Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le froid nous saisit, c’est le moment rêvé pour filer sous la couette avec un bon livre et un thé bien chaud ! J’en ai lu quatre ce mois-ci : le formidable premier roman de Adeline Dieudonné, le très bel hommage de Vanessa Schneider à sa cousine Maria, le dernier roman de Maylis de Kerangal qui m’a malheureusement déçue et je poursuis ma lecture de l’ensemble des Rougon-Macquart dans l’ordre avec « Germinal ». J’ai également pu lire deux bande-dessinées dont je n’ai pas eu l’occasion de vous parler : l’excellente adaptation de « Profession du père » de Sorj Chalandon par Sébastien Gnaedig et « Gramercy Park » de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux dont j’ai beaucoup apprécié le dessin.

Un excellent mois au niveau du cinéma avec des films de grande qualité dont trois coups de cœur :

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Jacques débarque sans prévenir, en peignoir et claquettes, dans la communauté Emmaüs dirigée par sa sœur Monique. Toute sa vie, il a rêvé d’être immensément riche. Il admire Bill Gates et Bernard Tapie. Et cette fois, il en est sûr, il a trouvé l’idée qui va lui permettre d’accéder à son rêve. Il veut rendre beaux les plus pauvres et il veut leur proposer une chirurgie esthétique low-cost. Monique essaie de canaliser son frère tout en ne le contrariant pas. Quel plaisir de replonger dans l’univers de Kervern et Delépine ! Entre Groland et les Deschiens, ces deux-là s’intéressent toujours aux déclassés, aux cabossés du libéralisme qui broie sans vergogne les plus faibles, les plus tendres. La communauté Emmaüs du film existe vraiment et montre une alternative à notre consumérisme effréné. C’est toujours avec beaucoup de tendresse, d’humanisme que les réalisateurs posent leur regard sur les autres. Même sur Jacques, qui incarne tout ce qu’ils détestent, mais qui est au fond perdu, un peu idiot. Yolande Moreau et Jean Dujardin sont excellents chacun dans leurs rôles, elle en grande sœur lunaire et lui battant pathétique. C’est foutraque, extrêmement drôle et d’une grande humanité.

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La femme d’Olivier quitte son foyer sans laisser aucune trace, aucune explication. Olivier, contremaître dans une usine, se retrouve seul face à ses deux enfants. Il doit apprendre à gérer son travail, les contraintes liées aux emplois du temps des enfants tout en cherchant sa femme. Perdu, débordé, Olivier peine à tout concilier et cherche l’aide temporaire de sa mère ou de sa sœur. Le film de Guillaume Senez est formidablement sensible et subtil. Il réussit à capturer les deux pans de la vie d’Olivier : son quotidien au travail et celui auprès de ses enfants. Le film est à la fois un film social (le début parle du suicide d’un employé près à être licencié en raison de son âge) et un film intime (la reconstruction de la famille après la disparition de la mère). Romain Duris est Olivier, son interprétation est magistrale de vérité, de profondeur et de sensibilité. Le comédien a également de très belles scènes avec Laëtitia Dosch, toujours aussi fantasque et confondante de naturel. « Nos batailles » est au plus près des combats quotidiens d’Olivier, de sa fatigue, de la grisaille de son travail à l’usine, de sa volonté de ne pas s’écrouler pour ses enfants. Une belle chronique sur un homme attachant et émouvant.

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Lara, 15 ans, veut devenir danseuse étoile. Elle souhaite intégrer une école à Bruxelles qui la prend à l’essai. Lara a en effet beaucoup de retard par rapport aux autres danseuses. Sa technique est excellente mais Lara débute sur les pointes. Elle est en effet née garçon et c’est dans ce genre qu’elle a appris à danser. Il lui faut donc travailler dur, très dur pour être à la hauteur de ses camarades. Dans le même temps, Lara commence un traitement hormonal préalable à l’opération qui fera d’elle une femme à part entière. Mais son corps tiendra-t-il le coup ? « Girl » est le premier film de Lukas Dhont et il est bluffant de maîtrise et d’une force incroyable. Le personnage de Lara est de ceux que l’on oublie pas. Le réalisateur ne la lâche pas. Elle est d’une ténacité, d’une détermination folles. Et d’une terrible impatience malgré un père bienveillant qui l’accompagne à chaque étape de sa transformation. Ce que montre Lukas Dhont c’est un corps souffrant, un corps indésirable que Lara combat avec violence. Elle semble totalement prisonnière de cette identité qui ne lui correspond pas. Ce corps, ce visage angélique et mutique, sont ceux de Victor Polster. Sa performance est proprement extraordinaire. Il se donne corps et âme à ce rôle, épousant les douleurs, les doutes, les espoirs de Lara. Un film à voir absolument.

Et sinon :

  • « Le grand bain » de Gilles Lellouche : Bertrand fait une dépression depuis plusieurs années. Il se fait embaucher par son  exécrable beau-frère comme vendeur de meubles. Pour se changer les idées, il s’inscrit à un club de natation synchronisée pour hommes. Il y retrouve une bande de quadra-quinquagénaires aussi en difficulté que lui : Simon qui travaille dans une cantine le jour et fait des concerts de hard-rock le soir dans des salles des fêtes, Thierry est un gardien de piscine lunaire et moqué, Marcus est au bord de la faillite, Laurent vient de se faire larguer par sa femme. Leur entraîneuse n’est pas tellement mieux, c’est une ancienne alcoolique qui vit dans le passé. La petite troupe décide pourtant de participer aux championnats du monde de natation synchronisée. Le premier film de Gilles Lellouche fait bien entendu penser à « The full monty » version natation synchronisée. On y retrouve des hommes au bout du rouleau qui sont loin d’être des sex-symbols et qui vont se transcender dans une activité qui sort de l’ordinaire. Ce sont des hommes fragiles, conscients de leurs faiblesses et qui n’ont plus peur de l’avouer. Ensemble, ils relèvent la tête et c’est cette solidarité qui est mise en avant. Gilles Lellouche allie dans son film les scènes de groupe et les scènes intimes ce qui rend particulièrement touchants ces personnages. Bien entendu, il y a également beaucoup d’humour et des dialogues particulièrement bien écrits qui font mouche. Le casting est irréprochable, tous les acteurs sont particulièrement bien choisis et tous jouent leurs partitions à merveille. Une comédie française comme on aimerait en voir plus souvent.

 

  • « Dilili à Paris » de Michel Ocelot : Dilili est venue de Nouvelle Calédonie pour être exposée aux yeux des parisiens dans un village indigène reconstitué. Fort heureusement pour elle, elle fit la rencontre d’une comtesse durant le voyage qui la prend sous son aile. C’est habillée comme une jolie poupée avec dentelles et nœuds qu’elle part visiter Paris. Elle le fait à bord du triporteur du bel Orel. A travers son voyage, Dilili rencontre les personnages les plus brillants de l’époque : Marie Curie, Louise Michel ( qui fut son institutrice en Nouvelle Calédonie), la cantatrice Emma Calvé, Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, Matisse, Suzanne Valadon, Erik Satie, Louis Pasteur, etc… Mais les trajets dans la capitale française ne sont pas que joyeux car des jeunes filles sont enlevées. On soupçonne une secte, les Mâles-Maîtres, d’être derrière ces rapts. Dilili et Orel deviennent enquêteurs. Encore une fois, Michel Ocelot nous émerveille. Il mêle dans « Dilili à Paris » des photographies de Paris à ses dessins. Le résultat est surprenant, le Paris 1900 semble revivre devant nos yeux. Michel Ocelot semble s’être beaucoup amusé en composant sa galerie de personnages célèbres. Dilili est heureuse de les rencontrer et pourra probablement éveiller la curiosité des jeunes spectateurs qui assisteront à ses aventures. Mais le film n’est pas qu’une simple carte postale. L’enquête, qui fait penser à Gaston Leroux et Maurice Leblanc, est bien menée et elle se double de propos féministes. De quoi ravir les petits comme les grands.

 

  • « L’amour flou » de Romane Bohringer et Philippe Rebbot : Romane Bohringer et Philippe Rebbot ont décidé de se séparer. Il ne s’aime plus assez pour continuer à partager leur quotidien. Mais comment faire pour que leurs deux enfants n’en pâtissent pas ? C’est Romane qui trouve la solution : un grand appartement séparé en deux avec une pièce centrale qui communique avec les deux parties : la chambre des enfants. Mais comment refaire sa vie quand son ex habite juste à côté ? Les deux acteurs racontent, à travers ce film, leur véritable séparation, on y croise d’ailleurs leurs familles respectives. Mais l’autofiction se mélange à l’imagination comme le personnage de Reda Kateb, amoureux fou de sa chienne et qui lui parle comme à un enfant. « L’amour flou » est à l’image du couple : fantasque, bohème, drôle et surtout plein de tendresse. Et c’est toujours un plaisir de voir la silhouette dégingandée et lunaire de Philippe Rebbot !

 

  • « Frères ennemis » de David Oelhoffen : Imrane et Manuel font du trafic de drogue. Lors d’une sortie de leur cache, Imrane est assassiné en pleine rue. Manuel en réchappe, se planque mais il devient rapidement suspect dans leur cité. Le fait qu’il soit encore en vie ne plaide pas en sa faveur. Une personne va lui proposer son aide : Driss, un policier des stups. Le flic et le voyou ont grandi ensemble dans une cité des Lilas. Ils sont les deux côtés d’une même pièce, peu de choses les séparent. « Frères ennemis » est un bon polar à l’ancienne, sous tension du début à la fin et où l’intime prend une place essentielle dans l’histoire. Les états d’âme de Driss et Manuel, leurs confrontations, leurs souvenirs communs font tout le sel du film de David Oelhoffen. Autre atout majeur : deux acteurs remarquables et intenses Reda Kateb et Matthias Schoenaerts. Leur face-à-face est un grand plaisir cinématographique.

 

  • « The little stranger » de Lenny Abrahamson : Le docteur Faraday est devenu médecin de campagne dans la petite ville qui l’a vue grandir. Il recroise la route de la famille Ayres et leur manoir Hundreds Hall où sa mère fut employée de maison. Fasciné par cet endroit depuis son enfance, il décide tout naturellement de soigner le fils Ayres, revenu gravement blessé de la deuxième guerre mondiale. Hundreds Hall n’abrite plus que Mrs Ayres, sa fille, son fils et une jeune domestique. Le docteur Faraday va découvrir que d’étranges événements se déroulent derrière les murs du manoir. « The little stranger » est adapté d’un roman de Sarah Waters, traduit en français sous le titre « L’indésirable ». L’ambiance est l’atout principal du film. Elle est inquiétante, pesante, gothique au possible ! Domhnall Gleeson est également remarquable, glaçant et presque fantomatique. Les autres acteurs sont très bien, le casting est haut de gamme avec Ruth Wilson et Charlotte Rampling. Mais il s’agit là d’une adaptation un peu lisse, très classique dans sa réalisation, soignée dans les décors et les costumes mais manquant un peu d’épaisseur, de relief.
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Bilan livresque et cinéma de septembre

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Et voilà, le mois de septembre a déjà cédé sa place à octobre. Le mois américain aura passé bien vite et je n’ai bien entendu pas réussi à lire tous les titres de ma liste de départ ! J’ai quand même publié onze billets dont la plupart était signée d’auteurs présents au festival America. Sans le vouloir, j’ai lu des romans sur des thématiques proches : « Un autre Brooklyn » et « Le cœur battant de nos mères » sur des adolescentes ayant perdu leurs mères, « Le poids de la neige » et « Les sables de l’Armagosa »qui sont des dystopies ayant comme point de départ un problème climatique, « Attachement féroce » et « Une femme qui fuit » font le portrait de mère ou de grand-mère aux caractères bien trempés. J’ai également croisé la route du chenapan Tom Sawyer, des touchants frères Sisters, de la première bombe platine d’Hollywood et d’un couple fusionnel qui tient grâce aux mensonges. Je remercie tous les participants au mois américain pour vos nombreuses lectures et votre enthousiasme qui perdure d’année en année.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de vous parler de la formidable « Servante écarlate » de Margaret Atwood que j’ai enfin découvert. Le mois de septembre fut également l’occasion de continuer mes découvertes de la rentrée littéraire avec deux titres dont je vous parle très vite : « Avec toutes mes sympathies » de Olivia de Lamberterie et « Sous les branches de l’udala » de Chinelo Okparanta. Et pour changer de l’Amérique, je suis allée faire un tour en Écosse avec la facétieuse Astrid Bromure, une BD pour enfant absolument charmante et drôle.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur du mois :

 

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En Oregon, en 1851, les frères Sisters sont des tueurs qui travaillent pour le Commodore . Leu prochaine mission va les emmener en Californie pour y retrouver un chercheur d’or : Hermann Kermit Warm. Ce dernier est déjà surveillé par un émissaire du Commodore, Henry Morris. Jacques Audiard a eu l’excellente idée d’adapter le roman de Patrick DeWitt qui lui permet encore une fois de mettre à l’honneur des relations entre hommes. Ici, deux tandems d’hommes, deux formes de fraternité sont au centre du film. Eli, le mélancolique, qui veut changer de vie, se dispute avec son frère Charlie, le plus violent des deux. Malgré cet antagonisme, les deux frères sont inséparables comme le sont devenus Warm, le scientifique, et Morris, le détective privé. Rencontrés grâce aux hasards de la vie, ces deux-là ne se quitteront plus. Le casting est absolument remarquable, les acteurs collent parfaitement à leurs rôles respectifs : John C. Reilly qui trouve enfin un rôle à la mesure de son talent, Joaquin Phoenix, Riz Ahmed et Jake Gyllenhaal. Comme le roman éponyme, « Les frères Sisters » est un hommage au western réussi, emprunt de mélancolie et d’un beau sentiment de fraternité.

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Mme de la Pommeraye est une jeune veuve qui se réjouit d’en avoir fini avec l’amour. Elle vit retirée dans son château et c’est chez elle que le marquis des Arcis vient la courtiser. Galant homme, séducteur patenté, le marquis prend son mal en patience et ne baisse pas les bras face aux rebuffades de Mme de la Pommeraye. Sa pugnacité sera récompensée, la jeune femme finit par lui céder. Leurs amours durent quelques années mais l’inconstant marquis finit par reprendre sa liberté. Mais Mme de la Pommeraye ne compte pas en rester là. L’intrigue du dernier film d’Emmanuel Mouret est tiré d’un passage de « Jacques le fataliste ». Le réalisateur a toujours adoré les films bavards, très dialogués. La langue du XVIIIème siècle , aux dialogues ciselés, lui va comme un gant. Elle convient également parfaitement au fantasque Edouard Baer qui l’utilise avec un naturel confondant. Cécile de France fait montre d’une extrême subtilité dans son jeu. La réalisation, les cadrages sont d’une grande élégance. « Mademoiselle de Joncquières » est sans aucun doute le film le plus abouti d’Emmanuel Mouret ».

Et sinon :

  • « Guy » de Alex Lutz : Ce faux documentaire est la bonne surprise du mois. Un jeune homme décide de faire un documentaire sur Guy Jamet, une ancienne vedette de la chanson dans les années 70-80. La mère du jeune homme lui aurait avoué que Guy Jamet était son père. Le chanteur tente de faire un retour sur scène avec une tournée et toute une série d’interviews. L’incarnation d’Alex Lutz est en tout point parfaite, les cinq heures de maquillage ne font pas tout. L’acteur-réalisateur incarne, donne vie à ce personnage par des attitudes, une démarche, des intonations qui rendent son personnage parfaitement crédible. A l’appui de cette interprétation, il y a tout le décorum autour du personnage : les chansons, les clips, les pochettes de disques, aucune fausse note n’est à relever. Tout nous replonge dans la variété des années 70-80. Mais ce faux documentaire n’est pas là pour railler ce chanteur ringard sur le retour. Il y a beaucoup d’empathie, de tendresse dans le regard qui est porté sur lui. Guy Jamet lui-même est bien conscient qu’il est à la fin de sa carrière, qu’il ne retrouvera pas sa gloire passée et il en ressort une jolie mélancolie.
  • « The guilty » de Gustav Möller : Un policier est au standard de police secours. Il reçoit l’appel d’une femme qui semble en détresse et qui semble ne pas pouvoir s’exprimer librement. Rapidement, le policier comprend que la jeune femme a été kidnappée et que ses enfants sont restés seuls chez elle. Le policier, qui devait arrêter son service, refuse de quitter son poste et prend les choses beaucoup trop à cœur. Ce premier film est un huis clos, on ne quitte pas le centre d’appel de la police danoise. Le thriller ne naît que des appels de la jeune femme et de l’angoisse qui naît chez le policier. Le suspens grimpe au fur et à mesure des appels qui éclairent petit à petit la situation. Ce tour de force cinématographique est parfaitement mené et le polar fonctionne totalement.

Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien entendu marqué par la préparation du mois américain avec livres très différents et tous intéressants. Vivian Gornick, Anaïs Barbeau-Lavalette, Claire Vaye Watkins, Jacqueline Woodson et Brit Bennett seront toutes présentes au festival America de Vincennes. J’ai hâte de les écouter ! Je vous reparle donc très rapidement de leurs ouvrages. Stay tuned !!!

Je n’aurais pas le temps de vous parler des deux BD que j’ai lues pendant le mois d’août mais je vous conseille fortement la lecture de la série « Les beaux étés » de Zidrou et Jordi Lafebre dont le tome 4 est sorti récemment et celle de « Calpurnia » de Daphné Collignon au magnifique univers. Mon premier livre de la rentrée littéraire est celui de Adrien Bosc, « Capitaine », aussi exigeant qu’intéressant.

Et côté cinéma ?

Mes films préférés du mois :

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En bord de mer au sud de l’Italie, Marcello est toiletteur pour chiens dans une petite ville pauvre et décrépie. Marcello adore son travail, sa fille et ses voisins commerçants. Sa vie pourrait être paisible sans la présence violente et malsaine de Simone. Marcello est son souffre-douleur. Chétif et petit, le toiletteur cède sans cesse à la brute jusqu’à se sacrifier pour lui. Mais le martyrisé pourrait bien se rebeller. Matteo Garrone nous montre une Italie au bord du gouffre, rouillée, écaillée. La ville de Marcello est presque une ville-fantôme, aux bords de l’abandon. L’atmosphère du film est crépusculaire, la violence, la peur dominent les habitants. Le destin de Marcello est terrible, le personnage est troublant d’avilissement et de colère rentrée. Pour l’incarner, un acteur incroyable qui méritait son prix d’interprétation à Cannes : Marcello Fonte qui habite son rôle avec justesse et force. La vision de Matteo Garrone est bien sombre et sans espoir.

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Fiona Maye est magistrate à la Haute Cour de Londres. Elle est spécialisée dans les affaires familiales. Au moment où son mariage se défait, Fiona est confrontée à une affaire épineuse. Un médecin demande à la justice de l’autoriser à soigner de force Adam atteint de leucémie. L’adolescent de 17 ans est témoin de Jéhovah et refuse la transfusion sanguine qui pourrait l’aider. Fiona doit trancher en faveur de l’intérêt de l’enfant, mais celui-ci implique-t-il de respecter ses convictions religieuses ? « L’intérêt de l’enfant » était un roman de Ian McEwan qui a travaillé au scénario du film de Richard Eyre. L’histoire de Sam est absolument poignante et la décision de Fiona va la hanter et l’habiter. Tout repose sur les deux personnages et la finesse psychologique du romancier est rendue par deux formidables acteurs : Fionn Whitehead et Emma Thompson. Cette dernière se fait décidément trop rare sur grand écran. « My lady » est l’occasion d’admirer sa justesse, sa précision et son incroyable subtilité. La relation entre les deux acteurs fonctionnent formidablement et elle est plaine d’émotions (peut-être un peu trop dans une des dernières scènes à l’hôpital mais c’est un détail).

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L’histoire est vraie et totalement incroyable. Dans les années 70, Ron Stallworth, jeune flic noir, veut prouver sa motivation à sa hiérarchie. Dans la presse locale, il découvre une annonce du Ku Klux Klan qui recrute. Ron décroche son téléphone et se fait passer pour le pire des racistes afin d’infiltrer l’organisation. Cela fonctionne à merveille, la cellule locale veut le rencontrer. Ron ne peut de toute évidence pas se rendre au rendez-vous. C’est donc son collègue Flip Zimmerman qui va prendre sa place. Cela faisait bien longtemps que l’on avait pas vu un bon film de Spike Lee. Sa colère contre Donald Trump est manifestement un excellent vecteur créatif. Le film est une charge contre ce dernier et souligne la nécessité de l’indignation et de la continuité du combat. Spike Lee nous offre 2h16 de péripéties rythmées et drolatiques. Mais « Blackkklansman » est également emprunt de gravité avec une très belle mise en parallèle d’une réunion du KKK et du récit (par Harry Belafonte) du lynchage de Jesse Washington en 1916. La fin du film montre également les terribles images des manifestations d’extrême droite de Charlottesville en 2017. Adam Driver est décidément toujours sur les bons coups et on découvre John David Washington, le fils de Denzel, est promis à un très bel avenir.

Et sinon :

  • Mary Shelley de Haifaa Al-Mansour : Ce film retrace la vie de Mary Shelley de sa rencontre avec Percy à l’édition de « Frankenstein ». Le film m’a semblé fidèle quant à la vie audacieuse de Mary Shelley, même si je connais celle-ci que dans les grandes lignes. Le point fort du film est la prestation de Elle Fanning qui livre une belle incarnation de la romancière avec une certaine fougue. Les autres acteurs ne déméritent pas non plus, Douglas Booth inclus qui a l’art d’interpréter les personnages tête-à-claques ! Malheureusement, la mise en scène est extrêmement académique, sans réel point de vue sur l’histoire de Mary Shelley. Celle-ci aurait mérité une réalisation plus flamboyante, à la mesure de son audace. Certaines scènes frôlent le ridicule ou l’atteignent comme la scène de fin qui se déroule dans une librairie entre Percy et Mary. L’ensemble n’est pas déplaisant, il aura au moins le mérite de mieux faire connaître le destin de Mary Shelley.

 

  • Sur la plage de Chesil de Dominic Cooke : Le film est la deuxième adaptation sortie ce mois-ci d’un roman de Ian McEwan. Comme pour « My lady », l’écrivain a participé au scénario. « Sur la plage de Chesil » montre la nuit de noces catastrophique de Florence et Edward dans les années 60. Les deux jeunes gens sont de milieux sociaux différents, le poids des rapport de classe finit par miner la relation des deux époux. Le mépris des parents de Florence pour Edward fait naître une terrible rancœur qui rejaillit durant la nuit de noces. Les deux époux sont également totalement inexpérimentés sexuellement, méconnaissance qui tournera au fiasco. Saoirse Ronan et Billy Howle sont parfaits, ils incarnent merveilleusement et avec beaucoup de sensibilité Florence et Edward. Esthétiquement, le film offre de très belles images, élégantes. Malheureusement, l’ensemble est totalement plombé par une fin ridicule et inutile. Pourquoi avoir rajouté ces scènes qui n’apportent strictement rien ? Cela reste un mystère, elles sont, de plus,  bien loin de l’ironie qui fait le sel des romans du romancier. Un beau gâchis.

 

  • Le monde est à toi de Romain Gavras : François vit en banlieue parisienne. Il voudrait arrêter de dealer pour lancer la franchise Mr Freeze au Maghreb. Il pensait avoir de l’argent de côté mais sa mère a tout dépensé au jeu. François se voit obligé d’aller en Espagne pour récupérer un chargement de drogue pour un caïd lunatique Poutine. Les choses vont bien évidemment se compliquer. Romain Gavras tente de faire du Tarantino à la française avec son nouveau film. La fin évoque également les Ocean de Steven Soderbergh, le glamour en moins. Il y a de l’humour, de l’outrance et un casting cinq étoiles avec en tête Karim Leklou qui confirme son talent. Le film se laisse bien regarder, les numéros de Isabelle Adjani et Vincent Cassel sont amusants. Mais le film n’a rien de révolutionnaire et son souvenir risque bien d’être fugitif.

 

  • Paul Sanchez est revenu de Patricia Mazuy : Cette fois-ci, c’est sûr, Paul Sanchez est revenu. Meurtrier recherché depuis dix ans, il a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. Son retour avait déjà été annoncé à plusieurs reprises mais cette fois les témoins oculaires se multiplient. On l’a vu errer dans la région. Les gendarmes doutent toujours à l’exception de Marion, petite gendarmette gaffeuse, qui voit dans la traque de Paul Sanchez une occasion de briller. Le film de Patricia Mazuy évoque l’affaire de Dupont de Ligonnès. Il suffit que le criminel disparaisse pour qu’on le voit partout. La réalisatrice dénonce à travers son film le sensationnel qui est créé lors des faits-divers. Tout devient spectacle, tout exacerbe l’hystérie des habitants de la petite ville. Les paysages du Var, où se terre Paul Sanchez,  ressemble au Grand Canyon et donne un côté western à cette traque. Laurent Lafitte est parfait dans le rôle de Paul Sanchez, incarnant ce personnage trouble avec beaucoup d’ambiguïté.

 

  • Under the silver lake de David Robert Mitchell : Sam n’a plus de boulot. Il passe ses journées dans sa résidence de Los Angeles, à observer ses voisines à la jumelle. Il découvre une très jolie jeune femme qui habite à côté de chez lui. Celle-ci disparaît et Sam décide de partir à sa recherche. Le film de David Robert Mitchell est peuplé de clins d’œil cinématographiques comme à « Fenêtre sur cour » ou « Mulholland drive ». La première heure du film est vraiment intéressante. Elle interroge les paranoïas, les folies contemporaines. Le héros est un looser attachant et totalement paumé. Malheureusement, le film devient rapidement interminable. Les 2h19 se sentent réellement. Le héros passe de personnages étranges en personnages étranges, l’histoire devient de plus en plus abracadabrante et délirante. N’est pas David Lynch qui veut et l’intérêt du début se mue en ennui total.

Bilan livresque et cinéma de juillet

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Le joli mois de juillet, les vacances, du temps disponible pour la lecture et qu’elles furent belles et enthousiasmantes ! Mon énorme coup de cœur du mois est « Appelle-moi par ton nom » de André Aciman, un roman merveilleux et lumineux. Quand je pense que l’adaptation avait également été un coup de cœur ! Cette histoire restera longtemps gravée dans ma mémoire. Une lecture parfaite pour l’été que je ne peux que vous recommandez très, très fortement !

Et côté cinéma ?

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Les super-héros n’ont plus la côte. Leurs exploits coûtent cher à la communauté (destruction en tout genre pour combattre les méchants) sans parfois obtenir les résultats escomptés. Ils ont donc l’interdiction d’utiliser leurs pouvoirs et ils doivent laisser les autorités compétentes s’occuper des bandits. La famille des Indestructibles n’a pas le moral. Mais un riche homme d’affaires les contacte pour essayer de montrer au monde l’importance des super-héros. Et ce n’est pas avec M. Indestructible qu’il souhaite travailler mais avec sa femme, Elasticgirl. Monsieur est prié de rester à la maison pour gérer les trois bambins.

Voilà des super-héros comme je les aime ! Cela faisait 14 ans que nous n’avions pas eu de nouvelles de la famille Indestructible mais l’histoire reprend où nous les avions laissés. Ce retour est parfaitement réussi, toujours aussi drôle et bien ficelé. L’inversion des rôles entre la mère et la père est évidemment source de nombreux gags. Le père comprendra à quel point élever trois enfants est difficile, d’autant plus quand ils ont des pouvoirs. Le dernier de la famille possède d’ailleurs un nombre invraisemblable de pouvoirs et il nous offre une scène d’anthologie lors d’une bagarre avec un raton-laveur ! Cette suite, pop et colorée, met en avant la femme et ses super-pouvoirs pour concilier les différents compartiments de sa vie. C’est aussi un film plein de tendresse sur la famille et les défauts de celle-ci. Espérons que nous n’aurons pas à attendre aussi longtemps pour voir la suite !

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Alice revient dans la ferme familiale après la mort de son père. Elle n’y était pas revenue depuis des années suite à un traumatisme. Elle retrouve son frère avec qui elle aimerait reprendre la ferme. Le père avait promis de laisser celle-ci à Alice sans jamais rien concrétiser légalement. Le frère, rancunier en raison du départ de sa sœur, n’entend pas les choses de la même manière et ne compte pas laisser Alice s’installer.

J’avais beaucoup aimé le film précédent de Clio Barnard, « Le géant égoïste », qui se déroulait également dans le Yorshire et dont l’ambiance était aussi plombée que le ciel. On retrouve ici les mêmes paysages imbibés de pluie, des cieux bas et lourds. Tout est poisseux, embourbé, aussi bien les paysages que les relations humaines. Celle d’Alice et de son frère pèse lourd d’amertume, de rancœur et de secrets longtemps occultés. L’incompréhension est totale entre eux deux. Ce sont deux taiseux, des butés. C’est toujours un grand plaisir de voir Ruth Wilson à l’écran, elle excelle dans ce rôle de jeune femme torturée et têtue. Mark Stanley, qui lui donne la réplique, est à la hauteur de l’actrice principale. Le tout est couronné par l’entêtante et splendide chanson, « An acre of land », interprétée par PJ Harvey.

Et sinon :

  • « Paranoïa » de Steven Soderbergh : Sawyer Valentini a du changer de ville après avoir été victime de harcèlement. Elle tente de s’habituer  à son nouvel environnement et à son nouveau boulot. Mais elle demeure très angoissée. Afin de se faire aider, elle décide de se rendre dans une clinique pour consulter un psychologue. Elle n’en ressort pas et se fait interner de force en psychiatrie. Sawyer apprend qu’elle n’est pas la seule dans ce cas et qu’elle restera enfermée tant que son assurance pourra payer. Elle est victime d’une arnaque mais dans ce milieu clos, sa paranoïa renaît… Décidément, Steven Soderbergh n’est jamais où on l’attend. Son dernier film, « Logan lucky », parlait d’un casse chez les déclassés de l’Amérique dans une veine très humoristique. On le retrouve dans un thriller tourné avec trois téléphones portables ! Et une nouvelle fois, ça fonctionne parfaitement. Le film monte en tension, l’ambiance au sein de la clinique est de plus en plus pesante. Soderbergh joue avec nos nerfs en brouillant les pistes quant à la santé mentale de Sawyer, puis en créant des scènes de thriller pur. L’autre talent du réalisateur est la direction d’acteurs à qui il propose des rôles décalés comme Daniel Craig dans « Logan lucky ». Ici Claire Foy est bien loin des ors royaux de « The crow » et elle est bluffante.

 

  • « Parvana » de Nora Twomey : Parvana est une jeune afghane de 11 ans. Elle vit à Kaboul qui, en 2001, est sous contrôle des talibans. Son père, un ancien professeur, a été mutilé pendant la guerre et est maintenant vendeur à la sauvette. Quand celui-ci est arrêté sans raison par les talibans, la famille de Parvana est en grande difficulté. Il ne reste que sa mère, sa sœur aînée et un bébé. Sous les talibans, les femmes ne peuvent sortir sans être accompagnées par un homme. Comment aller chercher de la nourriture, de l’eau quand le seul homme de la famille n’est plus là ? Parvana trouve la solution : elle se fera passer pour un garçon. Ce dessin-animé est formidable de réalisme. Il montre la dureté de la vie à Kaboul, réduite à des ruines après la guerre, l’oppression des talibans sur la population et surtout les femmes. La vie de Parvana et de sa famille est sans cesse sous tension. La violence est partout présente. pour supporter ce quotidien âpre, Parvana, comme son père avant elle, raconte des histoires à son petit frère. Son récit rythme le dessin-animé et est un vibrant hommage aux pouvoirs de l’imagination, à la culture qui sauve de la violence et de l’obscurantisme. Un dessin-animé aussi utile que plaisant à regarder.

 

Bilan livresque et cinéma de juin

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Je suis bien en retard pour ce bilan de juin, les vacances sont arrivées à point pour que je remette à jour mon blog ! J’ai commencé mes lectures de juin avec un roman policier fort sympathique se déroulant à la Belle Epoque : « La mille et deuxième nuit » de Carole Geneix ; puis j’ai retrouvé ma chère Agatha pour un « Témoin indésirable » qui m’a réservée bien des surprises alors que j’avais vu récemment son adaptation par la BBC ; enfin, j’ai fait la connaissance d’un nouveau duo d’enquêteurs : Samson et Delilah dans « Rendez-vous avec le crime » que j’ai hâte de retrouver très bientôt.

Je vous parle très bientôt du « Mangeur de citrouille », un roman sur le rôle de la femme en Angleterre dans les années 50 que j’ai accompagné de la lecture d’un essai « The problem that has no name » de Betty Friedan grâce à Emjy du forum Whoopsy Daisy. Un court texte glaçant qui montre la régression de la place de la femme aux États-Unis après la seconde guerre mondial.

J’ai également commencé mes lectures pour le mois américain, qui revient en septembre,  et le festival America de Vincennes avec « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin, un sombre et inquiétant huis-clos.

Deux formidables séries ont marqué ce mois de juin notamment grâce à de magnifiques prestations d’acteurs  : « A very english scandal » de la BBC avec Hugh Grant et « Patrick Melrose » de Showtime avec Benedict Cumberbatch.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur du mois :

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Un homme emmène ses deux enfants au parc. Il est attentif et ne les perd des yeux que quelques instants, juste le temps d’éteindre sa cigarette. Un laps de temps très court qui suffit pourtant à faire disparaître sa petite fille Maria. Fou d’angoisse, Tudor parcourt le parc en criant le nom de sa fille. Aucune réponse. Il finit par prévenir sa femme et la police. Personne ne semble avoir vu la petite fille, personne ne sait ce qu’il a pu lui arriver.

La nouvelle génération de cinéastes roumains apportent beaucoup au cinéma mondial. Constantin Popescu, comme Cristian Mungiu ou Cristi Puiu avant lui, signe ici un film qui marque les esprits. Il montre en 2h32 le délitement, l’effondrement total et irrémédiable d’un homme. La vie de Tudor ne saurait être la même après ce drame dont il n’est pourtant pas responsable. Mais peu à peu, le vide se fait autour de lui. Les amis reprennent leur vie, sa femme préfère se reconstruire loin de lui et elle emmène leur fils avec elle. L’homme, abandonné à sa solitude, devient complètement obsessionnel. Chaque jour, il retourne au parc, chaque jour, il cherche sa fille. Cette quête l’entraîne peu à peu dans la folie et le spectateur est plongé dans un drame de plus en plus oppressant. Chaque plan suinte l’angoisse, la tension monte jusqu’à une dernière scène glaçante. Constantin Popescu ne lâche pas son comédien dont il faut saluer l’incroyable prestation : Bogdan Dumitrache. « Pororoca » est un film saisissant sur un homme qui perd pied et dont les dernières images resteront gravées longtemps sur la rétine des spectateurs.

Et sinon :

  •  « Hedy Lamarr : from extase to wifi » de Alexandra Dean : Ce passionnant documentaire nous permet de redécouvrir Hedy Lamarr, considérée longtemps comme la plus belle femme du monde, au destin romanesque. Hedwid Kiesler est  née à Vienne dans une famille bourgeoise et cultivée. Elle sort rapidement du rang en tournant « Extase » en 1933 où elle apparaît entièrement nue et où son visage en gros plan suggère l’orgasme. Ce film fait bien évidemment un scandale et provoque la colère du premier mari de Hedy Lamarr qu’elle a rencontré après le tournage. L’homme en question est un richissime capitaine d’industrie qui n’hésite pas sympathiser avec les fascistes et est autoritaire avec sa femme. Celle-ci réussit à fuir à Londres où elle rencontre Louis B. Mayer. Sa carrière aux Etats-Unis est lancée même si elle ne restera que peu dans les mémoires. Hedy Lamarr collectionnera les maris et les amants, c’est une femme libre et extrêmement intelligente. Et ce que montre bien ce documentaire. Hedy Lamarr était une grande inventrice dont les talents auront été négligés. Et c’est sans doute ce qui lui causa le plus de peine, elle qui aurait tant aimé que l’on oublie son sublime physique. A noter, que sa biographie est sortie aux éditions Séguier et que Pénéloppe Bagieu a évoqué son destin dans « Culottées ».
  • « Una questione privata » de Paolo et Vittorio Taviani : En 1944, dans les montagnes du Piémont, Milton cherche son ami Giorgio. Il semble que celui-ci ait été fait prisonnier des fascistes. Milton veut essayer de le faire libérer et va d’un campement de partisans à un autre à la recherche d’un prisonnier à échanger. Ce que Milton voudrait surtout, c’est poser une question à son ami : a-t-il eu une histoire avec la belle Fulvia dont ils étaient tous les deux amoureux. Ce dernier film des frères Taviani est marqué par la mélancolie. Les magnifiques paysages noyés dans la brume, une maison abandonnée évoquent « Le jardin des Finzi-Contini » de Vittorio de Sica. Les réminiscences du passé envahissent le présent de Milton qui doit pourtant affronté le pire des ennemis. « Une questione privata » est un très beau film sur l’obsession amoureuse , sur l’évanouissement des jours heureux et sur l’importance de l’engagement démocratique.
  • « Une année polaire » de Samuel Collardey : Anders Hvidegaard a décidé d’aller enseigner le danois au Groenland avant de reprendre la ferme de ses parents. Il choisit de partir dans le village le plus reculé, Tiniteqilaaq, au lieu de partir pour la capitale. Anders arrive dans une classe d’enfants extrêmement turbulents qui ne sont pas du tout intéressés par ses cours sur Luther et préfèrent apprendre les techniques de pêche ancestrales. « Une année polaire » est à mi chemin entre le film et le documentaire puisque le véritable instituteur joue son propre rôle et raconte donc sa première année difficile au Groenland. L’arrivée de l’instituteur montre bien que le Groenland est une colonie qui doit parler à tout prix le danois. Ce que montre le réalisateur c’est également l’acclimatation de l’instituteur à ce lieu hostile. Petit à petit, il apprend à découvrir le mode des vies des habitants, le partage et apprend leur langue au lieu de leur imposer la sienne. Il y a beaucoup de tendresse, d’empathie envers les habitants de ce village et le film rend parfaitement hommage à leurs traditions et aux splendides paysages qui les entourent.
  • « Volontaire » de Hélène Fillières : Laure, contrairement aux souhaits de sa mère, décide de s’engager dans la marine. La jeune femme, au visage gracile et délicat, va devoir apprendre à serrer les dents, à se montrer déterminée. Son apprentissage passera par la rencontre avec un commandant quinquagénaire avec lequel elle nouera une relation ambiguë faite de froideur et de séduction. Le film d’Hélène Fillières suit l’apprentissage à la rude de la jeune Laure dans un monde presque exclusivement masculin. Ce qui est intéressant dans le film est bien entendu la relation qui se noue entre la jeune femme et son commandant et les deux acteurs, Diane Rouxel et Lambert Wilson, sont impeccables. Hélène Fillières nous propose ici un film féministe qui m’a un peu laissée de marbre, peut-être en raison du milieu où il se déroule. J’ai, en effet, eu par moments l’impression d’assister à une pub pour l’armée française…

Bilan livresque et cinéma de mai

Mai

Cinq romans  et deux bandes-dessinées sont à porter sur mon compteur pour le mois de mai. Parmi mes lectures, une pépite, un bijou de la littérature européenne : « La nuit sous le pont de pierre » de Leo Perutz qui entrelace les époques, les personnages, le shistoires avec une intelligence rare. Deux découvertes dont je vous ai déjà parlées : « Maisie Dobbs » de Jacqueline Winspear un roman policier très plaisant qui donne envie de découvrir la suite de la série ; « L’écrivain public » de Dan Fesperman qui m’a séduit grâce à son héros atypique. Je vous parle très bientôt du premier roman percutant de Kate Tempest, du dernier roman en date de mon cher Jonathan Coe et de « Serena », BD adaptée de Ron Rash.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur :

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Chez Perrin Industrin, la colère gronde. La maison-mère en Allemagne veut fermer le site et mettre au chômage 1100 salariés. Mais ces derniers ont décidé de ne pas se laisser faire. Les syndicats ont organisé l’arrêt du travail et le blocage de l’usine. La guerre entre les salariés et les dirigeants de l’entreprise commence. Le nouveau film de Stéphane Brizé est une claque. Il est d’une intensité, d’une force remarquables. Il est également d’une incroyable justesse. Le combat des Perrin nous est malheureusement familier. Celui d’autres salariés nous a été montré dans les journaux, sur les chaînes d’infos (Stéphane Brizé nous montre d’ailleurs la manière dont celles-ci traitent ce type d’actualité). Le réalisme est renforcé par le fait qu’une partie des partenaires de Vincent Lindon sont des acteurs non professionnels. La rapidité de l’action, des mouvements de caméra donnent l’impression d’être dans un documentaire. Et que dire du jeu de Vincent Lindon, toujours plus juste, authentique et intense ? Après « La loi du marché », sa prestation est encore une fois mémorable. Stéphane Brizé montre à quel point le combat est inégal, il montre la vérité des négociations entre les différents partenaires dont l’État. L’instinct de survie face à la loi du marché. « En guerre » est un film nécessaire, puissant et marquant.

Et sinon :

  • « Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré : Jacques est écrivain et il est atteint du sida. Il se cache, se terre pour éviter de montrer sa déchéance. Il est néanmoins obligé d’aller à Rennes où se joue l’une de ses pièces. C’est dans une salle de cinéma qu’il croise la route d’Arthur, un étudiant. Une histoire débute entre eux que Jacques tente de freiner. Mais lorsque Arthur débarque à Paris pour le voir, Jacques finit par s’abandonner à cette dernière histoire d’amour. Christophe Honoré est ici dans la veine de son plus beau film « Les chansons d’amour ». On y retrouve son romantisme désespéré, sa mélancolie. « Plaire, aimer et courir vite » est emprunt de gravité, Jacques se sait au bout du chemin. Il a vu d’anciens amants disparaitre. Mais le film n’est pas que sombre. Il est émaillé de scènes légères, drôles et la présence de Vincent Lacoste contribue à ses moments lumineux. Pierre Deladonchamps est vraiment un acteur d’exception, sensible, fragile et au jeu subtile. Le troisième compère, Denis Podalydès, est également au mieux de sa forme. Même si j’ai trouvé quelques longueurs au dernier tiers du film, « Plaire, aimer et courir vite » est un très beau film sur les hésitations du cœur, la passation de la culture et la fragilité de nos vies.

 

  • « Everybody knows » de Asghar Farhadi : Laura revient dans son village natal en Espagne avec ses deux enfants pour le mariage de l’une de ses sœurs. Son mari a dû rester en Argentine à cause de son travail. Les retrouvailles sont chaleureuses. En plus de la famille, Laura revoit Paco, un ami d’enfance. Le mariage est joyeux, toute la famille célèbre bruyamment cette nouvelle union. Malheureusement ce dernier se termine par un drame. Les scènes d’exposition du film sont absolument remarquables. le film s’ouvre sur un clocher poussiéreux où règnent les colombes, sur une personne qui coupe des articles de journaux. Ces deux scènes mystérieuses, inquiétantes contrastent avec les scènes de liesse du mariage. Elles donnent le ton de la suite du film qui révèlera les failles, les blessures de chacun. Le drame précipitera les ruptures, les règlements de compte. C’est ce qu’observe le réalisateur iranien, ce sont les fêlures de l’âme qui l’intéresse. Il faut saluer le beau casting du film avec en tête un fabuleux Javier Bardem tout en nuances.

 

  • « Transit » de Christian Petzold : Georg fuit des forces fascisantes qui envahissent la France. Il s’échappe avec un ami dans un train de marchandises. Son compagnon de route ne verra pas la fin du voyage. A Marseille, Georg  arrive à usurper l’identité d’un écrivain allemand qui s’est suicidé dans son hôtel. Sa femme le cherche et elle va croiser la route de Georg à plusieurs reprises. L’histoire aurait pu se dérouler en 1940 mais le réalisateur a choisi de la placer à une époque contemporaine. cela crée un certain malaise au début du film, ce choix est déstabilisant. Les deux acteurs, Franz Rogowski et Paula Beer, sont très bien et les scènes qu’ils jouent ensemble sont convaincantes. Elles apportent de beaux moments de sérénité par rapport à la situation anxiogène dans laquelle se trouve Georg. Mais l’intrigue reste trop mystérieuse, allégorique pour captiver réellement.

 

 

Les adaptations de Tess d’Urberville

La semaine dernière, je vous parlais du magnifique roman de Thomas Hardy : « Tess d’Urberville ». J’ai eu l’occasion depuis de voir trois adaptations tirées du livre : celle de Roman Polanski qui date de 1979, celle de ITV de 1998 et celle de la BBC de 2008. Laquelle des trois est la plus réussie ?

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1-La fidélité au roman

Les trois adaptations sont très fidèles au roman et reprennent les scènes essentielles. Roman Polanski est celui qui fait le plus de coupe dans le roman et son film ne comporte ni la scène nocturne où le cheval des Dubeyfield est tué, ni la conversion de Alec D’Urberville. Ce sont des scènes importantes du livre mais l’intrigue n’en est pas dénaturée pour autant. Et Polanski respecte un moment clef du livre qui est détourné dans les deux autres adaptations : la raison pour laquelle Angel abandonne Tess juste après leur mariage. Il reprend exactement ce que Thomas Hardy a écrit. Angel quitte Tess non pas à cause de sa relation avec Alec mais parce que son manque de volonté est pour lui le signe de la décadence des familles aristocratiques anglaises. Cette scène est pour moi essentielle car tous les malheurs de Tess ne découlent que de son nom, de sa descendance avec les D’Urberville.

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2-L’esthétique 

Là, les trois adaptations sont disparates quant à ce point. La version ITV est assez pauvre sur ce plan et les images ne sont pas très travaillées. La version de la BBC s’en sort bien avec de splendides paysages de la campagne anglaise. La dernière scène à Stonehenge est particulièrement réussie. Mais tout cela est peu trop lisse, un peu trop sage pour emporter une adhésion totale. Roman Polanski apporte un véritable regard de cinéaste sur l’histoire de Tess, les cadrages sont beaucoup plus travaillés que dans les deux autres adaptations. De plus, le réalisateur a énormément travaillé pour que l’arrière-plan de l’intrigue soit des plus réalistes. Le film fut tourné sur huit mois pour respecter le rythme des saisons, le mobilier est en partie d’époque, la reconstitution est vraiment saisissante.

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3-Alec D’Urberville

Le personnage est interprété par Leigh Lawson chez Polanski, Jason Flemyng pour ITV et Hans Matheson pour la BBC. Clairement, Jason Flemyng n’est pas à la hauteur des deux autres. Il est beaucoup trop fade et on se demande comment il est possible que Tess lui cède si facilement ! Le choix entre les deux autres acteurs est difficile. Hans Matheson nous propose un Alec torturé, complexe et pris entre un repentir sincère et son envie de posséder Tess coûte que coûte. Leigh Lawson joue un Alec dominateur de bout en bout. Il est brutal, pervers mais sait aussi se faire charmant quand il s’agit de séduire Tess. Les deux interprétations sont vraiment intéressantes et les deux acteurs sont tous les deux très convaincants.

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4-Angel Clare

Ici, le choix est beaucoup plus simple. Oliver Milburn et Peter Firth sont de charmants Angel. Mais ma préférence va à Eddie Redmayne qui décidément est un acteur remarquable. Je trouve qu’il incarne totalement la candeur, la naïveté de Angel. Chacune de ses apparitions illuminent la série de la BBC. Il apporte beaucoup de romantisme à cette histoire, son duo avec Gemma Arterton fonctionne totalement. On sent aussi parfaitement l’orgueil buté d’Angel qui l’empêche de pardonner à Tess et son changement, suite à son voyage au Brésil, se lit sur le visage de Eddie Redmayne.

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Là aussi, le choix s’impose de lui même. Nastassja Kinski EST Tess ! Il n’y a pas grand chose à reprocher à Justine Waddell et à Gemma Arterton, elles livrent deux très belles prestations. J’ai d’ailleurs trouvé que Gemma Arterton était encore meilleure dans le tragique qu’au début de la série. Mais Nastassja Kinski est vraiment très au-dessus de ces deux actrices dans le rôle de Tess. Elle en est l’incarnation idéale et c’est sans aucun doute son plus beau rôle. Elle est parfaite à chaque moment de l’intrigue et son jeu est tout en subtilité.  Sa beauté, sa pureté éclatent à l’écran au début du film. Les épreuves traversées par Tess marquent son visage et elle semble beaucoup plus vieille à la fin du film. Elle est empreinte de gravité alors qu’elle n’est qu’innocence à l’ouverture du film. Roman Polanski a su choisir l’actrice parfaite pour ce rôle.

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Après avoir visionné ces trois adaptations, celle de Roman Polanski s’impose comme la plus réussie. Il est vrai que le réalisateur a pris beaucoup de soin à réaliser cette histoire bouleversante et romanesque. C’est en effet Sharon Tate, quelques mois avant son assassinat, qui indiqua à son mari que le roman de Thomas Hardy ferait un bon film. Roman Polanski lui dédie ce qui ne fait que renforcer le côté poignant de « Tess ».