Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

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Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Il a jeté à la mer Antoine Lazenec, promoteur immobilier qui pendant six ans a escroqué le village de la presqu’île en face de Brest. Martial explique au juge comment tous ont cédé au charme d’Antoine Lazenec, comment tous avaient besoin de rêve et d’espoir. Le projet, présenté à la mairie, était celui d’une station balnéaire sur la côte brestoise, un St Tropez breton. « Lui, Antoine Lazenec, il a fait comme un pionnier qui débarque sur une nouvelle terre. Nous, en Indiens effarés et naïfs, on a hésité sûrement entre une flèche empoisonnée et l’accueillir à bras ouverts, mais il semblerait bien qu’on ait choisi la deuxième option. Ce matin-là, dans la salle de la mairie, quand il a reçu le micro de la main de Le Goff, on a tous eu cette impression-là, qu’il y avait comme un projecteur qui aussitôt s’était braqué sur son visage, comme si tout un village à l’unisson attendait cela, la parole d’un promoteur. » Et Martial, comme les autres, va confier ses économies à Lazenec. Toute sa prime de licenciement reçu de l’arsenal va y passer. Et le projet n’avancera jamais.

« Article 353 du code pénal » ne démentit pas l’admiration que je porte à Tanguy Viel depuis « L’absolue perfection du crime ». Le roman est la confession de Martial Kermeur devant le juge. Il est l’unique narrateur et il se livre totalement comme sur le divan d’un psy (c’est d’ailleurs l’impression que lui donne le juge peu loquace). Martial ne raconte pas seulement le meurtre de Lazenec mais toute une vie faite de déceptions et d’échecs. Une vie ouvrière qui se termine en licenciement, une vie familiale qui se termine en divorce, une relation père-fils faite essentiellement d’incompréhension. L’épisode du loto est symptomatique de la sensation de Martial d’être passé à côté de sa vie : toutes les semaines, il joue les mêmes numéros, le jour où ils sortent Martial a oublié de valider son ticket. Sa rencontre avec le promoteur immobilier ne fait que renforcer son impression d’être floué par la vie.

La vie de Martial Kermeur est grise, monotone, sans espoir. Ce que montre Tanguy Viel c’est cet engrenage de désillusions qui va faire basculer Martial dans le crime. L’auteur s’interroge depuis toujours sur la morale, la frontière poreuse entre le bien et le mal. Sa description de la vie de Martial, de cet homme las, m’a fait penser à Simenon. Mais contrairement à l’auteur belge, il y a beaucoup d’empathie chez Tanguy Viel, beaucoup d’humanité dans son récit. Martial est un personnage attachant que l’on plaint et que l’on voit plus comme une victime qu’un assassin.

Admirablement tenu et maîtrisé, « Article 353 du code pénal » se lit d’une traite. Si vous voulez savoir ce qu’est l’article 353 du code de procédure pénal, il vous faudra attendre les dernières pages surprenantes de ce roman noir.

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29 réflexions sur “Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

  1. Moult billets et tous disent la même : ce livre est un bijou ! Je crois qu’il va falloir que je m’y plonge 😉

  2. Mais on peut aussi le demander à Wiki, non ? Ou fouiller le code pénal français, que nous, belges, n’avons pas, mais que le Net nous dira 😆

    Je note ce titre de suite 😉

  3. Je l’ai vu à la LGL jeudi dernier et je comprends bien ton « admiration », c’est un bel homme, ce qui ne gâche rien !!! 😆 Je l’ai noté, ton enthousiasme (et LGL) est contagieux ! 😆

    • Je suis un peu larguée niveau blog en ce moment, je ne sais pas si tu as le temps de le lire depuis mon billet mais j’espère que tu aimeras autant que moi.

  4. Nos lectures se suivent (ou plutôt mes lectures suivent les tiennes). J’ai ressenti un soupçon d’ennui à un moment mais la plume est très belle et l’histoire touchante.

    • Ah mince, je suis désolée de lire que tu t’es un peu ennuyée durant ta lecture…j’espère que cela ne t’empêchera pas de lire d’autres romans de l’auteur.

  5. Je ne suis pas toujours complètement convaincue par l’auteur, mais aujourd’hui en tout cas, je le suis par ton avis … ce qui m’énerve parce que si je l’achète, je vais le lire en trop peu de temps pour que ce soit rentable ^-^

  6. Pingback: Bilan livresque et films de février | Plaisirs à cultiver

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