La traversée amoureuse de Vita Sackville-West

Vita

Edmund Carr est un éditorialiste renommé d’une cinquantaine d’années. Il vient de renoncer à son travail qui pourtant l’a totalement absorbé durant toute sa vie. Edmund a appris récemment qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre. Un mal incurable le ronge inexorablement. Pour occuper les derniers mois de son existence, Edmund décide de suivre Laura, une veuve de 35 ans, en croisière autour du monde. Il ne la connaît que depuis un an mais il en est tombé éperdument amoureux. Elle ne sait rien de ces sentiments et ne pensait certes pas trouver Edmund sur le pont du paquebot qui l’emmène en vacances. Il veut continuer à lui masquer son amour et veut simplement profiter de sa compagnie avant de quitter ce monde. Mais saura-t-il tenir sa langue face aux relations qui se nouent entre Laura et le séduisant colonel Dalrymple ? Saura-t-il s’éclipser pour le bonheur de Laura ?

« La traversée amoureuse » est le dernier roman de Vita Sackville-West. Il s’agit d’un huis-clos amoureux et psychologique. Chaque sentiment, chaque mouvement d’âme d’Edmund est passé à la loupe. Rien de larmoyant, de mièvre dans ce court texte, la fin prochaine d’Edmund n’est pas un prétexte à l’apitoiement sur soi-même. Étonnamment, Edmund se découvre tout autre. Tout ce en quoi il croyait ou se battait est balayé par l’annonce de sa fin prochaine et par son amour pour Laura. Il redécouvre la beauté du monde qui l’entoure, prend son temps pour observer. « Un matérialisme radical, considéré comme la loi du progrès, était ma religion ; toute référence à des motifs désintéressés suscitait non seulement ma méfiance, mais mon mépris. Et maintenant voyez ce que je suis devenu, aussi sentimental et sensible qu’une vieille fille peignant des couchers de soleil à l’aquarelle ! Je me flattais autrefois d’être un homme adulte ; je m’aperçois à présent que je suis un nigaud, aussi sot qu’un adolescent. Nouveau Clovis, adorant ce que j’ai méprisé et souffrant du mal d’amour par-dessus le marché, je veux mon content de beauté avant de m’en aller. Géographiquement, je sais à peine où je suis et je m’en moque. Il n’y a pas de poteaux indicateurs en mer. (« No signposts in sea », très beau titre original du roman qui montre que l’on peut se perdre, dans tous les sens du terme, en mer.) » Découvrant les charmes du sentiment amoureux quasiment pour la première fois de sa vie, Edmund fait également l’expérience de la brûlure de la jalousie. C’est la naissance et la croissance de ce sentiment qui intéresse tout particulièrement Vita Sackville-West. La jalousie étourdit Edmund, l’aveugle complètement et il revisite tous les évènements du voyage à l’aune de ce sentiment. Fine observatrice de l’âme humaine, l’auteur se plaît à jouer avec les émotions de son narrateur.

C’est avec élégance et délicatesse que Vita Sackville-West nous décrit les derniers sentiments d’un homme mourant.

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13 réflexions sur “La traversée amoureuse de Vita Sackville-West

  1. Tu parles très très bien de ce titre. De Vita Sackville West, je n’ai lu pour le moment qu’Au temps du Roi Edouard et il faudrait que je continue mon exploration. Peut-être avec ce roman ci…

    • Je crois que « Au temps du roi Edouard » reste mon préféré parmi les romans que j’ai lu de Vita. Et ensuite « Toute passion abolie » qui est également un vrai bijou. C’est vraiment un auteur que j’affectionne.

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