Broadway limited – 1. Un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh

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C’est sur un malentendu que Jocelyn Brouillard se trouve admis à séjourner dans la Pension Giboulée à New York. Mrs Merle, la propriétaire, pensait que Jocelyn était un prénom féminin et sa pension n’accepte pas les garçons. Mais l’habileté de Jocelyn et les talents culinaires de sa mère vont lui permettre de s’installer au sous-sol. Nous sommes en 1948 et Jocelyn a traversé l’Atlantique pour poursuivre ses études de pianiste. Et la Pension Giboulée le plonge immédiatement dans le milieu artistique. Les jeunes femmes qui y vivent sont des apprenties danseuses, comédiennes qui courent les auditions. Jocelyn se retrouve emporte dans le tourbillon de leurs vies. C’est par leurs yeux qu’il découvre New York et grâce à elles qu’il va peu à peu devenir adulte.

« Broadway limited – 1. Un dîner avec Cary Grant » est le premier volume d’un diptyque et c’est un régal. Malika Ferdjoukh a l’art de créer des ambiances et de nous y emporter. Nous sommes ici dans le New York de la fin des années 40, entre Halloween et Noël. L’atmosphère est pétillante, entraînante, romantique et mélancolique à la fois. C’est un roman qui évoque les comédies américaines de cette époque. Malika Ferdjoukh glisse beaucoup de références au cinéma qui est une grande passion pour elle. L’écriture de l’auteure est d’ailleurs très cinématographique, très détaillée et nous permet de totalement nous plonger dans son récit.

Malika Ferdjoukh a également un talent fou pour créer des personnages attachants. Bien entendu, « Broadway limited » est le roman d’apprentissage de Jocelyn qui découvre la vie, l’amour à New York. Mais le jeune homme est entouré d’une galaxie de jeunes femmes toutes plus touchantes les unes que les autres : Manhattan qui court les castings et y croise la jeune Grace Kelly, Chic qui enchaîne les spots publicitaires et n’en peut plus de la soupe Campbell, Page qui est amoureuse d’un critique beaucoup plus âgé qu’elle, Dido la militante de gauche qui entraîne Jocelyn dans des manifestations et Hadley, la plus surprenante et mystérieuse de la pension. Encore une fois, Malika Ferdjoukh nous fait partager le quotidien d’une fratrie comme dans « Fais-moi peur » ou « Quatre sœurs » (je n’ai lu pour le moment que son adaptation en bande-dessinée par Cati Baur). Ici, c’est une fratrie recomposée, une fratrie née de l’amitié des uns pour les autres. Mais la cohésion est forte au sein de la pension, chacun est là pour soutenir, pour consoler l’autre. Il y a , comme toujours avec cette auteure, beaucoup d’humanité et de tendresse envers ses personnages.

« Broadway limited » est un roman que je vous conseille chaleureusement comme il me l’a été par mes copines Emjy et Claire. Un roman tourbillonnant, enchanteur qui nous entraîne dans la magie du New York de la fin des 40’s aux côtés de jeunes gens pleins de talents, de passion et d’espoir. Un délice !

L’appel de Portobello Road de Jérôme Attal

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Auteur-compositeur, Ethan Collas a du mal à percer dans le métier. Son plus grand succès est le jingle de la météo sur une obscure chaîne de t.v. Les déceptions professionnelles et personnelles s’enchaînent aussi rapidement qu’Ethan perd ses cheveux. Mais un coup de fil va changer le cours morose de sa vie. En pleine nuit, le téléphone à cadran, acheté à Portobello Road, se met à sonner. Pourtant il s’agit d’un objet décoratif…au bout du fil, Ethan entend la voix de ses parents qui sont décédés depuis plusieurs années. Plus étonnant encore sont les derniers mots prononcés par sa mère : « On voulait te demander, papa et moi, si tu pouvais dire à ta sœur qu’on pense à elle tous les jours. » Le problème, c’est que Ethan est fils unique. Une tempête se déclenche sous son crâne : une sœur dont il n’aurait jamais entendu parler ? Ses parents auraient-ils pu lui mentir pendant tant d’années ? Ethan farfouille dans sa mémoire, dans les photos de famille, aucune trace d’une quelconque sœur. C’est alors à bord d’une spitfire jaune décapotable que Ethan part à la recherche de cette mystérieuse sœur.

Le dernier roman de Jérôme Attal se déguste comme un bonbon acidulé et pop à l’image de sa couverture évoquant Roy Lichtenstein. C’est un road-book qui nous entraîne à la poursuite d’une énigme, de l’enfance d’Ethan et nous emmène jusqu’en Belgique, dans les environs de Ath dans une fabrique de porcelaine nommée « Somewhere over the tea pot ». Dans son périple, Ethan va croiser de très nombreux personnages qui enchantent le lecteur par leur fantaisie : tante Sylviane qui prend du jambon fumé pour du saumon fumé, Sébastien, le meilleur ami, amoureux des filles des Yvelines, des pom-pom girls délurées venant de Tchéquie, des routiers qui sont les seuls à connaître le jingle créé par Ethan, Bison Bogaerts qui organise des fêtes irréelles dans un institut de jeunes filles catholiques désaffecté mais l’on croise aussi une tarte au riz partagée avec convivialité et une tartelette aux pommes Poilâne trop longtemps oubliée dans la poche d’un blouson de cuir noir !

Décalé, farfelu, surréaliste (et du coup, assez belge !), « Portobello road » est aussi un bel hommage à la famille, à ceux qui nous manquent et dont on aimerait tant encore entendre la voix. Jérôme Attal garde toujours un pied dans l’enfance, dans sa légèreté et sa naïveté. Cela lui permet d’enchanter le quotidien, de le poétiser par son écriture. Le monde qu’il se crée en devient plus acceptable que celui dans le lequel nous vivons où il faut sans cesse se battre même si l’on a pas la mentalité pour ça.

« Et si c’était juste une façon d’échapper à toute cette merde qui ne mène nulle part ? demanda Ethan. Le succès qui ne vient pas. Les histoires d’amour. Le deuil des choses douces. La tendresse qui ne reviendra plus. Les impasses au quotidien. » Et si Jérôme Attal nous offrait là une belle définition de la littérature et de la lecture ? « Portobello Road » nous offre une manière fantaisiste et tendre d’échapper à tout ça, une pause dans nos vies bousculées.

Merci aux éditions Robert-Laffont et à Jérôme pour sa charmante dédicace.

Agatha Raisin and the vicious vet de M.C. Beaton

Agatha revient bien mécontente de ses vacances au soleil : elle pensait y retrouver James Lacey, son charmant voisin. Mais celui-ci a décidé de changer de destination en apprenant celle d’Agatha ! Heureusement pour cette dernière, un nouvel homme ténébreux fait son apparition à Carsely : Paul Bladen, le nouveau vétérinaire. Étonnamment, tous les animaux de compagnie des habitantes du village ont des problèmes de santé et la salle d’attente de Paul Bladen ne désemplit pas. Agatha a le privilège d’obtenir un rendez-vous au restaurant. Malheureusement, la neige empêche notre sémillante cinquantenaire de se rendre au rendez-vous. Le lendemain, Paul Bladen trouve la mort, il succombe à une injection de tranquillisant destiné initialement à un cheval. Agatha flaire le crime et se met donc à interroger ses voisins sur les secrets du beau vétérinaire. James Lacey se joint alors à elle pour mener l’enquête.

C’est un plaisir de retrouver Agatha Raisin dans le deuxième tome de ses aventures. Le personnage est toujours aussi drôle, toujours aussi maladroit (la scène dans les toilettes d’un pub est digne de Pierre Richard !), elle est toujours en quête d’un homme pour partager son quotidien campagnard et elle a toujours le don de se fourrer son nez là où il ne faut pas. De plus, le personnage devient de plus en plus attachant, elle se montre ici plus vulnérable, plus fragile.

L’enquête policière est plus aboutie que dans le premier tome qui servait de présentation des lieux et des habitants du village. Ici, l’auteur nous entraîne de fausses pistes en fausses pistes jusqu’à la résolution finale. Agatha n’enquête cette fois pas seule puisque James Lacey l’accompagne. Ce dernier trouve ce prétexte pour échapper à l’écriture d’un livre historique qui l’ennuie. Je ne sais pas si le duo va perdurer dans les tomes suivants mais il fonctionne parfaitement bien.

Ce qui est également plaisant dans ce tome, c’est le fait qu’Agatha commence à apprécier sa vie retirée dans les Cotswold. Lorsqu’elle vit un moment difficile, tout le village se mobilise pour la soutenir et l’entourer. Notre héroïne si snob dans le premier tome, réalise les avantages de la proximité et de l’amitié du voisinage et sent toute la chaleur que peut lui procurer la vie à Carsely. « Agatha Raisin and the vicious vet » marque le début de l’intégration de notre cinquantenaire à la campagne.

Toujours aussi anglais, toujours aussi drôle, ce deuxième tome installe et approfondit le personnage d’Agatha Raisin. Ce roman accompagnera parfaitement votre cream tea !!!

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Bilan livresque et films de mars

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Le mois de mars m’aura offert une belle pépite, un OLNI : « Le séducteur » de Jan Kjaerstad que je vous encourage vivement à ouvrir. Malheureusement, il faudra être très, très patient pour découvrir la suite qui n’est pas encore traduite. J’ai renoué avec le roman noir grâce à l’excellent « 911 » de Shannon Burke sélectionné pour le Prix du polar SNCF, avec Péneloppe Bagieu et le premier tome de sa bande-dessinée féministe, avec la charmante et drôle Agatha Raisin, avec mon cher Jérôme Attal dont je vous parle très rapidement et avec Irène Nemirovsky et son grinçant « Bal ».

Une belle moisson de films pour ce mois de mars :

Mes coups de cœur :

Un saut dans une piscine pas assez remplie fait basculer la vie de Ben qui se retrouve « tétraplégique incomplet ». On le suit de son réveil à l’hôpital au centre de rééducation. Fort heureusement, Ben va recouvrir petit à petit de la mobilité. Mais lui, qui rêvait de s’inscrire en STAPS, devra dire adieu à ses ambitions sportives. Ben c’est bien entendu Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade. Le film est tiré de son livre. « Patients » sonne extrêmement juste. Grand Corps Malade et Mehdi Idir réussissent à éviter l’apitoiement, le voyeurisme et le mièvre. Mieux, ils nous font rire de l’infortune de cette bande de jeunes handicapés. La vanne est monnaie courante, chacun n’hésitant pas à chambrer les copains. « Patients » est un film d’une grande humanité qui rend également hommage au personnel médical qui accompagne au quotidien ces accidentés de la vie.

A Santa Barbara, en 1979, Dorothea éprouve des difficultés à élever son fils, Jamie, qui a 14 ans. Elle l’a eu tard, a maintenant la cinquantaine et est divorcée. Son fils lui reproche de se complaire dans sa solitude. Dorothea ne vit pourtant pas tout à fait seule, elle loue des chambres dans sa maison en rénovation : Abbie, une artiste trentenaire atteinte d’un cancer, William, l’homme à tout faire encore hippie. Il y aussi Julie, une voisine qui s’incruste régulièrement. Dorothea va demander à tout ce petit monde de l’aider à élever Jamie. « 20th century women » est le récit d’un changement d’époque, fini l’insouciance des années 70, le libéralisme va bientôt s’installer. C’est surtout un magnifique portrait de femme, Dorothea, qui est aussi émouvante qu’agaçante, aussi permissive que strict. Une femme complexe qui tente de donner la meilleure éducation possible à son fils et qui est magnifiquement interprétée par Annette Bening. Tout le casting est d’ailleurs parfait, les acteurs incarnent avec justesse ce patchwork de personnalités.

Et sinon :

  • Citoyen d’honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat : Le romancier Daniel Mantovani reçoit le prix Nobel. Son discours de remerciements n’en est pas vraiment un puisqu’il regrette ce qui prix qui signifie qu’il est devenu académique et respectable. Pour essayer de retrouver les origines de son écriture, il décide de retourner dans son village natal en Argentine où il n’avait pas remis les pieds depuis quarante ans. Son village compte célébrer dignement le retour de l’enfant prodigue. Rapidement, on comprend pourquoi Daniel n’était jamais revenu. Le village semble peuplé de personnages grotesques, hargneux et jaloux qui reprochent à l’écrivain sa réussite mais aussi les livres qu’il a écrit sur son village natal. Entre drôlerie et cruauté, le voyage de Daniel finit par tourner au cauchemar et au règlement de compte.
  • L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki : Deux destins se croisent dans le dernier film d’Aki Kaurismäki : Khaled qui fuit la Syrie et les bombardements d’Alep et Wikström qui fuit sa femme et sa vie de vrp de chemises. Tous deux reprennent tout à zéro. Khaled demande le droit d’asile à la Finlande. Wikström rachète un restaurant. C’est là que les deux hommes vont se côtoyer. On retrouve avec plaisir le charme rétro de l’univers de Kaurismäki, son humour pince-sans-rire, son économie dans les dialogues, le burlesque et son amour pour les vieux rockeurs finlandais. Ce qui est au centre de « L’autre côté de l’espoir », c’est l’humanité et l’entre-aide. La terrible situation de Khaled est balayée d’un revers de main par l’administration, il est impossible d’accueillir tous les réfugiés et c’est bien l’altruisme qui peut encore nous donner de l’espoir.
  • Chez nous de Lucas Belvaux : Pauline est infirmière dans le nord de la France , près de Lens. Son quotidien se déroule dans la précarité, la solitude de ceux qu’elle soigne à domicile. A l’approche de l’élection locale, Pauline est approchée par l’ancien médecin de la ville. Ce dernier lui propose de se présenter sous les couleurs du Bloc Patriotique, le parti populiste. Le film de Lucas Belvaux démonte les fonctionnements de l’adhésion à ce type de parti. Les mécanismes sont bien visibles, compréhensibles. Ils le sont peut-être un peu trop. Le côté pédagogique enlève du romanesque au film. Il n’en reste pas moins que « Chez nous » est un film nécessaire surtout au vue des différents sondages annonçant les résultats du premier tour de l’élection présidentielle.
  • Rock’n’roll de Guillaume Canet : Guillaume Canet se pose des questions sur son âge et sa vie tranquille après que sa nouvelle partenaire de tournage lui ait avoué qu’elle le trouvait plutôt dépassé et pas du tout rock’n’roll. L’acteur remet alors toute sa vie en question et commence à ausculter ses rides avec fièvre. Il fallait oser réaliser un film aussi proche de son quotidien où l’on se traite avec autant de férocité. Guillaume Canet se malmène, n’a pas peur du ridicule et n’hésite pas à nous faire rire à ses dépends. Il fustige cette mode de la jeunesse qui nous culpabilise tous lorsqu’une ride ou un cheveu blanc apparaissent. Marion Cotillard est extrêmement drôle dans son rôle d’actrice obsessionnelle et perfectionniste. Le seul défaut du film est que Guillaume Canet semble avoir du mal à l’achever, la fin possède certaines longueurs qui gâchent un peu le reste du film.
  • Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa : Jean arrive dans une grande maison de la banlieue parisienne. Il s’agit de son nouveau lieu de travail. Il doit seconder Stéphane, un photographe de mode. Celui-ci réalise également des portraits, inspirés du 19ème siècle, grandeur nature en daguerréotype mais uniquement de sa fille Marie. La photo parfaite demande de très longs et harassants temps poses. Une atmosphère inquiétante et mystérieuse entoure le père et la fille. L’ambiance spectrale est sans doute la plus grande réussite du film. Ce qui ne se voit pas est ce qui effraie le plus et Kiyoshi Kurosawa maitrise cela à la perfection. Mais le film est trop long (2h10), beaucoup trop long et on se lasse de cette histoire de fantômes qui n’en finit pas. De même, l’idée des portraits grandeur nature était très belle mais elle ne me semble pas être exploitée jusqu’au bout.

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Pour que rien ne s’efface de Catherine Locandro

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Le corps de Liliane Beaulieu, 65 ans, est retrouvé sans vie dans la chambre de bonne qui lui sert de logement. Elle est probablement morte depuis deux mois au milieu de bouteilles vides et de magazines de cinéma. Cette triste fin solitaire n’est que le point final d’une longue déchéance. Liliane a autrefois connu la gloire et les paillettes. En 1967, l’unique film, dans lequel elle a joué, est sélectionné pour le festival de Cannes. Son pseudonyme est Lila Beaulieu et sa beauté enchante les festivaliers. La jeune starlette, qui a fui le salon de coiffure de sa mère, se marie avec le réalisateur du film. Tous deux partent rapidement s’installer à Hollywood. Lila accouche de jumelles et s’ennuie copieusement à côté de la piscine. Aucune offre de travail ne lui est faite. Elle commence à boire, à tromper son mari. Son étoile vacille et elle s’éteindra définitivement après un terrible drame.

« Pour que rien ne s’efface » commence par la fin, par la mort de son héroïne. Devenue anonyme, pitoyable, Lila a peut-être mis fin à ses jours. Mais qui s’en préoccupe ? Catherine Locandro décompose le portrait de Lila à travers douze témoignages : ceux des personnes inconnues à Lila comme l’employé des pompes funèbres qui enlève le corps ou le médecin légiste,  ceux de proches comme son ex-mari, sa fille ou sa petite-fille. Tous apportent un point de vue contrastée sur Lila. Admirée, regrettée, détestée, Lila crée des réactions fort diverses. Cette manière de la présenter souligne bien le fait qu’une vie est constituée de rencontres, d’amour et de haine et que le regard des autres sur nous est toujours subjectif. Malgré une construction habile et une destinée romanesque, je suis restée en dehors du roman de Catherine Locandro en grande partie parce que je n’ai pas été touchée par le personnage de Lila.

« Pour que rien ne s’efface » présente le portrait contrastée et mélancolique d’une ancienne starlette de cinéma. Malgré son intéressante construction, je n’ai pas été emballée par ce roman.

Merci aux éditions Héloïse d’Ormesson.

911 de Shannon Burke

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« Il est difficile d’expliquer cette transition à quelqu’un qui n’a pas vécu ça, mais lorsque vous n’arrivez plus à dormir, lorsque votre vie vous semble complètement vide, que vous croisez la mort tellement de fois qu’elle en devient  banale, que vous êtes dévoré par la culpabilité d’être vivant parmi les morts, alors vous finissez par devenir parfaitement insensible (…). de cette indifférence, qui n’est qu’une protection, découle un risque bien particulier du métier. Lorsque plus rien n’a de sens, y compris la vie ou la mort d’autrui, vous n’êtes plus qu’à un pas du mal. Et ce putain de pas est terriblement facile à franchir. »  Après avoir raté son test d’entrée à l’école de médecine, Ollie Cross décide de confronter ses connaissances théoriques au terrain. Il choisit de devenir ambulancier à Harlem, l’un des quartiers les plus violents de New York en ce début des années 90. Son coéquipier est un ambulancier expérimenté, sans doute le meilleur du poste : Rutkovsky. Ollie est un bleu qui apprend rapidement. Il se fait accepter par l’ensemble de l’équipe d’ambulanciers : Verdis, le généreux, Hatsuru, le flegmatique, LaFontaine, le dangereux. Tous font face aux pires situations possibles : une diabétique qui a laissé son pied pourrir et qui appelle les secours parce que l’odeur la dérange ; le corps d’un homme décédé depuis longtemps dans son appartement et qui est rongé par les vers ; une camée atteinte du sida qui accouche seule chez elle. Cela fait beaucoup de violence et de misère sociale pour un jeune homme choyé comme Ollie.

Shannon Burke a lui même été ambulancier ce qui donne une évidente authenticité au quotidien qu’il décrit dans « 911 ». Les scènes qui se succèdent soulignent la difficulté du métier d’ambulancier dans un quartier comme Harlem à cette époque. Ollie et ses comparses doivent sauver des personnes qui les détestent, les insultent parce qu’ils représentent l’État qui les a laissés tomber. Comment continuer à accomplir son devoir devant tant de violence et de désespérance ? Ce que Ollie voit chaque jour le transforme, l’éloigne de ses proches, il est littéralement rongé par son métier. Deux solutions sont alors possibles pour ne pas sombrer : l’empathie totale ou l’indifférence. Ollie devra choisir entre les deux.

« 911 » ne tombe jamais dans le pathos, le misérabilisme face à la vie des habitants de Harlem. Le style très réaliste, chirurgical empêche cet écueil. L’écriture est rythmée, presque frénétique à l’image de la vie menée par ces ambulanciers.

Shannon Burke montre à travers son roman toute la complexité du métier d’ambulancier : il faut sauver des vies tout en n’y attachant pas trop d’importance. Un métier où le choix moral se pose chaque jour. Un roman vif, prenant qui va au plus près de la misère humaine.

Sélectionné pour le Prix SNCF du POLAR.

Culottées, tome 1 de Pénélope Bagieu

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Pénélope Bagieu nous propose, dans ce premier tome de « Culottées », quinze portraits de femmes hors du commun. Ces portraits avaient été pré-publiés sur un blog avant de paraître en volume.

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Chaque portrait occupe une dizaine de pages et montre les moments marquants dans la vie de ces femmes de caractère. Pénélope Bagieu souligne le courage de ces femmes capables à travers les siècles, les pays de dépasser les clivages et d’imposer leur volonté.

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Il y a des femmes célèbres comme Joséphine Baker, Margaret Hamilton qui jouait la méchante sorcière de l’Ouest dans « Le magicien d’Oz » ou Tove Jansson créatrice des Moumines. Les autres sont des inconnues que Pénélope Bagieu met en lumière : certaines dépassent les interdits comme Josephina Van Gorkum, jeune femme catholique qui en 1842 épouse un protestant ; d’autres savent surmonter leurs handicaps comme Clémentine Delait, la femme à barbe ou Annette Kellerman atteinte de la polio et qui devient nageuse, d’autres mènent des combats politiques comme Las Mariposas, des sœurs luttant contre la dictature de Trujillo ; d’autres enfin veulent la même place que les hommes comme Lozen, guerrière et chamane apache ou Wu Zetian qui deveint impératrice de Chine en 690.

C’est toujours avec beaucoup d’humour et un trait vif que Pénélope Bagieu nous présente ces destins de femmes exceptionnelles. Son propos féministe montre que le genre ne doit pas être un frein à la destinée des femmes. A la fin de chaque portrait, Pénélope Bagieu nous offre de superbes dessins peints en double page pour magnifier chaque femme. Merci à elle d’avoir exhumé les vies de ces femmes vraiment culottées !

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