Le fils de Philipp Meyer

le fils

Né en 1836, Eli McCullough grandit dans un pays en pleine mutation, un pays où chacun vole les terres des autres pour s’imposer. Le Texas vient d’être arraché au Mexique et est indépendant. Mais les indiens n’ont pas abandonné leur territoire. A l’âge de treize ans, Eli est kidnappé par des Comanches et il les a vu assassiner sauvagement sa mère, sa sœur et son frère. Pendant trois ans, il apprend à devenir un vrai Comanche. Il reste avec eux jusqu’à ce que la variole décime les troupes. Il doit alors rejoindre la civilisation, travailler, fonder une famille et un empire grâce à l’élevage puis au pétrole. Sa descendance, son fils Peter et son arrière petite-fille Jeanne-Anne, suivront-ils la voie tracée par Eli ?

C’est une véritable et formidable saga familiale qu’a écrit Philipp Meyer dans son deuxième roman. Les trois membres de la famille McCullough prennent successivement la parole au fil des chapitres. Eli est le fondateur de cette dynastie, celui qui, parti de rien, lèguera une fortune à ses descendants même si celle-ci est tachée de sang. Son fils, le doux Peter, ne pourra jamais accepter les méthodes de son père. Il est hanté par un évènement : la manière brutale dont une famille mexicaine a été abattue sous un prétexte fallacieux de rébellion pour que les McCullough récupèrent leur terrain. Jeanne-Anne a moins de scrupules. Sa vie nous emmène jusqu’à notre époque, elle est la conclusion, la fin de l’empire construit par Eli. Trois époques, trois personnages qui nous sont présentés sous un prisme narratif différent : Eli s’adresse à nous à la première personne du singulier, Peter se raconte au travers de son journal intime tandis que Jeanne-Anne est vue par un narrateur extérieur. Les destins de Eli et Peter m’ont totalement passionnée, celui de Jeanne-Anne un peu moins  même si son combat féministe pour accéder au pouvoir est loin d’être sans intérêt. Les différentes voix, leur alternance en fonction des chapitres donnent beaucoup de rythme et de vie à ce roman de presque 700 pages.

L’évolution de la famille McCullough est également celle du Texas, le roman traverse toute l’histoire de cet état. De l’indépendance à l’éradication des tribus indiennes, en passant par les « bandits wars » de 1915 contre les rebelles mexicains, c’est toute la violence de la construction de l’Ouest des États-Unis qui se déploie devant nos yeux. Philipp Meyer nous dépeint cette période sans complaisance et après un énorme travail documentaire. Nous sommes ici loin des images d’Épinal véhiculées par la plupart des westerns et loin de leur manichéisme. On voit également la transformation du Texas qui passe de l’agriculture, des grands espaces sauvages aux derricks, à l’appauvrissement de la terre. L’or noir coule à flots et emporte tout sur son passage.

« Le fils » est une épopée qui vous entrainera aux origines du Texas et au cœur de la famille McCullough. Formidablement construit et documenté, Philipp Meyer a écrit un roman palpitant, dense et ambitieux qui place son auteur dans la liste des écrivains américains à suivre.

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37 réflexions sur “Le fils de Philipp Meyer

  1. Pingback: Le mois américain – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver

    • J’ai quand même mis un an à le sortir de sa pile celui-là alors que je mourrais d’envie de le lire…on a des vies de lectrice difficiles….

  2. J’ai failli craquer lors du dernier Festival America. On en parlait beaucoup, et en très très bien. J’ai cédé pour le Joseph Boyden à la place (Le grand cercle du monde), et j’hésite maintenant à me plonger dans Le fils car paraît-il qu’il y a des scènes assez dures (je m’étais d’ailleurs faite avoir avec le Boyden – je suis une nature très sensible pour certaines choses… violence, tortures…).

    • C’était Boyden ou Meyer ! Les deux étaient absolument passionnants à écouter. Il faut maintenant que je m’attaque à Boyden. Honnêtement, il n’y a que la scène d’ouverture qui peut peut-être te contrarier, sinon je ne vois pas d’autres scènes très violentes dans le roman.

  3. Comme A girl, je crains les scènes violentes… de toute façon, je crois que je vais attendre la sortie en poche, le livre sera moins lourd !

  4. Pingback: Bilan du mois américain | Plaisirs à cultiver

    • Effectivement , la petite-fille est la moins intéressante des trois, sa vie est la fin de la dynastie et apporte moins de rebondissements à l’histoire de la famille.

      • Mais quelle vie mouvementée pour le papy !! Et même son fils, qui vivait dans son ombre, a un récit fort. L’autre, bof, bof… mais oui, c’est la fin de la dynastie…

  5. Quand les Bibliomaniacs étaient venues me voir, ce livre était au programme de l’émission, et évidemment je n’avais pas eu le temps de le lire, d’autant que j’avais très peur de la violence (Val m’avait aussi mise en garde sur des scènes très violentes, et tu sais comment je suis vraiment demeurée sur ce sujet). Tu n’en parles pas dans ta chroniques, est ce que ça veut dire que c’est moins hard que je ne le pensais ? (même l’histoire des scalps?) Bref, donc je sais que c’est un grand livre, mais j’ai presque peur qu’il soit trop grand pour moi.

    • Je n’en parle pas parce que rien ne m’a choquée, je trouve qu’au contraire il était important de montrer la violence de la construction de ce pays. Alors, je ne suis pas capable de te dire si c’est moins hard que ce que tu crois car ce type de scènes ne me posent pas de problème. Je ne peux que te conseiller de l’emprunter en bibliothèque et de tenter. Si tu passes les premiers chapitres sur le kidnapping de Eli, tu pourras supporter le reste.

  6. Je l’ai lu au début de l’année et je l’ai adoré. C’est le genre de roman qu’on peut qualifier de chef d’oeuvre je pense.

  7. …pour moi un échec cuisant , j’ai abandonné après une centaine de pages , trouvé la violence initiale très complaisante ce qui est bien LA chose que je ne supporte pas…

    • Quel dommage, c’est vraiment une belle fresque et je ne trouve pas que la scène d’ouverture soit gratuite. Le roman rappelle l’incroyable violence qui a présidé à la naissance de l’état du Texas et des États-Unis. Il est bon de s’éloigner des clichés véhiculés par les bons vieux westerns !

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