Bilan livresque et cinéma d’avril

Image-1-1

Ce mois d’avril fut un mois de découverte ou de redécouverte : relire Zweig fut un bonheur, découvrir la plume de Willa Cather avec deux courts textes, l’univers étonnant de Police lunaire, l’histoire de Tamara de Lempicka, un auteur russe du XIXème siècle et lire un grand succès de librairie en Angleterre Chère Mrs Bird. De jolies lectures et des découvertes à poursuivre notamment en ce qui concerne Willa Cather, si vous avez lu certains de ces romans je suis preneuse de vos conseils !

Deux spring reading challenge en perspective qui vont m’occuper jusqu’au mois de juin, celui organisé par le forum Whoopsy Daisy  pour lequel je dois lire les ouvrages suivants :

 

Et l’autre challenge de printemps se fait avec mes copines The Frenchbooklover et Emjy et je dois lire :

 

De bien belles lecture en perspective pour célébrer le printemps !

Et côté cinéma, que s’est-il passé en avril ?

Mes coups de cœur :

5591892.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Staline est terrassé par une attaque cérébrale le 2 mars 1953. Il attend pendant des heures sur le tapis de son bureau que quelqu’un vienne le secourir. Mais les gardes sont trop terrifiés pour oser ouvrir la porte ! Autre problème, une fois le bureau ouvert, qui va le soigner ? Les plus grands médecins de Russie ont tous été liquidés par les purges ! Staline finit par décéder et les tractations commencent pour sa succession. Veulent le pouvoir : Gueorgui Malenkov, secrétaire général adjoint du parti, Lavrenti Beria, patron de la police politique, Nikita Khrouchtchev, ministre de l’agriculture.  Tout ou presque est vrai dans ce film adapté d’une bande-dessinée de Fabien Nury et Thierry Robin. Armando Iannuci transforme la mort et la succession de Staline en farce. Les personnages sont poussés jusqu’à la caricature et sont proprement hilarants. Certaines scènes flirtent avec le burlesque et les acteurs semblent se régaler à incarner de tels personnages. La lutte entre eux est féroce, les coups bas sont permis et parfois le film se fait glaçant. La satire de Armando Iannuci montre aussi la terrible cruauté de l’empire stalinien et sa violence sans pitié. Le rire l’emporte néanmoins sur la tragédie.

3144541.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Brady était une étoile montante du rodéo à Pine Ridge dans le Dakota du Sud. Une chute de cheval a ruiné sa carrière. Sa grave blessure à la tête lui interdit de monter à cheval. Mais Brady ne peut imaginer sa vie loin des chevaux. Il a passé toute sa vie auprès d’eux comme tous ses amis et sa famille. Il doit se réinventer, imaginer une autre vie et cela va être extrêmement compliqué pour lui. tous les acteurs du film sont non professionnels et ils jouent leur propre rôle ce qui rend « The rider » extrêmement poignant. La réalisatrice Chloé Zhao filme avec beaucoup d’empathie et de délicatesse ces indiens Oglalas attachés à leur terre, à la nature. les paysages filmés à l’aube ou au crépuscule sont splendides. Cette nature, qui se déploie jusqu’à l’horizon, est grandiose et remet les hommes à leur juste place. La réalisatrice montre le lien fort qui existe entre ces cow-boys et les lieux où ils vivent. L’acteur principal, Brady Jandreau, est confondant de naturel alors qu’il doit être assez difficile d’incarner son propre rôle. Son histoire, son renouveau nécessaire à ce qu’il aime le plus est très émouvant.

L_Ile_aux_chiens.jpg

Les chiens sont banis de Megasaki City sous prétexte de grippe canine. Le maire Kobayashi mène une campagne contre les anciens meilleurs amis de l’homme alimentée par de fausses informations. Les animaux sont envoyés en exil sur une île décharge. Un enfant va changer les choses. Le neveu orphelin du maire veut à tout prix retrouver son chien Spot. Il atterrit sur l’île aux chiens et sera aidé par une bande de chiens errants. Wes Anderson réalise ici son deuxième film d’animation après « Fantastic Mr Fox ». Son film se déroule dans un Japon futuriste qui pourtant évoque le présent. Car sous ses airs enfantins, « L’île aux chiens » possède un sous-texte politique qui parle du rejet de l’autre, de l’exclusion d’un groupe d’individus. Le film est visuellement foisonnant, il fourmille d’idées. Cela va vite, très vite et il faudrait le revoir une deuxième fois pour ne rien manquer. On y retrouve les thématiques chères au réalisateur : l’enfance, la famille que l’on se choisit et la loufoquerie visuelle. « L’île aux chiens » est une fable parfaitement maîtrisée au ton décalé et à l’inventivité débridée.

Et sinon :

  • « America » de Claus Drexel : Si vous vous demandez comment Donald Trump a pu être élu, ce documentaire vous donnera des pistes de réflexion. Le documentariste de Claus Drexel est allé voir ce qui se passait en Amérique un mois avant les élections de 2016. Il choisit d’interroger les habitants d’une petite bourgade d’Arizona. Ici, les gens ont une religion : les armes à feu. Le droit à l’auto-défense est une évidence pour eux, certains ont tout un arsenal chez eux, d’autres donnent des surnoms à leur arme favorite. Ce que l’on ressent des entretiens est une haine de Hillary Clinton qui incarne la vieille politique et ses travers. Les images de carcasses de voitures, de lieux abandonnés nous montrent le déclassement, la pauvreté. Les habitants de Seligman sont loin du pouvoir, loin du rêve américain. Ils ont vu en Donald Trump un espoir de renouveau, un homme politique qui s’adressait directement à eux, les oubliés du fin fond de l’Amérique. Ce documentaire est fait avec beaucoup d’empathie, de compréhension et nous montre un autre visage de l’Amérique.

 

  • « A l’heure des souvenirs » de Ritesh Batra : Tony Webster est un sexagénaire qui tient une minuscule boutique de vieux appareils photos pour s’occuper. Il est divorcé et sa fille attend son premier enfant. Une vie calme qui va être troublée par un courrier inattendu : la mère d’une ancienne petite amie vient de mourir et elle lui lègue un journal intime. Celui-ci s’avère être celui d’Adrian, un ancien camarade de classe qui s’était suicidé. Pour obtenir ce journal, Tony va devoir revoir son ancienne petite amie Veronica et se replonger dans ses souvenirs. Pour être honnête, ma première motivation pour aller voir ce film était d’essayer de mieux comprendre le livre dont il est tiré : « Une fille, qui danse » de Julian Barnes. A la sortie du film, les mêmes interrogations sont demeurées, il est donc bien fidèle au roman ! Comme dans ce dernier, j’ai aimé la manière dont sont traités les souvenirs, la mémoire qui peut être trompeuse. La tonalité du film est mélancolique et douce-amère. Jim Broadbent a enfin un premier rôle à la hauteur de son talent, tout en subtilité et en ambiguïté. Il est accompagné par la toujours captivante Charlotte Rampling.

 

  • « Après la guerre » de Annarita Zambrano: A Bologne en 2002, un juge est assassiné. Un ancien brigadiste, Marco, est soupçonné d’avoir commandité ce meurtre. Celui-ci vit en France grâce à l’amnistie offerte par François Mitterand aux membres des Brigades Rouges. Marco avait été condamné pour meurtre et risque maintenant d’être extradé. Il s’enfuit avec sa fille Viola âgée de 16 ans. La réalisatrice s’intéresse à l’après Brigades Rouges et à la manière dont la France a traité ses membres. Le film montre aussi les dégâts collatéraux de l’engagement radical de Marco. La première victime est sa fille qui doit quitter sa vie en France, ses amis et ses passions pour vivre cachée. Mais l’on voit également la famille restée en Italie qui est encore traquée par les journalistes. Des incompréhensions, des silences ont aussi creusé des fossés entre les différents membres de la famille. Viola n’a d’ailleurs jamais mis les pieds en Italie et ne connait pas sa famille. Annarita Zambrano traite le sujet avec beaucoup de réalisme et aucune empathie avec les anciens brigades rouges.

 

  • « Mme Hyde » de Serge Bozon : Mme Géquil est professeure de sciences physiques dans un lycée technologique de banlieue. Autant dire que ses élèves n’ont que peu d’intérêt pour ce qu’elle enseigne et elle a bien du mal à s’imposer face à eux. Elle s’intéresse néanmoins à un élève handicapé, Malik, chez qui elle décèle un fort potentiel. Un soir, à la suite d’une expérience, Mme Géquil reçoit une décharge électrique qui va la transformer. Voici un film très singulier où règne une atmosphère étrange. Les personnages eux-mêmes sont très particuliers à l’image du proviseur interprété par Roman Duris qui semble quelque peu fêlé. Mme Géquil, jouée par isabelle Huppert, semble quant à elle indifférente au monde, toujours à distance. « Madame Hyde » est un film complètement décalé, étonnant, souvent drôle, peut-être un peu trop conceptuel par moments et qui met à l’honneur la passation du savoir.

 

Publicités

Bilan livresque et cinéma de mars

Image-1

Un petit mois de mars au niveau de mon nombre de lectures, j’aurais aimé que le bilan soit plus important. Les livres lus sont pourtant à la hauteur mais j’ai eu l’impression de lire à la vitesse de l’escargot… J’ai néanmoins réussi à vous parler de « Une bonne école », le dernier Richard Yates publié chez Robert-Laffont, qui m’a séduit par son ton mélancolique et désabusé, de l’âpre « C’en est fini de moi » de Alfred Hayes à l’atmosphère sombre et désenchantée, « Un héritage » de Sybille Bedford qui nous transporte dans l’Allemagne de 1870. Et j’espère vous parler très rapidement de la formidable biographie des sœurs Mitford de Annick Le Floc’hmoan.

Cinq films à mon compteur pour le mois de mars et un énorme coup cœur :

l_call-me-by-your-name-affiche

Été 1983, Elio, 17 ans, et sa famille s’installent dans leur villa du XVIIème siècle dans la campagne lombarde. Les parents sont des intellectuels, cosmopolites et polyglottes. Elio est un érudit qui s’intéresse tout particulièrement à la musique. Comme chaque année, la famille accueille un thésard venu travailler avec le père sur des recherches archéologiques. Cette année, c’est un américain qui vient passer l’été en Italie. Oliver, séduisant et charismatique, agace autant qu’il fascine Elio. L’adolescent l’observe, le suit, tourne autour et le rejette tout à la fois. Entre eux naît une irrésistible attraction. Quel bonheur et quelle réussite que ce film de Luca Guadagnino ! « Call me by your name » est une parenthèse enchantée pour Elio et pour le spectateur. Il retrace un premier amour fulgurant, d’une rare intensité. Elio est l’incarnation de la nonchalance adolescente qui colle parfaitement avec la langueur de l’été italien. Elio est aussi l’incarnation de la naissance du désir et des troubles qu’il engendre. Elio papillonne entre Marzia, son amie d’enfance, et le bel Apollon qu’est Oliver, hésitant, peu sûr de lui et de ses sentiments. Elio, comme tous les adolescents, expérimente avant d’être frappé par l’éblouissement du premier amour. « Call me by your name » est aussi l’apprentissage de la souffrance, de la perte, l’entrée de plain-pied dans l’âge adulte. Le film est splendidement réalisé et maîtrisé. Il est lumineux, sensuel, cruel et tendre. Les acteurs sont tous à la hauteur de la réalisation à commencer par les deux acteurs principaux : le jeune et éblouissant Timothée Chalamet et le sensible et touchant Armie Hammer. Ils concourent tous les deux à la beauté solaire de ce film d’apprentissage. Un gros coup de cœur qui me donne envie de ma précipiter sur le roman d’André Aciman.

 

5236618.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Le film s’ouvre dans le bureau d’une juge. Antoine et Miriam divorcent et sont là pour décider des conditions de la garde de leur fils Julien, 11 ans. Leur fille va avoir 18 ans et refuse de voir son père. La tension est palpable, Miriam semble pétrifié. Les deux avocats s’affrontent, l’une dénonçant la violence d’Antoine, l’autre affirmant que Julien ne peut pas vivre sans son père. Qui croire ? La juge accorde la garde partagée. Pris entre sa mère et son père, Julien va tout faire pour éviter qu’un drame arrive. « Jusqu’à la garde » commence comme un film réaliste avec la scène très juste chez le juge et se poursuit comme un thriller. Tout le film tourne autour de la peur, celle de Julien qui cherche à protéger sa mère sans y parvenir et qui craint son père. Le jeune acteur Thomas Gioria est remarquable et touchant. La tension, l’angoisse grandit au fur et à mesure que l’on découvre la vrai nature du père : intrusif, jaloux, colérique mais aussi blessé et torturé. Denis Ménochet y est impressionnant, passant en une seconde d’un regard doux à un regard brutal et menaçant. Et que dire de Léa Drucker qui fait bloc devant son monstre de mari avec force et dignité. La malaise est présent tout le long du film, l’anxiété nous gagne sans que jamais les coups ne soient montrés, la violence est sourde. Et la fin du film est saisissante.

Et sinon :

  • Lady Bird de Greta Gerwig : A 17 ans, Christine McPherson veut échapper à la morosité de son quotidien à Sacramento. Elle se fait appeler Lady Bird et dessine des femmes à tête d’oiseau pour sa campagne aux élections de son établissement catholique. Sa famille fait partie de la classe moyenne qui a des fins de mois difficiles et qui rêve des maisons cossues de l’autre côté de la voie ferrée. Le premier film de Greta Gerwig est en grande partie autobiographique. Lady Bird est un personnage fantasque, en marge des autres adolescents. Elle est agaçante et touchante dans son désir de rejoindre New York où la vraie vie semble palpiter. La relation avec la mère est particulièrement bien traitée. Entre engueulades et complicité, leur relation vibre d’émotions et de tendresse non avouée. Saoirse Ronan prête son visage à Lady Bird et elle illumine le film de sa présence énergique et vulnérable. Le film porte la voix singulière de Greta Gerwig et du cinéma indépendant américain.

 

  • The disaster artist de James Franco : Tommy Wiseau est un acteur calamiteux mais il se pense incompris. Il rencontre un jeune acteur dans un cours de théâtre. Ensemble, ils partent tenter leur chance à Hollywood. Rien ne fonctionne et les deux hommes restent sur le carreau. Mais Tommy est richissime et il décide d’écrire et de réaliser son propre film. Il en sera également l’acteur principal aux côtés de son ami. Le film de James Franco s’inspire d’un personnage réel. Tommy Wiseau, dont l’âge et l’origine de la fortune restent inconnus, est le Ed Wood des années 2000. Son film « The room » est devenu un nanar culte aux Etats-Unis. Les scènes du tournage (qui sont des reconstitutions à l’identique du film original comme le montre la fin du film) donnent l’impression d’une exécrable sitcom où le jeu de Tommy Wiseau est absolument ridicule. Le film de Franco est une comédie très drôle, très enlevée. Le personnage central est totalement démesuré, fantasque et barré. Mais il étonne aussi par sa démesure, sa fêlure intérieure et son besoin démesuré de reconnaissance. Un personnage surréaliste qui valait bien un film.

 

  • Eva de Benoît Jacquot : Bertrand est un dramaturge à la mode, adulé mais qui peine à rendre son prochain manuscrit. Et pour cause, son succès il le doit au travail d’un autre, un vieil écrivain chez qui il faisait le gigolo et à qui il a volé un manuscrit après l’avoir laissé mourir dans sa baignoire. Bertrand croise le chemin d’une prostituée de luxe, Eva, qui va rapidement l’obséder. Leur relation devient rapidement toxique. Benoit Jacquot tire son film d’un roman de James Hadley Chase. Il en fait un polar vénéneux, d’une perversité toute cérébrale. C’est un film sur la mystérieuse fascination qu’un être peut exercer sur un autre. Les deux acteurs sont évidemment brillants comme à leur habitude : Gaspard Ulliel dévoré par son attirance pour Eva et Isabelle Huppert glaçante d’indifférence. Peut-être peut-on regretter la distance un peu froide entre le spectateur et le film mais la relation entre les deux personnages n’en reste pas moins fascinante.

Bilan livresque et cinéma de février


Image-1

Quatre romans en ce mois de février dont je vous reparle rapidement. « Le livre de perle » sera sans aucun doute mon coup de cœur du mois. Quatre bandes-dessinées que je vous conseille toutes. « Le joueur d’échecs » de David Sala est un véritable bijou autant sur le fond que sur la forme. « Opération Copperhead » de Jean Harambat est une bande-dessinée d’espionnage dans la lignée des films anglais de Alfred Hitchcock. « Les beaux été » est une tendre, drôle et émouvant histoire d’une famille qui part en vacances, il existe trois tomes à la série qui décrivent des périodes différentes de la vie de cette famille. « Culottées tome 2 » de Pénéloppe Bagieu est bien entendu à la hauteur du premier volet !

Et côté cinéma, sept films à mon actifs avec des coups de cœur :

0692248.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Gaspard prend le train pour assister au remariage de son père. Sur le trajet, il croise le chemin de Laura à qui il demande de l’accompagner. La fantasque jeune femme accepte sans savoir où elle va mettre les pieds. La famille de Gaspard possède et s’occupe de l’entretien d’un zoo et elle est assez particulière. Le père est volage, la soeur se prend pour un ours et porte en permanence la peau  de l’un d’eux sur les épaules,. Seul Virgin, le frère, semble avoir la tête sur les épaules mais il en veut à Gaspard d’être parti. Les jours avant le mariage promettent d’être imprévisibles. Le troisième long métrage de Antony Cordier est une totale réussite. Il nous entraîne dans un univers fantaisiste (le père reçoit ses enfants tout en se baignant dans un aquarium), poétique, mélancolique (flash-backs sur une enfance heureuse et une mère lumineuse et disparue trop tôt) mais tout cela est traité avec beaucoup d’humour. Le film est le récit d’émancipation de Gaspard et des autres membres de la famille. Chacun va finalement trouver sa propre place en dehors du cocon familial. Le film est porté par des acteurs tous inspirés : Félix Moati qui fait jusqu’ici une excellente carrière, Laëtitia Dosch et son grain de folie, Christa Théret, Guillaume Gouix que j’aimerais voir plus souvent, Marina Foïs, Elodie Bouchez. 1h45 d’une douce et poétique drôlerie.

3149649

Dans les années 50, Reynolds Woodcock est le couturier le plus demandé à Londres. Il habille les têtes couronnées européennes de robes à l’élégance classique. Sa maison de couture est dirigée d’une main de fer par sa sœur Cyril. Lui ne s’occupe que de créer et de s’enfermer dans ses manies de vieux garçon. Les femmes l’ennuient vite et Cyril se charge de les faire partir. Mais leur routine va être rompue par la nouvelle conquête de Reynolds : Alma, une serveuse rencontrée dans une auberge. Celle-ci compte bien s’immiscer dans le duo et obliger le couturier à l’aimer par tous les moyens. « Phantom thread » est sans doute le film le plus sobre de Paul Thomas Anderson. Le fil narratif n’est interrompu par aucune ellipse, la forme est d’un classicisme glacé à la Hitchcock. D’ailleurs, la silhouette vêtue de noir de Cyril n’est pas sans évoquer la Mrs Danvers de « Rebecca ». « Phantom thread » est un jeu de domination. Reynolds est dominé par sa soeur qui le garde dans ses manies et ses tics, Alma est dominé par Reynolds qui lui impose son mode de vie et sa soeur. Mais la poupée Alma échappe à son créateur et se montre plus déterminée qu’il n’y parait sur son joli et sage minois. Avec patience, elle renverse mes choses établies. Le jeu tout en retenu de Vicky Krieps traduit bien l’abnégation du personnage qui cache une volonté inflexible. Il fallait avoir du talent pour ne pas faire pâle figure aux côtés des deux grands acteurs que sont Daniel Day Lewis et Lesley Manville. Un trio d’acteurs qui fonctionnent parfaitement et installent une relation complexe et perverse.

4837171.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Coney Island dans les années 50, Ginny vit avec son mari, au cœur du parc d’attractions. Ginny est une ancienne actrice qui s’illusionne sur ses succès passés. Elle est aujourd’hui serveuse, lasse et malheureuse. Sur la plage, elle rencontre Mickey, un sauveteur. Ils deviennent amants et l’imagination de Ginny s’enflamme. La situation se gâte lorsque sa belle-fille, Carolina, revient à la maison. Mickey et Carolina tombent amoureux. Le dernier film der Woody Allen est très ancré dans le théâtre. Ginny semble perpétuellement jouer une scène. Les éclairages sont très accentués et colorés. Les lumières sont omniprésentes dans l’appartement de Ginny et l’éclairent de façon dramatique. La grande scène de Ginny est extrêmement mélodramatique, presque surjouée. Kate Winslet fait ici penser à Vivian Leigh dans « Un tranway nommé désir ». Elle est au bord de la rupture, sa fragilité nous saute au visage. La prestation de kate Winslet est une nouvelle fois admirable. Le film est une tragédie, il est d’une grande noirceur et teinté par l’amertume de son héroïne. Sous ses couleurs pop, « Wonder wheel » est un film bien cruel envers son héroïne mais c’est aussi ce qui en fait la saveur.

Et sinon :

  • L’insulte de Ziad Doueiri : A Beyrouth, un rien peut mettre le feu aux poudres. Yasser est un chef de chantier palestinien dans le quartier de Tony, chrétien libanais. La gouttière du dernier n’est pas aux normes. Yasser lui signale et lui répare. Tony démolit le travail fait et récolte une insulte. Il réclame alors des excuses à Yasser. Le conflit de voisinage s’envenime et se termine devant le tribunal. Le film de Ziad Doueiri est un formidable film politique et de réconciliation. Il ne prend pas partie et montre les souffrances des deux camps. Apprendre à mieux comprendre l’autre est le début d’une possible entente. Les deux héros du film seront chacun bourreau et victime. Le réalisateur montre qu’un pays ne doit rien oublier de son histoire s’il veut vivre en paix. L’insulte est un excellent film de procès servi par deux acteurs (Adel Karam et Kamel El Basha) jouant toutes en nuances.

 

  • Ni juge, ni soumise de Yves Hinant et Jean Libon : Une partie de l’équipe de la regrettée émission Striptease a suivi pendant trois ans une juge d’instruction belge, Anne Gruwez. A la façon de l’émission belge, Yves Hinant et Jean Libon ne donnent aucun commentaire sur ce qu’ils filment. Anne Gruwez est un sacré personnage, truculente, au langage cru. Elle semble ne se laisser démonter par aucune situation (il faut la voir arriver avec une ombrelle rose fushia pour assister à une exhumation dans un cimetière !). Mais derrière l’humour, on voit également une juge d’instruction impliquée, humaine face à la misère, à la violence et au désarroi des personnes passant dans son bureau. Le dispositif du film rappelle celui de Raymond Depardon dans « Délits flagrants » en plus belge et surréaliste !

 

  • Cro man de Nick Park : Dans une jolie vallée luxuriante, vit une joyeuse tribu de l’âge de pierre. Les habitants vivent de la chasse aux lapins (qui sont souvent les plus malins). La vie coule paisiblement jusqu’à ce que la vallée soit colonisée par des hommes de l’âge de bronze. Ils veulent conquérir la vallée qui possède une mine d’or. La petite tribu ne se laisse pas faire et la possession de la vallée se jouera au football ! On retrouve avec grand plaisir le travail méticuleux des studios Aardman. Le style est bien là : les personnages ont des bouilles incroyables, c’est coloré, drôlissime, plein de clins d’œil à notre époque. Et comme souvent, ce qui sauve les hommes ce sont leurs animaux de compagnie ! C’est un régal, un excellent moment qu’il ne faut surtout pas bouder.

 

  • Le retour du héros de Laurent Tirard : Lorsque le capitaine Neuville part sur les champs de bataille napoléonien, il laisse une fiancée éperdue de tristesse. Il lui promet d’écrire tous les jours…promesse qu’il ne tient pas. Voyant dépérir sa sœur dans l’attente des lettres de Neuville, Elisabeth se met à lui en écrie. Elle invente un capitaine flamboyant, héroïque qu’elle finit par faire mourir au combat. Mais le capitaine Neuville revient… « Le retour du héros » est une comédie piquante aux dialogues savoureux. Dans les nobles demeures, nous assistons à une véritable joute verbale entre un homme prétentieux, voleur et couard et une demoiselle d’une trop grande modernité pour son époque. Pas de surprise quant à la prestation de Jean Dujardin à qui ce genre de rôle va comme un gant. En revanche, on découvre une Mélanie Laurent à qui la comédie sied à merveille.

 

Bilan livresque et cinéma de janvier

thumbnail

Cinq livres et une bande-dessinée à mon compteur de janvier, c’est honorable pour débuter 2018 ! J’ai attaqué l’année avec une nouvelle auteure : Tessa Hadley, très respectée en Angleterre mais inconnue en France et c’est fort dommage. J’ai pris beaucoup de plaisir à retourner à Peyton Place même si ce deuxième tome n’a pas le ton acide du premier. J’ai enfin lu le premier tome des aventures de Daisy et Hazel, deux jeunes filles qui se prennent pour Sherlock Homes et le Docteur Watson, un roman jeunesse réussi et divertissant. Je vous parle très vite de ma lecture de Captive de Margaret Atwood que j’ai fini il y a peu. En revanche, je n’ai pas trouvé le temps de faire un billet sur La vérité sur Bébé Donge mais Simenon est une valeur sûre, ses romans noirs sont des bijoux. La BD du mois était un peu décevante mais on ne peut pas gagner à tous les coups !

Et côté cinéma, mes coups de coeur :

3_Billboards_les_panneaux_de_la_vengeance

Mildred Hayes loue trois panneaux à l’entrée de sa ville pour faire passer un message à sa communauté. Sa fille a été violée et tuée quelques mois plus tôt et la police n’a toujours trouvé son meurtrier. La colère de Mildred n’épargne personne, même pas le chef de la police atteint d’un cancer. Mildred veut faire bouger les choses, faire réagir. Mildred, c’est Frances McDormand qui mérite tous les prix du monde pour sa prestation. Elle est obstinée Mildred, courageuse mais aussi colérique et totalement égoïste dans sa souffrance. Elle semble complètement oublier que son fils est encore vivant et que son ex-mari a également perdu sa fille. Ce fort personnage est extrêmement bien entourée et ce sont également les personnages secondaires qui font le sel de ce film. Le chef de la police, Woody Harrelson, est un brave type, père exemplaire, qui essaie de s’occuper au mieux de ses concitoyens. Le flic interprété par Sam Rockwell, est encore plus marquant : raciste, homophobe, bête à manger du foin, est celui que les trois tableaux fera le plus évoluer. La douleur de Mildred provoquera une étincelle chez lui. « 3 billboards » est un film remarquable, une tragédie aux dialogues ciselées et emprunte d’humour noir.

2252425.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Marguerite Duras attend le retour de son mari, Robert Antelme, déporté. Nous sommes dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale. Marguerite, résistante, est prête à côtoyer l’inspecteur Pierre Rabier, collabo notoire, pour avoir des nouvelles. Une relation ambiguë se noue entre eux alors que le réseau résistant de Marguerite s’en inquiète. Tous les deux vont jouer au chat et à la souris. Après la libération, dans la seconde partie du film, Marguerite attend toujours, incapable de se réjouir de la victoire, rongée intensément par la douleur de l’attente. Je n’ai pas lu le roman-autobiographique de Marguerite Duras mais j’ai retrouvé dans le film l’atmosphère, le rythme de la langue de l’auteure. Emmanuel Finkiel reprend de longs passages du roman lus en voix-off. Les pensées de l’auteure portant sur l’absence de son mari tournent à l’obsession, elles deviennent hypnotiques, entêtantes et les mots prononcés par Mélanie Thierry restent longtemps dans la tête du spectateur une fois le film terminé. Il faut dire que l’actrice est admirable, toujours juste et intense, touchante et troublante. Sans masque, sans fard, elle est marquée par cette douleur, cette impatience à revoir son mari. Les hommes qui l’entourent sont à la hauteur de sa prestation : Benoît Magimel, mielleux et fielleux à souhait, Benjamin Biolay, grave et solide. La réalisation d’Emmanuel Finkiel colle parfaitement au texte et à l’état d’esprit de son héroïne passant poétiquement du net au flou.

  • L’échange des princesses de Marc Dugain : Afin de consolider la paix entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée de faire un échange de princesses. L’Infante d’Espagne, âgée de quatre ans, épousera Louis XV et la fille de Philippe d’Orléans, Mlle de Monpensier, adolescente, à Don Luis, le futur roi d’Espagne. Le mariages n’auront pourtant pas l’effet escompté. Marc Dugain adapte ici le roman éponyme de Chantal Thomas qui a travaillé au scénario. Les deux pauvres jeunes filles sont des objets, des pions dans ce décorum grandiose. L’Infante d’Espagne réagit comme une adulte, prête pour son rôle de reine mais elle ne pourra pas donner un héritier au trône avant de nombreuses années. Mlle de Montpensier réagit comme une adolescente, rejetant avec insolence et ironie son pauvre mari et toute la cour d’Espagne. Marc Dugain montre la grandeur et la décadence des cours européennes avec un grand savoir-faire et beaucoup de minutie (costumes, décors et images sont somptueux). Les acteurs sont impeccables à commencer par les deux princesses : Juliane Lepoureau et Anamaria Vartolomei. Il faut souligner également les prestations de Lambert Wilson en Philippe V d’Espagne hystérique de religion après avoir été un fou de guerre, et Catherine Mouchet qui joue la nourrice royale avec une infinie délicatesse.

 

  • Fortunata de Sergio Castellitto : Fortunata est coiffeuse à domicile dans la banlieue populaire de Rome. Elle travaille au noir essayant d’accumuler l’argent nécessaire à l’achat de son propre salon. Fortunata passe ses journées à courir en mini-jupe et talons hauts, s’occupant en plus de sa fille de huit ans, d’un ami tatoueur dépressif et en évitant la violence de son futur ex-mari. Sa fille, perturbée par le divorce et la vie trépidante de sa mère, se comporte mal. Fortunata doit l’emmener voir un psy, un homme bien qui s’intéresse sincèrement à l’histoire de cette famille bancale. Sergio Castellitto réalise une splendide comédie à l’italienne où le tragique affleure. Il réussit un très beau portrait de femme, une mamma Roma incroyablement énergique et résistante. Fortunata rêve d’une vie calme et heureuse mais elle est entraînée dans un véritable tourbillon. Son farouche désir d’indépendance se heurte à des réalités qu’elle ne maîtrise pas et qui font vaciller la bonne fortune qu’elle essaie de conquérir. Jasmine Trinca est absolument formidable dans le rôle de Fortunata, elle s’inscrit dans la belle lignée des actrices italiennes comme Anna Magnani, Monica Vitti ou Sofia Loren.

 

  • The Florida project de Sean Baker : Moonee, six ans, explore joyeusement son terrain de jeu pendant l’été : elle et sa mère vivent dans un motel bas de gamme. Mais peu importe pour Moonee et ses amis, tout ce qui les entoure est source de jeu, de découverte : un champ de vaches se transforme en safari, des lotissements abandonnés en maisons hantées.  Les enfants sont totalement livrés à eux-mêmes. Les parents sont dépassés par la pauvreté, la quête de l’argent nécessaire pour payer le loyer. Ce film de Sean Baker est un conte de fées cruel. Moonee et ses amis débordent d’énergie, d’envie. Le cinéaste montre parfaitement la puissance de l’imaginaire enfantin. La vie est pour eux un immense parc d’attraction. Mais la dure réalité les rattrape souvent. le gérant du motel (Willen Defoe, parfait) essaie d’éviter les ennuis à tous mais il ne peut rien faire quand certains dérapent. « The Florida project » est un très beau film sur l’enfance comme l’était « Les 400 coups », sur l’amitié et l’amour entre une mère et une fille.

 

  • El presidente de Santiago Mitre : Un sommet réunit les présidents d’Amérique latine en vue de la création d’une alliance pétrolière. Le Mexique voudrait voir les USA s’associer au projet et voudrait faire pencher l’Argentine de son côté. Le président argentin, Herman Blanco, est un homme qui se veut simple, normal. Mais le sommet va se compliquer pour lui avec un scandale qui implique sa fille. Santiago Mitre crée une ambiance inquiétante, une atmosphère étrange avec des images de routes en lacets complexes, des baies vitrées au-dessus du vide, des scènes d’hypnose. Ricardo Darin incarne également cette inquiétude sourde, son personnage est insondable. Mais je dois avouer ne pas avoir compris les interactions entre l’histoire privée et la décision politique prise à la fin par le président Blanco. Les deux volets ne m’ont pas semblé s’emboîter et j’ai eu l’impression de voir deux films différents.

Bilan livresque et films de décembre

512235

Avant 12 jours, les patients internés sans leur consentement dans un hôpital psychiatrique doivent passer devant un juge pour que la procédure se poursuive ou non. Raymond Depardon utilise le même procédé que dans « Flagrants délits » notamment, sa caméra est posée entre le juge et le patient et se fait totalement invisible. Les mouvements de caméra se réduisent à des champs/contre-champs entre les deux parties. Nous assistons, comme si nous étions dans la pièce, à ses entretiens. Ce qui est frappant, c’est l’incommunicabilité entre les deux parties. Les juges tentent, le plus souvent avec bienveillance, d’évaluer les capacités des patients à vivre à l’extérieur. Les patients sont eux bien souvent trop malades, trop désespérés pour comprendre la procédure qu’on leur expose. En découlent des dialogues surréalistes, absurdes qui font rire ou froid dans le dos. Certains montrent toute la violence de notre société et ont été placés après un burn out ou sont atteints de schizophrénie, de paranoïa. Le regard de Raymond Depardon est plein d’humanisme, il est sans jugement envers ses personnes fracassées par la vie. C’est d’ailleurs toujours le cas avec les documentaires de Raymond Depardon ; sa compassion, son regard lucide font du bien.

Reza est éleveur de poissons à la campagne avec sa femme, directrice de lycée, et son fils. Il veut simplement vivre paisiblement de son travail. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne l’Iran aujourd’hui. Comme Reza le dit lui-même, on est soit oppresseur, soit oppressé. Essayant de vivre honnêtement, Reza refuse un pot de vin à un banquier et préfère payer des agios supplémentaires. Ces dettes vont empirées lorsqu’une société va tout faire pour récupérer ses terres. Reza s’entête et refuse de céder aux intimidations malgré les conseils de son épouse. Il ne lâchera rien mais ceux qui sont en face de lui non plus. Le réalisateur Mohammad Rasoulof dresse un portrait noir et pessimiste de la société iranienne.  Il le paie d’ailleurs cher puisque son passeport lui a été retiré, qu’il ne peut plus travailler et qu’il vit sous la menace d’une incarcération. « Un homme intègre » montre une société gangrenée par les pots-de-vin, par la loi du plus fort. Tout s’achète, tout se négocie et tout le monde est complice de ce système. Seuls quelques-uns tentent de résister et changer les choses. Mais la fin du film est glaçante et montre que la définition de Reza est parfaitement exacte. Les acteurs du film sont excellents avec en tête Reza Akhlaghirad, taiseux et tout en colère rentrée.

3761032.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Johnny travaille dur à la ferme familiale perdue au fin fond du Yorshire. Il y vit avec sa grand-mère et avec son père, handicapé suite à un AVC. Son seul échappatoire : des bitures homérique au bar du coin et des étreintes brutales avec le premier garçon qui passe. A la période de l’agnelage, son père embauche un saisonnier roumain Gheorghe. Les deux jeunes hommes se tournent autour, s’apprivoisent petit à petit. Johnny, rustre et rude, met du temps à comprendre qu’un sentiment profond naît entre eux. « Seule la terre » est un film rugueux, rocailleux comme la lande qui entoure la ferme. Les paysages sont d’ailleurs magnifiquement filmés en plan large comme en plan rapproché. De même, les animaux ont une place essentielle dans le film, comme dans la vie des fermiers qui s’en occupent. La relation qui naît entre Johnny et Gheorghe sonne parfaitement juste. Leur histoire d’amour se dessine tout en pudeur, en subtilité. Josh O’Connor est absolument formidable dans ce rôle. Son visage fermé, renfrogné se détend au fur et mesure. Il devient lumineux et incroyablement émouvant dans une confrontation avec Gheorghe à la fin du film.

Et sinon :

  • La villa de Robert Guédiguian : Dans un village surplombant une calanque, l’attaque d’un père oblige une fratrie à se réunir. Armand a pris la suite du restaurant familial, Joseph a été licencié et s’est fait largué par sa jeune fiancée et Angèle est actrice, elle habite sur Paris et n’était pas revenue depuis très longtemps. Chacun ressasse le passé et ses reproches. Chacun doit retrouver ses repères face aux autres. Ce dernier film de Robert Guédiguian est marqué par la perte et par la mélancolie. Le père va bientôt disparaître tout comme l’esprit du village qui se vide. Les belles maisons construites entre amis sont peu à peu achetées par de riches étrangers. L’âme du petit village populaire se perd. La fratrie revit les bons moments et les drames avec nostalgie (très beau moment que cet extrait d’un des premiers films du réalisateur où l’on voit les mêmes acteurs jeunes). On sent une fracture entre les anciens et les jeunes, les opinions diffèrent sur l’importance du travail et de l’argent. Mais le film n’est pas que sombre et désespéré. Il est également lumineux grâce à l’amour qui renait, à la beauté des paysages, à la simplicité de la vie en bord de mer et à l’entraide. Et voir un film de Robert Guédiguian, c’est retrouver une famille, des amis que l’on a plaisir à revoir : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Robinson Stevenin, Jacques Boudet.

 

  • Le crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh : L’histoire est des plus connues : un meurtre est commis dans l’un des wagons de l’Orient-Express. Se trouve dans celui-ci le plus grand détective Hercule Poirot qui va donc enquêter sur cet assassinat en huis-clos. La version de Sidney Lumet avait un côté suranné que l’on a plaisir à revoir. Kenneth Branagh a voulu moderniser Agatha Christie. Il le fait par des scènes « d’action » pas forcément pertinentes mais aussi par un jeu extravagant et fantasque. Kenneth Branagh cabotine, prend toute la place par son jeu excessif. Mais ça fonctionne plutôt bien et l’ego surdimensionné de Poirot est bel et bien visible. Il a gardé de Lumet, l’idée du casting cinq étoiles. Nous trouvons dans les différents compartiments : Johnny Deep en voyou, Judi Dench en princesse russe, Olivia Coleman en dame de compagnie, Penelope cruz  en dévote, Michelle Pfeiffer en veuve américaine, Derec Jacobi en valet, Willem Defoe en professeur d’université, etc… Un casting royal, un Poirot exubérant et cabotin rendent ce film parfaitement divertissant.

 

  • L’expérience interdite de Niels Arden Oplev : Pour comprendre ce qui se passe après la mort, cinq étudiants en médecine se lancent dans une expérience dangereuse : l’un après l’autre vont mourir quelque minute. Ce film est un remake d’un film avec Julia Roberts et Kiefer Sutherland sorti en 1990. L’original n’était pas un chef-d’oeuvre mais il était plutôt énergique et le casting tenait bien la route. Le remake est très loin d’être à la hauteur. Nous sommes ici plus proche d’une série B que d’un film. Et le casting est navrant alors même qu’il comporte Ellen Page et James Norton. En bref : passez votre chemin !

Bilan livresque et films de novembre 

Un mois de novembre bien occupée avec huit romans et trois bandes-dessinées : je lis en parallèle les œuvres du prix du meilleur polar Points (« Lagos Leye » et « L’affaire Sodorski » dont je vous parle bientôt) et du prix polars SNCF (« Bâtard » et « Tu sais ce qu’on raconte », j’ai commencé le prix par sa sélection de BD). J’ai également lu, pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, le magnifique roman de Sorj Chalandon, « Le jour d’avant », et pour le blogoclub le très inspirant « Dans les forêt de Sibérie » de Sylvain Tesson. Je ne sais pas si je pourrais faire des billets sur mes autres lectures, mais je ne peux que vous conseiller très, très fortement la lecture du dernier roman de Patrick Modiano et de découvrir la plume délicate de Michel Bernard. Pour ce qui est de la trilogie des ferrailleurs d’Edward Carey, je vous parle très bientôt du premier tome « Le château ».

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur vont ce mois-ci à :

5699757.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Ce documentaire d’Eric Caravaca porte sur un secret de famille, sa propre famille. L’acteur-réalisateur cherche les traces de sa sœur aînée Christine, morte à l’âge de trois ans et enterrée carré 35 du cimetière de Casablanca. Ses parents ne parlaient jamais d’elle, ils n’ont conservé aucune photo de la fillette. Patiemment, Eric Caravaca enquête, interroge sa propre famille. Les entretiens avec sa mère sont surprenants. Elle résiste aux questions, à la vérité. Le déni incarné. Dans son documentaire, Eric Caravaca mélange petite et grande histoire, celle de colonisation, du Maroc et de l’Algérie. Subtilement, , avec délicatesse, il se rapproche de la jeunesse de ses parents sans les effaroucher ou les braquer. Petit à petit, Christine prend vie, elle existe à nouveau grâce à la caméra de son frère. Eric Caravaca réalise un très beau documentaire, lumineux et réparateur.

A_Beautiful_Day

Joe, ancien vétéran en Irak, est une sorte de tueur à gages. Il est cette fois engagé pour retrouver la fille d’un sénateur qui a été enlevée par un réseau de prostitution. « A beautiful day » est un film qui n’est pas mettre sous tous les yeux. Par sa violence brutale, son esthétique très travaillée, il n’est pas sans rappeler « Drive ». Le personnage central est extrêmement inquiétant. Traumatisé par les violences conjugales de son père, par la guerre d’Irak ( nous découvrons tout cela par des flashbacks dont on aurait pu se passer), Joe est attiré par la mort. Il enfile régulièrement un sac plastique sur sa tête et le retire juste avant l’étouffement. « A beautiful day » est un film dans lequel le spectateur est totalement immergé notamment en raison d’un univers sonore marqué et saturé. Il l’est également grâce à la prestation de Joaquim Phoenix que l’on ne quitte pas une seconde et qui est un monolithe de brutalité pure. Sa présence électrise et hypnotise. Une expérience cinématographique qui ne peut pas plaire à tout le monde.

Et sinon :

  • Simon et Théodore de Mikaël Buch : Simon est fragile et instable. Il s’est fait soigné et sort enfin pour retrouver sa femme rabbin qui est sur le point d’accoucher. Mais cette future paternité perturbe beaucoup Simon. Il croise alors la route de Théodore, un adolescent en colère contre sa mère. Les deux hommes vont déambuler dans Paris, se fuyant et s’épaulant tour à tour. Ce très joli film de Mikaël Buch oscille entre comédie et drame. Les acteurs sont tous parfaits à commencer par Félix Moati qui incarne à merveille un Simon fébrile, fragile et infiniment touchant.

 

  • Le semeur de Marine Francen : En 1852, dans un hameau de montagne, tous les hommes sont emmenés par la police. Les femmes s’organisent sans eux, elles réalisent les travaux des champs en espérant leur retour. Les saisons défilent et elles sont toujours seules. Elles décident alors de se partager le premier homme qui passera par là pour assurer la pérennité du village. C’est alors qu’un inconnu fait son apparition. La thématique du film de Marine Francen évoque « Les proies » de Sofia Coppola. Ici, point de violence ou d’hystérie parmi les femmes, même si la zizanie n’est pas loin. C’est plutôt la naissance d’un amour qui est montrée ici, celle de l’inconnu et d’une jeune femme du village, Violette. L’amour, le paysage sont filmés avec douceur, luminosité et sincérité.

Bilan livresque et films d’octobre

Image-1

Octobre fut bousculé pour des raisons professionnelles et je n’ai consacré que peu de temps à mon blog. J’ai néanmoins réussi à lire six livres (ridicules à côté des 20 d’Eva !). J’ai essayé de rattraper mon retard de lecture pour le prix du meilleur polar Points avec « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi et « Il était une fois l’inspecteur Chen » qui est plus le récit du début de carrière de l’inspecteur plutôt qu’un véritable polar. J’ai découvert, grâce à ma copine Emjy, Patrick de Witt avec « Heurs et malheurs du sous majordome Minor« , un univers décalé  et fantasque. j’ai eu le plaisir de lire deux formidables romans de la rentrée littéraire avec deux auteures que j’affectionne : « Point Cardinal » de Léonor de Récondo et « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas dont je vous parlerai la semaine prochaine. Et j’ai retrouvé la pauvre Gervaise ; la lecture de « L’assommoir » m’avait marqué au collège et je suis toujours impressionnée par la force de ce roman. Chapeau Monsieur Zola !

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur du mois :

10366

Juste avant l’armistice de novembre 1918, une attaque inutile est lancée par le lieutenant d’Aulnay-Pradelle. Albert se retrouve enseveli avec un cheval et c’est Edouard qui réussit à le sortir de là. Mais une bombe explose et Edouard est défiguré. A la fin de la guerre, Albert prend soin de celui qui l’a sauvé. La France a du mal à accueillir ses soldats et les deux hommes ont du mal à joindre les deux bouts. Edouard a alors l’idée d’une arnaque d’envergure : concevoir et vendre des monuments aux morts qui ne seront jamais construits. Je n’ai pas encore lu le roman de Pierre Lemaître, j’ai donc découvert l’adaptation d’Albert Dupontel sans à priori. Ce film est une réussite. L’intrigue foisonnante est menée tambour battant et c’est une véritable fresque avec ses héros cabossés, son histoire d’amour, son méchant odieux. Et quel casting ! Nahuel Pérez Biscayart réussit à nous toucher uniquement avec le regard, Laurent Lafitte est impeccable en mièvre et lâche d’Aulnay Pradelle, Albert Dupontel est parfait en naïf et modeste comptable. Et il faudrait également citer tous les grands acteurs qui jouent ici des seconds rôles formidables. La réalisation, les costumes, les décors sont soignés et participent à la réussite du film.

133000.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Mariam est une jeune étudiante tunisienne; Elle a organisé une fête avec son école. Elle s’est faite belle, elle veut s’amuser. Quelques heures plus tard, elle ère dans les rues, elle a été violée par des policiers. Le jeune homme, avec qui elle était sortie discuter, l’aide à porter plainte. Une longue nuit commence pour eux, entre hôpital, commissariat, menaces et brutalités. Il faudra beaucoup de courage à Mariam pour faire respecter ses droits. Le film de Kaouther Ben Hania dénonce avec force le machisme de la société tunisienne, le mépris que reçoit Mariam à chaque démarche fait froid dans le dos. Mais « La belle et la meute » n’est pas qu’une dénonciation, c’est un véritable thriller haletant où la tension grimpe au fur et à mesure. La jeune actrice Mariam Al Ferjani est de tous les plans, elle incarne avec ténacité et fragilité cette jeune femme en lutte. Le récit du film est malheureusement inspiré d’une histoire vraie.

271632

En Virginie Occidentale, la famille Logan est réputée pour sa poisse : l’aîné, Jimmy, était promis à une grande carrière de footballeur avant qu’il s’endommage le genou, le cadet, Clyde, a perdu un avant-bras en Irak. Jimmy vient de se faire licencier du chantier où il travaillait. Lui vient alors l’idée de proposer un casse à son frère : cambrioler le circuit automobile pendant l’une des courses les plus populaires de l’année. Pour les aider, il leur faut faire appel à un spécialiste des coffres-forts : Joe Bang. Le problème, c’est que celui-ci est en prison. « Logan Lucky » c’est « Ocean eleven » chez les rednecks. Soderberg réalise toujours avec beaucoup de malice et d’humour ces histoires de braquage. Ici, nous sommes bien loin de Las Vegas et les moyens du bord sont plus que limités (la bombe de Joe Bang en est un bon exemple !). Il n’y a pas de condescendance pour ces paumés de l’Amérique mais bien de l’empathie. Les acteurs semblent avoir pris beaucoup de plaisir et sont tous très convaincants. Mention spéciale à Daniel Craig qui joue une partition bien différente de celle de James Bond ! « Logan lucky » est un divertissement de qualité, drôle, espiègle et plein de surprises.

Et sinon :

  • « L’atelier » de Laurent Cantet : Antoine, jeune homme solitaire de La Ciotat, participe à un atelier d’écriture avec d’autres jeunes en insertion. Ils doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière parisienne. Rapidement, Antoine se démarque des autres, les provoque. Olivia est intriguée par ce jeune homme intelligent et inquiétant. Comme dans « Entre les murs », Laurent Cantet filme l’adolescence et il sait parfaitement choisir ses acteurs. Le groupe de l’atelier montre des jeunes gens de milieux modestes, criant de vérité. Mais l’intérêt du film est le duel entre Antoine et Olivia. Cet affrontement intellectuel et social amène de la tension au film. La relation entre Antoine, proche des idées nationalistes, et Olivia, bob parisienne, devient ambiguë, trouble. Un film qui démarre comme une chronique réaliste pour s’achever en film noir.

 

  • « Espèces menacées » de Gilles Bourdos : Dans ce film, des destins s’entrecroisent. Joséphine et Tomasz viennent de se marier. La fête est à son comble jusqu’à ce que les époux se retrouvent seuls. La belle histoire vire alors au cauchemar. Les parents de Joséphine essaie d’aider leur fille. Mélanie annonce à ses parents qu’elle est enceinte d’un homme plus âgé que son père. Enfin, un étudiant lunaire revient vivre dans la maison de sa mère hospitalisée en psychiatrie. Le film de Gilles Bourdos est inspiré de nouvelles de l’écrivain américain Richard Bausch. La famille est au centre du film. Elle est destructrice, violente, fantasque. Les personnages sont touchants, trop humains. Cette mosaïque de relations humaines prend vie grâce au travail d’acteurs d’exception : Vincent Rottiers d’une intensité renversante, Eric Elmosnino qui joue un père à côté de ses pompes, Gregory Gadebois qui alterne faiblesse et rage, Damien Chapelle qui est une découverte.

 

  • « Confident royal » de Stephen Frears : 1887, la reine Victoria fête son jubilé d’or. Lors des cérémonies, elle tombe sous le charme d’Abdul, un jeune valet indien venu lui rendre hommage. Victoria ne veut plus quitter son jeune ami indien. Celui-ci lui parle de l’Inde, lui apprend sa langue. La reine renaît au contact d’Abdul, reprend goût à la vie. Et cela ne plaît guère à l’entourage royal. Stephen Frears a décidément une prédilection pour les reines anglaises. Après « The queen » sur Elizabeth II, il s’attaque cette fois à Victoria. Sous couvert d’un film classique et d’une luxueuse reconstitution, il en profite pour égratigner le pouvoir et la cour. Se faire voler leurs places par un indien est tout simplement insupportable pour les proches de la reine. Le film vaut également le détour grâce à la prestation de Judi Dench incroyablement juste.

 

  • « Nos années folles » de André Téchiné : André Téchiné reprend l’histoire vraie d’un couple pendant la première guerre mondiale. Après deux ans au front, Paul se mutile pour fuir l’horreur des tranchées. Ne voulant en aucun cas y retourner, il déserte. Sa femme, Louise, décide de travestir son mari en femme pour qu’il ne soit pas arrêté. Mais en 1925, au moment de l’amnistie des déserteurs, Paul ne veut pas redevenir un homme. le film de Téchnié peine à démarrer. La chronologie est embrouillée pour finalement s’éclaircir. Le début m’a un peu gâché le film qui avait tout pour me plaire. L’histoire du couple est fascinante (et déjà formidablement racontée dans la BD « Mauvais genre »), Céline Sallette et pierre Deladonchamps sont absolument formidables et la reconstitution historique est soignée. Un joli film malgré un début embrouillé.