Atelier d’écriture n° 272

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Coincée au milieu de nulle part, un jour comme aujourd’hui. Ce n’est pas tout à fait ce à quoi j’avais rêvé. Et tous les autres qui sont encore en train de faire la fête, ils doivent être attablés à cette heure-ci pour le repas du lendemain. Comme j’aimerais être parmi eux plutôt que sur cette route à l’ordonnancement tellement parfait qu’il en devenait angoissant. Pas un brin d’herbe qui dépasse ou qui jaunit, les arbres sont parfaitement alignés. Ce paysage semble d’autant plus irréel qu’il n’y a pas trace de présence humaine, pas d’habitation à l’horizon, pas d’autres voitures et le réseau mobile est totalement en rade.

Et à propos de présence humaine, il est passé où mon mari ? C’est étrange de l’appeler comme ça. Je suppose qu’il me faudra un temps d’adaptation. Il devait s’arrêter pour soulager sa vessie, j’ai l’impression qu’il est parti depuis des heures à la recherche d’un coin tranquille. Je ne sais pas pourquoi il voulait se cacher, il n’y a personne ici !

Je le retiens mon mari avec ses idées à la con ! C’était gentil de louer une coccinelle, j’ai toujours rêvé d’en avoir une. Mais faire Lille-Marseille avec, parce prendre son temps, c’est romantique, là je dis stop ! Nous sommes partis tôt ce matin, je crois que nous sommes vers Tours et je n’en peux plus. Je rêve des plages de la Corse où nous devons passer notre lune de miel….Y arriverons-nous un jour ?

Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il ne s’est quand même pas perdu dans ce champ d’herbe ! Je ne peux même pas l’appeler pour savoir où il est. Non mais franchement de quoi j’ai l’air plantée au bord de la route…Franchement, elle commence bien ma nouvelle vie !

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Atelier d’écriture n°270

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Le silence des fonds marins. Juste perturbé par les bulles frénétiques projetées par son détendeur. Son guide lui faisait signe d’approcher. Des étoiles de mer gisaient tranquillement sur des rochers noirs. Un spectacle splendide !

Emma s’était levée à l’aube pour participer à cette activité de découverte des fonds marins de Tahiti. Elle s’était glissée délicatement en dehors du lit où dormait encore Matthieu. Elle avait préparé un sac la veille pendant que son mari était dans la salle de bain. Mariée depuis un mois et déjà obligée de faire des cachotteries ! Emma et Matthieu étaient en lune de miel depuis cinq jours et ce dernier avait systématiquement refusé toutes les activités proposées. Impossible de le faire quitter le giron de l’hôtel et sa plage privative…et il fallait qu’elle reste à ses côtés ! Emma était dépitée, pourquoi avait-il accepté de voyager si loin si c’était pour rester à l’hôtel ? Elle n’allait quand même pas se priver alors qu’elle n’aurait peut-être plus jamais l’occasion de revenir ici.

Elle était donc sortie en catimini de la chambre, ses baskets à la main et sans laisser de mot à son récent mari. Il faudra bien qu’il s’habitue à ne pas la voir à ses côtés en permanence.

Admirant les couleurs éclatantes du fond marin, Emma pensait au surprenant manque de curiosité de Matthieu. Elle s’attardait sous l’eau, n’avait pas envie de sortir de cette bulle enchanteresse. Le mariage s’était décidé si rapidement. Elle s’était totalement laissée emportée par ses sentiments mais connaissait-elle réellement l’homme à côté de qui elle allait devoir se réveiller chaque matin ? N’avait-elle pas fait une grosse erreur ? Elle se laissait porter par l’eau, elle examinerait la question plus tard.

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Atelier d’écriture : Une photo quelques mots (258)

2692997419_f696523514_o-700x525© Fred Hedin

Chaque matin, je scrute la vue de ma fenêtre, petit rectangle qui délimite et cadre mon horizon. J’observe les saisons qui se succèdent, le ciel qui se dégage, devient de plus en plus bleu et qui, insensiblement, retourne au gris.

Je mesure le temps qui passe, il file si lentement que, sans ma vue, j’aurais l’impression d’être coincée dans une bulle atemporelle. Les jours se ressemblent, leur monotonie m’engourdit. Mais ma fenêtre me réveille. J’imagine ce que les autres font sous la pluie, sous le soleil. Je m’interroge sur les habitants de la maison au toit rouge. Qui peut bien vivre dans une telle maison ?

Depuis 15 ans, je leur ai inventé mille vies, mille métiers, mille péripéties. Hier, le couple de locataires était des ethnologues spécialistes de l’Afrique, toujours en partance, sans enfants. Ils reviennent ici, la maison est leur point de repère, leur point d’attache. Avant-hier, ils étaient plus ordinaires, le mari était un peintre en bâtiment daltonien d’où la couleur étonnante du toit !

Je laisse mon imagination divaguer devant ma fenêtre. Mon esprit s’évade loin, si loin.

Demain, je ne pourrai plus plonger mon regard par cette fenêtre. Demain, je rejoins le monde, je quitte la prison. Oserai-je aller sonner à la maison au toit rouge pour en rencontrer les locataires ?

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Atelier d’écriture : Une photo quelques mots (257)

church© Emma Jane Browne

Notre père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne arrive, que…que…zut, c’est quoi déjà la suite ? Ah oui, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel…Pas la peine de me creuser la cervelle, je ne me souviendrai pas de la suite. J’aurais mieux fait d’être attentif au catéchisme plutôt que de faire les yeux doux à Catherine.

Enfin, il faut bien être honnête, c’est un peu tard pour me mettre à la religion. Même s’il y a quelqu’un là-haut, je doute qu’il me trouve crédible. Pas sûr qu’il soit très clément avec un impie comme moi.

Faut dire que cette fois-ci, j’y suis allé un peu fort côté péché. D’ailleurs, faudrait que j’accélère ma prière, ils ne vont pas tarder à me trouver. Me cacher dans une église… comme si cela pouvait me protéger… ça ne les arrête plus les flics de nos jours ! Me faire cueillir sur un prie-dieu, je trouverais ça presque cocasse !

Faut être honnête, je n’ai rien fait pour brouiller les pistes, j’ai agi sur un coup de tête. C’est bien la première fois que je suis si impulsif, j’suis plutôt un garçon posé en temps normal. Mais là, j’ai vraiment déconné, j’ai dépassé les bornes. Mais que voulez-vous, j’étais totalement à bout.

Toute une vie à devoir supporter les goûts de Catherine : Jean-Pierre Pernault le midi, Patrick Sébastien le samedi soir, Michel Drucker le dimanche après-midi. J’ai voulu lui faire plaisir au début, mon père me disait que pour faire durer un mariage il fallait savoir faire des concessions. On peut dire que j’en ai fait mais une fois l’engrenage enclenché, impossible de revenir en arrière. Je ne dis pas que j’aurais voulu regarder Arte toute la journée mais un peu de culture, de réflexion, ça m’aurait fait du bien.

La goutte d’eau, ça a été lorsqu’elle a voulu m’obliger à dîner en regardant l’émission d’Hanouna. Là, c’était trop, je n’ai pas supporté. J’ai attrapé ce que j’avais sous la main et j’ai frappé Catherine. Manque de pot, c’est avec une poêle en fonte que je l’ai assommée, ou plutôt tuée.

Notre père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne arrive, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel….

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Atelier d’écriture : Une photo quelques mots (254)

17583389078_1e77c34732_b© Fred Hedin

Antoine finit d’avaler rapidement son café. Il remonta la fermeture éclair de sa combinaison et rejoignit les autres. Cela faisait quinze jours qu’ils étaient sur ce chantier. Rien de palpitant pour le moment, Antoine et son équipe étaient plutôt déçus. Pourtant, Antoine avait étudié les archives et l’endroit avait bien été un lieu d’habitation. Il y avait trace d’immeubles de plusieurs étages, de maisons individuelles.

Il est vrai qu’après la grande sècheresse, les territoires s’étaient peu à peu dépeuplés. Les hommes s’étaient inventés de nouvelles habitations, ils s’étaient regroupés dans les grandes bulles pour y reconstituer une atmosphère plus vivable. D’autres avaient choisi de s’exiler dans l’espace pour coloniser d’autres planètes.

C’est en 2230 qu’avaient été lancées les premières campagnes archéologiques dans les zones désertées. Ce n’était pas le premier chantier d’Antoine mais cette fois il en était le responsable. Et il aurait bien aimé trouver quelques objets intéressants à faire valoir pour sa carrière.

A la fin de la journée, les espérances d’Antoine furent récompensées : une habitation du type maison était mise à jour. Elle était restée quasiment intacte suite au départ de ses habitants : des meubles, des vêtements, de la vaisselle, etc… Quelle formidable découverte sur le mode des vies des hommes vers 2050 ! Mieux encore, une pièce semblait servir de débarras, elle était remplie d’objets hétéroclites et étonnants. Deux d’entre eux ressemblaient vaguement à de vieux ordinateurs. Extraordinaire ! Au premier coup d’œil, Antoine pensait qu’ils dataient de la deuxième moitié du 20ème siècle. Son équipe avait du travail en perspective pour analyser et répertorier ces objets.

Antoine était heureux. Il allait peut-être laisser son nom dans l’histoire de l’archéologie urbaine.

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Atelier d’écriture : Une photo quelques mots (254)

16114850_874629149307218_3889298951964704245_n-700x295© Julien Ribot

Chaque jour des flots de passagers ses déversent dans cette gare. Chaque jour, j’observe ces vies qui se croisent et se frôlent. Le mouvement est incessant, continu, immuable. Il y a ceux qui partent en vacances, heureux et embarrassés par tous leurs bagages, leurs enfants, leurs animaux de compagnie ; ceux qui reviennent la mélancolie des jours passés aux coins des yeux ; ceux qui partent juste la journée pour travailler engoncés dans leurs costumes-cravates ; ceux qui cherchent seulement un endroit chaud pour s’abriter.

Je les vois s’agiter à mes pieds, trépigner devant le tableau d’affichage, courir sur le quai transpirant la peur de manquer leurs trains, je vois les enfants pleurer d’impatience, les contrôleurs et les chauffeurs se mettre en place. Les relay s’emplissent de gens qui s’inquiètent par avance de la durée de leur trajet, qui cherchent à fuir l’ennui, la contemplation du paysage, déjà pressés d’être arrivés.

Et c’est moi qui dirige ce ballet, moi qui suis responsable de leurs mouvements, de leurs mécontentements et de leurs impatiences. Je les guide, je les oriente, je les informe. Je suis la voix de la gare.

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Une photo, des mots (246eme) – Atelier d’écriture de Leiloona

kot-photo-beaubourg© Kot

Un M, un H, un D, je vois même un A sur le côté… des initiales ? Un message codé ? Je ne vois pas… Ça ressemble à l’écriture cunéiforme, peut-être que l’artiste a voulu rendre un hommage à l’écriture à travers l’histoire… Voyons le titre de l’œuvre, le cartel indique « Vécu de conscience ». Je ne peux pas dire que ça m’aide beaucoup à comprendre le sens de l’œuvre, bien au contraire, je suis plongée dans des abîmes de perplexité.

Je fais le tour de l’œuvre, j’essaie de trouver de nouvelles perspective pour la regarder, la comprendre mais rien n’y fait, le sens de cette sculpture reste totalement opaque. L’éclairage projette une longue ombre portée sur laquelle les autres visiteurs n’osent pas marcher, comme si celle-ci faisait partie intégrante du travail de l’artiste. Peut-être ont-ils raison d’ailleurs, peut-être ont-ils compris ce qui m’échappe.

Je m’approche des autres personnes dans la salle, je tends l’oreille :

« Profond, c’est vraiment très profond. C’est toute la quintessence de l’âme humaine que l’artiste a réussi à fixer dans son œuvre. »

« C’est vraiment son chef-d’œuvre. J’ai vu la rétrospective qui lui était consacrée à Bâle l’année dernière et ce que nous vous avons devant les yeux dépasse tout ce que j’y ai vu. »

« Écoute, je ne la comprends plus. Elle voulait à tout prix que Barnabé revienne et maintenant qu’il est là, elle est malheureuse. »

« Je ne comprends pas pourquoi tu t’obstines à m’emmener dans ce genre d’expositions, tu sais parfaitement à quel point l’art contemporain m’insupporte ! Allez, ça suffit, je te retrouve à la sortie. »

Finalement, je suis contente de m’être déplacée, à défaut d’avoir compris cette sculpture, j’aurais assisté à une jolie comédie humaine !

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