Une photo, des mots (243eme) – Atelier d’écriture de Leiloona

atelier-d-ecriture© Leiloona

« Ah bah c’était bien la peine ! » s’écria mon père en découvrant la pancarte « Baignade non surveillée ». Alice, ma petite sœur éclata en sanglots en comprenant l’inutilité de son maillot de bain. Timothée, mon petit frère, était trop petit pour comprendre l’ampleur du désastre. Je voyais le calme olympien de ma mère se fendiller doucement : son front se plissait, ses yeux se durcissaient et ses lèvres se pinçaient.

Cette journée de vacances était de toute façon vouée à un échec certain. Voilà presqu’une semaine que nous sommes arrivés sur notre lieu de vacances dans les Landes. Avant le départ, nous nous réjouissions de nos futures courses sur la plage, de nos sauts au-dessus des vagues, de nos châteaux de sable, de nos siestes sous le parasol.

La première déception arriva lorsque nous découvrîmes que le camping choisi par mon père était plus près de Dax que de Hossegor. Comment occuper trois enfants en bas âge ne rêvant depuis des semaines que d’eau salée, de sable et de la bonne odeur des embruns ? La mission risquait d’être ardue… Ma mère était elle aussi bien loin d’éprouver de la joie à la vue de notre camping : pas de machine à laver, pas de salle commune où prendre le dîner avec les autres vacanciers. Les corvées s’annonçaient aussi nombreuses qu’à la maison.

Après cinq jours passés à nous promener dans les forêts environnantes à essayer d’identifier arbres, oiseaux et fleurs, ma mère exigea que notre père nous emmène en bord de mer.  Nos cris de joie à l’idée de ce voyage montraient bien l’étendue de notre frustration des jours précédents. Enfin, nous allions pouvoir essayer nos nouveaux seaux et pelles, nos maillots de bain neufs. Ma mère prépara un grand panier à pique-nique. Alice s’installa dans la voiture déjà vêtue de son maillot de bain et de ses brassières. Mon père s’installa au volant et en avant !

Le désenchantement arriva assez rapidement. Mon père n’avait pas pris de carte routière et avait décidé de prendre les chemins de traverse. Rapidement, il s’avéra que nous étions perdus. La tension dans l’habitacle monta d’un cran : ma mère rongeait son frein, mon père grommelait, à l’arrière nous commencions à trouver le temps très long. Après de nombreuses tergiversations, mon père finit par demander sa route. La bonne humeur revenait parmi nous. Ce fut malheureusement de courte durée. Il était déjà midi, ma mère proposa de s’arrêter avant de continuer notre route. Un petit coin tranquille, ombragé, nous allions être bien. La situation se compliqua lorsque ma mère découvrit que le panier à pique-nique n’était pas dans le coffre. Mon père l’avait oublié dans la toile de tente. Ce dernier, penaud au dernier degré, ne savait plus où se mettre. Ma mère, dont il faut applaudir le stoïcisme exemplaire, proposa de déjeuner sur la plage où l’on trouve toujours à manger.

Nous voilà repartis, la faim au ventre et de l’espoir plein les yeux. D’un seul coup, nous la vîmes : la mer tant attendue. L’enthousiasme était à son comble. Jusqu’à la découverte de la fameuse pancarte…jusqu’à l’effondrement total de nos rêves de bains de mer et de joyeux éclaboussements. Le désastre était total, ma mère fulminait. Et c’est là que mon père fut pris d’un terrible et irrépressible fou rire. Devant notre stupeur, il s’exclama : « Vous verrez, on en rigolera dans dix ans ! ».

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18 réflexions sur “Une photo, des mots (243eme) – Atelier d’écriture de Leiloona

    • Je n’ai pas eu le temps de lire le texte de Virginie. C’est une coïncidence sans en être une !!! En fait, Virginie est juré dans un concours de nouvelles où il faut placer cette phrase. Je ne pense pas participer mais ça m’amusait d’essayer de caser la phrase !

  1. Moi, je trouve que ce père est un tantinet tête à claque, non ? Je n’aurais pas le stoïcisme de son épouse 🙂 !

  2. Pfff…Il y a des jours comme ça où rien ne va ! Heureusement que nos petits chérubins nous aident à relativiser. De là à dire qu’ils en riront dans 10 ans, pas sûr quand même…:) sauf si le père se réveille enfin 🙂
    Merci pour cette agréable histoire.

    • Quand la poisse commence, on ne sait jamais quand elle va s’arrêter ! Quand j’ai vu le concours de nouvelles, je me suis demandée si j’arriverais à placer la phrase dans un texte et c’est finalement venu très naturellement !

  3. Purée … ils cumulent !!! C’est sûr qu’ils s’en souviendront, en bien ou en mal !!! Chouette histoire !

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