Bilan livresque et films de décembre

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Avant 12 jours, les patients internés sans leur consentement dans un hôpital psychiatrique doivent passer devant un juge pour que la procédure se poursuive ou non. Raymond Depardon utilise le même procédé que dans « Flagrants délits » notamment, sa caméra est posée entre le juge et le patient et se fait totalement invisible. Les mouvements de caméra se réduisent à des champs/contre-champs entre les deux parties. Nous assistons, comme si nous étions dans la pièce, à ses entretiens. Ce qui est frappant, c’est l’incommunicabilité entre les deux parties. Les juges tentent, le plus souvent avec bienveillance, d’évaluer les capacités des patients à vivre à l’extérieur. Les patients sont eux bien souvent trop malades, trop désespérés pour comprendre la procédure qu’on leur expose. En découlent des dialogues surréalistes, absurdes qui font rire ou froid dans le dos. Certains montrent toute la violence de notre société et ont été placés après un burn out ou sont atteints de schizophrénie, de paranoïa. Le regard de Raymond Depardon est plein d’humanisme, il est sans jugement envers ses personnes fracassées par la vie. C’est d’ailleurs toujours le cas avec les documentaires de Raymond Depardon ; sa compassion, son regard lucide font du bien.

Reza est éleveur de poissons à la campagne avec sa femme, directrice de lycée, et son fils. Il veut simplement vivre paisiblement de son travail. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne l’Iran aujourd’hui. Comme Reza le dit lui-même, on est soit oppresseur, soit oppressé. Essayant de vivre honnêtement, Reza refuse un pot de vin à un banquier et préfère payer des agios supplémentaires. Ces dettes vont empirées lorsqu’une société va tout faire pour récupérer ses terres. Reza s’entête et refuse de céder aux intimidations malgré les conseils de son épouse. Il ne lâchera rien mais ceux qui sont en face de lui non plus. Le réalisateur Mohammad Rasoulof dresse un portrait noir et pessimiste de la société iranienne.  Il le paie d’ailleurs cher puisque son passeport lui a été retiré, qu’il ne peut plus travailler et qu’il vit sous la menace d’une incarcération. « Un homme intègre » montre une société gangrenée par les pots-de-vin, par la loi du plus fort. Tout s’achète, tout se négocie et tout le monde est complice de ce système. Seuls quelques-uns tentent de résister et changer les choses. Mais la fin du film est glaçante et montre que la définition de Reza est parfaitement exacte. Les acteurs du film sont excellents avec en tête Reza Akhlaghirad, taiseux et tout en colère rentrée.

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Johnny travaille dur à la ferme familiale perdue au fin fond du Yorshire. Il y vit avec sa grand-mère et avec son père, handicapé suite à un AVC. Son seul échappatoire : des bitures homérique au bar du coin et des étreintes brutales avec le premier garçon qui passe. A la période de l’agnelage, son père embauche un saisonnier roumain Gheorghe. Les deux jeunes hommes se tournent autour, s’apprivoisent petit à petit. Johnny, rustre et rude, met du temps à comprendre qu’un sentiment profond naît entre eux. « Seule la terre » est un film rugueux, rocailleux comme la lande qui entoure la ferme. Les paysages sont d’ailleurs magnifiquement filmés en plan large comme en plan rapproché. De même, les animaux ont une place essentielle dans le film, comme dans la vie des fermiers qui s’en occupent. La relation qui naît entre Johnny et Gheorghe sonne parfaitement juste. Leur histoire d’amour se dessine tout en pudeur, en subtilité. Josh O’Connor est absolument formidable dans ce rôle. Son visage fermé, renfrogné se détend au fur et mesure. Il devient lumineux et incroyablement émouvant dans une confrontation avec Gheorghe à la fin du film.

Et sinon :

  • La villa de Robert Guédiguian : Dans un village surplombant une calanque, l’attaque d’un père oblige une fratrie à se réunir. Armand a pris la suite du restaurant familial, Joseph a été licencié et s’est fait largué par sa jeune fiancée et Angèle est actrice, elle habite sur Paris et n’était pas revenue depuis très longtemps. Chacun ressasse le passé et ses reproches. Chacun doit retrouver ses repères face aux autres. Ce dernier film de Robert Guédiguian est marqué par la perte et par la mélancolie. Le père va bientôt disparaître tout comme l’esprit du village qui se vide. Les belles maisons construites entre amis sont peu à peu achetées par de riches étrangers. L’âme du petit village populaire se perd. La fratrie revit les bons moments et les drames avec nostalgie (très beau moment que cet extrait d’un des premiers films du réalisateur où l’on voit les mêmes acteurs jeunes). On sent une fracture entre les anciens et les jeunes, les opinions diffèrent sur l’importance du travail et de l’argent. Mais le film n’est pas que sombre et désespéré. Il est également lumineux grâce à l’amour qui renait, à la beauté des paysages, à la simplicité de la vie en bord de mer et à l’entraide. Et voir un film de Robert Guédiguian, c’est retrouver une famille, des amis que l’on a plaisir à revoir : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Robinson Stevenin, Jacques Boudet.

 

  • Le crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh : L’histoire est des plus connues : un meurtre est commis dans l’un des wagons de l’Orient-Express. Se trouve dans celui-ci le plus grand détective Hercule Poirot qui va donc enquêter sur cet assassinat en huis-clos. La version de Sidney Lumet avait un côté suranné que l’on a plaisir à revoir. Kenneth Branagh a voulu moderniser Agatha Christie. Il le fait par des scènes « d’action » pas forcément pertinentes mais aussi par un jeu extravagant et fantasque. Kenneth Branagh cabotine, prend toute la place par son jeu excessif. Mais ça fonctionne plutôt bien et l’ego surdimensionné de Poirot est bel et bien visible. Il a gardé de Lumet, l’idée du casting cinq étoiles. Nous trouvons dans les différents compartiments : Johnny Deep en voyou, Judi Dench en princesse russe, Olivia Coleman en dame de compagnie, Penelope cruz  en dévote, Michelle Pfeiffer en veuve américaine, Derec Jacobi en valet, Willem Defoe en professeur d’université, etc… Un casting royal, un Poirot exubérant et cabotin rendent ce film parfaitement divertissant.

 

  • L’expérience interdite de Niels Arden Oplev : Pour comprendre ce qui se passe après la mort, cinq étudiants en médecine se lancent dans une expérience dangereuse : l’un après l’autre vont mourir quelque minute. Ce film est un remake d’un film avec Julia Roberts et Kiefer Sutherland sorti en 1990. L’original n’était pas un chef-d’oeuvre mais il était plutôt énergique et le casting tenait bien la route. Le remake est très loin d’être à la hauteur. Nous sommes ici plus proche d’une série B que d’un film. Et le casting est navrant alors même qu’il comporte Ellen Page et James Norton. En bref : passez votre chemin !
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3 réflexions sur “Bilan livresque et films de décembre

  1. Je vais essayer de voir le crime de l’Orient Express pendant mes congés. Un Homme intègre doit être très intéressant également, dans un tout autre genre 🙂

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