Bilan livresque et films de juillet

Juillet

Un mois de juillet extrêmement bien rempli et qui fleure bon les vacances ! Parmi les onze livres que j’ai lu en ce mois estival, il y a du bon, du très bon et un chef-d’oeuvre ! « Le château » d’Edward Carey m’a absolument éblouie et j’ai vraiment hâte de découvrir le deuxième tome. Je vous reparle de toutes ces belles lectures très rapidement.

Du très bon également du côté du cinéma avec trois coups de cœur :

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Agnès Varda s’est trouvée un camarade de jeu pour son dernier film : le plasticien J.R. Comme dans « Les glaneurs et la glaneuse » ou « Les plages d’Agnès », le film prend la forme d’un journal intime, d’une flânerie. Les deux compères vont parcourir la France pour réaliser des installations. Certaines sont particulièrement émouvantes comme celle qui consiste à mettre, sur la façade de sa maison, la photo de la dernière habitante d’un lotissement autrefois dédié aux corons. Ils mettent des photos des habitants sur les murs de leur ville, mettent en valeur les femmes des dockers du Havre, etc… Comme toujours avec Agnès Varda, c’est plein d’humanité et de bienveillance envers l’autre. C’est aussi un film sur le temps qui passe, la vieillesse, les êtres que l’on a perdu (formidable séquence de la photo de Guy Bourdin sur un bunker normand), ceux qui se sont éloignés (Jean-Luc Godart qui fait pleurer Agnès Varda en raison de son absence). C’est touchant, drôle, malicieux, délicieusement fait de bric et de broc, bref du Agnès Varda tout craché !

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L’inspecteur Nourredine est un policier égyptien comme les autres. Il touche backchich sur bakchich. Le système est totalement corrompu et il en profite comme les autres. Mais deux choses vont faire bouger le système : les manifestations de la place Tahrir et le meurtre d’une chanteuse dans un palace. L’inspecteur Nourredine va révéler sa vraie nature à cette occasion : celle d’un véritable enquêteur, tenace et plus intègre qu’il n’y parait. « Le Caire confidentiel » a la noirceur de son homologue de Los Angeles. Le personnage central est désabusé, cynique mais il mettra sa vie en danger pour révéler l’identité du meurtrier. Et cette fois, pas de corruption ! L’autre personnage du film est la ville du Caire, mégalopole qui ressemble à un labyrinthe de ruelles sombres et oppressantes. « Le Caire confidentiel » est un polar politique, tendu, violent et donc parfaitement réussi.

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Armand et Leïla sont étudiants à la Sciences-Po, ils sont amoureux et prévoient de poursuivre leurs études à New York. C’était sans compter sur le frère aîné de Leïla, Mahmoud, qui revient radicalisé d’un séjour au Yémen. Il renie son passé, enferme sa sœur et veut la marier à un vrai musulman. Il lui confisque son passeport et ne veut plus entendre parler d’Armand. Ce dernier trouve un moyen de continuer à voir Leïla : il porte un niqab et se fait passer pour une femme pieuse ! Voilà une comédie très réussie qui ose aborder des thèmes d’actualité sous l’angle humoristique. On est proche de « Certains l’aiment chaud » de Wilder. La réalisatrice Sou Abadin nous donne à voir des scènes burlesques, des filatures, des courses poursuites, des quiproquos. C’est enlevé, sans aucun temps mort. Le casting est absolument parfait avec en tête le sémillant et charmant Félix Moati.

Et sinon :

  • Le dernier vice-roi des Indes de Gurinder Chadha : Lord Mountbatten est envoyé en Inde en mars 1947 pour être son dernier vice-roi et préparer le pays à l’indépendance. L’attendent de nombreux conflits religieux et la volonté des musulmans à créer leur propre pays : le Pakistan. L’Inde serait alors diviser mais comment procéder à la répartition des territoires ? Gurinder Chadha réalise une très belle fresque historique. La reconstitution est somptueuse. Cet épisode nous est peu connu. Lord Mountbatten vient pour la paix et il prend une décision (forcée, la main de Churchill est dans l’ombre) qui change le cours de l’histoire et créé des tensions parmi le peuple indien. La casting est irréprochable avec en tête Hugh Bonneville et la merveilleuse Gillian Anderson. Le seul reproche que j’ai à formuler concerne l’histoire d’amour entre un valet et une gouvernante qui est inutile et n’apporte rien à l’histoire.
  • KO de Fabrice Gobert : Antoine Lecomte dirige une chaîne de télévision. Il a beaucoup de pouvoir et en abuse. Il renvoie sèchement un animateur qui le menace. Il finit par lui tirer dessus. Lorsque Antoine se réveille à l’hôpital, il découvre qu’il n’est que le présentateur de la météo. L’idée de départ de ce film était très prometteuse. L’atmosphère est sombre, inquiétante et on navigue entre rêve et réalité. Le problème, c’est que le procédé se répète et que le spectateur a l’impression de tourner en rond. Le film ne semble jamais vouloir se terminer. Laurent Lafitte et Chiara Mastroianni n’ont rien à se reprocher, ils jouent parfaitement leurs rôles et apportent du mystère et de l’ambiguïté. C’est dommage, ce thriller à l’ambiance étrange et onirique avait beaucoup d’atouts dans sa manche.

Bilan livresque et films de juin

De belles lectures en juin avec le très beau « Les filles au lion » de Jessie Burton dont le talent de conteuse m’avait déjà séduite dans « Miniaturiste » ; je vous conseille également le nouveau roman de Melanie Benjamin qui parle de la gloire et la chute de Truman Capote au travers de sa relation avec ses amies de la haute société new new-yorkaise ; j’ai (enfin !) lu « Miss Charity » et je n’ai pas été déçue par ce délicieux roman ; « Mörk » de Ragnar Jonasson me prépare au prix du meilleur polar Points puisque son premier roman est dans la sélection ; enfin j’ai terminé le mois avec « Un roman anglais » de Stéphanie Hochet qui rend un joli hommage à Virginia Woolf. A propos de cette dernière, j’ai également lu une biographie très intéressante de Jane Dunn qui retrace le parcours de l’écrivain en parallèle de celui de sa sœur Vanessa Bell. Je ne désespère pas de vous en parler avant mon départ en vacances.

Seulement quatre films au compteur pour ce mois de juin :

Mon coup de coeur :

La bande-dessinée de Benjamin Renner avait été un coup de cœur et j’ai eu le même plaisir à voir le film. En plus de notre renard-maman-poule, nous faisons la connaissance d’autres personnages qui font l’objet de deux histoires : un cochon raisonnable et pragmatique qui tente de rattraper les bêtises des ces fantasques amis lapin et canard. Nos trois compères vont tour à tour jouer le rôle de la cigogne livreuse de bébé et du père Noël. On retrouve dans les trois histoires, qui composent le film, ce qui faisait la réussite de la bande-dessinée : un mélange d’humour et de tendresse. Les aventures de ces différents animaux de la ferme sont hilarantes, burlesques mais sont aussi empreintes d’humanité et d’amitié. C’est donc un régal qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands.

Et sinon :

  • Les fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin : Carlotta (Marion Cotillard), la femme d’Ismaël (Matthieu Amalric), a disparu il y a vingt ans. Ce dernier met du temps à se remettre de sa supposée mort. Il finit par rencontrer Sylvia (Charlotte Gainsbourg) avec qui il redécouvre la vie. Mais un jour, Carlotta refait surface et elle veut reprendre sa place. Le dernier film d’Arnaud Desplechin est un condensé de ce qu’il a fait précédemment et un hommage à ses maîtres. Les échanges verbaux brutaux, fiévreux font penser à Bergman. Carlotta est un clin d’œil à « Sueurs froides » d’Hitchcock. Le tournage de film dans le film (Ismaël est cinéaste) évoque « La nuit américaine » de Truffaut. On retrouve également des rappels des autres œuvres du cinéaste : le nom de Dedalus était celui de Mathieu Amalric dans « Comment je me suis disputé… » ; le fantôme du conjoint renvoie à « Rois et reine », la ville de Roubaix, où est né le cinéaste, était le cadre de « Trois souvenirs de ma jeunesse », l’histoire d’espionnage (qui m’a semblé totalement superficielle) évoque « La sentinelle ». Le film aurait peut-être gagné à se resserrer sur le trio amoureux mais Desplechin aime les narrations multiples, les personnes excessifs et il semble s’être follement amusé à réaliser ce film que je conseillerais en priorité aux amateurs du cinéaste.

 

  • L’amant double de François Ozon : Chloé (Marine Vacth) a des douleurs aigües au ventre. La médecine n’ayant pas pu la soulager, elle prend un rendez-vous chez un psy (Jérémie Renier). Tous les deux tombent amoureux et se mettent ensemble. Chloé doit trouver un autre psy. Au détour d’un trajet en bus, elle découvre que Paul a un frère jumeau, psy également. François Ozon est clairement sous l’influence de David Cronenberg. On retrouve ici le thème de la gémellité, traité dans « Faux semblants » par le cinéaste canadien, et de la monstruosité.  François Ozon l’a déjà prouvé dans ses films précédents, il sait distiller le malaise, le trouble. Il réalise ici un film splendide esthétiquement mais dont l’élégance froide m’a mise à l’écart, à distance.

 

  • Le vénérable W de Barbet Schroeder : Avec ce documentaire, Barbet Schroeder termine sa trilogie du mal (« Général Idi Amim Dada : autoportrait » et « L’avocat de la terreur »). Le réalisateur part en Birmanie où il rencontre le vénérable Wirathu. Le bonze est un fou fanatique qui s’est mis en tête de faire exterminé la minorité musulmane des Rohingyas. Barbet Schroeder n’apporte aucun commentaire. Il laisse s’écouler le flot de paroles du bonze et ses propos sont tellement monstrueux et ignobles qu’il n’est effectivement pas la peine d’en rajouter. Le cinéaste montre à travers son documentaire la puissance incendiaire des mots. Ce sont ceux qui sortent de la bouche du bonze qui feront commettre les pires actes à des bouddhistes. Cette religion de la paix est ici responsable de violences, d’incendies de maisons, d’exécutions. Le documentaire de Barbet Schroeder est glaçant et souligne bien qu’il ne faut jamais laisser la haine de l’autre se propager.

 

 

Bilan livresque et films de mai

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Un mois de mai sous le signe du polar avec le réaliste et inquiétant « Pur » d’Antoine Chainas mais aussi avec la toujours surprenante Joyce Carol Oates dont le dernier roman « Valet de pique » est un hommage au genre et aux romans fantastiques. J’ai retrouvé deux auteurs que j’affectionne : Ian McEwan dont j’ai découvert le « Délire d’amour » pour le blogoclub du 1er juin et Maggie O’Farrell dont le dernier roman est paru récemment. J’ai saupoudré le tout d’un peu d’âge d’or des Pays-Bas et par la poursuite de ma lecture des Rougon-Macquart.

Encore une fois, l’éclectisme l’emporte au niveau cinématographique avec deux coups de cœurs extrêmement différents :

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Ce documentaire montre un groupe d’étudiants qui va participer à au concours Eloquentia qui récompensera le meilleur orateur de Seine St Denis. C’est passionnant de voir ces jeunes gens prendre possession de la langue, apprendre à jouer avec. C’est également émouvant de découvrir leurs parcours souvent douloureux et difficiles. Leur préparation pour Eloquentia semble une respiration, un moyen de s’évader de leur quotidien. Et ils sont absolument bluffants. Les joutes oratoires du concours sont d’un très haut niveau, j’admire leur maîtrise de la langue et leur formidable imagination. On rit, on est ému, épaté, bref un documentaire à voir absolument.

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Un couple part en vacances dans une communauté zadiste en Ardèche où un ancien ami s’est établi. Le campement a été construit pour empêcher la construction d’un complexe aquatique. L’acclimatation du couple est un peu délicate : pas de portable ou de tablette, ateliers portant par exemple sur les règles, enfant sans prénom afin qu’il ne soit pas figé dans une identité sexuelle. Tout se complique lorsque le groupe découvre qu’une pandémie a décimé le reste de la planète. Si, comme moi, vous avez aimé « Platane », vous allez vous régaler avec « Problemos ». Eric Judor utilise encore son personnage odieux, dragueur et de mauvaise foi. Son humour est souvent absurde et régressif. Il est bien épaulé par les autres acteurs notamment la formidable Blanche Gardin qui a également écrit le scénario. Ça change de comédies franchouillardes avec Christian Clavier et au moins on se marre franchement !

Et sinon :

  • A quiet passion de Terence Davies : Le dernier film de Terence Davies nous montre la vie de la poétesse Emily Dickinson, de son adolescence à sa mort. On la voit évoluer au sein de sa famille essayant de résister à la pression sociale et religieuse. Elle cherche à exprimer son originalité, sa singularité par le biais de ses mots. Le film est esthétiquement splendide, la reconstitution est soignée. Il montre une Emily Dickinson dans tout la complexité de son âme : ses joies, ses souffrances (morales et physiques), ses doutes, son talent. Le personnage n’est pas embelli, elle est parfois difficile à comprendre tant elle est torturée. C’est un personnage à la Brontë : passionnée, étouffée par des carcans dont elle ne peut s’extirper par loyauté envers sa famille. Le film souffre de quelques longueurs mais la performance de Cynthia Nixon est remarquable.

 

  • Get out de Jordan Peele : Un jeune homme noir va faire la connaissance de la famille bourgeoise de sa fiancée blanche. Le weekend commence mal puisque le couple a un accident avant d’atteindre l’immense demeure familiale. Il percute un cerf et le couple le regarde agoniser sur le bas de la route. La famille se montre accueillante, trop pour être parfaitement honnête. Petit à petit, l’atmosphère devient de plus en plus étrange. « Get out » est un thriller étonnant, presque fantastique. Le scénariste retourne les clichés habituels sur le racisme, les blancs envient les qualités physiques du jeune fiancé noir et veulent se les approprier. Le film est bien mené, la tension et le malaise s’insinuent lentement pour s’achever de manière surprenante.

 

  • Braquage à l’ancienne de Zach Braff : Trois amis de longue date, bientôt octogénaires, sont mis en grande difficulté lorsque leurs pensions de retraite sont suspendues. L’un d’eux a l’idée saugrenue de braquer une banque après avoir lui même assisté à un braquage. L’âge des protagonistes donne l’occasion de revisiter les scènes de mise en place du braquage. Le film est un divertissement sympathique qui nous donne le plaisir de revoir à l’écran Michael Caine et Morgan Freeman.

Bilan livresque et films d’avril

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Deux très jolies découvertes en ce mois d’avril dont j’ai eu l’occasion de vous parler : « Broadway limited » de Malika Ferdjoukh et « Miss Buncle’s book » de D.E. Stevenson. J’ai poursuivis deux séries totalement différentes : celle des Rougon-Macquart de Zola que je lis et relis dans l’ordre et celle d’Agatha Raisin avec le troisième volet qui m’a accompagné lors de ma semaine à Oxford. Malheureusement, je n’ai pas trouvé le temps de vous parler de la splendide BD « Pereira prétend » adapté d’Antonio Tabucchi mais je vous la conseille vraiment, de même que l’album d’India Desjardins et Pascal Blanchet : « Le noël de Marguerite » qui est un délice vintage.

Un tout mois cinématographique sans coup de cœur :

  • La colère d’un homme patient de Raùl Arévalo : Le film débute par un braquage d’une bijouterie qui se termine par l’arrestation du chauffeur qui attendait les cambrioleurs. Le réalisateur nous présente ensuite le quotidien de José, un homme en apparence très calme, réservé qui passe beaucoup de temps dans un petit bar de la banlieue madrilène. Son côté chien battu séduit Ana qui travaille dans le bar et n’a pas eu une vie facile. Son homme, Curro, est en prison suite au braquage de la fameuse bijouterie. Les deux histoires se croisent alors et on découvre que José ne vient pas au bar pour les beaux yeux d’Ana. Il attend la libération de Curro. Le film de Raùl Arévalo montre la violence des deux hommes. Les comptes se règlent de façon brutale, implacable. On prend les deux hommes en pitié pour les détester la minute suivante. « La colère d’un homme patient » est un thriller sous forme de road-movie qui sait jouer avec les codes et avec les spectateurs.

 

  • Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol : Après plusieurs années en Afrique, Georges revient en France. Il avait fui la France après son retour de la guerre de 14-18. L’attendent sa mère qui a perdu son benjamin au front et Marcel qui ne parle plus depuis son retour du front. Ce dernier a commencé à apprendre la langue des signes avec Hélène ce qui est vu comme un renoncement par Georges. Il s’agit du premier film de Emmanuel Courcol qui réussit une jolie chronique de l’après-guerre : l’effervescence des années folles mais également la douleur incomprise et ignorée de ceux qui sont revenus. Deux présences habitent et illuminent le film : celle de la toujours parfaite Céline Sallette et celle de Romain Duris qui prend de plus en plus d’épaisseur au fil du temps.

 

  • Corporate de Nicolas Silhol : Émilie Tesson-Hansen a été embauchée comme responsable des ressources humaines pour se débarrasser des salariés les plus âgés, les moins performants. Ce qu’elle avait oublié, c’est qu’elle ne gère pas des matricules mais bien des humains. L’un d’eux la harcèle pour avoir une explication. Trouvant un mur devant lui, il se suicide dans la cour de l’entreprise. Une enquête va être ouverte et une inspectrice du travail va interroger les salariés. C’est elle qui peu à peu va faire ouvrir les yeux d’Émilie. La mise au placard afin de mener au départ de salariés est un sujet malheureusement d’actualité. « Corporate » montre bien où mène l’ultra-libéralisme, la rentabilité passe avant l’humain. En ce sens, le film est nécessaire et utile. Peut-être aurait-il fallu un peu plus de nuances dans le scénario qui est un peu trop prévisible. Encore une fois, Céline Sallette est remarquable et son jeu est d’une grande subtilité.

Bilan livresque et films de mars

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Le mois de mars m’aura offert une belle pépite, un OLNI : « Le séducteur » de Jan Kjaerstad que je vous encourage vivement à ouvrir. Malheureusement, il faudra être très, très patient pour découvrir la suite qui n’est pas encore traduite. J’ai renoué avec le roman noir grâce à l’excellent « 911 » de Shannon Burke sélectionné pour le Prix du polar SNCF, avec Péneloppe Bagieu et le premier tome de sa bande-dessinée féministe, avec la charmante et drôle Agatha Raisin, avec mon cher Jérôme Attal dont je vous parle très rapidement et avec Irène Nemirovsky et son grinçant « Bal ».

Une belle moisson de films pour ce mois de mars :

Mes coups de cœur :

Un saut dans une piscine pas assez remplie fait basculer la vie de Ben qui se retrouve « tétraplégique incomplet ». On le suit de son réveil à l’hôpital au centre de rééducation. Fort heureusement, Ben va recouvrir petit à petit de la mobilité. Mais lui, qui rêvait de s’inscrire en STAPS, devra dire adieu à ses ambitions sportives. Ben c’est bien entendu Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade. Le film est tiré de son livre. « Patients » sonne extrêmement juste. Grand Corps Malade et Mehdi Idir réussissent à éviter l’apitoiement, le voyeurisme et le mièvre. Mieux, ils nous font rire de l’infortune de cette bande de jeunes handicapés. La vanne est monnaie courante, chacun n’hésitant pas à chambrer les copains. « Patients » est un film d’une grande humanité qui rend également hommage au personnel médical qui accompagne au quotidien ces accidentés de la vie.

A Santa Barbara, en 1979, Dorothea éprouve des difficultés à élever son fils, Jamie, qui a 14 ans. Elle l’a eu tard, a maintenant la cinquantaine et est divorcée. Son fils lui reproche de se complaire dans sa solitude. Dorothea ne vit pourtant pas tout à fait seule, elle loue des chambres dans sa maison en rénovation : Abbie, une artiste trentenaire atteinte d’un cancer, William, l’homme à tout faire encore hippie. Il y aussi Julie, une voisine qui s’incruste régulièrement. Dorothea va demander à tout ce petit monde de l’aider à élever Jamie. « 20th century women » est le récit d’un changement d’époque, fini l’insouciance des années 70, le libéralisme va bientôt s’installer. C’est surtout un magnifique portrait de femme, Dorothea, qui est aussi émouvante qu’agaçante, aussi permissive que strict. Une femme complexe qui tente de donner la meilleure éducation possible à son fils et qui est magnifiquement interprétée par Annette Bening. Tout le casting est d’ailleurs parfait, les acteurs incarnent avec justesse ce patchwork de personnalités.

Et sinon :

  • Citoyen d’honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat : Le romancier Daniel Mantovani reçoit le prix Nobel. Son discours de remerciements n’en est pas vraiment un puisqu’il regrette ce qui prix qui signifie qu’il est devenu académique et respectable. Pour essayer de retrouver les origines de son écriture, il décide de retourner dans son village natal en Argentine où il n’avait pas remis les pieds depuis quarante ans. Son village compte célébrer dignement le retour de l’enfant prodigue. Rapidement, on comprend pourquoi Daniel n’était jamais revenu. Le village semble peuplé de personnages grotesques, hargneux et jaloux qui reprochent à l’écrivain sa réussite mais aussi les livres qu’il a écrit sur son village natal. Entre drôlerie et cruauté, le voyage de Daniel finit par tourner au cauchemar et au règlement de compte.
  • L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki : Deux destins se croisent dans le dernier film d’Aki Kaurismäki : Khaled qui fuit la Syrie et les bombardements d’Alep et Wikström qui fuit sa femme et sa vie de vrp de chemises. Tous deux reprennent tout à zéro. Khaled demande le droit d’asile à la Finlande. Wikström rachète un restaurant. C’est là que les deux hommes vont se côtoyer. On retrouve avec plaisir le charme rétro de l’univers de Kaurismäki, son humour pince-sans-rire, son économie dans les dialogues, le burlesque et son amour pour les vieux rockeurs finlandais. Ce qui est au centre de « L’autre côté de l’espoir », c’est l’humanité et l’entre-aide. La terrible situation de Khaled est balayée d’un revers de main par l’administration, il est impossible d’accueillir tous les réfugiés et c’est bien l’altruisme qui peut encore nous donner de l’espoir.
  • Chez nous de Lucas Belvaux : Pauline est infirmière dans le nord de la France , près de Lens. Son quotidien se déroule dans la précarité, la solitude de ceux qu’elle soigne à domicile. A l’approche de l’élection locale, Pauline est approchée par l’ancien médecin de la ville. Ce dernier lui propose de se présenter sous les couleurs du Bloc Patriotique, le parti populiste. Le film de Lucas Belvaux démonte les fonctionnements de l’adhésion à ce type de parti. Les mécanismes sont bien visibles, compréhensibles. Ils le sont peut-être un peu trop. Le côté pédagogique enlève du romanesque au film. Il n’en reste pas moins que « Chez nous » est un film nécessaire surtout au vue des différents sondages annonçant les résultats du premier tour de l’élection présidentielle.
  • Rock’n’roll de Guillaume Canet : Guillaume Canet se pose des questions sur son âge et sa vie tranquille après que sa nouvelle partenaire de tournage lui ait avoué qu’elle le trouvait plutôt dépassé et pas du tout rock’n’roll. L’acteur remet alors toute sa vie en question et commence à ausculter ses rides avec fièvre. Il fallait oser réaliser un film aussi proche de son quotidien où l’on se traite avec autant de férocité. Guillaume Canet se malmène, n’a pas peur du ridicule et n’hésite pas à nous faire rire à ses dépends. Il fustige cette mode de la jeunesse qui nous culpabilise tous lorsqu’une ride ou un cheveu blanc apparaissent. Marion Cotillard est extrêmement drôle dans son rôle d’actrice obsessionnelle et perfectionniste. Le seul défaut du film est que Guillaume Canet semble avoir du mal à l’achever, la fin possède certaines longueurs qui gâchent un peu le reste du film.
  • Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa : Jean arrive dans une grande maison de la banlieue parisienne. Il s’agit de son nouveau lieu de travail. Il doit seconder Stéphane, un photographe de mode. Celui-ci réalise également des portraits, inspirés du 19ème siècle, grandeur nature en daguerréotype mais uniquement de sa fille Marie. La photo parfaite demande de très longs et harassants temps poses. Une atmosphère inquiétante et mystérieuse entoure le père et la fille. L’ambiance spectrale est sans doute la plus grande réussite du film. Ce qui ne se voit pas est ce qui effraie le plus et Kiyoshi Kurosawa maitrise cela à la perfection. Mais le film est trop long (2h10), beaucoup trop long et on se lasse de cette histoire de fantômes qui n’en finit pas. De même, l’idée des portraits grandeur nature était très belle mais elle ne me semble pas être exploitée jusqu’au bout.

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Bilan livresque et films de février

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Un mois de lecture qui fut bien rempli avec le formidable nouveau roman de Tanguy Viel, la découverte de deux auteurs italiens (Vitaliano Brancati et Marco Balzano) et de deux jeunes auteures françaises dont je vous reparle vite (Blandine Rinkel et Julia Kerninon), mon cher et malicieux Donald Westlake était également au rendez-vous ainsi que deux de mes auteurs favoris : Henry James et Virginia Woolf vue par Léonard.

Beaucoup de films très intéressants et originaux mais finalement un seul coup de cœur :

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Buster Moon doit sauver le théâtre que son père lui avait offert. Il a dédié sa vie à la scène et est prêt à tout pour continuer. Il a alors l’idée d’un grand concours de chant pour trouver de nouveaux talents et monter un spectacle qui le sauvera de la ruine. La scène du casting est bien entendu drôlissime puisque le spires numéros défilent. Heureusement pour Buster, certains ont un talent fou : une jeune porc-épic rock’n’roll, un gorille fatigué de jouer les cambrioleur dans la bande de son père, une maman cochon qui veut être plus qu’une mère au foyer, une souris talentueuse et arrogante et surtout une éléphante adolescente et timide (je vous laisse faire la connaissance de Gunther, le deuxième cochon de la bande dont les prestations valent le détour !). Les personnages sont attachants, drôles. Le film est rythmé, enjoué et on s’y amuse beaucoup.

Et sinon :

  • Compte tes blessures de Morgan Simon : Vincent est chanteur dans un groupe de rock post-hardcore. Son dernier tatouage représente sa mère et son père. Depuis le décès de la première, les relations père-fils sont plus que tendues. Vincent reproche à son père de toujours le rabaisser. Les choses se compliquent encore plus lorsque le père emmène sa toute jeune petite amie chez lui. « Compte tes blessures » est l’histoire d’une émancipation brutale. Le film est violent dans les sentiments et les situations qu’il montre. Un vrai complexe d’œdipe qui s’achèvera dans une scène surprenante et qui met le spectateur mal à l’aise. Le film doit évidemment beaucoup à ses deux acteurs principaux : le toujours formidable et talentueux Kevin Azaïs et Nathan Willcocks qui joue ce père incapable de gérer ses sentiments envers son fils.
  • Dans la forêt de Gilles Marchand : Benjamin et Tom sont invités à passer des vacances en Suède chez leur père qu’ils n’ont pas vu depuis un an. D’emblée, le père paraît étrange. Assez mutique, il révèle à Tom qu’il ne dort jamais. Sur un coup de tête, il décide d’emmener ses deux fils en forêt dans un maison abandonnée. Le site est splendide mais l’atmosphère devient de plus en plus tendue et électrique entre les trois membres de la famille. Gilles Marchand joue ici avec nos peurs d’enfants : peur des bruits de la forêt, du noir, des cauchemars. Son intrigue fleurte sans cesse avec le fantastique :  le père dit à Tom qu’il possède un don pour lire dans les pensées ; un homme au visage troué apparaît comme un ogre au jeune garçon. L’atmosphère inquiétante est parfaitement bien rendue avec peu d’effets. Il faut également souligner les formidables prestations de Jeremy Elkaïm, terrifiant père de famille au psychisme troublé, et des deux enfants qui l’accompagnent.
  • Nocturnal animals de Tom Ford : Susan est une riche galeriste de Los Angeles. Sa vie professionnelle semble l’ennuyer, son enthousiasme s’est éteint. Au niveau personnel, elle ne fait que croiser son mari qui fatalement la trompe. Susan reçoit alors le manuscrit du premier roman de son ex-mari dont elle critiquait le manque d’ambition. La vie de Susan et l’intrigue du roman s’entrecroisent à l’écran. Comme dans « A single man », l’esthétique de Tom Ford est extrêmement travaillée, glacée ce qui correspond parfaitement au personnage superbement interprété par Amy Adams. Le portrait de femme est terrible. Susan est cynique et froide. Mais la lecture du roman va terminer de la briser. Le film est parfaitement maîtrisé, le casting est impressionnant (Jake Gyllenhaal, Michael Shannon) mais j’aurais préféré qu’il existe plus de liens entre la vie d’Amy et l’intrigue du roman, un peu plus d’interdépendance entre les eux aurait rendu le film plus fort.
  • Jackie de Pablo Larrain : Le 22 novembre 1963, à Dallas, J.F. Kennedy est assassiné. Les images sont gravées à jamais dans l’imaginaire collectif comme celles de son enterrement à Washington. Ce que montre le film du chilien Pablo Larrain, c’est l’envers du décor de ces deux événements. Jackie Kennedy construit en quelques jours la légende de son mari, de son couple. Le réalisateur restitue à l’aide d’images d’archives, de flash-back ces heures décisives dans la vie de Jackie. Natalie Portman interprète Jackie Kennedy, elle est de tous les plans, on ne la lâche pas une seconde. Sa prestation est étonnante et oscille sans cesse entre fragilité et force. Le film, peut-être un peu froid, montre bien la force des images et l’importance croissante de la communication en politique.

Bilan livresque et films de janvier

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Des classiques de la littérature, des bandes dessinées, de la littérature jeunesse, des romans policiers, voilà une année 2017 qui débute sous de très bons auspices ! Ma PAL est au beau fixe, elle n’avait pas été aussi dodue depuis longtemps ! Je ne prendrai pas de bonnes résolutions, ne m’imposerai pas de défi pour la faire baisser, il semble que tout cela n’est pas beaucoup d’effet…Mais ce n’est pas pour autant que l’augmentation doit continuer !

L’année cinématographique commence également très bien :

Mes coups de cœur :

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Après le formidable « Whiplash », Damien Chazelle s’essaie à la comédie musicale. Dans son dernier film, il rend hommage à l’âge d’or des comédies musicales américaines mais également à Jacques Demy (ce qui est très visible dans la scène d’ouverture qui évoque celle des « Demoiselles de Rochefort »). A Los Angeles, Mia (Emma Stone) et Seb (Ryan Gosling) voient leur vocation contrariée. La jeune femme est serveuse en attendant d’être repérée dans un casting. Seb est musicien de jazz, un puriste qui est incapable de jouer autre chose et qui se fait renvoyer systématiquement des clubs où il travaille. Il voudrait créer son propre club. Les deux vont se croiser, se disputer, s’aimer et s’éloigner. Le film de Damien Chazelle est un véritable tourbillon de couleurs, de chants et de musique.  Mais le jeune réalisateur n’en oublie pas la mélancolie, la désillusion que l’on trouvait chez Jacques Demy. Emma Stone et Ryan Gosling sont époustouflants et fragiles. Je suis ressortie enchantée de la projection.

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Restons dans la musique et le jazz avec ce biopic consacré au trompettiste Chet Baker. Los Angeles, 1966, Chet Baker se fait broyer la mâchoire par son dealer à qui il doit énormément d’argent. Grâce à l’amour d’une actrice, Chet réapprend à jouer de la trompette malgré son dentier, malgré la douleur. C’est le moment de sa résurrection, son obstination et son abstinence lui permettent de rejouer et d’enregistrer un disque. Mais il est loin du niveau qu’il voudrait atteindre, celui de Miles Davis ou de Dizzy Gillespie qu’il a vus jouer au Birdland de New York. Ethan Hawke est de tous les plans, il ne quitte jamais l’écran et il est habité par son rôle. Il sait rendre à merveille la fragilité, la fébrilité de cet homme qui semble être un ange déchu, cramé. Chet Baker sans l’héroïne, est-il toujours Chet Baker ? C’est la question qui lui revient sans cesse en tête.

Et sinon :

  • Paterson de Jim Jarmusch : Paterson (Adam Driver) est conducteur de bus à…Paterson ! Il est également poète. Il prend sans cesse des notes, écrit en vers libres sur son quotidien, sur ce qui l’entoure. Il est marié à Laura (Golshifteh Farahani) qui ne travaille pas mais passe ses journées à créer de nouveaux imprimés (en noir et blanc uniquement), de nouveaux cupcakes. Elle est prise par une frénésie de créativité qui la pousse également à apprendre la guitare. Il y a aussi Marvin, le bouledogue anglais, bourru et envahissant qui se dispute les attentions de Laura avec Paterson. Jarmusch nous montre une semaine dans la vie de ce couple, c’est lent, c’est beau comme un poème. Ce sont les infimes variations qui intéressent le réalisateur, les petits riens du quotidiens qui peuvent être sublimés dans une oeuvre d’art. « Paterson » est un film intemporel, doux et méditatif comme son personnage central.
  •  Ouvert la nuit de Edouard Baer : Luigi (Edouard Baer) dirige un théâtre à côté des Champs Elysées. L’argent manque, les techniciens décident de faire grève tant qu’ils n’auront pas été payés. Luigi va devoir aller quémander de l’argent mais également trouver un singe pour jouer dans la pièce de son metteur en scène japonais. C’est alors une véritable traversée de Paris que va effectuer Luigi accompagné d’une stagiaire du théâtre (Sabrina Ouazani). Ce film est à l’image des spectacles d’Edouard Baer : barré, foutraque, débordant d’énergie et d’humour. C’est un hymne à la vie en troupe (on retrouve d’ailleurs celle des spectacles), au hasard des rencontres, à la vie la nuit et à Paris. Le charme et le grain de folie d’Edouard Baer séduisent et nous emportent.
  • Neruda de Pablo Larrain : A la fin des années 40, Pablo Neruda (Luis Gnecco) est jugé comme traître par le gouvernement populiste en place au Chili. Il doit fuir. A ses trousses est lancé un policier étrange et fantasque (Gael Garcia Bernal). Pablo Larrain recrée la fuite du poète communiste de manière poétique et c’est bien un hommage à l’imaginaire de Neruda qui est rendu à travers ce film. Le poète se montre capricieux, jouisseur invétéré mais son charisme l’emporte toujours. Même si le projet est intéressant, je dois avouer être restée en dehors du film.