Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien entendu marqué par la préparation du mois américain avec livres très différents et tous intéressants. Vivian Gornick, Anaïs Barbeau-Lavalette, Claire Vaye Watkins, Jacqueline Woodson et Brit Bennett seront toutes présentes au festival America de Vincennes. J’ai hâte de les écouter ! Je vous reparle donc très rapidement de leurs ouvrages. Stay tuned !!!

Je n’aurais pas le temps de vous parler des deux BD que j’ai lues pendant le mois d’août mais je vous conseille fortement la lecture de la série « Les beaux étés » de Zidrou et Jordi Lafebre dont le tome 4 est sorti récemment et celle de « Calpurnia » de Daphné Collignon au magnifique univers. Mon premier livre de la rentrée littéraire est celui de Adrien Bosc, « Capitaine », aussi exigeant qu’intéressant.

Et côté cinéma ?

Mes films préférés du mois :

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En bord de mer au sud de l’Italie, Marcello est toiletteur pour chiens dans une petite ville pauvre et décrépie. Marcello adore son travail, sa fille et ses voisins commerçants. Sa vie pourrait être paisible sans la présence violente et malsaine de Simone. Marcello est son souffre-douleur. Chétif et petit, le toiletteur cède sans cesse à la brute jusqu’à se sacrifier pour lui. Mais le martyrisé pourrait bien se rebeller. Matteo Garrone nous montre une Italie au bord du gouffre, rouillée, écaillée. La ville de Marcello est presque une ville-fantôme, aux bords de l’abandon. L’atmosphère du film est crépusculaire, la violence, la peur dominent les habitants. Le destin de Marcello est terrible, le personnage est troublant d’avilissement et de colère rentrée. Pour l’incarner, un acteur incroyable qui méritait son prix d’interprétation à Cannes : Marcello Fonte qui habite son rôle avec justesse et force. La vision de Matteo Garrone est bien sombre et sans espoir.

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Fiona Maye est magistrate à la Haute Cour de Londres. Elle est spécialisée dans les affaires familiales. Au moment où son mariage se défait, Fiona est confrontée à une affaire épineuse. Un médecin demande à la justice de l’autoriser à soigner de force Adam atteint de leucémie. L’adolescent de 17 ans est témoin de Jéhovah et refuse la transfusion sanguine qui pourrait l’aider. Fiona doit trancher en faveur de l’intérêt de l’enfant, mais celui-ci implique-t-il de respecter ses convictions religieuses ? « L’intérêt de l’enfant » était un roman de Ian McEwan qui a travaillé au scénario du film de Richard Eyre. L’histoire de Sam est absolument poignante et la décision de Fiona va la hanter et l’habiter. Tout repose sur les deux personnages et la finesse psychologique du romancier est rendue par deux formidables acteurs : Fionn Whitehead et Emma Thompson. Cette dernière se fait décidément trop rare sur grand écran. « My lady » est l’occasion d’admirer sa justesse, sa précision et son incroyable subtilité. La relation entre les deux acteurs fonctionnent formidablement et elle est plaine d’émotions (peut-être un peu trop dans une des dernières scènes à l’hôpital mais c’est un détail).

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L’histoire est vraie et totalement incroyable. Dans les années 70, Ron Stallworth, jeune flic noir, veut prouver sa motivation à sa hiérarchie. Dans la presse locale, il découvre une annonce du Ku Klux Klan qui recrute. Ron décroche son téléphone et se fait passer pour le pire des racistes afin d’infiltrer l’organisation. Cela fonctionne à merveille, la cellule locale veut le rencontrer. Ron ne peut de toute évidence pas se rendre au rendez-vous. C’est donc son collègue Flip Zimmerman qui va prendre sa place. Cela faisait bien longtemps que l’on avait pas vu un bon film de Spike Lee. Sa colère contre Donald Trump est manifestement un excellent vecteur créatif. Le film est une charge contre ce dernier et souligne la nécessité de l’indignation et de la continuité du combat. Spike Lee nous offre 2h16 de péripéties rythmées et drolatiques. Mais « Blackkklansman » est également emprunt de gravité avec une très belle mise en parallèle d’une réunion du KKK et du récit (par Harry Belafonte) du lynchage de Jesse Washington en 1916. La fin du film montre également les terribles images des manifestations d’extrême droite de Charlottesville en 2017. Adam Driver est décidément toujours sur les bons coups et on découvre John David Washington, le fils de Denzel, est promis à un très bel avenir.

Et sinon :

  • Mary Shelley de Haifaa Al-Mansour : Ce film retrace la vie de Mary Shelley de sa rencontre avec Percy à l’édition de « Frankenstein ». Le film m’a semblé fidèle quant à la vie audacieuse de Mary Shelley, même si je connais celle-ci que dans les grandes lignes. Le point fort du film est la prestation de Elle Fanning qui livre une belle incarnation de la romancière avec une certaine fougue. Les autres acteurs ne déméritent pas non plus, Douglas Booth inclus qui a l’art d’interpréter les personnages tête-à-claques ! Malheureusement, la mise en scène est extrêmement académique, sans réel point de vue sur l’histoire de Mary Shelley. Celle-ci aurait mérité une réalisation plus flamboyante, à la mesure de son audace. Certaines scènes frôlent le ridicule ou l’atteignent comme la scène de fin qui se déroule dans une librairie entre Percy et Mary. L’ensemble n’est pas déplaisant, il aura au moins le mérite de mieux faire connaître le destin de Mary Shelley.

 

  • Sur la plage de Chesil de Dominic Cooke : Le film est la deuxième adaptation sortie ce mois-ci d’un roman de Ian McEwan. Comme pour « My lady », l’écrivain a participé au scénario. « Sur la plage de Chesil » montre la nuit de noces catastrophique de Florence et Edward dans les années 60. Les deux jeunes gens sont de milieux sociaux différents, le poids des rapport de classe finit par miner la relation des deux époux. Le mépris des parents de Florence pour Edward fait naître une terrible rancœur qui rejaillit durant la nuit de noces. Les deux époux sont également totalement inexpérimentés sexuellement, méconnaissance qui tournera au fiasco. Saoirse Ronan et Billy Howle sont parfaits, ils incarnent merveilleusement et avec beaucoup de sensibilité Florence et Edward. Esthétiquement, le film offre de très belles images, élégantes. Malheureusement, l’ensemble est totalement plombé par une fin ridicule et inutile. Pourquoi avoir rajouté ces scènes qui n’apportent strictement rien ? Cela reste un mystère, elles sont, de plus,  bien loin de l’ironie qui fait le sel des romans du romancier. Un beau gâchis.

 

  • Le monde est à toi de Romain Gavras : François vit en banlieue parisienne. Il voudrait arrêter de dealer pour lancer la franchise Mr Freeze au Maghreb. Il pensait avoir de l’argent de côté mais sa mère a tout dépensé au jeu. François se voit obligé d’aller en Espagne pour récupérer un chargement de drogue pour un caïd lunatique Poutine. Les choses vont bien évidemment se compliquer. Romain Gavras tente de faire du Tarantino à la française avec son nouveau film. La fin évoque également les Ocean de Steven Soderbergh, le glamour en moins. Il y a de l’humour, de l’outrance et un casting cinq étoiles avec en tête Karim Leklou qui confirme son talent. Le film se laisse bien regarder, les numéros de Isabelle Adjani et Vincent Cassel sont amusants. Mais le film n’a rien de révolutionnaire et son souvenir risque bien d’être fugitif.

 

  • Paul Sanchez est revenu de Patricia Mazuy : Cette fois-ci, c’est sûr, Paul Sanchez est revenu. Meurtrier recherché depuis dix ans, il a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. Son retour avait déjà été annoncé à plusieurs reprises mais cette fois les témoins oculaires se multiplient. On l’a vu errer dans la région. Les gendarmes doutent toujours à l’exception de Marion, petite gendarmette gaffeuse, qui voit dans la traque de Paul Sanchez une occasion de briller. Le film de Patricia Mazuy évoque l’affaire de Dupont de Ligonnès. Il suffit que le criminel disparaisse pour qu’on le voit partout. La réalisatrice dénonce à travers son film le sensationnel qui est créé lors des faits-divers. Tout devient spectacle, tout exacerbe l’hystérie des habitants de la petite ville. Les paysages du Var, où se terre Paul Sanchez,  ressemble au Grand Canyon et donne un côté western à cette traque. Laurent Lafitte est parfait dans le rôle de Paul Sanchez, incarnant ce personnage trouble avec beaucoup d’ambiguïté.

 

  • Under the silver lake de David Robert Mitchell : Sam n’a plus de boulot. Il passe ses journées dans sa résidence de Los Angeles, à observer ses voisines à la jumelle. Il découvre une très jolie jeune femme qui habite à côté de chez lui. Celle-ci disparaît et Sam décide de partir à sa recherche. Le film de David Robert Mitchell est peuplé de clins d’œil cinématographiques comme à « Fenêtre sur cour » ou « Mulholland drive ». La première heure du film est vraiment intéressante. Elle interroge les paranoïas, les folies contemporaines. Le héros est un looser attachant et totalement paumé. Malheureusement, le film devient rapidement interminable. Les 2h19 se sentent réellement. Le héros passe de personnages étranges en personnages étranges, l’histoire devient de plus en plus abracadabrante et délirante. N’est pas David Lynch qui veut et l’intérêt du début se mue en ennui total.
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Bilan livresque et cinéma de juillet

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Le joli mois de juillet, les vacances, du temps disponible pour la lecture et qu’elles furent belles et enthousiasmantes ! Mon énorme coup de cœur du mois est « Appelle-moi par ton nom » de André Aciman, un roman merveilleux et lumineux. Quand je pense que l’adaptation avait également été un coup de cœur ! Cette histoire restera longtemps gravée dans ma mémoire. Une lecture parfaite pour l’été que je ne peux que vous recommandez très, très fortement !

Et côté cinéma ?

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Les super-héros n’ont plus la côte. Leurs exploits coûtent cher à la communauté (destruction en tout genre pour combattre les méchants) sans parfois obtenir les résultats escomptés. Ils ont donc l’interdiction d’utiliser leurs pouvoirs et ils doivent laisser les autorités compétentes s’occuper des bandits. La famille des Indestructibles n’a pas le moral. Mais un riche homme d’affaires les contacte pour essayer de montrer au monde l’importance des super-héros. Et ce n’est pas avec M. Indestructible qu’il souhaite travailler mais avec sa femme, Elasticgirl. Monsieur est prié de rester à la maison pour gérer les trois bambins.

Voilà des super-héros comme je les aime ! Cela faisait 14 ans que nous n’avions pas eu de nouvelles de la famille Indestructible mais l’histoire reprend où nous les avions laissés. Ce retour est parfaitement réussi, toujours aussi drôle et bien ficelé. L’inversion des rôles entre la mère et la père est évidemment source de nombreux gags. Le père comprendra à quel point élever trois enfants est difficile, d’autant plus quand ils ont des pouvoirs. Le dernier de la famille possède d’ailleurs un nombre invraisemblable de pouvoirs et il nous offre une scène d’anthologie lors d’une bagarre avec un raton-laveur ! Cette suite, pop et colorée, met en avant la femme et ses super-pouvoirs pour concilier les différents compartiments de sa vie. C’est aussi un film plein de tendresse sur la famille et les défauts de celle-ci. Espérons que nous n’aurons pas à attendre aussi longtemps pour voir la suite !

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Alice revient dans la ferme familiale après la mort de son père. Elle n’y était pas revenue depuis des années suite à un traumatisme. Elle retrouve son frère avec qui elle aimerait reprendre la ferme. Le père avait promis de laisser celle-ci à Alice sans jamais rien concrétiser légalement. Le frère, rancunier en raison du départ de sa sœur, n’entend pas les choses de la même manière et ne compte pas laisser Alice s’installer.

J’avais beaucoup aimé le film précédent de Clio Barnard, « Le géant égoïste », qui se déroulait également dans le Yorshire et dont l’ambiance était aussi plombée que le ciel. On retrouve ici les mêmes paysages imbibés de pluie, des cieux bas et lourds. Tout est poisseux, embourbé, aussi bien les paysages que les relations humaines. Celle d’Alice et de son frère pèse lourd d’amertume, de rancœur et de secrets longtemps occultés. L’incompréhension est totale entre eux deux. Ce sont deux taiseux, des butés. C’est toujours un grand plaisir de voir Ruth Wilson à l’écran, elle excelle dans ce rôle de jeune femme torturée et têtue. Mark Stanley, qui lui donne la réplique, est à la hauteur de l’actrice principale. Le tout est couronné par l’entêtante et splendide chanson, « An acre of land », interprétée par PJ Harvey.

Et sinon :

  • « Paranoïa » de Steven Soderbergh : Sawyer Valentini a du changer de ville après avoir été victime de harcèlement. Elle tente de s’habituer  à son nouvel environnement et à son nouveau boulot. Mais elle demeure très angoissée. Afin de se faire aider, elle décide de se rendre dans une clinique pour consulter un psychologue. Elle n’en ressort pas et se fait interner de force en psychiatrie. Sawyer apprend qu’elle n’est pas la seule dans ce cas et qu’elle restera enfermée tant que son assurance pourra payer. Elle est victime d’une arnaque mais dans ce milieu clos, sa paranoïa renaît… Décidément, Steven Soderbergh n’est jamais où on l’attend. Son dernier film, « Logan lucky », parlait d’un casse chez les déclassés de l’Amérique dans une veine très humoristique. On le retrouve dans un thriller tourné avec trois téléphones portables ! Et une nouvelle fois, ça fonctionne parfaitement. Le film monte en tension, l’ambiance au sein de la clinique est de plus en plus pesante. Soderbergh joue avec nos nerfs en brouillant les pistes quant à la santé mentale de Sawyer, puis en créant des scènes de thriller pur. L’autre talent du réalisateur est la direction d’acteurs à qui il propose des rôles décalés comme Daniel Craig dans « Logan lucky ». Ici Claire Foy est bien loin des ors royaux de « The crow » et elle est bluffante.

 

  • « Parvana » de Nora Twomey : Parvana est une jeune afghane de 11 ans. Elle vit à Kaboul qui, en 2001, est sous contrôle des talibans. Son père, un ancien professeur, a été mutilé pendant la guerre et est maintenant vendeur à la sauvette. Quand celui-ci est arrêté sans raison par les talibans, la famille de Parvana est en grande difficulté. Il ne reste que sa mère, sa sœur aînée et un bébé. Sous les talibans, les femmes ne peuvent sortir sans être accompagnées par un homme. Comment aller chercher de la nourriture, de l’eau quand le seul homme de la famille n’est plus là ? Parvana trouve la solution : elle se fera passer pour un garçon. Ce dessin-animé est formidable de réalisme. Il montre la dureté de la vie à Kaboul, réduite à des ruines après la guerre, l’oppression des talibans sur la population et surtout les femmes. La vie de Parvana et de sa famille est sans cesse sous tension. La violence est partout présente. pour supporter ce quotidien âpre, Parvana, comme son père avant elle, raconte des histoires à son petit frère. Son récit rythme le dessin-animé et est un vibrant hommage aux pouvoirs de l’imagination, à la culture qui sauve de la violence et de l’obscurantisme. Un dessin-animé aussi utile que plaisant à regarder.

 

Bilan livresque et cinéma de juin

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Je suis bien en retard pour ce bilan de juin, les vacances sont arrivées à point pour que je remette à jour mon blog ! J’ai commencé mes lectures de juin avec un roman policier fort sympathique se déroulant à la Belle Epoque : « La mille et deuxième nuit » de Carole Geneix ; puis j’ai retrouvé ma chère Agatha pour un « Témoin indésirable » qui m’a réservée bien des surprises alors que j’avais vu récemment son adaptation par la BBC ; enfin, j’ai fait la connaissance d’un nouveau duo d’enquêteurs : Samson et Delilah dans « Rendez-vous avec le crime » que j’ai hâte de retrouver très bientôt.

Je vous parle très bientôt du « Mangeur de citrouille », un roman sur le rôle de la femme en Angleterre dans les années 50 que j’ai accompagné de la lecture d’un essai « The problem that has no name » de Betty Friedan grâce à Emjy du forum Whoopsy Daisy. Un court texte glaçant qui montre la régression de la place de la femme aux États-Unis après la seconde guerre mondial.

J’ai également commencé mes lectures pour le mois américain, qui revient en septembre,  et le festival America de Vincennes avec « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin, un sombre et inquiétant huis-clos.

Deux formidables séries ont marqué ce mois de juin notamment grâce à de magnifiques prestations d’acteurs  : « A very english scandal » de la BBC avec Hugh Grant et « Patrick Melrose » de Showtime avec Benedict Cumberbatch.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur du mois :

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Un homme emmène ses deux enfants au parc. Il est attentif et ne les perd des yeux que quelques instants, juste le temps d’éteindre sa cigarette. Un laps de temps très court qui suffit pourtant à faire disparaître sa petite fille Maria. Fou d’angoisse, Tudor parcourt le parc en criant le nom de sa fille. Aucune réponse. Il finit par prévenir sa femme et la police. Personne ne semble avoir vu la petite fille, personne ne sait ce qu’il a pu lui arriver.

La nouvelle génération de cinéastes roumains apportent beaucoup au cinéma mondial. Constantin Popescu, comme Cristian Mungiu ou Cristi Puiu avant lui, signe ici un film qui marque les esprits. Il montre en 2h32 le délitement, l’effondrement total et irrémédiable d’un homme. La vie de Tudor ne saurait être la même après ce drame dont il n’est pourtant pas responsable. Mais peu à peu, le vide se fait autour de lui. Les amis reprennent leur vie, sa femme préfère se reconstruire loin de lui et elle emmène leur fils avec elle. L’homme, abandonné à sa solitude, devient complètement obsessionnel. Chaque jour, il retourne au parc, chaque jour, il cherche sa fille. Cette quête l’entraîne peu à peu dans la folie et le spectateur est plongé dans un drame de plus en plus oppressant. Chaque plan suinte l’angoisse, la tension monte jusqu’à une dernière scène glaçante. Constantin Popescu ne lâche pas son comédien dont il faut saluer l’incroyable prestation : Bogdan Dumitrache. « Pororoca » est un film saisissant sur un homme qui perd pied et dont les dernières images resteront gravées longtemps sur la rétine des spectateurs.

Et sinon :

  •  « Hedy Lamarr : from extase to wifi » de Alexandra Dean : Ce passionnant documentaire nous permet de redécouvrir Hedy Lamarr, considérée longtemps comme la plus belle femme du monde, au destin romanesque. Hedwid Kiesler est  née à Vienne dans une famille bourgeoise et cultivée. Elle sort rapidement du rang en tournant « Extase » en 1933 où elle apparaît entièrement nue et où son visage en gros plan suggère l’orgasme. Ce film fait bien évidemment un scandale et provoque la colère du premier mari de Hedy Lamarr qu’elle a rencontré après le tournage. L’homme en question est un richissime capitaine d’industrie qui n’hésite pas sympathiser avec les fascistes et est autoritaire avec sa femme. Celle-ci réussit à fuir à Londres où elle rencontre Louis B. Mayer. Sa carrière aux Etats-Unis est lancée même si elle ne restera que peu dans les mémoires. Hedy Lamarr collectionnera les maris et les amants, c’est une femme libre et extrêmement intelligente. Et ce que montre bien ce documentaire. Hedy Lamarr était une grande inventrice dont les talents auront été négligés. Et c’est sans doute ce qui lui causa le plus de peine, elle qui aurait tant aimé que l’on oublie son sublime physique. A noter, que sa biographie est sortie aux éditions Séguier et que Pénéloppe Bagieu a évoqué son destin dans « Culottées ».
  • « Una questione privata » de Paolo et Vittorio Taviani : En 1944, dans les montagnes du Piémont, Milton cherche son ami Giorgio. Il semble que celui-ci ait été fait prisonnier des fascistes. Milton veut essayer de le faire libérer et va d’un campement de partisans à un autre à la recherche d’un prisonnier à échanger. Ce que Milton voudrait surtout, c’est poser une question à son ami : a-t-il eu une histoire avec la belle Fulvia dont ils étaient tous les deux amoureux. Ce dernier film des frères Taviani est marqué par la mélancolie. Les magnifiques paysages noyés dans la brume, une maison abandonnée évoquent « Le jardin des Finzi-Contini » de Vittorio de Sica. Les réminiscences du passé envahissent le présent de Milton qui doit pourtant affronté le pire des ennemis. « Une questione privata » est un très beau film sur l’obsession amoureuse , sur l’évanouissement des jours heureux et sur l’importance de l’engagement démocratique.
  • « Une année polaire » de Samuel Collardey : Anders Hvidegaard a décidé d’aller enseigner le danois au Groenland avant de reprendre la ferme de ses parents. Il choisit de partir dans le village le plus reculé, Tiniteqilaaq, au lieu de partir pour la capitale. Anders arrive dans une classe d’enfants extrêmement turbulents qui ne sont pas du tout intéressés par ses cours sur Luther et préfèrent apprendre les techniques de pêche ancestrales. « Une année polaire » est à mi chemin entre le film et le documentaire puisque le véritable instituteur joue son propre rôle et raconte donc sa première année difficile au Groenland. L’arrivée de l’instituteur montre bien que le Groenland est une colonie qui doit parler à tout prix le danois. Ce que montre le réalisateur c’est également l’acclimatation de l’instituteur à ce lieu hostile. Petit à petit, il apprend à découvrir le mode des vies des habitants, le partage et apprend leur langue au lieu de leur imposer la sienne. Il y a beaucoup de tendresse, d’empathie envers les habitants de ce village et le film rend parfaitement hommage à leurs traditions et aux splendides paysages qui les entourent.
  • « Volontaire » de Hélène Fillières : Laure, contrairement aux souhaits de sa mère, décide de s’engager dans la marine. La jeune femme, au visage gracile et délicat, va devoir apprendre à serrer les dents, à se montrer déterminée. Son apprentissage passera par la rencontre avec un commandant quinquagénaire avec lequel elle nouera une relation ambiguë faite de froideur et de séduction. Le film d’Hélène Fillières suit l’apprentissage à la rude de la jeune Laure dans un monde presque exclusivement masculin. Ce qui est intéressant dans le film est bien entendu la relation qui se noue entre la jeune femme et son commandant et les deux acteurs, Diane Rouxel et Lambert Wilson, sont impeccables. Hélène Fillières nous propose ici un film féministe qui m’a un peu laissée de marbre, peut-être en raison du milieu où il se déroule. J’ai, en effet, eu par moments l’impression d’assister à une pub pour l’armée française…

Bilan livresque et cinéma de mai

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Cinq romans  et deux bandes-dessinées sont à porter sur mon compteur pour le mois de mai. Parmi mes lectures, une pépite, un bijou de la littérature européenne : « La nuit sous le pont de pierre » de Leo Perutz qui entrelace les époques, les personnages, le shistoires avec une intelligence rare. Deux découvertes dont je vous ai déjà parlées : « Maisie Dobbs » de Jacqueline Winspear un roman policier très plaisant qui donne envie de découvrir la suite de la série ; « L’écrivain public » de Dan Fesperman qui m’a séduit grâce à son héros atypique. Je vous parle très bientôt du premier roman percutant de Kate Tempest, du dernier roman en date de mon cher Jonathan Coe et de « Serena », BD adaptée de Ron Rash.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur :

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Chez Perrin Industrin, la colère gronde. La maison-mère en Allemagne veut fermer le site et mettre au chômage 1100 salariés. Mais ces derniers ont décidé de ne pas se laisser faire. Les syndicats ont organisé l’arrêt du travail et le blocage de l’usine. La guerre entre les salariés et les dirigeants de l’entreprise commence. Le nouveau film de Stéphane Brizé est une claque. Il est d’une intensité, d’une force remarquables. Il est également d’une incroyable justesse. Le combat des Perrin nous est malheureusement familier. Celui d’autres salariés nous a été montré dans les journaux, sur les chaînes d’infos (Stéphane Brizé nous montre d’ailleurs la manière dont celles-ci traitent ce type d’actualité). Le réalisme est renforcé par le fait qu’une partie des partenaires de Vincent Lindon sont des acteurs non professionnels. La rapidité de l’action, des mouvements de caméra donnent l’impression d’être dans un documentaire. Et que dire du jeu de Vincent Lindon, toujours plus juste, authentique et intense ? Après « La loi du marché », sa prestation est encore une fois mémorable. Stéphane Brizé montre à quel point le combat est inégal, il montre la vérité des négociations entre les différents partenaires dont l’État. L’instinct de survie face à la loi du marché. « En guerre » est un film nécessaire, puissant et marquant.

Et sinon :

  • « Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré : Jacques est écrivain et il est atteint du sida. Il se cache, se terre pour éviter de montrer sa déchéance. Il est néanmoins obligé d’aller à Rennes où se joue l’une de ses pièces. C’est dans une salle de cinéma qu’il croise la route d’Arthur, un étudiant. Une histoire débute entre eux que Jacques tente de freiner. Mais lorsque Arthur débarque à Paris pour le voir, Jacques finit par s’abandonner à cette dernière histoire d’amour. Christophe Honoré est ici dans la veine de son plus beau film « Les chansons d’amour ». On y retrouve son romantisme désespéré, sa mélancolie. « Plaire, aimer et courir vite » est emprunt de gravité, Jacques se sait au bout du chemin. Il a vu d’anciens amants disparaitre. Mais le film n’est pas que sombre. Il est émaillé de scènes légères, drôles et la présence de Vincent Lacoste contribue à ses moments lumineux. Pierre Deladonchamps est vraiment un acteur d’exception, sensible, fragile et au jeu subtile. Le troisième compère, Denis Podalydès, est également au mieux de sa forme. Même si j’ai trouvé quelques longueurs au dernier tiers du film, « Plaire, aimer et courir vite » est un très beau film sur les hésitations du cœur, la passation de la culture et la fragilité de nos vies.

 

  • « Everybody knows » de Asghar Farhadi : Laura revient dans son village natal en Espagne avec ses deux enfants pour le mariage de l’une de ses sœurs. Son mari a dû rester en Argentine à cause de son travail. Les retrouvailles sont chaleureuses. En plus de la famille, Laura revoit Paco, un ami d’enfance. Le mariage est joyeux, toute la famille célèbre bruyamment cette nouvelle union. Malheureusement ce dernier se termine par un drame. Les scènes d’exposition du film sont absolument remarquables. le film s’ouvre sur un clocher poussiéreux où règnent les colombes, sur une personne qui coupe des articles de journaux. Ces deux scènes mystérieuses, inquiétantes contrastent avec les scènes de liesse du mariage. Elles donnent le ton de la suite du film qui révèlera les failles, les blessures de chacun. Le drame précipitera les ruptures, les règlements de compte. C’est ce qu’observe le réalisateur iranien, ce sont les fêlures de l’âme qui l’intéresse. Il faut saluer le beau casting du film avec en tête un fabuleux Javier Bardem tout en nuances.

 

  • « Transit » de Christian Petzold : Georg fuit des forces fascisantes qui envahissent la France. Il s’échappe avec un ami dans un train de marchandises. Son compagnon de route ne verra pas la fin du voyage. A Marseille, Georg  arrive à usurper l’identité d’un écrivain allemand qui s’est suicidé dans son hôtel. Sa femme le cherche et elle va croiser la route de Georg à plusieurs reprises. L’histoire aurait pu se dérouler en 1940 mais le réalisateur a choisi de la placer à une époque contemporaine. cela crée un certain malaise au début du film, ce choix est déstabilisant. Les deux acteurs, Franz Rogowski et Paula Beer, sont très bien et les scènes qu’ils jouent ensemble sont convaincantes. Elles apportent de beaux moments de sérénité par rapport à la situation anxiogène dans laquelle se trouve Georg. Mais l’intrigue reste trop mystérieuse, allégorique pour captiver réellement.

 

 

Les adaptations de Tess d’Urberville

La semaine dernière, je vous parlais du magnifique roman de Thomas Hardy : « Tess d’Urberville ». J’ai eu l’occasion depuis de voir trois adaptations tirées du livre : celle de Roman Polanski qui date de 1979, celle de ITV de 1998 et celle de la BBC de 2008. Laquelle des trois est la plus réussie ?

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1-La fidélité au roman

Les trois adaptations sont très fidèles au roman et reprennent les scènes essentielles. Roman Polanski est celui qui fait le plus de coupe dans le roman et son film ne comporte ni la scène nocturne où le cheval des Dubeyfield est tué, ni la conversion de Alec D’Urberville. Ce sont des scènes importantes du livre mais l’intrigue n’en est pas dénaturée pour autant. Et Polanski respecte un moment clef du livre qui est détourné dans les deux autres adaptations : la raison pour laquelle Angel abandonne Tess juste après leur mariage. Il reprend exactement ce que Thomas Hardy a écrit. Angel quitte Tess non pas à cause de sa relation avec Alec mais parce que son manque de volonté est pour lui le signe de la décadence des familles aristocratiques anglaises. Cette scène est pour moi essentielle car tous les malheurs de Tess ne découlent que de son nom, de sa descendance avec les D’Urberville.

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2-L’esthétique 

Là, les trois adaptations sont disparates quant à ce point. La version ITV est assez pauvre sur ce plan et les images ne sont pas très travaillées. La version de la BBC s’en sort bien avec de splendides paysages de la campagne anglaise. La dernière scène à Stonehenge est particulièrement réussie. Mais tout cela est peu trop lisse, un peu trop sage pour emporter une adhésion totale. Roman Polanski apporte un véritable regard de cinéaste sur l’histoire de Tess, les cadrages sont beaucoup plus travaillés que dans les deux autres adaptations. De plus, le réalisateur a énormément travaillé pour que l’arrière-plan de l’intrigue soit des plus réalistes. Le film fut tourné sur huit mois pour respecter le rythme des saisons, le mobilier est en partie d’époque, la reconstitution est vraiment saisissante.

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3-Alec D’Urberville

Le personnage est interprété par Leigh Lawson chez Polanski, Jason Flemyng pour ITV et Hans Matheson pour la BBC. Clairement, Jason Flemyng n’est pas à la hauteur des deux autres. Il est beaucoup trop fade et on se demande comment il est possible que Tess lui cède si facilement ! Le choix entre les deux autres acteurs est difficile. Hans Matheson nous propose un Alec torturé, complexe et pris entre un repentir sincère et son envie de posséder Tess coûte que coûte. Leigh Lawson joue un Alec dominateur de bout en bout. Il est brutal, pervers mais sait aussi se faire charmant quand il s’agit de séduire Tess. Les deux interprétations sont vraiment intéressantes et les deux acteurs sont tous les deux très convaincants.

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4-Angel Clare

Ici, le choix est beaucoup plus simple. Oliver Milburn et Peter Firth sont de charmants Angel. Mais ma préférence va à Eddie Redmayne qui décidément est un acteur remarquable. Je trouve qu’il incarne totalement la candeur, la naïveté de Angel. Chacune de ses apparitions illuminent la série de la BBC. Il apporte beaucoup de romantisme à cette histoire, son duo avec Gemma Arterton fonctionne totalement. On sent aussi parfaitement l’orgueil buté d’Angel qui l’empêche de pardonner à Tess et son changement, suite à son voyage au Brésil, se lit sur le visage de Eddie Redmayne.

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5-Tess D’Urberville

Là aussi, le choix s’impose de lui même. Nastassja Kinski EST Tess ! Il n’y a pas grand chose à reprocher à Justine Waddell et à Gemma Arterton, elles livrent deux très belles prestations. J’ai d’ailleurs trouvé que Gemma Arterton était encore meilleure dans le tragique qu’au début de la série. Mais Nastassja Kinski est vraiment très au-dessus de ces deux actrices dans le rôle de Tess. Elle en est l’incarnation idéale et c’est sans aucun doute son plus beau rôle. Elle est parfaite à chaque moment de l’intrigue et son jeu est tout en subtilité.  Sa beauté, sa pureté éclatent à l’écran au début du film. Les épreuves traversées par Tess marquent son visage et elle semble beaucoup plus vieille à la fin du film. Elle est empreinte de gravité alors qu’elle n’est qu’innocence à l’ouverture du film. Roman Polanski a su choisir l’actrice parfaite pour ce rôle.

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Après avoir visionné ces trois adaptations, celle de Roman Polanski s’impose comme la plus réussie. Il est vrai que le réalisateur a pris beaucoup de soin à réaliser cette histoire bouleversante et romanesque. C’est en effet Sharon Tate, quelques mois avant son assassinat, qui indiqua à son mari que le roman de Thomas Hardy ferait un bon film. Roman Polanski lui dédie ce qui ne fait que renforcer le côté poignant de « Tess ».

 

Bilan livresque et cinéma d’avril

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Ce mois d’avril fut un mois de découverte ou de redécouverte : relire Zweig fut un bonheur, découvrir la plume de Willa Cather avec deux courts textes, l’univers étonnant de Police lunaire, l’histoire de Tamara de Lempicka, un auteur russe du XIXème siècle et lire un grand succès de librairie en Angleterre Chère Mrs Bird. De jolies lectures et des découvertes à poursuivre notamment en ce qui concerne Willa Cather, si vous avez lu certains de ces romans je suis preneuse de vos conseils !

Deux spring reading challenge en perspective qui vont m’occuper jusqu’au mois de juin, celui organisé par le forum Whoopsy Daisy  pour lequel je dois lire les ouvrages suivants :

 

Et l’autre challenge de printemps se fait avec mes copines The Frenchbooklover et Emjy et je dois lire :

 

De bien belles lecture en perspective pour célébrer le printemps !

Et côté cinéma, que s’est-il passé en avril ?

Mes coups de cœur :

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Staline est terrassé par une attaque cérébrale le 2 mars 1953. Il attend pendant des heures sur le tapis de son bureau que quelqu’un vienne le secourir. Mais les gardes sont trop terrifiés pour oser ouvrir la porte ! Autre problème, une fois le bureau ouvert, qui va le soigner ? Les plus grands médecins de Russie ont tous été liquidés par les purges ! Staline finit par décéder et les tractations commencent pour sa succession. Veulent le pouvoir : Gueorgui Malenkov, secrétaire général adjoint du parti, Lavrenti Beria, patron de la police politique, Nikita Khrouchtchev, ministre de l’agriculture.  Tout ou presque est vrai dans ce film adapté d’une bande-dessinée de Fabien Nury et Thierry Robin. Armando Iannuci transforme la mort et la succession de Staline en farce. Les personnages sont poussés jusqu’à la caricature et sont proprement hilarants. Certaines scènes flirtent avec le burlesque et les acteurs semblent se régaler à incarner de tels personnages. La lutte entre eux est féroce, les coups bas sont permis et parfois le film se fait glaçant. La satire de Armando Iannuci montre aussi la terrible cruauté de l’empire stalinien et sa violence sans pitié. Le rire l’emporte néanmoins sur la tragédie.

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Brady était une étoile montante du rodéo à Pine Ridge dans le Dakota du Sud. Une chute de cheval a ruiné sa carrière. Sa grave blessure à la tête lui interdit de monter à cheval. Mais Brady ne peut imaginer sa vie loin des chevaux. Il a passé toute sa vie auprès d’eux comme tous ses amis et sa famille. Il doit se réinventer, imaginer une autre vie et cela va être extrêmement compliqué pour lui. tous les acteurs du film sont non professionnels et ils jouent leur propre rôle ce qui rend « The rider » extrêmement poignant. La réalisatrice Chloé Zhao filme avec beaucoup d’empathie et de délicatesse ces indiens Oglalas attachés à leur terre, à la nature. les paysages filmés à l’aube ou au crépuscule sont splendides. Cette nature, qui se déploie jusqu’à l’horizon, est grandiose et remet les hommes à leur juste place. La réalisatrice montre le lien fort qui existe entre ces cow-boys et les lieux où ils vivent. L’acteur principal, Brady Jandreau, est confondant de naturel alors qu’il doit être assez difficile d’incarner son propre rôle. Son histoire, son renouveau nécessaire à ce qu’il aime le plus est très émouvant.

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Les chiens sont banis de Megasaki City sous prétexte de grippe canine. Le maire Kobayashi mène une campagne contre les anciens meilleurs amis de l’homme alimentée par de fausses informations. Les animaux sont envoyés en exil sur une île décharge. Un enfant va changer les choses. Le neveu orphelin du maire veut à tout prix retrouver son chien Spot. Il atterrit sur l’île aux chiens et sera aidé par une bande de chiens errants. Wes Anderson réalise ici son deuxième film d’animation après « Fantastic Mr Fox ». Son film se déroule dans un Japon futuriste qui pourtant évoque le présent. Car sous ses airs enfantins, « L’île aux chiens » possède un sous-texte politique qui parle du rejet de l’autre, de l’exclusion d’un groupe d’individus. Le film est visuellement foisonnant, il fourmille d’idées. Cela va vite, très vite et il faudrait le revoir une deuxième fois pour ne rien manquer. On y retrouve les thématiques chères au réalisateur : l’enfance, la famille que l’on se choisit et la loufoquerie visuelle. « L’île aux chiens » est une fable parfaitement maîtrisée au ton décalé et à l’inventivité débridée.

Et sinon :

  • « America » de Claus Drexel : Si vous vous demandez comment Donald Trump a pu être élu, ce documentaire vous donnera des pistes de réflexion. Le documentariste de Claus Drexel est allé voir ce qui se passait en Amérique un mois avant les élections de 2016. Il choisit d’interroger les habitants d’une petite bourgade d’Arizona. Ici, les gens ont une religion : les armes à feu. Le droit à l’auto-défense est une évidence pour eux, certains ont tout un arsenal chez eux, d’autres donnent des surnoms à leur arme favorite. Ce que l’on ressent des entretiens est une haine de Hillary Clinton qui incarne la vieille politique et ses travers. Les images de carcasses de voitures, de lieux abandonnés nous montrent le déclassement, la pauvreté. Les habitants de Seligman sont loin du pouvoir, loin du rêve américain. Ils ont vu en Donald Trump un espoir de renouveau, un homme politique qui s’adressait directement à eux, les oubliés du fin fond de l’Amérique. Ce documentaire est fait avec beaucoup d’empathie, de compréhension et nous montre un autre visage de l’Amérique.

 

  • « A l’heure des souvenirs » de Ritesh Batra : Tony Webster est un sexagénaire qui tient une minuscule boutique de vieux appareils photos pour s’occuper. Il est divorcé et sa fille attend son premier enfant. Une vie calme qui va être troublée par un courrier inattendu : la mère d’une ancienne petite amie vient de mourir et elle lui lègue un journal intime. Celui-ci s’avère être celui d’Adrian, un ancien camarade de classe qui s’était suicidé. Pour obtenir ce journal, Tony va devoir revoir son ancienne petite amie Veronica et se replonger dans ses souvenirs. Pour être honnête, ma première motivation pour aller voir ce film était d’essayer de mieux comprendre le livre dont il est tiré : « Une fille, qui danse » de Julian Barnes. A la sortie du film, les mêmes interrogations sont demeurées, il est donc bien fidèle au roman ! Comme dans ce dernier, j’ai aimé la manière dont sont traités les souvenirs, la mémoire qui peut être trompeuse. La tonalité du film est mélancolique et douce-amère. Jim Broadbent a enfin un premier rôle à la hauteur de son talent, tout en subtilité et en ambiguïté. Il est accompagné par la toujours captivante Charlotte Rampling.

 

  • « Après la guerre » de Annarita Zambrano: A Bologne en 2002, un juge est assassiné. Un ancien brigadiste, Marco, est soupçonné d’avoir commandité ce meurtre. Celui-ci vit en France grâce à l’amnistie offerte par François Mitterand aux membres des Brigades Rouges. Marco avait été condamné pour meurtre et risque maintenant d’être extradé. Il s’enfuit avec sa fille Viola âgée de 16 ans. La réalisatrice s’intéresse à l’après Brigades Rouges et à la manière dont la France a traité ses membres. Le film montre aussi les dégâts collatéraux de l’engagement radical de Marco. La première victime est sa fille qui doit quitter sa vie en France, ses amis et ses passions pour vivre cachée. Mais l’on voit également la famille restée en Italie qui est encore traquée par les journalistes. Des incompréhensions, des silences ont aussi creusé des fossés entre les différents membres de la famille. Viola n’a d’ailleurs jamais mis les pieds en Italie et ne connait pas sa famille. Annarita Zambrano traite le sujet avec beaucoup de réalisme et aucune empathie avec les anciens brigades rouges.

 

  • « Mme Hyde » de Serge Bozon : Mme Géquil est professeure de sciences physiques dans un lycée technologique de banlieue. Autant dire que ses élèves n’ont que peu d’intérêt pour ce qu’elle enseigne et elle a bien du mal à s’imposer face à eux. Elle s’intéresse néanmoins à un élève handicapé, Malik, chez qui elle décèle un fort potentiel. Un soir, à la suite d’une expérience, Mme Géquil reçoit une décharge électrique qui va la transformer. Voici un film très singulier où règne une atmosphère étrange. Les personnages eux-mêmes sont très particuliers à l’image du proviseur interprété par Roman Duris qui semble quelque peu fêlé. Mme Géquil, jouée par isabelle Huppert, semble quant à elle indifférente au monde, toujours à distance. « Madame Hyde » est un film complètement décalé, étonnant, souvent drôle, peut-être un peu trop conceptuel par moments et qui met à l’honneur la passation du savoir.

 

Bilan livresque et cinéma de mars

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Un petit mois de mars au niveau de mon nombre de lectures, j’aurais aimé que le bilan soit plus important. Les livres lus sont pourtant à la hauteur mais j’ai eu l’impression de lire à la vitesse de l’escargot… J’ai néanmoins réussi à vous parler de « Une bonne école », le dernier Richard Yates publié chez Robert-Laffont, qui m’a séduit par son ton mélancolique et désabusé, de l’âpre « C’en est fini de moi » de Alfred Hayes à l’atmosphère sombre et désenchantée, « Un héritage » de Sybille Bedford qui nous transporte dans l’Allemagne de 1870. Et j’espère vous parler très rapidement de la formidable biographie des sœurs Mitford de Annick Le Floc’hmoan.

Cinq films à mon compteur pour le mois de mars et un énorme coup cœur :

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Été 1983, Elio, 17 ans, et sa famille s’installent dans leur villa du XVIIème siècle dans la campagne lombarde. Les parents sont des intellectuels, cosmopolites et polyglottes. Elio est un érudit qui s’intéresse tout particulièrement à la musique. Comme chaque année, la famille accueille un thésard venu travailler avec le père sur des recherches archéologiques. Cette année, c’est un américain qui vient passer l’été en Italie. Oliver, séduisant et charismatique, agace autant qu’il fascine Elio. L’adolescent l’observe, le suit, tourne autour et le rejette tout à la fois. Entre eux naît une irrésistible attraction. Quel bonheur et quelle réussite que ce film de Luca Guadagnino ! « Call me by your name » est une parenthèse enchantée pour Elio et pour le spectateur. Il retrace un premier amour fulgurant, d’une rare intensité. Elio est l’incarnation de la nonchalance adolescente qui colle parfaitement avec la langueur de l’été italien. Elio est aussi l’incarnation de la naissance du désir et des troubles qu’il engendre. Elio papillonne entre Marzia, son amie d’enfance, et le bel Apollon qu’est Oliver, hésitant, peu sûr de lui et de ses sentiments. Elio, comme tous les adolescents, expérimente avant d’être frappé par l’éblouissement du premier amour. « Call me by your name » est aussi l’apprentissage de la souffrance, de la perte, l’entrée de plain-pied dans l’âge adulte. Le film est splendidement réalisé et maîtrisé. Il est lumineux, sensuel, cruel et tendre. Les acteurs sont tous à la hauteur de la réalisation à commencer par les deux acteurs principaux : le jeune et éblouissant Timothée Chalamet et le sensible et touchant Armie Hammer. Ils concourent tous les deux à la beauté solaire de ce film d’apprentissage. Un gros coup de cœur qui me donne envie de ma précipiter sur le roman d’André Aciman.

 

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Le film s’ouvre dans le bureau d’une juge. Antoine et Miriam divorcent et sont là pour décider des conditions de la garde de leur fils Julien, 11 ans. Leur fille va avoir 18 ans et refuse de voir son père. La tension est palpable, Miriam semble pétrifié. Les deux avocats s’affrontent, l’une dénonçant la violence d’Antoine, l’autre affirmant que Julien ne peut pas vivre sans son père. Qui croire ? La juge accorde la garde partagée. Pris entre sa mère et son père, Julien va tout faire pour éviter qu’un drame arrive. « Jusqu’à la garde » commence comme un film réaliste avec la scène très juste chez le juge et se poursuit comme un thriller. Tout le film tourne autour de la peur, celle de Julien qui cherche à protéger sa mère sans y parvenir et qui craint son père. Le jeune acteur Thomas Gioria est remarquable et touchant. La tension, l’angoisse grandit au fur et à mesure que l’on découvre la vrai nature du père : intrusif, jaloux, colérique mais aussi blessé et torturé. Denis Ménochet y est impressionnant, passant en une seconde d’un regard doux à un regard brutal et menaçant. Et que dire de Léa Drucker qui fait bloc devant son monstre de mari avec force et dignité. La malaise est présent tout le long du film, l’anxiété nous gagne sans que jamais les coups ne soient montrés, la violence est sourde. Et la fin du film est saisissante.

Et sinon :

  • Lady Bird de Greta Gerwig : A 17 ans, Christine McPherson veut échapper à la morosité de son quotidien à Sacramento. Elle se fait appeler Lady Bird et dessine des femmes à tête d’oiseau pour sa campagne aux élections de son établissement catholique. Sa famille fait partie de la classe moyenne qui a des fins de mois difficiles et qui rêve des maisons cossues de l’autre côté de la voie ferrée. Le premier film de Greta Gerwig est en grande partie autobiographique. Lady Bird est un personnage fantasque, en marge des autres adolescents. Elle est agaçante et touchante dans son désir de rejoindre New York où la vraie vie semble palpiter. La relation avec la mère est particulièrement bien traitée. Entre engueulades et complicité, leur relation vibre d’émotions et de tendresse non avouée. Saoirse Ronan prête son visage à Lady Bird et elle illumine le film de sa présence énergique et vulnérable. Le film porte la voix singulière de Greta Gerwig et du cinéma indépendant américain.

 

  • The disaster artist de James Franco : Tommy Wiseau est un acteur calamiteux mais il se pense incompris. Il rencontre un jeune acteur dans un cours de théâtre. Ensemble, ils partent tenter leur chance à Hollywood. Rien ne fonctionne et les deux hommes restent sur le carreau. Mais Tommy est richissime et il décide d’écrire et de réaliser son propre film. Il en sera également l’acteur principal aux côtés de son ami. Le film de James Franco s’inspire d’un personnage réel. Tommy Wiseau, dont l’âge et l’origine de la fortune restent inconnus, est le Ed Wood des années 2000. Son film « The room » est devenu un nanar culte aux Etats-Unis. Les scènes du tournage (qui sont des reconstitutions à l’identique du film original comme le montre la fin du film) donnent l’impression d’une exécrable sitcom où le jeu de Tommy Wiseau est absolument ridicule. Le film de Franco est une comédie très drôle, très enlevée. Le personnage central est totalement démesuré, fantasque et barré. Mais il étonne aussi par sa démesure, sa fêlure intérieure et son besoin démesuré de reconnaissance. Un personnage surréaliste qui valait bien un film.

 

  • Eva de Benoît Jacquot : Bertrand est un dramaturge à la mode, adulé mais qui peine à rendre son prochain manuscrit. Et pour cause, son succès il le doit au travail d’un autre, un vieil écrivain chez qui il faisait le gigolo et à qui il a volé un manuscrit après l’avoir laissé mourir dans sa baignoire. Bertrand croise le chemin d’une prostituée de luxe, Eva, qui va rapidement l’obséder. Leur relation devient rapidement toxique. Benoit Jacquot tire son film d’un roman de James Hadley Chase. Il en fait un polar vénéneux, d’une perversité toute cérébrale. C’est un film sur la mystérieuse fascination qu’un être peut exercer sur un autre. Les deux acteurs sont évidemment brillants comme à leur habitude : Gaspard Ulliel dévoré par son attirance pour Eva et Isabelle Huppert glaçante d’indifférence. Peut-être peut-on regretter la distance un peu froide entre le spectateur et le film mais la relation entre les deux personnages n’en reste pas moins fascinante.