Une photo, quelques mots (195ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

14468577975_34250fcbd5_o© Romaric Cazaux

Tenir. Ne pas flancher. Garder le rythme. Oublier les douleurs, les ampoules qui éclatent, oublier son corps pour mieux le sublimer. Répéter inlassablement chaque pas, chaque mouvement pour qu’ils deviennent automatiques.

La semaine de Mathilde se concentrait sur ce but unique : la perfection de ses pointes, de ses entrechats, de ses jetés. De l’élégance, du maintien, de quoi parfaire son allure. Rien d’autre ne pouvait compter, Mathilde était déterminée.

Il le fallait. Elle n’avait pas le choix. Elle avait été repérée dans son école de danse à Bourges. Depuis tout petite, elle rêvait de tutus, de lacets en satin lui enlaçant la cheville, de chignon impeccable. Ses parents avaient longtemps cru à une passion enfantine, toutes les petites filles voulaient être ballerines, un cliché. Mais Mathilde avait continué, intensifiant les entrainements avec l’âge. Elle se voyait évoluer sur de grandes scènes, danser les plus grands ballets. Ses parents ne voyaient pas l’avenir de la même façon. Ouvriers tous les deux, ils voulaient un véritable métier pour leur fille. Impossible de leur faire comprendre, il n’y avait jamais eu d’artiste dans la famille. Ça n’était pas pour eux.

Mais lorsque la recruteuse de l’Opéra de Paris l’avait choisie, ils n’eurent plus le choix que de se rendre à l’évidence : Mathilde serait danseuse. Il fallait la laisser partir, la laisser quitter le foyer à 13 ans pour l’inconnu. Ils n’en dirent rien mais Mathilde savait que sa vie de petit rat à Paris allait leur coûter cher, qu’il leur faudrait sacrifier de leur confort pour satisfaire son rêve. C’est pour cela que l’échec lui était interdit. Elle ne pouvait pas laisser passer sa chance, ne pouvait pas les décevoir.

Il fallait tenir, cambrer le pied malgré la douleur, rester sur les pointes aussi longtemps que les autres. Tenir.

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22 réflexions sur “Une photo, quelques mots (195ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

  1. tout est dit! l’effort de la ballerine, l’effort des parents pour qu’elle réalise son rêve. Je crois que ce genre de carrière ne se réussit pas seule…le soutien des proches est particulièrement important.

  2. Tu sais que je n’ai jamais eu envie d’être ballerine quand j’étais petite ? J’allais à la danse pour rigoler avec mes copines 😉
    Mais je crois que ces danseuses ne peuvent plus évoquer seulement la beauté aujourd’hui, et on est assez conscient de leurs souffrances. Tu l’exprimes parfaitement.

    • Tu avais bien raison aussi d’y aller pour rigoler ! Oui, nous savons tous quels sacrifices, quelle somme de travail cela représente, je trouve qu’elles n’en sont que plus admirables.

  3. C’était un de mes grands rêves, et j’adorais la danse classique jusqu’à ce qu’elle me soit interdite, autant te dire qu’un rêve qui s’écroule fait toujours mal, surtout à 13 ans… Je suis heureuse pour ta Mathilde, tu décris très bien cet univers d’efforts permanents,de sueur et de sang (les pieds souvent) derrière le glamour des tutus et des paillettes ! 😉

    • Ma pauvre Aspho, tu as vraiment du être sacrément déçue. Merci pour ton message, cela me touche venant de quelqu’un qui a bien connu ce milieu.

  4. J’aime beaucoup…Au- dela de la juste description du quotidien qui accompagne ces métiers où le corps doit être soumis avant de pouvoir prendre son envol,il y a ce contexte familial réaliste et tendre en même temps,l’amour et les sacrifices consentis de part et d’autre,l’envie de rendre ce que les parents ont donné…..

  5. Désolée,mon com n’est pas passé….Je te disais que j’aimais bien ton texte et la présence des parents,le rend encore plus réaliste.On comprend qu’elle ait envie de leur rendre tout ce qu’ils lui ont donné,à la mesure des sacrifices consentis…..C’est ce qui l’aide à serrer les dents….

    • Trois même !! Merci pour ton message Bénédicte, je suis partie du verbe tenir et je me suis demandée ce qui pouvait les faire tenir sur leurs pointes et supporter tant de douleurs.

  6. Ca doit être un grand sacrifice pour les parents de suivre de telles activités (passions) de leurs enfants. Et voir la petite de 13 ans s’éloigner, doit vraiment être un grand grand déchirement.

    • Je me dis cela à chaque fois que l’on parle de sportifs de haut niveau qui doivent quitter leurs parents très tôt, c’est quand même très douloureux mais j’admire également la détermination de ces enfants.

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