Bilan 2018

Nous avons récemment dit adieu à 2018, il est donc grand temps de faire un bilan de mes lectures. Durant cette année, j’ai lu 71 romans et 21 bande-dessinées. C’est un peu moins bien que 2017 mais il faut dire que j’ai terminé 2018 avec « La maison d’Âpre-vent » de Charles Dickens qui fait plus de 1000 pages, de quoi réduire le nombre de livres lus pendant les vacances de Noël !

Et voici mon top 5 de 2018 :

Impossible de départager les deux romans en tête de mon classement et pourtant ils n’ont rien en commun. D’un côté, il y a la sensualité d’un premier amour, la chaleur de l’Italie en été, l’art et le magnifique Elio. De l’autre, Leo Perutz nous entraîne dans la ville de Prague sous Rodolphe II pour nous raconter la fortune et la chute de Mordecaï Meisl et celle du ghetto juif à l’aide d’une construction époustouflante. Rien a voir donc sinon une qualité littéraire supérieure et des récits prenants et touchants.

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J’ai terminé l’année 2018 en bonne compagnie avec mon cher Dickens et l’un de ses meilleurs romans : « La maison d’Âpre-vent ». J’ai retrouvé tout ce qui fait la force de l’auteur victorien : une galerie impressionnante de personnages, la dénonciation d’un système injuste (ici le système judiciaire), de l’humour, Londres pendant la révolution industrielle et une intrigue foisonnante. Dickens fait preuve d’une maîtrise remarquable tout au long du roman et il s’amuse même à alterner les points de vue. Du grand art !

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2018 m’a permis de renouer avec un héros de mon enfance (grâce au dessin animé et à une version abrégée du roman) : Tom Sawyer. Quel plaisir de retrouver le facétieux personnage de Mark Twain ! La lecture du roman est un vrai délice, c’est rythmé, drôle, plein de malice tout en étant tendre et grave. Mark Twain a vraiment créer un personnage phare de la littérature américaine avec ce jeune garçon espiègle. Et 2019 sera l’année de Huckleberry Finn !

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Enfin, je me suis décidée à lire « La servante écarlate » de Margaret Atwood ! Il me faisait de l’œil depuis tellement longtemps ! Et sa réputation n’est pas galvaudée. L’auteure canadienne a écrit là une formidable dystopie féministe qui malheureusement reste toujours d’actualité. Tout est plausible dans ce roman et c’est ce qui nous glace à sa lecture. Je vous conseille également la saison 1 de la série (je n’ai pas encore vu la deuxième) qui est très réussie.

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« Numéro 11 » m’a permis de retrouver un de mes auteurs contemporains préférés : Jonathan Coe. Celui-ci revient à sa veine sociale, celle de « Testament à l’anglaise » ou de « Bienvenue au club ». Il épingle avec humour les travers de ses contemporains, les absurdités de notre époque et y rajoute une pointe de fantastique. J’ai hâte de le retrouver car son prochain roman parlera du Brexit et cela promet d’être caustique !

Deux premiers romans m’ont également marquée cette année et ils sont tous les deux écrits par des romancières britanniques (how surprising !) :

« Ecoute la ville tomber » révèle une voix forte, rugueuse et originale dans son emploi de la langue. L’originalité de « Eleanor Oliphant va très bien » réside dans son personnage principal atypique, sans cesse en décalage par rapport aux autres et habité par une grande solitude.

La bande-dessinée de l’année n’a pas de concurrence et elle est tout en haut du podium, très loin de tout ce que j’ai pu lire dans cette catégorie :

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Cette BD est un bijou, une alliance parfaite du fond et de la forme. Le dessin de David Sala s’inspire des œuvres de la Sécession viennoise et c’est tout simplement splendide.

Il n’y a pas beaucoup d’auteurs français dans ce bilan et pourtant j’ai beaucoup aimé certains de leurs romans : « Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives, « Avec toutes mes sympathies » de Olivia de Lamberterie, « Le guetteur » de Christophe Boltanski.

Et puis, il y le livre autour duquel j’ai tourné pendant des mois et que je n’ai toujours pas lu : « Le lambeau » de Philippe Lançon. Je m’engage donc à le lire en 2019 !

Encore une année littéraire qui fut riche et très variée, j’espère qu’elle le fut également pour vous tous. Espérons que 2019 le sera tout autant et que les livres vont se multiplier !

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Bilan livresque et cinéma de décembre 

Et voici venu l’heure du dernier bilan mensuel de 2018 ! A part le formidable « L’herbe de fer » qui montre les ravages de la grande dépression américaine, je n’ai lu que des livres de saison : « Rendez-vous avec le mal » de Julia Chapman qui m’a moins séduite que le premier volet de la série, « Le petit sapin de Noël » qui est un recueil de nouvelles de la piquante Stella Gibbons et « Mortels Noëls » qui est la première aventure de Vipérine Maltais, une adolescente dans un pensionnat. Enfin, j’ai achevé l’année avec l’un de mes auteurs favoris et qui se marie fort bien avec les fêtes de Noël, j’ai nommé Charles Dickens et son incroyable « Maison d’Âpre-vent » dont je vous parlerai très bientôt. S’est rajoutée à ces romans, une bande-dessinée hilarante qui est un très chouette hommage à « Alice au pays des merveilles » : « Madame le lapin blanc » de Gilles Bachelet.

Côté cinéma, j’ai terminé l’année avec deux premiers films très réussis réalisés par deux acteurs :

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Été 1960 dans le Montana, Jo, 14 ans, voit sa famille se désagréger. Le père, Jerry, prof de golf, vient de se faire licencier. Le couple vient d’emménager dans la région pour que Jerry trouve un nouveau souffle. C’est encore raté. La mère, Jeanette, veut recommencer à travailler pour aider son mari. Les disputes entre les deux parents s’accentuent. Jerry décide à alors de s’engager pour aider à éteindre les feux qui ravagent la région. Devant les difficultés, Jerry fuit et laisse sa femme et son fils se débrouiller.

Pour sa première réalisation, Paul Dano, acteur toujours remarquable, a choisi d’adapter un roman de Richard Ford. Il adopte le point de vue de Jo qui voit sa vie changer totalement dans une ville qu’il ne connaît pas. Il voit ses parents se débattre contre leurs problèmes et s’y noyer. Le père part pour une mission dangereuse et la mère se perd dans des frasques auprès d’un autre homme. Le fils, renfermé, assiste à tout, ses parents le prennent à témoin de leurs disputes et se confient à lui. L’adolescent apparaît souvent comme plus mâture qu’eux. Les trois acteurs qui composent ce trio sont parfaits : Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal et le jeune Ed Oxenbould. La réalisation de Paul Dano est classique, soignée et évoque les peintures de Edward Hopper (notamment lorsque le réalisateur montre la maison de la famille vue de l’extérieur). Un premier film extrêmement prometteur.

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Pour sa première réalisation, Ruper Everett a choisi de nous raconter les dernières années d’Oscar Wilde. L’acteur a joué à plusieurs reprises sur grand écran et sur scènes les pièces de l’écrivain irlandais. Il montre Oscar Wilde dans les bouges parisiens où il s’était réfugié à sa sortie de prison. Durant le film, le réalisateur nous montre les différents épisodes de sa vie, de sa gloire sur les planches en passant par son procès pour homosexualité, son emprisonnement et son exil en France, en Italie avec Bosie puis à Paris où la déchéance et la mort l’attendent. Rupert Everett rend un hommage vibrant et extrêmement émouvant à cet extraordinaire artiste à l’élégance et à l’esprit incomparables. Dans la misère, dans la souffrance et la solitude, Wilde sait toujours faire preuve d’autodérision. Ce que montre très bien Rupert Everett, ce sont les humiliations que Wilde a du affronter (la scène sur le quai du train où il se fait cracher dessus et celle des jeunes gens qui le poursuivent dans un village français sont terribles). Le réalisateur a l’art de restituer à merveille l’époque dans laquelle a évolué Wilde. Rupert Everettv incarne magnifiquement l’auteur et nous offre pour son premier film, un biopic d’une mélancolie tragique.

Et sinon :

  • « Le retour de Mary Poppins » de Rob Marshall : Michaël Banks se remet difficilement de la mort de sa femme. Les comptes n’étant pas sa spécialité, il se retrouve en difficultés. La banque menace de saisir la maison où il vit avec ses trois enfants et dans laquelle il a grandi avec sa sœur Jane. Michaël ne sait pas comment éviter le pire quand surgit du ciel son ancienne nounou : Mary Poppins. Le retour de la plus extraordinaire gouvernante est réussi. Les scènes merveilleuses s’enchaînent (la baignoire, la soupière où se mélangent l’animation et les prises de vue réelles) et les chansons nous enchantent. Rob Marshall nous fait retrouver la féerie du film de 1964. Il faut dire que Emily Blunt enfile le costume de la gouvernante avec talent et malice. On se laisse totalement emporter par ce tourbillon coloré et joyeux.

 

  • « Les héritières » de Marcelo Martinessi : Au Paraguay,  Chela vit avec Chiquita dans sa grande maison de famille. La vieille femme voit ses souvenirs s’éparpiller, elle est obligée de vendre les objets qui l’entourent. Tout va de mal en pis lorsque Chiquité est envoyée en prison pour une histoire de fraude. Chela, qui n’en a pas l’habitude, doit se débrouiller toute seule. Elle se met à faire le taxi pour des amies, elle doit se rendre à la prison. Elle est obligée de se confronter au monde. C’est un très joli film que nous offre le réalisateur Marcelo Martinessi. L’ambiance y est très mélancolique puisque Chela voit sa vie, choyée et protégée, peu à peu disparaître. Elle, si discrète voire taiseuse, est obligée d’aller vers les autres et de commencer à devenir indépendante. Chela semble s’éveiller à nouveau notamment grâce à une jeune femme qui fait battre son cœur. Voir Chela s’émanciper, s’affirmer nous offre un très beau portrait de femme.

 

  • « Leto » de Kirill Serebrennikov : Leningrad dans les années 80, Mike Naumenko est le leader d’un groupe de rock, Zoopark, qui fait un tabac sur la scène underground. Les concerts ont lieu dans des salles surveillées par des apparatchiks qui empêchent les spectateurs de se lever et de crier. Mike est le père d’un bébé et est en couple avec la fascinante Natasha. Bientôt, un jeune chanteur prometteur va croiser leur route, Viktor Tsoï, futur créateur du groupe new wave Kino. Natasha et Viktor sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Kirill Serebrennikov, réalisateur assigné à résidence, réalise avec « Leto » un « Jules et Jim » rock qui se déroule sur une période courte où souffle un vent de liberté sur la jeunesse russe. Le film est visuellement très riche et inventif : un narrateur nous présentant une réalité alternative, des gribouillages, des parenthèses musicales qui ressemblent à des clips. C’est un tourbillon, le film dégage une énergie propre au rock et au punk. Une joie de vivre teintée de mélancolie car elle est forcément de courte durée. « Leto » est un film original, énergique et inventif.

Bilan livresque et cinéma de novembre

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J’ai commencé mes lectures de novembre par un livre de saison : le formidable « Sombres citrouilles » de Malika Ferdjoukh, idéal pour frissonner durant la nuit d’Halloween. J’ai enfin pu découvrir « Eleanor Oliphant va très bien » que je souhaitais lire depuis sa sortie et qui n’a pas déçu mes attentes. Grâce aux conférences du forum Fnac, j’ai eu envie de découvrir « Le guetteur » de Christophe Boltanski qui dresse le portrait touchant de sa mère à travers une enquête. J’ai également sorti des tréfonds de ma pal la formidable « Partie de chasse » de Isabel Colegate et l’élégant « Lord Peter et l’inconnu » de Dorothy L. Sayers dont je vous parle très vite. Viendront également très bientôt des billets sur « Police » de Hugo Boris, en lice pour le prix SNCF du Polar, sur « Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives que j’ai adoré et sur « L’origine du monde » où Claude Schopp nous dévoile l’identité et la vie du modèle de Gustave Courbet. Je ne vous parlerai pas de la BD consacrée à Monet qui est très belle et qui est plutôt destinée à un public qui ne connaîtrait pas du tout Monet.

Novembre est également le mois anniversaire de cette maison que j’ai un peu oublié de fêter….je me rattrape donc aujourd’hui ! 11 ans de blog, de livres, de films, de séries, d’expositions, le temps a passé si vite ! Je n’aurais jamais pensé tenir si longtemps. Même si l’envie de continuer est régulièrement questionnée, je suis néanmoins ravie d’avoir tenu si longtemps ! Merci à vous pour tous nos échanges et j’espère que vous continuerez à me suivre.

Passons au cinéma avec deux beaux coups de cœur :

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Yvonne est la veuve d’un flic héroïque. Elle est elle-même policière et chaque soir, elle vante les exploits de son mari à leur fils. Lors d’une enquête, elle découvre qu’en réalité son mari était un ripoux et qu’il a trempé dans le casse d’une bijouterie. Le problème, c’est qu’un homme innocent a été mis en prison : Antoine, joaillier de son état. Justement ce dernier sort de prison. Yvonne va alors essayer d’être son ange gardien. Mais son protégé va être compliqué à suivre. Antoine se comporte de manière quelque peu étonnante…

Je vous parlais le mois dernier du « Grand bain » en vous disant qu’il faudrait avoir plus de comédie française de ce niveau. Et voilà que Pierre Salvadori relève le défi en m’offrant la meilleure comédie de l’année. La rencontre entre Yvonne et Antoine va provoquer une cascade d’événements tous plus farfelus les uns que les autres. La présence d’Antoine rend la vie d’Yvonne totalement chaotique. Le jeune homme sort de prison en étant totalement enragé. Il ne supporte pas d’avoir fait de la prison pour rien et il retrouve avec difficultés le quotidien auprès de sa femme. Le film est rythmé, rocambolesque, absolument hilarant avec des touches d’émotions ( comme le retour d’Antoine chez lui que sa femme lui demande de refaire plusieurs fois). Pio Marmaï est dans une forme olympique et il est totalement déchaîné ! On découvre une Adèle Haenel parfaite pour la comédie, elle a un vrai talent burlesque. Je ne peux que vous conseiller d’aller voir cette réjouissante comédie qui vous permettra de voir le plus improbable et fantasque braquage de bijouterie.

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David a 24 ans et il papillonne entre deux petits boulots, sa sœur Sandrine, sa nièce Amanda et des flirts. C’est l’été, la vie est légère et douce. C’est la saison des pique-nique. David doit retrouver sa sœur et Léna, une jeune femme qu’il vient de rencontrer, au bois de Vincennes. David arrive en retard et découvre l’horreur : des terroristes ont tiré sur la foule, Sandrine est décédée.

Mikhaël Hers réalise avec « Amanda » un film profondément touchant et d’une grande délicatesse. La scène de l’attentat est rapidement évacuée car ce qui intéresse le réalisateur est la manière dont David va gérer la suite : à la fois la disparition brutale de sa sœur et la manière dont il va devoir s’occuper de sa nièce. Sandrine était une mère célibataire, le père de David et Sandrine est décédé et la mère a abandonné la famille depuis longtemps. A part une tante pleine d’empathie, David est seul avec Amanda. C’est ce duo qui est au cœur du récit : comment annoncer à une petite fille qu’elle ne reverra plus sa mère, comment s’occuper d’une enfant alors qu’on aimait l’insouciance, comment aimer après un drame violent ? Ce sont toutes ces questions que se pose David, tout en arpentant Paris qui est plus qu’un décor pour cette histoire. Vincent Lacoste est formidable dans ce rôle dramatique et totalement convaincant. Amanda est jouée par Isaure Multrier extrêmement touchante et lumineuse. « Amanda » est un très beau film sur deux êtres qui doivent s’apprivoiser après un drame.

Et sinon :

  • Frères de sang des frères D’Innocenzo : Mirko et Manolo sont amis d’enfance, ils ne se sont jamais quittés. Ensemble, ils se sont inscrits dans une école hôtelière. Un soir, les deux amis rentrent chez eux, ils bavardent, plaisantent et roulent trop vite. Leur vie bascule quand ils renversent un homme. Les deux jeunes hommes paniquent et s’enfuient. Le père de Manolo apprend par la suite que cette mort rend service au gang mafieux qui sévit dans cette banlieue de Rome. Les deux amis vont intégrer la mafia. « Frères de sang » est le premier film des frères D’Innocenzo et il est parfaitement réussi. Le film montre la rapidité avec laquelle Manolo et Mirko vont passer du mauvais côté et perdre totalement la tête. Les deux garçons sont issus d’un milieu populaire où la misère n’est jamais loin et où l’on hésite à se faire soigner en raison du prix. Le choix de l’argent facile et rapide semble évident pour ces deux jeunes hommes qui veulent s’en sortir et aider leur famille. Mais le film montre également qu’il n’est pas si simple de devenir un tueur, surtout quand on a un certain sens moral. Ici, la mafia est montrée de manière très réaliste, sans esbroufe. Andrea Carpenzano et Matteo Olivetti sont parfaits, intenses et touchants.
  • « Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald » de David Yates : Quelques temps après sa capture, le sorcier Grindelwald réussit à s’évader de manière spectaculaire. Il tente d’attirer de plus en plus de sorciers à ces côtés pour dominer le monde. Pour atteindre son objectif, il lui faut attirer auprès de lui le jeune Credence qui cherche toujours le secret de ses origines. Le seul à pouvoir arrêter Grindelwald est Albus Dumbledore qui, pour une raison mystérieuse, refuse de le faire. Il envoie donc à sa place Newt Scamander et ses étranges compagnons. Le deuxième volet des « Animaux Fantastiques » de J. K. Rowling est toujours aussi éblouissant visuellement. Il commence superbement avec l’évasion de Grindelwald et se termine au cimetière du Père Lachaise pour une scène terrible qui rappelle les plus sombres moments de notre histoire. C’est un immense plaisir de retrouver cet univers fantastique et son personnage principal : Newt, toujours parfaitement incarné par Eddie Redmayne. Suivre Newt et ses amis est un véritable tourbillon de trouvailles, de créations visuelles. Néanmoins, j’ai trouvé les recherches sur les origines de Credence un peu artificielles. Au final, je me moquais un peu de connaître son identité ! Il ne faut néanmoins pas bouder son plaisir et profiter de la sobriété bienvenue du jeu de Johnny Deep !

 

  • « Un amour impossible » de Catherine Corsini : Rachel, jeune secrétaire, tombe amoureuse de Philippe, issu d’une bonne famille. Leur histoire d’amour semble idyllique. Mais Philippe n’a aucunement l’intention d’épouser une femme d’un milieu social inférieur. Rachel ne désespère pas et lorsqu’elle tombe enceinte, elle pense que Philippe assumera ses responsabilités. Il s’éloigne pourtant pour épouser une femme de son milieu. Rachel cherchera pourtant à lui faire reconnaître sa fille. « Un amour impossible » de Catherine Corsini est adapté du livre de Christine Angot. Il montre un amour toxique, celui de Philippe pour Rachel et ensuite pour leur fille. Niels Schneider, que je regrette de ne pas avoir plus souvent, interprète avec un talent fou cet homme froid qui prend plaisir à humilier, à détruire ces deux femmes. L’histoire est aussi celle de la relation mère-fille, fusionnelle puis de plus en plus distante et tendue. Virginie Efira est remarquable, lumineuse et qui joue de manière très fine les nombreuses déceptions engendrées par sa relation avec Philippe. La dernière partie du film, quand la fille du couple est adulte, m’a moins convaincue, elle m’a semblé bien longue au regard du reste du film.

Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le froid nous saisit, c’est le moment rêvé pour filer sous la couette avec un bon livre et un thé bien chaud ! J’en ai lu quatre ce mois-ci : le formidable premier roman de Adeline Dieudonné, le très bel hommage de Vanessa Schneider à sa cousine Maria, le dernier roman de Maylis de Kerangal qui m’a malheureusement déçue et je poursuis ma lecture de l’ensemble des Rougon-Macquart dans l’ordre avec « Germinal ». J’ai également pu lire deux bande-dessinées dont je n’ai pas eu l’occasion de vous parler : l’excellente adaptation de « Profession du père » de Sorj Chalandon par Sébastien Gnaedig et « Gramercy Park » de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux dont j’ai beaucoup apprécié le dessin.

Un excellent mois au niveau du cinéma avec des films de grande qualité dont trois coups de cœur :

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Jacques débarque sans prévenir, en peignoir et claquettes, dans la communauté Emmaüs dirigée par sa sœur Monique. Toute sa vie, il a rêvé d’être immensément riche. Il admire Bill Gates et Bernard Tapie. Et cette fois, il en est sûr, il a trouvé l’idée qui va lui permettre d’accéder à son rêve. Il veut rendre beaux les plus pauvres et il veut leur proposer une chirurgie esthétique low-cost. Monique essaie de canaliser son frère tout en ne le contrariant pas. Quel plaisir de replonger dans l’univers de Kervern et Delépine ! Entre Groland et les Deschiens, ces deux-là s’intéressent toujours aux déclassés, aux cabossés du libéralisme qui broie sans vergogne les plus faibles, les plus tendres. La communauté Emmaüs du film existe vraiment et montre une alternative à notre consumérisme effréné. C’est toujours avec beaucoup de tendresse, d’humanisme que les réalisateurs posent leur regard sur les autres. Même sur Jacques, qui incarne tout ce qu’ils détestent, mais qui est au fond perdu, un peu idiot. Yolande Moreau et Jean Dujardin sont excellents chacun dans leurs rôles, elle en grande sœur lunaire et lui battant pathétique. C’est foutraque, extrêmement drôle et d’une grande humanité.

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La femme d’Olivier quitte son foyer sans laisser aucune trace, aucune explication. Olivier, contremaître dans une usine, se retrouve seul face à ses deux enfants. Il doit apprendre à gérer son travail, les contraintes liées aux emplois du temps des enfants tout en cherchant sa femme. Perdu, débordé, Olivier peine à tout concilier et cherche l’aide temporaire de sa mère ou de sa sœur. Le film de Guillaume Senez est formidablement sensible et subtil. Il réussit à capturer les deux pans de la vie d’Olivier : son quotidien au travail et celui auprès de ses enfants. Le film est à la fois un film social (le début parle du suicide d’un employé près à être licencié en raison de son âge) et un film intime (la reconstruction de la famille après la disparition de la mère). Romain Duris est Olivier, son interprétation est magistrale de vérité, de profondeur et de sensibilité. Le comédien a également de très belles scènes avec Laëtitia Dosch, toujours aussi fantasque et confondante de naturel. « Nos batailles » est au plus près des combats quotidiens d’Olivier, de sa fatigue, de la grisaille de son travail à l’usine, de sa volonté de ne pas s’écrouler pour ses enfants. Une belle chronique sur un homme attachant et émouvant.

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Lara, 15 ans, veut devenir danseuse étoile. Elle souhaite intégrer une école à Bruxelles qui la prend à l’essai. Lara a en effet beaucoup de retard par rapport aux autres danseuses. Sa technique est excellente mais Lara débute sur les pointes. Elle est en effet née garçon et c’est dans ce genre qu’elle a appris à danser. Il lui faut donc travailler dur, très dur pour être à la hauteur de ses camarades. Dans le même temps, Lara commence un traitement hormonal préalable à l’opération qui fera d’elle une femme à part entière. Mais son corps tiendra-t-il le coup ? « Girl » est le premier film de Lukas Dhont et il est bluffant de maîtrise et d’une force incroyable. Le personnage de Lara est de ceux que l’on oublie pas. Le réalisateur ne la lâche pas. Elle est d’une ténacité, d’une détermination folles. Et d’une terrible impatience malgré un père bienveillant qui l’accompagne à chaque étape de sa transformation. Ce que montre Lukas Dhont c’est un corps souffrant, un corps indésirable que Lara combat avec violence. Elle semble totalement prisonnière de cette identité qui ne lui correspond pas. Ce corps, ce visage angélique et mutique, sont ceux de Victor Polster. Sa performance est proprement extraordinaire. Il se donne corps et âme à ce rôle, épousant les douleurs, les doutes, les espoirs de Lara. Un film à voir absolument.

Et sinon :

  • « Le grand bain » de Gilles Lellouche : Bertrand fait une dépression depuis plusieurs années. Il se fait embaucher par son  exécrable beau-frère comme vendeur de meubles. Pour se changer les idées, il s’inscrit à un club de natation synchronisée pour hommes. Il y retrouve une bande de quadra-quinquagénaires aussi en difficulté que lui : Simon qui travaille dans une cantine le jour et fait des concerts de hard-rock le soir dans des salles des fêtes, Thierry est un gardien de piscine lunaire et moqué, Marcus est au bord de la faillite, Laurent vient de se faire larguer par sa femme. Leur entraîneuse n’est pas tellement mieux, c’est une ancienne alcoolique qui vit dans le passé. La petite troupe décide pourtant de participer aux championnats du monde de natation synchronisée. Le premier film de Gilles Lellouche fait bien entendu penser à « The full monty » version natation synchronisée. On y retrouve des hommes au bout du rouleau qui sont loin d’être des sex-symbols et qui vont se transcender dans une activité qui sort de l’ordinaire. Ce sont des hommes fragiles, conscients de leurs faiblesses et qui n’ont plus peur de l’avouer. Ensemble, ils relèvent la tête et c’est cette solidarité qui est mise en avant. Gilles Lellouche allie dans son film les scènes de groupe et les scènes intimes ce qui rend particulièrement touchants ces personnages. Bien entendu, il y a également beaucoup d’humour et des dialogues particulièrement bien écrits qui font mouche. Le casting est irréprochable, tous les acteurs sont particulièrement bien choisis et tous jouent leurs partitions à merveille. Une comédie française comme on aimerait en voir plus souvent.

 

  • « Dilili à Paris » de Michel Ocelot : Dilili est venue de Nouvelle Calédonie pour être exposée aux yeux des parisiens dans un village indigène reconstitué. Fort heureusement pour elle, elle fit la rencontre d’une comtesse durant le voyage qui la prend sous son aile. C’est habillée comme une jolie poupée avec dentelles et nœuds qu’elle part visiter Paris. Elle le fait à bord du triporteur du bel Orel. A travers son voyage, Dilili rencontre les personnages les plus brillants de l’époque : Marie Curie, Louise Michel ( qui fut son institutrice en Nouvelle Calédonie), la cantatrice Emma Calvé, Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, Matisse, Suzanne Valadon, Erik Satie, Louis Pasteur, etc… Mais les trajets dans la capitale française ne sont pas que joyeux car des jeunes filles sont enlevées. On soupçonne une secte, les Mâles-Maîtres, d’être derrière ces rapts. Dilili et Orel deviennent enquêteurs. Encore une fois, Michel Ocelot nous émerveille. Il mêle dans « Dilili à Paris » des photographies de Paris à ses dessins. Le résultat est surprenant, le Paris 1900 semble revivre devant nos yeux. Michel Ocelot semble s’être beaucoup amusé en composant sa galerie de personnages célèbres. Dilili est heureuse de les rencontrer et pourra probablement éveiller la curiosité des jeunes spectateurs qui assisteront à ses aventures. Mais le film n’est pas qu’une simple carte postale. L’enquête, qui fait penser à Gaston Leroux et Maurice Leblanc, est bien menée et elle se double de propos féministes. De quoi ravir les petits comme les grands.

 

  • « L’amour flou » de Romane Bohringer et Philippe Rebbot : Romane Bohringer et Philippe Rebbot ont décidé de se séparer. Il ne s’aime plus assez pour continuer à partager leur quotidien. Mais comment faire pour que leurs deux enfants n’en pâtissent pas ? C’est Romane qui trouve la solution : un grand appartement séparé en deux avec une pièce centrale qui communique avec les deux parties : la chambre des enfants. Mais comment refaire sa vie quand son ex habite juste à côté ? Les deux acteurs racontent, à travers ce film, leur véritable séparation, on y croise d’ailleurs leurs familles respectives. Mais l’autofiction se mélange à l’imagination comme le personnage de Reda Kateb, amoureux fou de sa chienne et qui lui parle comme à un enfant. « L’amour flou » est à l’image du couple : fantasque, bohème, drôle et surtout plein de tendresse. Et c’est toujours un plaisir de voir la silhouette dégingandée et lunaire de Philippe Rebbot !

 

  • « Frères ennemis » de David Oelhoffen : Imrane et Manuel font du trafic de drogue. Lors d’une sortie de leur cache, Imrane est assassiné en pleine rue. Manuel en réchappe, se planque mais il devient rapidement suspect dans leur cité. Le fait qu’il soit encore en vie ne plaide pas en sa faveur. Une personne va lui proposer son aide : Driss, un policier des stups. Le flic et le voyou ont grandi ensemble dans une cité des Lilas. Ils sont les deux côtés d’une même pièce, peu de choses les séparent. « Frères ennemis » est un bon polar à l’ancienne, sous tension du début à la fin et où l’intime prend une place essentielle dans l’histoire. Les états d’âme de Driss et Manuel, leurs confrontations, leurs souvenirs communs font tout le sel du film de David Oelhoffen. Autre atout majeur : deux acteurs remarquables et intenses Reda Kateb et Matthias Schoenaerts. Leur face-à-face est un grand plaisir cinématographique.

 

  • « The little stranger » de Lenny Abrahamson : Le docteur Faraday est devenu médecin de campagne dans la petite ville qui l’a vue grandir. Il recroise la route de la famille Ayres et leur manoir Hundreds Hall où sa mère fut employée de maison. Fasciné par cet endroit depuis son enfance, il décide tout naturellement de soigner le fils Ayres, revenu gravement blessé de la deuxième guerre mondiale. Hundreds Hall n’abrite plus que Mrs Ayres, sa fille, son fils et une jeune domestique. Le docteur Faraday va découvrir que d’étranges événements se déroulent derrière les murs du manoir. « The little stranger » est adapté d’un roman de Sarah Waters, traduit en français sous le titre « L’indésirable ». L’ambiance est l’atout principal du film. Elle est inquiétante, pesante, gothique au possible ! Domhnall Gleeson est également remarquable, glaçant et presque fantomatique. Les autres acteurs sont très bien, le casting est haut de gamme avec Ruth Wilson et Charlotte Rampling. Mais il s’agit là d’une adaptation un peu lisse, très classique dans sa réalisation, soignée dans les décors et les costumes mais manquant un peu d’épaisseur, de relief.

Bilan livresque et cinéma de septembre

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Et voilà, le mois de septembre a déjà cédé sa place à octobre. Le mois américain aura passé bien vite et je n’ai bien entendu pas réussi à lire tous les titres de ma liste de départ ! J’ai quand même publié onze billets dont la plupart était signée d’auteurs présents au festival America. Sans le vouloir, j’ai lu des romans sur des thématiques proches : « Un autre Brooklyn » et « Le cœur battant de nos mères » sur des adolescentes ayant perdu leurs mères, « Le poids de la neige » et « Les sables de l’Armagosa »qui sont des dystopies ayant comme point de départ un problème climatique, « Attachement féroce » et « Une femme qui fuit » font le portrait de mère ou de grand-mère aux caractères bien trempés. J’ai également croisé la route du chenapan Tom Sawyer, des touchants frères Sisters, de la première bombe platine d’Hollywood et d’un couple fusionnel qui tient grâce aux mensonges. Je remercie tous les participants au mois américain pour vos nombreuses lectures et votre enthousiasme qui perdure d’année en année.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de vous parler de la formidable « Servante écarlate » de Margaret Atwood que j’ai enfin découvert. Le mois de septembre fut également l’occasion de continuer mes découvertes de la rentrée littéraire avec deux titres dont je vous parle très vite : « Avec toutes mes sympathies » de Olivia de Lamberterie et « Sous les branches de l’udala » de Chinelo Okparanta. Et pour changer de l’Amérique, je suis allée faire un tour en Écosse avec la facétieuse Astrid Bromure, une BD pour enfant absolument charmante et drôle.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur du mois :

 

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En Oregon, en 1851, les frères Sisters sont des tueurs qui travaillent pour le Commodore . Leu prochaine mission va les emmener en Californie pour y retrouver un chercheur d’or : Hermann Kermit Warm. Ce dernier est déjà surveillé par un émissaire du Commodore, Henry Morris. Jacques Audiard a eu l’excellente idée d’adapter le roman de Patrick DeWitt qui lui permet encore une fois de mettre à l’honneur des relations entre hommes. Ici, deux tandems d’hommes, deux formes de fraternité sont au centre du film. Eli, le mélancolique, qui veut changer de vie, se dispute avec son frère Charlie, le plus violent des deux. Malgré cet antagonisme, les deux frères sont inséparables comme le sont devenus Warm, le scientifique, et Morris, le détective privé. Rencontrés grâce aux hasards de la vie, ces deux-là ne se quitteront plus. Le casting est absolument remarquable, les acteurs collent parfaitement à leurs rôles respectifs : John C. Reilly qui trouve enfin un rôle à la mesure de son talent, Joaquin Phoenix, Riz Ahmed et Jake Gyllenhaal. Comme le roman éponyme, « Les frères Sisters » est un hommage au western réussi, emprunt de mélancolie et d’un beau sentiment de fraternité.

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Mme de la Pommeraye est une jeune veuve qui se réjouit d’en avoir fini avec l’amour. Elle vit retirée dans son château et c’est chez elle que le marquis des Arcis vient la courtiser. Galant homme, séducteur patenté, le marquis prend son mal en patience et ne baisse pas les bras face aux rebuffades de Mme de la Pommeraye. Sa pugnacité sera récompensée, la jeune femme finit par lui céder. Leurs amours durent quelques années mais l’inconstant marquis finit par reprendre sa liberté. Mais Mme de la Pommeraye ne compte pas en rester là. L’intrigue du dernier film d’Emmanuel Mouret est tiré d’un passage de « Jacques le fataliste ». Le réalisateur a toujours adoré les films bavards, très dialogués. La langue du XVIIIème siècle , aux dialogues ciselés, lui va comme un gant. Elle convient également parfaitement au fantasque Edouard Baer qui l’utilise avec un naturel confondant. Cécile de France fait montre d’une extrême subtilité dans son jeu. La réalisation, les cadrages sont d’une grande élégance. « Mademoiselle de Joncquières » est sans aucun doute le film le plus abouti d’Emmanuel Mouret ».

Et sinon :

  • « Guy » de Alex Lutz : Ce faux documentaire est la bonne surprise du mois. Un jeune homme décide de faire un documentaire sur Guy Jamet, une ancienne vedette de la chanson dans les années 70-80. La mère du jeune homme lui aurait avoué que Guy Jamet était son père. Le chanteur tente de faire un retour sur scène avec une tournée et toute une série d’interviews. L’incarnation d’Alex Lutz est en tout point parfaite, les cinq heures de maquillage ne font pas tout. L’acteur-réalisateur incarne, donne vie à ce personnage par des attitudes, une démarche, des intonations qui rendent son personnage parfaitement crédible. A l’appui de cette interprétation, il y a tout le décorum autour du personnage : les chansons, les clips, les pochettes de disques, aucune fausse note n’est à relever. Tout nous replonge dans la variété des années 70-80. Mais ce faux documentaire n’est pas là pour railler ce chanteur ringard sur le retour. Il y a beaucoup d’empathie, de tendresse dans le regard qui est porté sur lui. Guy Jamet lui-même est bien conscient qu’il est à la fin de sa carrière, qu’il ne retrouvera pas sa gloire passée et il en ressort une jolie mélancolie.
  • « The guilty » de Gustav Möller : Un policier est au standard de police secours. Il reçoit l’appel d’une femme qui semble en détresse et qui semble ne pas pouvoir s’exprimer librement. Rapidement, le policier comprend que la jeune femme a été kidnappée et que ses enfants sont restés seuls chez elle. Le policier, qui devait arrêter son service, refuse de quitter son poste et prend les choses beaucoup trop à cœur. Ce premier film est un huis clos, on ne quitte pas le centre d’appel de la police danoise. Le thriller ne naît que des appels de la jeune femme et de l’angoisse qui naît chez le policier. Le suspens grimpe au fur et à mesure des appels qui éclairent petit à petit la situation. Ce tour de force cinématographique est parfaitement mené et le polar fonctionne totalement.

Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien entendu marqué par la préparation du mois américain avec livres très différents et tous intéressants. Vivian Gornick, Anaïs Barbeau-Lavalette, Claire Vaye Watkins, Jacqueline Woodson et Brit Bennett seront toutes présentes au festival America de Vincennes. J’ai hâte de les écouter ! Je vous reparle donc très rapidement de leurs ouvrages. Stay tuned !!!

Je n’aurais pas le temps de vous parler des deux BD que j’ai lues pendant le mois d’août mais je vous conseille fortement la lecture de la série « Les beaux étés » de Zidrou et Jordi Lafebre dont le tome 4 est sorti récemment et celle de « Calpurnia » de Daphné Collignon au magnifique univers. Mon premier livre de la rentrée littéraire est celui de Adrien Bosc, « Capitaine », aussi exigeant qu’intéressant.

Et côté cinéma ?

Mes films préférés du mois :

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En bord de mer au sud de l’Italie, Marcello est toiletteur pour chiens dans une petite ville pauvre et décrépie. Marcello adore son travail, sa fille et ses voisins commerçants. Sa vie pourrait être paisible sans la présence violente et malsaine de Simone. Marcello est son souffre-douleur. Chétif et petit, le toiletteur cède sans cesse à la brute jusqu’à se sacrifier pour lui. Mais le martyrisé pourrait bien se rebeller. Matteo Garrone nous montre une Italie au bord du gouffre, rouillée, écaillée. La ville de Marcello est presque une ville-fantôme, aux bords de l’abandon. L’atmosphère du film est crépusculaire, la violence, la peur dominent les habitants. Le destin de Marcello est terrible, le personnage est troublant d’avilissement et de colère rentrée. Pour l’incarner, un acteur incroyable qui méritait son prix d’interprétation à Cannes : Marcello Fonte qui habite son rôle avec justesse et force. La vision de Matteo Garrone est bien sombre et sans espoir.

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Fiona Maye est magistrate à la Haute Cour de Londres. Elle est spécialisée dans les affaires familiales. Au moment où son mariage se défait, Fiona est confrontée à une affaire épineuse. Un médecin demande à la justice de l’autoriser à soigner de force Adam atteint de leucémie. L’adolescent de 17 ans est témoin de Jéhovah et refuse la transfusion sanguine qui pourrait l’aider. Fiona doit trancher en faveur de l’intérêt de l’enfant, mais celui-ci implique-t-il de respecter ses convictions religieuses ? « L’intérêt de l’enfant » était un roman de Ian McEwan qui a travaillé au scénario du film de Richard Eyre. L’histoire de Sam est absolument poignante et la décision de Fiona va la hanter et l’habiter. Tout repose sur les deux personnages et la finesse psychologique du romancier est rendue par deux formidables acteurs : Fionn Whitehead et Emma Thompson. Cette dernière se fait décidément trop rare sur grand écran. « My lady » est l’occasion d’admirer sa justesse, sa précision et son incroyable subtilité. La relation entre les deux acteurs fonctionnent formidablement et elle est plaine d’émotions (peut-être un peu trop dans une des dernières scènes à l’hôpital mais c’est un détail).

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L’histoire est vraie et totalement incroyable. Dans les années 70, Ron Stallworth, jeune flic noir, veut prouver sa motivation à sa hiérarchie. Dans la presse locale, il découvre une annonce du Ku Klux Klan qui recrute. Ron décroche son téléphone et se fait passer pour le pire des racistes afin d’infiltrer l’organisation. Cela fonctionne à merveille, la cellule locale veut le rencontrer. Ron ne peut de toute évidence pas se rendre au rendez-vous. C’est donc son collègue Flip Zimmerman qui va prendre sa place. Cela faisait bien longtemps que l’on avait pas vu un bon film de Spike Lee. Sa colère contre Donald Trump est manifestement un excellent vecteur créatif. Le film est une charge contre ce dernier et souligne la nécessité de l’indignation et de la continuité du combat. Spike Lee nous offre 2h16 de péripéties rythmées et drolatiques. Mais « Blackkklansman » est également emprunt de gravité avec une très belle mise en parallèle d’une réunion du KKK et du récit (par Harry Belafonte) du lynchage de Jesse Washington en 1916. La fin du film montre également les terribles images des manifestations d’extrême droite de Charlottesville en 2017. Adam Driver est décidément toujours sur les bons coups et on découvre John David Washington, le fils de Denzel, est promis à un très bel avenir.

Et sinon :

  • Mary Shelley de Haifaa Al-Mansour : Ce film retrace la vie de Mary Shelley de sa rencontre avec Percy à l’édition de « Frankenstein ». Le film m’a semblé fidèle quant à la vie audacieuse de Mary Shelley, même si je connais celle-ci que dans les grandes lignes. Le point fort du film est la prestation de Elle Fanning qui livre une belle incarnation de la romancière avec une certaine fougue. Les autres acteurs ne déméritent pas non plus, Douglas Booth inclus qui a l’art d’interpréter les personnages tête-à-claques ! Malheureusement, la mise en scène est extrêmement académique, sans réel point de vue sur l’histoire de Mary Shelley. Celle-ci aurait mérité une réalisation plus flamboyante, à la mesure de son audace. Certaines scènes frôlent le ridicule ou l’atteignent comme la scène de fin qui se déroule dans une librairie entre Percy et Mary. L’ensemble n’est pas déplaisant, il aura au moins le mérite de mieux faire connaître le destin de Mary Shelley.

 

  • Sur la plage de Chesil de Dominic Cooke : Le film est la deuxième adaptation sortie ce mois-ci d’un roman de Ian McEwan. Comme pour « My lady », l’écrivain a participé au scénario. « Sur la plage de Chesil » montre la nuit de noces catastrophique de Florence et Edward dans les années 60. Les deux jeunes gens sont de milieux sociaux différents, le poids des rapport de classe finit par miner la relation des deux époux. Le mépris des parents de Florence pour Edward fait naître une terrible rancœur qui rejaillit durant la nuit de noces. Les deux époux sont également totalement inexpérimentés sexuellement, méconnaissance qui tournera au fiasco. Saoirse Ronan et Billy Howle sont parfaits, ils incarnent merveilleusement et avec beaucoup de sensibilité Florence et Edward. Esthétiquement, le film offre de très belles images, élégantes. Malheureusement, l’ensemble est totalement plombé par une fin ridicule et inutile. Pourquoi avoir rajouté ces scènes qui n’apportent strictement rien ? Cela reste un mystère, elles sont, de plus,  bien loin de l’ironie qui fait le sel des romans du romancier. Un beau gâchis.

 

  • Le monde est à toi de Romain Gavras : François vit en banlieue parisienne. Il voudrait arrêter de dealer pour lancer la franchise Mr Freeze au Maghreb. Il pensait avoir de l’argent de côté mais sa mère a tout dépensé au jeu. François se voit obligé d’aller en Espagne pour récupérer un chargement de drogue pour un caïd lunatique Poutine. Les choses vont bien évidemment se compliquer. Romain Gavras tente de faire du Tarantino à la française avec son nouveau film. La fin évoque également les Ocean de Steven Soderbergh, le glamour en moins. Il y a de l’humour, de l’outrance et un casting cinq étoiles avec en tête Karim Leklou qui confirme son talent. Le film se laisse bien regarder, les numéros de Isabelle Adjani et Vincent Cassel sont amusants. Mais le film n’a rien de révolutionnaire et son souvenir risque bien d’être fugitif.

 

  • Paul Sanchez est revenu de Patricia Mazuy : Cette fois-ci, c’est sûr, Paul Sanchez est revenu. Meurtrier recherché depuis dix ans, il a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. Son retour avait déjà été annoncé à plusieurs reprises mais cette fois les témoins oculaires se multiplient. On l’a vu errer dans la région. Les gendarmes doutent toujours à l’exception de Marion, petite gendarmette gaffeuse, qui voit dans la traque de Paul Sanchez une occasion de briller. Le film de Patricia Mazuy évoque l’affaire de Dupont de Ligonnès. Il suffit que le criminel disparaisse pour qu’on le voit partout. La réalisatrice dénonce à travers son film le sensationnel qui est créé lors des faits-divers. Tout devient spectacle, tout exacerbe l’hystérie des habitants de la petite ville. Les paysages du Var, où se terre Paul Sanchez,  ressemble au Grand Canyon et donne un côté western à cette traque. Laurent Lafitte est parfait dans le rôle de Paul Sanchez, incarnant ce personnage trouble avec beaucoup d’ambiguïté.

 

  • Under the silver lake de David Robert Mitchell : Sam n’a plus de boulot. Il passe ses journées dans sa résidence de Los Angeles, à observer ses voisines à la jumelle. Il découvre une très jolie jeune femme qui habite à côté de chez lui. Celle-ci disparaît et Sam décide de partir à sa recherche. Le film de David Robert Mitchell est peuplé de clins d’œil cinématographiques comme à « Fenêtre sur cour » ou « Mulholland drive ». La première heure du film est vraiment intéressante. Elle interroge les paranoïas, les folies contemporaines. Le héros est un looser attachant et totalement paumé. Malheureusement, le film devient rapidement interminable. Les 2h19 se sentent réellement. Le héros passe de personnages étranges en personnages étranges, l’histoire devient de plus en plus abracadabrante et délirante. N’est pas David Lynch qui veut et l’intérêt du début se mue en ennui total.

Bilan livresque et cinéma de juillet

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Le joli mois de juillet, les vacances, du temps disponible pour la lecture et qu’elles furent belles et enthousiasmantes ! Mon énorme coup de cœur du mois est « Appelle-moi par ton nom » de André Aciman, un roman merveilleux et lumineux. Quand je pense que l’adaptation avait également été un coup de cœur ! Cette histoire restera longtemps gravée dans ma mémoire. Une lecture parfaite pour l’été que je ne peux que vous recommandez très, très fortement !

Et côté cinéma ?

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Les super-héros n’ont plus la côte. Leurs exploits coûtent cher à la communauté (destruction en tout genre pour combattre les méchants) sans parfois obtenir les résultats escomptés. Ils ont donc l’interdiction d’utiliser leurs pouvoirs et ils doivent laisser les autorités compétentes s’occuper des bandits. La famille des Indestructibles n’a pas le moral. Mais un riche homme d’affaires les contacte pour essayer de montrer au monde l’importance des super-héros. Et ce n’est pas avec M. Indestructible qu’il souhaite travailler mais avec sa femme, Elasticgirl. Monsieur est prié de rester à la maison pour gérer les trois bambins.

Voilà des super-héros comme je les aime ! Cela faisait 14 ans que nous n’avions pas eu de nouvelles de la famille Indestructible mais l’histoire reprend où nous les avions laissés. Ce retour est parfaitement réussi, toujours aussi drôle et bien ficelé. L’inversion des rôles entre la mère et la père est évidemment source de nombreux gags. Le père comprendra à quel point élever trois enfants est difficile, d’autant plus quand ils ont des pouvoirs. Le dernier de la famille possède d’ailleurs un nombre invraisemblable de pouvoirs et il nous offre une scène d’anthologie lors d’une bagarre avec un raton-laveur ! Cette suite, pop et colorée, met en avant la femme et ses super-pouvoirs pour concilier les différents compartiments de sa vie. C’est aussi un film plein de tendresse sur la famille et les défauts de celle-ci. Espérons que nous n’aurons pas à attendre aussi longtemps pour voir la suite !

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Alice revient dans la ferme familiale après la mort de son père. Elle n’y était pas revenue depuis des années suite à un traumatisme. Elle retrouve son frère avec qui elle aimerait reprendre la ferme. Le père avait promis de laisser celle-ci à Alice sans jamais rien concrétiser légalement. Le frère, rancunier en raison du départ de sa sœur, n’entend pas les choses de la même manière et ne compte pas laisser Alice s’installer.

J’avais beaucoup aimé le film précédent de Clio Barnard, « Le géant égoïste », qui se déroulait également dans le Yorshire et dont l’ambiance était aussi plombée que le ciel. On retrouve ici les mêmes paysages imbibés de pluie, des cieux bas et lourds. Tout est poisseux, embourbé, aussi bien les paysages que les relations humaines. Celle d’Alice et de son frère pèse lourd d’amertume, de rancœur et de secrets longtemps occultés. L’incompréhension est totale entre eux deux. Ce sont deux taiseux, des butés. C’est toujours un grand plaisir de voir Ruth Wilson à l’écran, elle excelle dans ce rôle de jeune femme torturée et têtue. Mark Stanley, qui lui donne la réplique, est à la hauteur de l’actrice principale. Le tout est couronné par l’entêtante et splendide chanson, « An acre of land », interprétée par PJ Harvey.

Et sinon :

  • « Paranoïa » de Steven Soderbergh : Sawyer Valentini a du changer de ville après avoir été victime de harcèlement. Elle tente de s’habituer  à son nouvel environnement et à son nouveau boulot. Mais elle demeure très angoissée. Afin de se faire aider, elle décide de se rendre dans une clinique pour consulter un psychologue. Elle n’en ressort pas et se fait interner de force en psychiatrie. Sawyer apprend qu’elle n’est pas la seule dans ce cas et qu’elle restera enfermée tant que son assurance pourra payer. Elle est victime d’une arnaque mais dans ce milieu clos, sa paranoïa renaît… Décidément, Steven Soderbergh n’est jamais où on l’attend. Son dernier film, « Logan lucky », parlait d’un casse chez les déclassés de l’Amérique dans une veine très humoristique. On le retrouve dans un thriller tourné avec trois téléphones portables ! Et une nouvelle fois, ça fonctionne parfaitement. Le film monte en tension, l’ambiance au sein de la clinique est de plus en plus pesante. Soderbergh joue avec nos nerfs en brouillant les pistes quant à la santé mentale de Sawyer, puis en créant des scènes de thriller pur. L’autre talent du réalisateur est la direction d’acteurs à qui il propose des rôles décalés comme Daniel Craig dans « Logan lucky ». Ici Claire Foy est bien loin des ors royaux de « The crow » et elle est bluffante.

 

  • « Parvana » de Nora Twomey : Parvana est une jeune afghane de 11 ans. Elle vit à Kaboul qui, en 2001, est sous contrôle des talibans. Son père, un ancien professeur, a été mutilé pendant la guerre et est maintenant vendeur à la sauvette. Quand celui-ci est arrêté sans raison par les talibans, la famille de Parvana est en grande difficulté. Il ne reste que sa mère, sa sœur aînée et un bébé. Sous les talibans, les femmes ne peuvent sortir sans être accompagnées par un homme. Comment aller chercher de la nourriture, de l’eau quand le seul homme de la famille n’est plus là ? Parvana trouve la solution : elle se fera passer pour un garçon. Ce dessin-animé est formidable de réalisme. Il montre la dureté de la vie à Kaboul, réduite à des ruines après la guerre, l’oppression des talibans sur la population et surtout les femmes. La vie de Parvana et de sa famille est sans cesse sous tension. La violence est partout présente. pour supporter ce quotidien âpre, Parvana, comme son père avant elle, raconte des histoires à son petit frère. Son récit rythme le dessin-animé et est un vibrant hommage aux pouvoirs de l’imagination, à la culture qui sauve de la violence et de l’obscurantisme. Un dessin-animé aussi utile que plaisant à regarder.