Une photo, quelques mots (235eme) – Atelier d’écriture de Leiloona

vincent-hequet-photographe© Vincent Héquet

Comme c’était étrange de pénétrer dans la maison de quelqu’un que l’on ne connaissait pas et que l’on ne connaitrait jamais. Philippe avait toujours ce même sentiment en franchissant la porte d’entrée. Il sentait comme une gêne, une impudeur à être là sans les propriétaires. Cette fois, il s’agissait d’une petite maison de ville à un étage dans l’allée des Lilas. Philippe allait procéder à un premier tour de la maison pour découvrir ce qu’elle renfermait.

La maison était très bien tenue, très propre et soignée. Les meubles étaient en bon état, de beaux meubles rustiques à l’ancienne, leur solidité avait quelque chose de réconfortant. Ils avaient dû accompagner toute la vie de Mme Gervais, peut-être lui venaient-ils de ses parents. Le salon près de l’entrée était peu meublé, Mme Gervais semblait apprécier la sobriété. Philippe ne saurait jamais si c’était par goût ou par économie. Il se prenait toujours à essayer de deviner la personnalité des propriétaires à partir de leurs intérieurs. Ici, il n’y avait aucune photo, pas de trace d’enfants ou de petits-enfants. Y-avait-il eu un M. Gervais, décédé bien avant sa femme ? En tout cas, cette vie semblait un peu austère, sans fioritures à en juger par cette première pièce.

A l’étage se trouvaient la chambre et la salle de bain. Un beau lit en bois trônait avec son énorme édredon en patchwork. Sur le radiateur, Philippe trouva toute une pile de tissus colorés. La grande armoire normande près du lit contenait également de nombreux morceaux de tissus. Philippe commença à les sortir en les jetant sur le dessus du lit. Bientôt celui-ci fut recouvert de tissus bariolés !  Finalement, elle n’était pas si triste que ça cette Mme Gervais ! Dans cette pièce, il y avait des photos au mur, Philippe prenait toujours le temps de les regarder attentivement. Sur l’une d’elles, Mme Gervais posait fièrement devant sa machine à coudre, une vieille Singer avec pédalier. Sur une autre, elle déployait un magnifique couvre-lit fait d’une multitude de bouts de tissus.

Voilà qui mettait du baume au cœur à Philippe, il aimait à découvrir les passions des habitants des maisons qu’il venait vider, à penser que leurs vies avaient été illuminées par elles. Cela rendait moins difficile le transport des meubles et objets vers la hangar Emmaüs.

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22 réflexions sur “Une photo, quelques mots (235eme) – Atelier d’écriture de Leiloona

  1. J’aime beaucoup l’angle d’attaque de ton texte. Intéressant d’imaginer ce qu’ont pu être les gens dans les traces qu’ils laissent d’eux😉

    • Merci Stephie, mon interrogation tournait autour de « qu’est ce que l’on laisse lorsque l’on disparaît et que l’on a pas d’enfants. » Finalement nos objets peuvent faire un portrait de ce que nous étions.

  2. J’aime bien cette chute, ce regard qui n’est pas celui d’un agent immobilier mais d’un salarié d’Emmaüs. Cette Madame Gervais et sa passion pour les tissus me plaît beaucoup.

  3. Bel angle de vue ! Tendre de se dire que malgré tout, malgré le vide, certains imaginent encore ce qu’a pu être la vie des autres .. ce que nous faisons ce matin, d’ailleurs !😉

    • Merci Leiloona, je trouve que nos objets nous reflètent aussi. C’est vrai que ton atelier nous permet d’imaginer d’autres vies, d’autres êtres et c’est vraiment chouette !

    • Je trouve ça très vrai, on peut jamais savoir ce que cachent au fond d’eux nos voisins, nos collègues. Les êtres humains sont souvent plein de surprises.

  4. Une chouette idée en effet ! Je m’attendais presque à ce qu’il s’agisse d’un cambrioleur ! J’aime bien l’idée de cette humanité, cet homme qui accomplit sa tâche en s’inquiétant aussi des êtres.

    • Ce n’était pas voulu au départ mais en relisant le début je me suis rendue compte qu’il pouvait donner l’impression d’être un cambrioleur. Et j’ai bien aimé cette ambiguïté, je me suis dit que la chute serait un peu surprenante.

  5. C’est une belle (et réconfortante) idée de voir ce qu’on put être les gens à travers ce qu’il laisse d’eux

    • Merci, nos chez nous en disent long sur nous je trouve : notre famille, nos passions, notre personnalité, on peut lire beaucoup de choses dans nos objets !

  6. J’aime beaucoup ce Philippe, qui reste optimiste malgré la tache difficile qu’on lui a confié ! Bravo en tout, c’est une idée originale !

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