Peyton Place de Grace Metalious

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Dans les années 40, à Peyton Place en Nouvelle Angleterre, la vie semble s’écouler paisiblement. Alison Mackenzie et Selena Cross sont des amies inséparables et pourtant elles sont à l’opposé l’une de l’autre. La mère d’Alison est la propriétaire d’une boutique de vêtements. Elle est célibataire, veuve et fière de sa réussite sociale. Selena vit dans une cabane dans la zone la plus pauvre de la ville. Son beau-père est alcoolique et violent. Mais il n’y a pas que dans les taudis que l’air est vicié, les belles façades du quartier huppé cachent aussi de lourds et douloureux secrets.

Sorti en 1956, « Peyton Place » provoqua un tollé général. Il fut jugé « amoral », « vulgaire » et « indécent ». Le projet de Grace Metalious avait effectivement de quoi choquer l’Amérique bien-pensante de l’époque : « Les villes de Nouvelle-Angleterre sont petites et souvent ravissantes, mais ce ne sont pas seulement de jolies images pour cartes de Noël. Un touriste les trouvera paisibles en effet, mais s’il regarde au dos de la carte postale, c’est comme s’il retournait une pierre du pied. Toutes sortes de choses étranges surgissent en rampant. » L’auteur s’applique méticuleusement à déconstruire le rêve américain et ses hypocrisies. Ce que cache la réussite sociale de certains est absolument terrifiant. Tous les tabous sont évoqués par l’auteur : mariage intéressé, inceste, avortement, concupiscence, meurtre, adultère. Grace Metalious exhume le pire de l’humanité, ce que l’on cherche à tout prix à cacher à son voisin et qui pourtant finit toujours par ce savoir dans ces petites villes provinciales, terreau de tous les commérages. Dans ce jeu de massacre, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent : les enfants, les femmes et les pauvres. Ils subissent le pouvoir et la violence masculins, la pression imposée par le vernis social. C’est un riche industriel qui domine la ville et qui impose sa loi (celle de l’argent) au reste de la population. Rien ni personne n’est supposé entaché sa position sociale. Il ne reste qu’à s’incliner devant sa force.

Un thème a dû particulièrement choquer et était certainement peu évoqué dans les années 50 : l’abus sexuel sur mineur. C’est avec force que Grace Metalious dénonce les agissements du beau-père de Selena et encore plus l’hypocrisie qui fait fermer les yeux des autres habitants. Le seul à être véritablement humain est le médecin qui fait fi de ses propres convictions pour aider Selena. C’est aucune doute le beau personnage du roman, le seul à assumer ses actes devant le reste de la communauté.

« Peyton Place » est un portrait au vitriol d’une petite ville de province rongée par les mensonges, l’hypocrisie et la violence. Aucun des personnages n’est épargné par le regard acide de l’auteur. C’est âpre, acerbe, cru mais aussi extrêmement efficace et parfaitement réussi.

Une lecture commune avec Icath.

amarica

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18 réflexions sur “Peyton Place de Grace Metalious

  1. J’ai été très agréablement surprise par ce roman et je suis admirative de la façon dont elle a traité chacun des personnages. Un livre à recommander sans aucun doute !

  2. Noté !
    Je me souviens de la série. J’étais gamine et mes parents me laissaient car elle passait le samedi soir après les variétés. L’intrigue me faisait peur, les personnages aussi. C’était à l’époque en noir et blanc. Est-ce que je retrouverai le même scénario dans le roman ? et les mêmes sentiments ? Si je peux, je le lirai ce mois-ci…

    • Je n’ai jamais vu la série mais on m’a dit qu’elle était assez éloignée du roman. Tout ce que je peux te dire c’est que c’est une histoire très sombre.

  3. Pingback: Le mois américain 2016 – Billet récapitulatif | Plaisirs à cultiver

  4. J’adore l’idée qu’il soit immoral et indécent, et ai choqué l’Amérique de l’époque. Je ne serai pas allée vers ce livre spontanément, mais tu sais choisir les mots pour me convaincre😉

  5. Bonjour Titine, j’ai eu l’occasion de voir la série tv dans ma jeunesse à la fin des années 70 (même si la série date de 1964-1969). J’étais fan. Il faudrait que je lise le roman. C’est bien qu’il ait été réédité. Bonne après-midi.

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