L’accompagnatrice de Nina Berberova

accompagnatrice

 Sonetchka a été élevée par sa mère, une professeur de piano célibataire. Une fois la naissance de Sonetchka dévoilée, sa mère perd peu à peu ses clients. La pauvreté, la misère deviennent le quotidien des deux femmes. La jeune fille se met bien évidemment à la musique et essaie d’en faire soin gagne-pain. « J’avais dix huit ans. J’avais terminé mes études au Conservatoire. Je n’étais ni intelligente ni belle ; je n’avais pas de robes coûteuses, pas de talent sortant de l’ordinaire. Bref, je ne représentais rien. La famine commençait. Les rêves que maman avait faits de me voir donner des leçons ne se réalisaient pas ; maintenant il y avait à peine assez de leçons pour elle. Moi, il m’arrivait de tomber sur un travail occasionnel dans quelque soirée musicale, dans des usines et des clubs. Je me rappelle que, plusieurs fois, pour du savon et du saindoux, j’étais allée jouer de la musique de danse, des nuits entières, quelque part dans le port. »  La chance de sa vie se présente pourtant. On propose à Sonetchka de devenir l’accompagnatrice d’une grande soprano : Maria Nikolaevna. Ce nouveau travail va lui permettre de voyager jusqu’à Paris.

Dans ce court roman, c’est toute la lutte des classes sociales qui se joue. Rapidement, la relation entre Sonetchka et Maria se complique. C’est la voix de la jeune femme que nous entendons puisque le texte est une sorte de journal. Sonetchka est au départ admirative du talent de Maria, de sa voix exceptionnelle. Elle est également sous le charme de son intérieur élégant et riche. La bâtarde n’a connu qu’économies et privations. L’admiration se mût en détestation, en jalousie. Sonetchka épie Maria cherchant les failles, les secrets qu’elle pourrait utiliser contre elle. Les sentiments de Sonetchka deviennent malsains, mauvais. Elle veut détruire son idole, la faire chuter pour se sentir au moins une fois supérieure. L’histoire de Sonetchka et de Maria se déroule sur fond d’exil de la bourgeoise pétersbourgeoise après la révolution d’octobre. L’opposition des deux femmes devient emblématique, elles sont l’incarnation de la fracture qui divise la Russie en 1917.

Dans un style concis, sans fioritures, Nina Berberova nous livre ce roman dense et intense sur la vénéneuse et politique relation d’une soprano et de son accompagnatrice.

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19 réflexions sur “L’accompagnatrice de Nina Berberova

    • J’avais lu cet auteur lorsque j’étais plus jeune et bizarrement je l’ai un peu oublié. Heureusement, une âme bien intentionnée m’a offert ce roman !

  1. Oulala cette lecture remonte à… loin ! Mais le souvenir d’avoir aimé cet univers, la découverte de Berberova par Hubert Nyssen… tout cela est toujours bien présent !

    • C’est vrai que « L’accompagnatrice » est le symbole des choix littéraires et de la réussite des éditions Actes Sud. C’était un excellent choix pour débuter une maison d’édition.

  2. Je ne connais pas cette auteure mais ton billet laisse présager d’un livre passionnant 🙂 Je note pour mon prochain passage à la bibliothèque !

  3. J’ai découvert cette auteure avec ce roman, il faut vraiment que je lise un autre de ces livres! Je suis d’accord avec ta critique en tout cas!

    • Merci Accalia, je ne pourrais pas t’en conseiller un autre, j’avais lu l’auteur lorsque j’étais ado mais je dois bien avouer avoir oublié ce que j’ai lu !

    • J’ai découvert Nina Berberova comme toi, lorsque j’étais ado et, comme toi, je n’ai plus de souvenirs des romans que j’ai lus d’elle à l’époque !!!

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