne la tête et découvre qu’une inconnue l’observe. Ce simple regard suffit à l’aveugler. L’inconnue est lumineuse. Elle lui explose au visage. Bombe à fragmentation. Elle lui brûle la rétine.« 

Kate Tempest caractérise également parfaitement ses personnages. Ils prennent chair sous ses mots. Et ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est la manière dont elle inscrit ses personnages principaux dans une constellation de personnages secondaires. Et pour chacun, il y a quelques pages pour nous les présenter, nous raconter leurs vies. On sent beaucoup d’empathie pour ses personnages qui évoluent dans une société dure où les aspirations de chacun sont difficiles à affirmer. Cette société offre peu d’illusions à la génération de Harry, Becky et Leon.

En revanche, ce qui est moins réussi dans le roman est l’intrigue principale qui finalement n’occupe pas tant de place que ça ! Le livre s’ouvre sur une fuite après un casse. On s’attend donc à un roman plutôt tourné vers le thriller et le suspens. Et cela ne revient qu’à la toute fin du roman. La chronique des habitants d’un quartier sud de Londres suffisait amplement à faire un livre intéressant. Ce n’était pas nécessaire d’en rajouter pour accrocher le lecteur qui l’était déjà grâce au ton et à l’écriture de Kate Tempest.

« Ecoute la ville tomber » est un premier roman qui n’est pas sans défaut mais il est extrêmement prometteur et nous révèle une nouvelle voix de la littérature anglaise.

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Numéro 11 de Jonathan Coe

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Lors d’une visite chez ses grands-parents , Rachel croise le chemin d’une étrange femme qu’elle nomme « la folle à l’oiseau » car elle se promène avec un faucon. Quelques années plus tard, elle séjourne à nouveau chez ses grands-parents accompagnée de son amie Alison. Les deux enfants vont chercher à en savoir plus sur « la folle à l’oiseau ». Ce qu’elles vont découvrir et vivre durant ce séjour vont les marquer pour le reste de leurs vies.

Il est difficile de s’étendre plus longuement sur le résumé de « Numéro 11 », le dernier roman de Jonathan Coe. Le roman présente effectivement une myriade d’intrigues et de personnages au travers de cinq grandes parties. Il semble au départ que les histoires ne se recoupent pas mais en réalité un fil rouge les sous-tend. Elles possèdent également plusieurs points communs. Le numéro 11, tout d’abord, qui peut être le 11 Downing Street, ou un numéro de bus, ou encore le nombre d’étages qu’une famille richissime se fait construire en sous-sol. L’amitié entre Rachel et Alison est un autre point commun. On croise les deux personnages à différentes périodes de leurs vies et dans des situations variées. Elles sont parfois des personnages secondaires, parfois elles n’apparaissent pas du tout comme dans « Le prix Winshaw ». Et voici encore un point commun à une partie des histoires racontées ici par Jonathan Coe : la famille Winshaw qui relie « Numéro 11 » à « Testament à l’anglaise », le roman qui a fait connaître le romancier anglais.

« Numéro 11 » n’est pas à proprement parler une suite de ce roman mais sans doute est-ce le livre qui rappelle le plus le formidable « Testament à l’anglaise ». On retrouve donc la terrible famille Winshaw, ou ce qu’il en reste, et cela permet à Jonathan Coe de revenir à la satire sociale. Nous sommes ici à l’ère de Tony Blair et la critique se fait mordante. Il faut dire que la société contemporaine a plus d’un travers : surexposition dans les médias ou les réseaux sociaux, travail clandestin, participation de l’Angleterre à l’intervention des USA en Irak, ultra-libéralisme, aggravation des inégalités. Le sous-titre du roman, « Quelques contes sur la folie des temps », n’a pas été choisi au hasard !!! Jonathan Coe retrouve un humour grinçant et souligne l’absurdité de notre monde. Le plus marquant étant les fameux onze étages en sous-sol où se trouveront piscine, coffre-fort, petits personnels, etc… Jonathan Coe accentue ici un véritable travers, le règlement de l’urbanisme londonien empêche en effet de développer les maisons en hauteur, il faut donc se mettre à creuser si l’on veut augmenter sa surface habitable ! L’argent peut tout acheter et peut tout permettre. S’ajoute à la satire, une petite pointe de fantastique qui rajoute à l’étrangeté à ce roman parfaitement mené.

Jonathan Coe est l’un de mes écrivains préférés et « Numéro 11 » fait partie de ses meilleurs romans. Ce livre est une réussite tant sur le fond que sur la forme. Il offre une satire mordante et juste de l’Angleterre contemporaine. Des retrouvailles avec Jonathan Coe extrêmement réjouissantes !

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