Miss Buncle’s book de D.E. Stevenson

Miss Buncle, célibataire approchant de la quarantaine, a des problèmes d’argent. Sa servante, Dorcas, lui propose d’élever des poules. Mais Miss Buncle a une autre idée pour renflouer ses caisses : elle va écrire un livre. Le plus surprenant, pour cette femme discrète, c’est qu’un éditeur londonien accepte de le publier. Intitulé au départ « Chronicles of an english village », le livre prend finalement le titre de « Disturber of the peace ». Le roman de Miss Buncle raconte le quotidien et les travers des habitants d’un petit village nommé Copperfield. Le souci c’est que l’auteur s’est inspiré de son propre village, Silverstream, pour composer son récit : « I can only write about people that I know. I can make them do things of course. » Lorsque les habitants de Silverstream découvrent qu’ils sont les personnages d’un livre, ils ne l’apprécient que très modérément. Enfin, surtout ceux qui sont égratignés, épinglés par la plume de l’auteur. Miss Buncle n’est pas tendre avec certains comme Mrs Featherstone Hogg au passé douteux et qui se prend pour la châtelaine du village ou Mrs Greenleeve, une veuve qui fait tout pour se trouver un riche mari. Elles vont s’allier pour se venger de l’auteur de « Disturber of the peace ». Fort heureusement, Barbara Buncle a pris le pseudonyme John Smith mais réussira-t-elle à protéger son anonymat contre les harpies du village ?

« Miss Buncle’s book » a été écrit en 1934 par Dorothy Emily Stevenson, la petite cousine de Robert Louis. Celle-ci est malheureusement inconnue en France et elle a été rééditée en Angleterre par la superbe maison d’édition Persephone Books. Le roman est à la fois une satire sociale et une sorte de conte. A la manière de Jane Austen, D.E. Stevenson épingle les hypocrisies, les mesquineries des habitants de Silverstream. Le cadre du petit village anglais bucolique se prête parfaitement à cela : tout le monde épie les faits et gestes de son voisin, c’est une petite société en vase clos avec ses codes, sa hiérarchie immuables. Miss Buncle, que chacun pense aussi inoffensive que terne, observe avec une grande acuité ce qui se déroule autour d’elle et comprend parfaitement la psychologie de chacun.

Elle rajoute néanmoins à son livre une part de fantaisie, de conte. Dans la deuxième partie de « Disturber of the peace », un jeune garçon avec une flûte de Pan vient perturber le quotidien des habitants de Copperfield à la manière du joueur de flûte de Hamelin ou du Robin Goodfellow de Shakespeare. Et cette part magique du roman va réellement influer sur le quotidien des habitants de Silverstream et va bouleverser positivement le cours de leurs vies. Le livre de Miss Buncle agit comme un révélateur, certains habitants le vivront positivement, d’autres verront leur véritable nature mise à jour. La vie même de Barbara Buncle sera changée mais cela fera l’objet d’un autre livre puisque D.E. Stevenson a écrit une trilogie autour de ce personnage.

Il est vraiment dommage qu’aucun éditeur français ne se soit penché sur D.E. Stevenson. « Miss Buncle’s book » est un roman truculent, joliment ironique et typiquement anglais. Pour ceux qui seraient tentés, l’écriture est très fluide et le vocabulaire très abordable. Un délice vintage qui m’a fait penser à « Cette sacrée vertu » de Winifred Watson (« Miss Pettigrew lives for a day » publié aussi chez Persephone Books) également découvert grâce aux précieux conseils de mon amie Emjy.

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7 réflexions sur “Miss Buncle’s book de D.E. Stevenson

  1. Ah bah mince, oui, c’est dommage !! Tu m’avais donné envie de le lire … Je me disais bien aussi, que la couverture était particulièrement jolie (je trouve les couvertures anglo-saxonnes souvent beaucoup plus réussies que les nôtres) …

  2. Pingback: Bilan livresque et films d’avril | Plaisirs à cultiver

  3. Ca me fait plaisir de lire ton enthousiasme ! 😀
    C’est très surprenant qu’aucun éditeur français ne se soit intéressé à ce titre jusqu’ici, je suis bien d’accord avec toi ! C’est, avec Miss Pettigrew lives for a day, le premier Persephone Books que j’ai lu et depuis j’ai fait plein de belles découvertes grâce à eux 🙂

    • Oui c’est vraiment dommage, je suis sûre que ça fonctionnerait très bien à l’instar de Stella Gibbons par exemple. C’est léger, drôle, ironique. Bref, encore merci pour tes excellents conseils !

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