La nouvelle espérance de Anna de Noailles

espérance

« Son être fatigué des vives passions de l’enfance, des hasards d’un mariage hâtif, des douleurs de la maternité malheureuse, se reposait ainsi au creux des après-midi molles, bercé du plaisir de vivre faiblement à la sensuelle crainte de la mort. » Sabine de Fontenay est une jeune aristocrate qui ne vit que pour sentir le feu des sentiments, de la passion. Son mari l’aime faiblement, par habitude, avec tendresse mais sans ferveur. Sabine recherche dans la vie ce qu’elle a lu dans les livres de Musset, Balzac, dans « Les souffrances du jeune Werther » ou « Tristan et Iseult ». Cette nécessité viscérale à être aimée l’a fait s’intéresser à différents hommes, l’a fait rêver et espérer.

Anna de Noailles nous parle, à travers le destin de Sabine, du sort des femmes au début du 20ème siècle. Son héroïne n’a pas de but dans la vie, elle ne fait rien, ne pense à rien, la vacuité de son quotidien transparaît dans son caractère. Malheureusement, Sabine a perdu un enfant à qui elle aurait pu se consacrer entièrement et qu’elle aurait pu aimer éperdument. Au lieu de ça, elle jette son dévolu sur les hommes qui l’entourent, les amis de son mari : Jérôme et Pierre avant de rencontrer Philippe. Le roman est découpé en trois parties, chacune dédiée à l’un des trois hommes. Le quotidien de Sabine se charge alors d’émotions, de tourments délicieux qui la rapprochent du romantisme des livres qu’elle adore. Sabine ne sait pas se contenter de tiédeur, elle veut se consumer d’amour. On voit bien qu’en ce début de 20ème siècle, les femmes sont toujours prisonnières des conventions, du mariage et n’ont pas d’autonomie. Anna de Noailles avait au moins l’écriture pour s’échapper.

Et la langue d’Anna de Noailles est surprenante, audacieuse dans ses comparaisons ou ses métaphores. C’est une écriture élégante, précieuse, très attentive aux états d’âme de son héroïne mais également aux saisons, à l’environnement dans lequel elle évolue : « Comme elle s’était amusée en juillet, assise devant les graviers chauds des jardins, et en automne, à courir le long du feuillage rouge des noisetiers, où luisaient, durement chevillées à leurs capuchons verts, les noisettes en bois de soie (…) Elle avait aimé aussi toutes les choses des maisons et des chambres, l’aurore d’été, prise dans les rideaux de perse gommée, et quand on ouvrait la fenêtre les matins d’octobre, la première entrée du vent froid, qui sentait l’anis et le raisin… »

Roman de l’ennui mondain, du romantisme rêvé et de la place des femmes au début du 20ème siècle, « La nouvelle espérance » est un roman singulier de par le style raffiné, poétique d’Anna de Noailles. Sa langue m’a envoûtée.

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14 réflexions sur “La nouvelle espérance de Anna de Noailles

    • J’ai vraiment été enchantée par l’écriture de l’auteur, très imagée et originale. Et le destin de l’héroïne fait bien évidemment penser à Emma Bovary (ce que j’aurais pu indiquer dans mon billet d’ailleurs…).

  1. Je ne connaissais pas du tout ce titre et ce que tu en dis me donne envie de réparer cet auteur. Comme celles qui ont commenté avant, j’aime bien ce côté un peu bovaryen de l’héroïne. Je note la référence. Merci pour la découverte!

    • Je t’en prie, j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi. La couverture m’avait tapé dans l’oeil et en plus il y a une citation de Proust dessus !

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