Le bel Antonio de Vitaliano Brancati

51v3onu-f-l-_sx329_bo1204203200_

Antonio Magnano est le célibataire sicilien le plus convoité, son extraordinaire beauté attire tous les regards et le désir féminins. « Les femmes se sentaient dominées et, en même temps, plongées dans une béatitude parfaite. A côté de lui, elles brûlaient d’un feu délicieux, souffraient, devenaient folles avec une suavité si profonde qu’il semblait qu’une grave anomalie se fût emparée d’elles. Alors, elles confondaient plaisir et douleur, en cette absence totale de discernement qui est le seul état où un être ose dire tout haut : « je me sens heureux ». » A Rome, Antonio profite de la vie, paresse voluptueusement. Le fascisme a conquis l’Italie sans que cela ne touche le beau jeune homme. De retour à Catane, il apprend que ses parents souhaitent le marier à Barbara Puglisi, la fille d’un riche notaire. Antonio refuse jusqu’à ce qu’il la voie et tombe sous son charme. Les deux jeunes gens se marient, ils sont beaux, ils s’aiment et tout Catane les envie. Mais trois ans après ce mariage idyllique vient le scandale. Barbara demande l’annulation. Elle est toujours vierge.

Je connaissais le film de Mauro Bolognini avec Claudia Cardinale et Marcello Mastroianni qui, après avoir joué le séducteur dans « La dolce vità », cassait son image en incarnant un mari impuissant (terme explicitement prononcé dans le film mais totalement absent du roman). Je ne savais pas à l’époque qu’il était tiré d’un livre.

Vitaliano Brancati peint un portrait acerbe de l’Italie fasciste, de ses mœurs machistes. Le cœur des traditions et de l’image de l’homme italien est ici moqué, tourné en dérision. L’impuissance d’Antonio blesse et discrédite la virilité de tous les hommes de Catane. Pour son père , il ne pouvait exister pire déshonneur, pire honte pour sa famille. A plus de soixante-dix ans, il choisit de mourir auprès d’une prostituée pour que Catane sache que sa virilité était toujours intacte. Antonio, véritablement amoureux de Barbara, souffre moralement de son incapacité. Il est rongé par le jugement des autres, de la société qui ne supporte aucune faiblesse chez l’homme.

En parallèle à cette réflexion, Vitaliano Brancati critique fermement le régime fasciste, notamment par le biais du cousin d’Antonio, Edoardo. Il est la voix de l’auteur : comme lui, Edoardo est séduit au départ par le régime puis il s’en détourne rapidement et démissionne de son poste de maire de Catane. Il fustige le manque de liberté, la violence du régime. Il finit d’ailleurs par ne plus comprendre son cousin qui se complaît dans sa mélancolie alors que son pays est en péril. Il l’accuse d’une paresse autant physique qu’intellectuelle qui sans aucun doute est celle d’un pays tout entier. Une Italie endormie par le pouvoir fasciste dont le réveil sera brutal.

« Le bel Antonio » est un roman exigeant mais aussi passionnant dans sa critique de la virilité, valeur fondamentale des mœurs de la Sicile et du régime fasciste.

Une lecture commune avec Emjy.

Advertisements

9 réflexions sur “Le bel Antonio de Vitaliano Brancati

  1. Un sujet dont je n’ai pas vraiment l’habitude mais pourquoi pas 😉 Je me demande juste si le roman n’est pas un peu trop daté (bien sûr, il y a le contexte, l’époque etc, mais dans le style, la narration?) Qu’en penses-tu?

    • Honnêtement je n’ai pas trouvé le style daté et finalement le contexte historique n’est pas si marqué que ça. C’est juste un fond qui renforce l’idée d’une société machiste et qui décide du sort du cousin d’Antonio. Il est important dans les premières scènes et s’efface par la suite.

  2. Pingback: Le Bel Antonio de Vitaliano Brancati

  3. Je suis d’accord, c’est un roman exigeant mais tellement riche et fascinant. A la fin on a qu’une envie : voir ou revoir le film et se plonger encore davantage dans la littérature italienne 🙂

  4. Aïe Aïe avec Marcello en couverture je craque ;)…je me souviens du film ! C’est terrible comme sujet pour un italien -sicilien et à cette époque qui plus est ! 😉

    • Quand j’ai vu le film pour la première fois, j’ai trouvé que Marcello était culotté de jouer ce rôle après « La dolce vità », c’est ça la grande classe !

  5. Pingback: Bilan livresque et films de février | Plaisirs à cultiver

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s