Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

mazie

Lorsque Louis Gordon n’est plus en capacité de tenir la billetterie de son cinéma le Venice, il demande à sa belle-sœur Mazie Phillips de le faire à sa place. Celle-ci n’est pas très enthousiasmée par l’idée mais elle ne peut rien refuser à Louis. Ce dernier a recueilli les deux sœurs de sa femme, il leur a donné un toit  les sauvant ainsi d’un père violent. Mazie, qui aime faire la fête toute la nuit, se voit contrainte à rester enfermée dans sa cage toute la journée. Nous sommes au début du 20ème siècle, l’âge d’or du jazz bat son plein et la Prohibition n’empêche personne de se soûler. Mazie finit par se faire à son nouveau métier et se rend compte qu’elle est au cœur du quartier du Bowery et qu’elle croise tout le monde à sa caisse. Lorsque la Grande Dépression de 1929 va frapper les États-Unis, ce quartier populaire de Manhattan va être dévasté par la misère. Mazie va venir en aide sans relâche aux habitants et leur ouvrira les portes du Venice pour leur accorder un peu de repos et de réconfort.

Jami Attenberg a découvert le personnage de Mazie Phillips-Gordon dans un article de Joseph Michell dans le New Yorker datant de 1940. Immédiatement intriguée par celle que l’on nomme la « reine de Bowery », elle entame des recherches. Elle découvrit que l’on connaissait peu de choses sur la vie de Mazie et elle décida de recréer une vie à cette femme. Jami Attenberg en fait une femme incroyablement indépendante, libre et haute en couleurs. Elle ne se mariera jamais et n’aura qu’une seule vraie histoire d’amour : un capitaine toujours en partance et qu’elle attend dans sa billetterie. Pour raconter cette figure des années 20 et 30, Jami Attenberg choisit l’angle de l’enquête. Mazie est racontée par de multiples voix : la sienne , à travers son journal intime de 1907 à 1939, son autobiographie inédite et les témoignages de tous ceux qui l’ont connue ou croisée et de leur descendance. Le portrait en patchwork souligne l’empreinte laissée par Mazie, l’influence qu’elle a eu sur son quartier et ses proches. Ils sont d’ailleurs eux-mêmes de sacrés personnages : Louis Gordon dont les affaires ne sont pas très nettes, Rosie sa femme perpétuellement insatisfaite, Jeanie la 3ème sœur qui s’enfuit un jour pour suivre sa passion pour le spectacle, Sœur Ti la sœur catholique qui devient la meilleure amie de Mazie malgré les frasques de celle-ci.

Cette galerie de personnages gouailleurs et attachants s’ancre dans l’histoire du quartier du Bowery.La ville est frappée par l’explosion d’une bombe à Wall Street en 1920 ; la crise de 1929 change totalement le visage de Manhattan jetant les habitants à la rue ; en 1934 est inauguré le Knickerbocker Village, grands immeubles à loyer modéré. La vie de Mazie est inséparable de celle de son quartier et c’est sa générosité envers les plus démunis qui fera d’elle une figure légendaire du Manhattan de cette époque.

A l’image de son personnage central, le roman de Jami Attenberg est fort sympathique et attachant. C’est un bel hommage rendu à Mazie et au quartier du Bowery tous deux bien vivants dans les pages de ce roman.

Merci aux éditions Les Escales.

America

 

 

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12 réflexions sur “Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

  1. Pingback: Le mois américain 2016 – Billet récapitulatif | Plaisirs à cultiver

  2. Je suis contente de lire ton avis positif parce qu’on vient justement de m’offrir ce roman … que je n’aurais certainement pas spontanément acheté !

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