Deux séries de fin d’année sur la BBC

  • To walk invisible

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« To walk invisible » est un biopic consacré aux sœurs Brontë. Sally Wainwright, créatrice de la formidable série « Happy valley », a choisi de se consacrer sur les années 1845-1848, les trois années où les sœurs vont écrire et publier leurs romans.

Au début du period-drama, les trois sœurs et leur frère Branwell sont présentés enfants, plongés dans l’univers fictionnel qu’ils se sont créé. L’imagination a toujours été au cœur de la famille Brontë. Mais à partir de 1845, la création devient une urgence vitale pour Anne, Emily et Charlotte. Branwell a eu une liaison avec la femme de son employeur. Il était tuteur de leurs enfants, Anne était leur gouvernante. Tous deux sont renvoyés et Branwell sombre peu à peu dans l’alcoolisme. Le révérend Patrick Brontë vieillit, les trois sœurs se posent alors la question de leur avenir. Comment vont-elles subvenir à leurs besoins si leur père meurt et que Branwell continue à s’auto-détruire ? C’est Charlotte, et son incroyable ténacité, qui va décider ses sœurs à publier leurs écrits.

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Sally Wainwright rend un formidable hommage à ces trois extraordinaires femmes qui luttèrent pour gagner leur indépendance, pour que leur talent soit reconnu tout en tant protégeant Branwell et leur père. « To walk invisible » souligne également la modernité des trois sœurs qui voulaient raconter la vie telle qu’elle est, montrer le quotidien des gens, ce qui allait à contre-courant de la littérature de l’époque.

« To walk invisible » présente de nombreuses scènes sublimes que je ne pourrai pas toutes citer : Emily marchant dans la rue avec Anne en lui racontant le fait divers qui sera l’étincelle déclenchant l’écriture de « Wutherings heights », Emily (oui, c’est celle que je préfère !) récitant son poème « No coward soul is mine » à Anne sur la lande, le moment où les trois sœurs signent avec leurs pseudonymes, Charlotte dévoilant son identité à son éditeur, Branwell apprenant que la femme qu’il adore ne veut plus le revoir et qui voit sa vie s’effondrer. Il faut rendre un hommage appuyé au formidable casting réuni par Sally Wainwright : Finn Atkins interprète Charlotte avec un mélange de pugnacité et de timidité, Chloe Pirrie montre le caractère entier, sans compromission d’Emily, Charlie Murphy est la douce et tendre Anne, Adam Nagaitis rend parfaitement la rage, le désespoir abyssal de Branwell et Jonathan Pryce incarne un révérend Brontë digne mais las.

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Je n’ai que des louanges pour « To walk invisible » qui, me semble-t-il, donne une image très juste de l’univers et des conditions de vie de Anne, Emily et Charlotte Brontë. C’est un period-drama particulièrement réussi, très bien écrit et construit, au casting absolument impeccable. Il se termine par un très joli post-scriptum au presbytère de Haworth transformé aujourd’hui en musée qui inscrit l’oeuvre des trois sœurs dans la durée.

  • The witness for the prosecution

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Après avoir adapté l’an passé « And then there were none« , la BBC a choisi, pour leur Agatha Christie de fin d’année, « The witness for the prosecution ». On pense bien entendu à la version réalisée en 1957 par Billie Wilder, la comparaison entre les deux ne dure pas car la BBC propose une version totalement différente.

En 1923, à Londres est retrouvé le corps sans vie de Mrs French (Kim Cattrall), elle a été assassinée. Sa gouvernante découvre le corps et affirme avoir vu sortir de la maison Leonard Vole (Billy Howle), le jeune amant de Mrs French. Cette dernière avait récemment modifié son testament en faveur de Leonard. Ce dernier est arrêté et crie son innocence. Son alibi : il était chez lui au moment du meurtre et sa femme, Romaine (Andrea Riseborough), peut en témoigner. L’avocat de Leonard, John Mayhew (Toby Jones), pense que l’affaire va être classée rapidement. C’était sans compter sur le changement de témoignage de Romaine.

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La version en deux épisodes de la BBC est extrêmement sombre et glauque. L’intrigue se déroule dans une ville de Londres totalement plongée dans le brouillard, exsangue après la guerre. Nous sommes loin des excès des années folles. C’est l’envers du décor que l’on voit à l’écran et les séquelles de la guerre sont très présentes : John Mayhew a perdu son fils et il souffre de bronchites chroniques à cause d’une intoxication au gaz, la femme de l’avocat ne se remet pas de la mort de son fils et conserve soigneusement sa chambre dans l’état dans lequel il l’a laissée, Leonard Vole est lui-même revenu du front où il a rencontré Romaine, celle-ci, de nationalité autrichienne, a perdu toute sa famille. Les deux jeunes gens expriment leur mal être à un moment : ils sont une génération sacrifiée, ils pensaient être accueillis en héros à leur retour mais c’est l’oubli et la misère qui les attendaient.

« The witness for the prosecution » joue beaucoup sur la psychologie des personnages. John Mayhew, qui est le pivot de l’histoire, est un homme qui se noie dans la culpabilité. Il tente par tous les moyens de faire oublier à sa femme qu’il est parti au front avec son fils, il veut à nouveau la rendre heureuse. Lorsqu’il rencontre Leonard, il se prend d’affection pour lui comme s’il s’agissait de son fils revenu du front. De même, il y a un affrontement psychologique entre Romaine et John. Celui-ci tombe sous le charme de la jeune femme en l’écoutant chanter et il supportera très mal son changement de témoignage. Romaine se montre alors extrêmement cruelle avec lui en lui disant qu’il est si facile de le blesser. Ce jeu psychologique entre les différents personnages est très bien mené durant les deux épisodes.

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Comme pour « And then there were none », la production est très soignée, les costumes sont luxueux, la mise en scène est soignée et le scénario (de Sarah Phelps comme pour l’adaptation de 2015) est très bien construit. Le casting est, comme toujours avec la BBC, absolument impeccable, il faut notamment souligner les performances marquantes de Andrea Riseborough, qui réussit à faire oublier la prestation de Marlène Dietrich dans le film de Wilder, et de Toby Jones qui réussit une véritable transformation physique entre le début et la fin de la série.

« The witness for the prosecution » m’a séduite par son ambiance noire, son travail sur la psychologie des personnages et son casting impeccable. Je vous la recommande donc vivement.

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21 réflexions sur “Deux séries de fin d’année sur la BBC

        • C’est marrant, je pensais que tu allais me répondre que tu n’avais pas besoin de drogue pour lire autant ou quelque chose de ce style !!!! 😉

        • Et moi je pensais que tu me parlais de l’endroit où j’allais pomper mes séries sur le Net… et que tu voulais l’adresse des sites de téléchargements illégaux… 😆

          Ma drogue officielle reste le café et j’y ajoute aussi le thé, le café froid, les mijitos et le sexe.

  1. Je reste bouche bée ! En grande amatrice de la culture britannique, j’ai hâte de visionner ces deux séries, prometteuses et servies par un casting des plus alléchants !
    J’ai découvert “And then there were none” quand il est passé sur France 2 pour les fêtes et j’ai trouvé ça très réussi. Grand merci pour ces découvertes.

    • « And then there were none » était vraiment de grande qualité, l’ambiance était particulièrement réussie. J’avais été très agréablement surprise de sa diffusion en France. J’espère que ça sera le cas aussi pour « The witness for the prosecution ».

  2. J’avais un billet sur tumblr de The walk invisible elle m’avait donner envie de la voir, en lisant ton avis j’ai encore plus envie de la voir, surtout que la BBC généralement produit de très bonnes séries, je pense notamment à celle de War and Peace de l’année dernière !

  3. La serie sur les soeurs Bronte me donne tres envie apres avoir lu ton article. La honte, j’habite ici et je n’en ai meme pas entendu parler. Il faut que je regarde ca en catch up! Merci!

    • En dehors de l’histoire des soeurs Brontë, ,c’est vraiment un beau period drama très soigneusement réalisé et produit. J’espère que tu aimeras.

  4. Pingback: A year in England 2016 – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver

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