Le cœur par effraction de James Meek

Meek

Ritchie Sheperd est le producteur d’une émission à succès « Relooking d’ados » où de jeunes musiciens débutants viennent prendre des conseils. Une reconversion lucrative pour cet ancien rockeur dont le groupe fondé avec sa femme Karin, les Lazygods, avait rencontré un certain succès. Une réussite qui lui permet de combler tous ses désirs et ceux de sa famille, mais cela ne suffit pas à Ritchie. Il aime à jouer avec le feu et trompe la belle Karin avec Nicole, 15 ans, rencontrée sur le plateau de son émission. Et il comptait bien en profiter aussi longtemps que possible. Mais cette incartade sera celle de trop. La sœur de Ritchie, Rebecca, vient de larguer Val, un journaliste people. Ce dernier le prend très mal et il menace Ritchie de révéler sa liaison s’il ne lui dévoile pas des secrets honteux sur sa sœur. Il finit d’ailleurs par mettre en place un site internet, « La fondation morale », où il érige cette idée en système : soit on dénonce une personne de son entourage, soit on est soi-même dénoncé. Ritchie a donc le choix entre trahir sa sœur ou ruiner sa famille.

James Meek nous livre un excellent page-turner avec « Le cœur par effraction ». La première partie du roman se développe à la manière d’un thriller avec Ritchie comme personnage principal. La deuxième partie change quant à elle totalement la perspective du roman en s’ouvrant sur d’autres personnages, notamment Alex, ancien batteur de Ritchie devenu un grand scientifique, et Rebecca, chercheuse ascétique d’un vaccin contre la paludisme. Le roman de James Meek prend alors une ampleur insoupçonnée dans ses premières pages et lui donne des allures de saga aux nombreuses ramifications.

Au cœur du roman est le mensonge, la trahison. Les personnages de James Meek recherchent les limites entre le bien et le mal. Comment fait-on la différence sans les tabous religieux ou les interdits sociaux combattus depuis les années 60 ? Qu’est-ce qui fait de nous des êtres bons ou méchants ? Malgré ses mensonges et trahisons envers sa femme, Ritchie se pense comme une personne bonne et généreuse. Le mal pour lui est incarné par l’assassin de son père, officier anglais torturé et tué durant le conflit irlandais. Le meurtrier en question était pourtant en guerre, n’est-il pas devenu mauvais en raison des circonstances, par obligation envers sa cause ? Mais une cause justifie-t-elle tous les moyens ? Ce sont toutes ces questions morales que va se poser la galaxie de personnages créée par James Meek. Chacun d’eux aura à s’interroger sur ses propres limites et sur l’idée qu’il se fait de lui-même.

Des destins qui se croisent et s’entrecroisent sous la plume maîtrisée de James Meek et qui questionnent la notion de la moralité, c’est ambitieux, réussi et ça se dévore !

Un grand merci aux éditions Points pour cette lecture.

points

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16 réflexions sur “Le cœur par effraction de James Meek

  1. voilà un titre qui m’intéresse beaucoup. Le dilemme du personnage principal (ne disons pas héros!) est cruel (si tant est que l’homme ait vraiment une conscience!);… je suis curieuse de savoir comment/si il s’en sort

    • Et ce qui est intéressant c’est que James Meek nous présente différents choix moraux, Ritchie n’est pas le seul à devoir se poser la question de ce qui est bien ou mal. Personne n’est vraiment irréprochable dans ce roman et je trouve que cela reflète bien les choix que l’on peut rencontrer au cours d’une vie.

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  3. Il a l’air vraiment bien ce livre. J’aime bien l’idée des choix moraux et celui de la trahison. 9a se voit que tu l’as aimé 🙂

    • La trahison est toujours un ressort dramatique intéressant dans un roman. Oui, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture, je l’ai dévoré en deux jours. Ah le bonheur de lire en vacances….

  4. bon je recommence je crois que mon comm n’est pas passé (sinon tu effaceras le doublon un)….donc je disais (mais forcément ce sera moins bien dit) que j’étais hyper tentée, qu’il y avait de plus en plus de romans anglo-saxons qui parlaient autour des realTV, que j’aimais tout dans ton billet et que si le croisais je le prenais. Ah oui, je disais aussi que le titre était étrange par rapport au tragique de l’histoire, on pense plutôt à une romance un peu sirupeuse (tout ce que j’aime). Noté.

    • Le tire s’explique à un moment du roman mais tu as raison, il est loin d’exprimer ce qu’est le sujet du livre. La realTV n’est qu’évoquée ici, ce n’est vraiment pas le centre du questionnement de l’auteur, c’est plus un trait de la personnalité de Ritchie en fait.

  5. Une thématique qui a l’air intéressante, et d’après ce que tu dis, le roman ne sombre pas dans la facilité, au contraire ! Le titre et la couverture seuls ne m’auraient jamais interpellée…

    • Je suis d’accord, la couverture n’est pas très engageante, je ne serais pas aller vers ce roman de moi-même. Mais j’ai été contente de ma découverte et effectivement James Meek sait surprendre son lecteur en changeant la trajectoire de son intrigue.

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