Les adaptations de Tess d’Urberville

La semaine dernière, je vous parlais du magnifique roman de Thomas Hardy : « Tess d’Urberville ». J’ai eu l’occasion depuis de voir trois adaptations tirées du livre : celle de Roman Polanski qui date de 1979, celle de ITV de 1998 et celle de la BBC de 2008. Laquelle des trois est la plus réussie ?

Arterton-as-Tess-Durbeyfield-in-the-May-Pole-dance.jpg

1-La fidélité au roman

Les trois adaptations sont très fidèles au roman et reprennent les scènes essentielles. Roman Polanski est celui qui fait le plus de coupe dans le roman et son film ne comporte ni la scène nocturne où le cheval des Dubeyfield est tué, ni la conversion de Alec D’Urberville. Ce sont des scènes importantes du livre mais l’intrigue n’en est pas dénaturée pour autant. Et Polanski respecte un moment clef du livre qui est détourné dans les deux autres adaptations : la raison pour laquelle Angel abandonne Tess juste après leur mariage. Il reprend exactement ce que Thomas Hardy a écrit. Angel quitte Tess non pas à cause de sa relation avec Alec mais parce que son manque de volonté est pour lui le signe de la décadence des familles aristocratiques anglaises. Cette scène est pour moi essentielle car tous les malheurs de Tess ne découlent que de son nom, de sa descendance avec les D’Urberville.

Tess-of-the-D-Urbervilles-1998-period-films-4599697-500-375

2-L’esthétique 

Là, les trois adaptations sont disparates quant à ce point. La version ITV est assez pauvre sur ce plan et les images ne sont pas très travaillées. La version de la BBC s’en sort bien avec de splendides paysages de la campagne anglaise. La dernière scène à Stonehenge est particulièrement réussie. Mais tout cela est peu trop lisse, un peu trop sage pour emporter une adhésion totale. Roman Polanski apporte un véritable regard de cinéaste sur l’histoire de Tess, les cadrages sont beaucoup plus travaillés que dans les deux autres adaptations. De plus, le réalisateur a énormément travaillé pour que l’arrière-plan de l’intrigue soit des plus réalistes. Le film fut tourné sur huit mois pour respecter le rythme des saisons, le mobilier est en partie d’époque, la reconstitution est vraiment saisissante.

tess2

3-Alec D’Urberville

Le personnage est interprété par Leigh Lawson chez Polanski, Jason Flemyng pour ITV et Hans Matheson pour la BBC. Clairement, Jason Flemyng n’est pas à la hauteur des deux autres. Il est beaucoup trop fade et on se demande comment il est possible que Tess lui cède si facilement ! Le choix entre les deux autres acteurs est difficile. Hans Matheson nous propose un Alec torturé, complexe et pris entre un repentir sincère et son envie de posséder Tess coûte que coûte. Leigh Lawson joue un Alec dominateur de bout en bout. Il est brutal, pervers mais sait aussi se faire charmant quand il s’agit de séduire Tess. Les deux interprétations sont vraiment intéressantes et les deux acteurs sont tous les deux très convaincants.

S3ok1aWN_400x400

4-Angel Clare

Ici, le choix est beaucoup plus simple. Oliver Milburn et Peter Firth sont de charmants Angel. Mais ma préférence va à Eddie Redmayne qui décidément est un acteur remarquable. Je trouve qu’il incarne totalement la candeur, la naïveté de Angel. Chacune de ses apparitions illuminent la série de la BBC. Il apporte beaucoup de romantisme à cette histoire, son duo avec Gemma Arterton fonctionne totalement. On sent aussi parfaitement l’orgueil buté d’Angel qui l’empêche de pardonner à Tess et son changement, suite à son voyage au Brésil, se lit sur le visage de Eddie Redmayne.

1374131_landscape

5-Tess D’Urberville

Là aussi, le choix s’impose de lui même. Nastassja Kinski EST Tess ! Il n’y a pas grand chose à reprocher à Justine Waddell et à Gemma Arterton, elles livrent deux très belles prestations. J’ai d’ailleurs trouvé que Gemma Arterton était encore meilleure dans le tragique qu’au début de la série. Mais Nastassja Kinski est vraiment très au-dessus de ces deux actrices dans le rôle de Tess. Elle en est l’incarnation idéale et c’est sans aucun doute son plus beau rôle. Elle est parfaite à chaque moment de l’intrigue et son jeu est tout en subtilité.  Sa beauté, sa pureté éclatent à l’écran au début du film. Les épreuves traversées par Tess marquent son visage et elle semble beaucoup plus vieille à la fin du film. Elle est empreinte de gravité alors qu’elle n’est qu’innocence à l’ouverture du film. Roman Polanski a su choisir l’actrice parfaite pour ce rôle.

Nastassja_Kinski_tess-01

Après avoir visionné ces trois adaptations, celle de Roman Polanski s’impose comme la plus réussie. Il est vrai que le réalisateur a pris beaucoup de soin à réaliser cette histoire bouleversante et romanesque. C’est en effet Sharon Tate, quelques mois avant son assassinat, qui indiqua à son mari que le roman de Thomas Hardy ferait un bon film. Roman Polanski lui dédie ce qui ne fait que renforcer le côté poignant de « Tess ».

 

Publicités

5 réflexions sur “Les adaptations de Tess d’Urberville

    • Merci, c’est gentil ! Oui, il faut absolument lire ce grand classique de la littérature anglaise et voir la version de Polanski qui est vraiment splendide.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s