Une photo, quelques mots (173ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

chemin© Julien Ribot

17h pile. Je suis à l’heure. Pierrot, Mimile et moi nous étions donné rendez-vous ici quoi qu’il arrive, le lendemain du casse de l’agence BNP du centre-ville. Nous devions nous retrouver à l’abri des regards pour partager l’argent et disparaître de la vie des uns et des autres. Quoi qu’il arrive… on peut pas dire que le casse se soit passé comme nous le voulions.

C’est Pierrot qui a tout organisé, tout pensé de A à Z. Il avait déjà fait de la taule et était en conditionnelle. Mais personne ne veut embaucher un ancien taulard de cinquante balais. Qu’est-ce qu’il était censé faire Pierrot pour s’en sortir ? Mendier ? Pas le genre de la maison. Il était obligé de replonger. Il avait du temps pour préparer son coup. Pendant des semaines, il s’est installé dans le café en face de la BNP. Il a observé les allées et venues des salariés, des clients, des fourgons surtout. Pas d’agent de sécurité dans cette petite agence de province, c’était toujours un souci en moins. Mais il lui fallait quelqu’un de l’intérieur, quelqu’un qui pouvait le rencarder sur le système de sécurité, le coffre. C’est comme ça qu’il a recruté Mimile. Il a su détecter la lassitude dans son regard. Il portait le même complet marron jour après jour. Il avait besoin d’argent. Pierrot est très doué pour décrypter les faiblesses des autres. Mimile n’a pas été difficile à convaincre. Moi non plus d’ailleurs.

Il faut dire que depuis ma libération il y a quinze ans, ma vie n’a pas été très réjouissante. Je suis caissier dans un supermarché. Ça a bien fait marrer Pierrot qu’un ancien braqueur soit caissier ! La vie sait se faire ironique. J’avais déjà bossé avec Pierrot par le passé, il appréciait mon sang-froid. Si seulement Mimile en avait eu…

Tout se passait bien au début. Mimile avait tenu à faire partie du casse, il ne voulait pas le vivre du côté des employés. On a déboulé juste avant la fermeture. Il n’y avait qu’un client. Le directeur adjoint a été coopératif, il a mené Pierrot au coffre. Mimile et moi tenions en joue le client et la guichetière. Avec nos masques de reine d’Angleterre, on ne pouvait pas nous reconnaître. Et pourtant, la guichetière a reconnu Mimile, la voix peut-être. Mais pourquoi n’a-t-elle pas gardé ça pour elle ? Il a fallu qu’elle la ramène ! Mimile a paniqué, il a tiré. Tout, ensuite, est allé très vite. Pierrot est revenu en courant du coffre. La guichetière gisait au sol. Le client hurlait. J’ai tiré Mimile hors de l’agence. La sirène des cognes n’a pas tardé à retentir. Le sous-directeur avait dû se précipiter pour donner l’alerte.  Chacun est parti dans des directions différentes.

Et me voilà dans ce coin bucolique à attendre les autres. Une demi-heure que je poireaute. Ça sent pas bon. J’avais préparé un sac avec mon flingue et mon masque pour les balancer dans le lac. J’y rajoute quelques grosses pierres pour que le tout coule à pic. Bon, je ne vais pas m’attarder. Ils ne viendront plus. La peur de se montrer sûrement. Enfin, j’espère qu’ils ne sont pas fait choper. Tout ça pour ça…

Je remonte le chemin qui mène à la sortie. C’est vraiment désert aujourd’hui. Idéal pour un rendez-vous de vieux braqueurs ! Étrange quand même… ce silence ne me dit rien qui vaille. Et puis, je les ai vues. Des voitures noires qui bloquaient l’entrée du parc. Inutile de rebrousser chemin, toutes les entrées doivent être surveillées. Et je n’ai plus l’âge de tenter quoi que ce soit. Je sors les mains en l’air. Les flics me serrent. A bord de l’une des voitures, un visage familier. Mimile, bien sûr.

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21 réflexions sur “Une photo, quelques mots (173ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

    • Merci, en voyant la photo j’ai tout de suite pensé qu’il était venu là pour se débarrasser d’une arme ! C’est étrange parfois l’imagination !

  1. Le lac, les arbres : dernière pause bucolique avant l’ombre. J’ai été immédiatement cueillie par ce récit, d’autant plus que je m’attendais pas à une telle histoire à partir de la photo. J’ai adoré, chapeau ! 🙂

  2. J’aime beaucoup l’idée du « repaire des braqueurs ». EN tout cas, ton histoire colle parfaitement à l’atmosphère de cette photo … Et malgré la gravité de la situation, ton texte m’a fait sourire. C’est très bien écrit … Bravo 🙂

    • Merci beaucoup ! C’est étrange le pouvoir de certaines images, il était évident pour moi qu’il était venu dans ce lieu pour y jeter un flingue !

  3. Pingback: De boue et de sang (atelier d'écriture 173) | Bric à Book

  4. Tu as une belle plume très fluide. un vrai plaisir de te lire et inattendue histoire à partir de cette photo 😉

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