La fin d’une liaison de Graham Greene

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Londres, 1946, Maurice Bendrix croise dans la rue Henry Miles, un ami qu’il n’avait pas vu depuis un an et demi. Maurice avait fréquenté le couple Miles et était devenu l’amant de Sarah Miles. Leur liaison intense et passionnée s’était brusquement interrompue en 1939 après le violent bombardement de l’immeuble où Sarah et Maurice se retrouvaient. Maurice vouait depuis lors une haine violente à sa maîtresse. Sentiment qui va croître après sa rencontre avec Henry. Ce dernier lui avoue en effet avoir des doutes quant à la fidélité de sa femme. Mais il n’ose pas engager un détective privé pour en avoir le cœur net. Maurice va le faire à sa place tant il est dévoré par la jalousie à l’idée que Sarah puisse avoir un nouvel amant. L’enquête du détective lui dévoilera une facette inattendue de la personnalité de Sarah.

Avec « La fin d’une liaison », Graham Greene revisite le classique trio amoureux : femme-mari-amant. Au tout début du roman, une phrase nous indique que cette thématique va être traitée de manière originale : « Aussi ceci est-il un récit de haine bien plus que d’amour (…) »  Quand le livre s’ouvre, Maurice Bendrix n’a pas revu sa maîtresse depuis un an et demi. Leur rupture, brutale et sans aucune explication, l’a plongé dans une terrible colère qui s’est ensuite transformée en haine envers Sarah. La narration n’est donc pas habituelle, Graham Greene choisit de prendre l’histoire à l’envers. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’enquête du détective privé que nous allons découvrir la relation forte de Sarah et Maurice. Ce sont des flash-backs, des réminiscences d’instants partagés qui vont éclairer le lecteur. Bien sûr, nous découvrons à travers le récit de Maurice que sa haine pour Sarah n’est pas si éloignée de l’amour passionné et qu’il s’agit d’une façon de ne jamais en finir avec cette histoire d’amour, de ne pas accepter la rupture. Le classique triangle amoureux est également détourné par la relation existante entre Maurice et Henry Miles. Les deux hommes sont amis et Maurice vient en aide à de nombreuses reprises à Henry. Ce dernier est un être faible, presque pathétique par moments mais il est uni à Maurice par son amour infini pour Sarah. La relation entre les deux personnages est surprenante et inattendue.

Ce qui fait l’originalité de ce roman, ce sont aussi les questionnements spirituels qui accompagnent le récit. C’est l’une des caractéristiques de Graham Greene, tout au long de son œuvre il s’interroge sur la religion catholique, sur la foi et la morale. « La fin d’une liaison » porte plus spécifiquement sur le poids de la religion, sur les décisions, les choix des personnages en fonction de leurs croyances. Maurice, qui se dit athée, se trouve confronté à un fort sentiment religieux qu’il ne comprend pas. Il repousse celui-ci de toutes ses forces mais on sent néanmoins chez lui une spiritualité qui s’affirme au fil des pages. Maurice Bendrix est un personnage particulièrement complexe, tortueux et ambigu. Sa progression au cours du roman est passionnante.

« La fin d’une liaison » est le premier roman de Graham Greene que je lisais et j’ai été emballée par l’originalité de sa narration, par la complexité de ses personnages et l’exigence de son travail.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont.

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9 réflexions sur “La fin d’une liaison de Graham Greene

  1. Je l’ai lu il y a plusieurs années mais je l’avais adoré, l’écriture est très belle et pas du tout vieillie. Je me souviens que la dernière phrase est très forte. Oui, moi aussi j’avais aimé les questions spirituels. Je te conseille aussi le film de Neil Jordan qui est très proche du texte (avec J. Moore, R. Fiennes et S. Rea dans les rôles principaux).

    • Non, le roman n’a vraiment pas vieilli du tout, même les questions d’ordre spirituelles restent intéressantes. J’avais vu le film de Neil Jordan à sa sortie, ça ne me rajeunit pas…et j’ai eu des flashs de scènes du film pendant ma lecture ! Je vais d’ailleurs le revoir très bientôt mais il m’avait déjà plu à l’époque.

    • Il y a parfois des livres que l’on a lu il y a très longtemps et qui n’ont laissé qu’un vague souvenir. C’est notre lot de grande lectrice d’en oublier certains même si on les a aimé. C’est aussi ce qui peut nous donner le plaisir d’une relecture !

  2. Pingback: A year in England 2016 – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver

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