Olivia de Dorothy Bussy

Olivia

La narratrice, Olivia, arrivée à l’âge adulte, revient sur l’année qu’elle passa en France dans une pension. Elle avait alors seize ans et sa famille l’envoya là-bas pour parfaire son éducation. Olivia  tombe rapidement sous le charme de la directrice de l’école : Mlle Julie. Avec elle, elle découvre la beauté de l’art, Paris, le théâtre, la poésie. Un monde raffiné s’ouvre devant elle, un monde où elle découvrira également ses premiers émois amoureux.

« Olivia » est l’unique œuvre de Dorothy Strachey dite Bussy. Celle-ci était la sœur de Lytton Stratchey et elle était l’amie de Virginia Woolf. Ce récit en partie autobiographique porte la marque du groupe de Bloomsbury.  Il y a une volonté de s’éloigner de l’époque victorienne et d’aborder des thèmes inédits sans avoir peur de choquer le public et la morale corsetée de l’époque. Ici Dorothy Bussy écrit l’un des premiers textes qui abordent l’amour lesbien.

« Olivia » est un roman d’apprentissage qui aborde de manière très juste l’adolescence. Le personnage principal vient d’une famille victorienne, agnostique et lettrée où les sentiments  et leur expression n’ont pas leur place. Olivia arrive donc dans la pension de Mlle Julie innocente du sentiment amoureux. Son admiration pour sa professeure se transforme rapidement en passion. Celle-ci est fortement exaltée comme peuvent l’être les premières amours forgées à l’adolescence. Olivia découvre la sensualité, l’existence de son corps qui demande à être comblé autant que son esprit. La relation avec Mlle Julie se révèle ambigüe entre amitié, admiration, soumission. L’enseignante semble jouer avec les sentiments de la jeune femme, tour à tour elle la cajole puis la repousse. Olivia, toute entière dédiée à Mlle Julie, n’est pourtant pas dupe et elle la voit privilégier parfois d’autres élèves, ce qui plonge notre jeune héroïne dans le plus grand désarroi. « Mon amour est d’un autre ordre. Mon amour est sans espoir ! Sans espoir ! Mots cruels mais qui portaient en eux, malgré tout, une certaine vertu tonique. J’y trouvais une sorte de joie, de réconfort. Oui, me répétais-je, sans espoir ! Mais c’est là ce qui ennoblit ma passion, ce qui la rend digne de respect ! Aucun autre amour, aucun amour entre homme et femme ne peut atteindre un tel degré de désintéressement ! Moi seule, j’ai ce privilège : un amour sans espoir ! » De plus, l’amour, la passion, les rivalités, la jalousie sont exacerbés par l’intimité créée dans le huis-clos d’une pension.

Écrit dans une langue lyrique, infiniment poétique, « Olivia » est le récit d’une passion adolescente, d’une passion brûlante qui réussit à rendre parfaitement les affres, les émois d’un premier amour. Un livre sensible, brillant que j’ai découvert grâce à ma copine Emjy.

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22 réflexions sur “Olivia de Dorothy Bussy

  1. Merci pour cette jolie critique, qui me rappelle l’existence de ce roman qui m’intrigue et que j’ai bien envie de lire un de ces jours. Je ne suis pas forcément la plus grande adepte des récits mettant en scène des adolescentes, par contre j’aime énormément tout ce qui a un rapport avec le groupe de Bloomsbury. Et puis j’ai un très bon souvenir du film tiré du roman, une adaptation française très fine et poétique réalisé par une femme en 1951, Jacqueline Audry.

    • Je te remercie pour ton message Sara, je ne savais pas qu’un film avait été tiré du roman. Je vais chercher pour essayer de le trouver d’autant plus qu’il a l’air de t’avoir beaucoup plu.

  2. Dorothy Stratchey Bussy était une « amie » d’André Gide, mais aussi et d’abord sa traductrice anglaise. Gide semblait avoir du mal à la maintenir distance car elle était amoureuse de lui et il la trouvait quelque peu envahissante. Ce qui, bien entendu, n’enlève rien au talent et au mérite de Dorothy Bussy. La correspondance Gide-Bussy est intéressante à lire.
    Je ne sais pas si le trop grand empressement de Dorothy Bussy auprès de Gide a empêché de celui-ci, par réaction, de saisir la valeur de ce roman lorsque Dorothy Bussy le lui a soumis, mais Gide a commis avec elle la même erreur qu’avec Proust. Gallimard s’en est mordu les doigts car le roman, publié chez Stock, a connu un vif succès dès sa publication, une quinzaine d’années après avoir été proposé à Gide et à la NRF.
    J’ai lu la correspondance Gide-Bussy, mais pas encore ce roman. Je devrais m’y mettre…

    • Je te remercie pour ce commentaire très intéressant. Je ne connaissais pas du tout la relation entre Dorothy Bussy et André Gide. Il faudra que j’essaie de trouver leur correspondance. Quel dommage qu’il soit aussi passé à côté de la publication de ce roman. Mais tu as raison, l’empressement de Dorothy a du le freiner dans son choix de publication !!!

  3. J’ai beaucoup aimé ton billet. Il faudrait que je sorte bientôt ce roman de la pile de livres que tu m’as prêtés et cela me donnerait l’occasion de participer pour la première fois à ton beau challenge.

  4. Pingback: A year in England 2016 – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver

  5. Je te remercie vraiment pour ce billet car je ne connaissais pas du tout Dorothy Bussy et je pense que sans toi, je serais passée à côté de ce roman qui a vraiment l’air d’avoir tout pour me plaire. Je le réserve immédiatement à la médiathèque !

  6. J’avais du retard dans la lecture des billets mais je savais bien que c’était risqué de flâner par ici… 😉 Mis sur ma wish list, pas sûr qu’il y reste longtemps… !

  7. Pingback: The Life in square challenge – billet récap | Plaisirs à cultiver

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