L’herbe des nuits de Patrick Modiano

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« Je remontais le cours du temps. Le présent n’avait plus aucune importance, avec ces jours identiques à eux-mêmes dans leur lumière morne, une lumière qui doit être celle de la vieillesse et où vous avez l’impression de vous survivre. » Dans un carnet noir, Jean  retrouve les notes qu’il avait prises dans les années 60 lorsqu’il fréquentait une certaine Dannie. Des noms, des dates, des adresses reconstituent pour lui l’ambiance de cette époque. Entre Montparnasse et la place Monge, Jean recherche des traces de Dannie et de la bande d’hommes mystérieux de l’Unic Hotel.

Comme toujours chez Patrick Modiano, c’est le temps qui est au cœur de « L’herbe des nuits ». Le temps passé, évanoui que l’on essaie de retrouver, de réanimer. Âgé, Jean repense à cette période de sa jeunesse qui le marqua et le hante toujours. On ne saura que peu de choses sur lui en dehors de ses promenades avec Dannie, ses rencontres avec Aghamouri, étudiant marocain, Paul Chastagnier ou l’inquiétant George. Des zones d’ombre entourent chacun de ces personnages. La mémoire de Jean est parcellaire, troublée par les années qui le séparent de sa jeunesse.

 Comme Patrick Modiano, Jean est écrivain. Le livre qu’il écrit parlera de Dannie. Il sera sa bouteille à la mer vers elle. Un espoir qu’elle se reconnaisse, qu’elle le contacte pour enfin mettre un point final à cet épisode de sa jeunesse. Qu’enfin elle lui explique pourquoi elle changeait de noms, d’appartement, pour quoi elle fréquentait des hommes patibulaires, pourquoi un jour elle a disparu.

Paris, véritable personnage central du roman comme souvent chez Modiano, peut peut-être aider Jean à retrouver Dannie et les autres. C’est pourquoi, il parcourt le quartier de Montparnasse où il n’était plus revenu depuis. Il y cherche une incarnation de ses souvenirs. Mais la ville, comme Jean, a beaucoup changé : « Ce dimanche, il faisait presque nuit quand je suis arrivé avenue du Maine, et je longeais les grands immeubles neufs sur le côté des numéros pairs. Ils formaient une façade rectiligne. Pas une seule lumière aux fenêtres. Non, je n’avais pas rêvé. La rue Vandamme s’ouvrait sur l’avenue à peu près à cette hauteur, mais ce soir-là les façades étaient lisses, compactes, sans la moindre échappée. Il fallait bien que je me rende à l’évidence : la rue Vandamme n’existait plus. » Les lieux, comme les gens, disparaissent, la mémoire n’a plus de point d’ancrage. Les souvenirs de Jean n’en sont que plus vaporeux.

Certains diront que Patrick Modiano écrit toujours le même livre mais son œuvre est une quête proche de celle de Marcel Proust. Celle du temps que l’on cherche à retrouver, à fixer, celle des personnes oubliées que l’on fait resurgir grâce à la littérature, à la poésie des mots. « L’herbe des nuits » est un volet de cette cathédrale du temps où l’on cherche l’étrange Dannie dans un Paris troublé par le kidnapping de Ben Barka. Une œuvre envoûtante où la mélancolie s’insinue entre chaque ligne. Du grand art comme toujours avec Patrick Modiano.

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15 réflexions sur “L’herbe des nuits de Patrick Modiano

  1. Comme tu dis, il y a des similarités entre chacun de ses romans, mais c’est aussi cette ambiance qu’il sait manipuler. Je pense que j’en lirai d’autres, en espaçant un peu pour ne pas me lasser.

    • Oui, il a l’art de rendre les atmosphères, de nous entraîner dans les rues de Paris à la recherche du passé. Comme tous les auteurs, il vaut toujours mieux espacer pour éviter l’overdose !

    • Je ne me lasse pas de retrouver la petite musique de Modiano, sa manière de nous plonger dans les souvenirs de ses personnages. Merci de l’avoir mis à l’honneur.

  2. J’ai choisi également celui-ci et je partage ton point de vue mais j’ai été moins « touchée » … Peut-être encore un peu tôt pour lire Modiano, j’y reviendrai sans doute plus tard !

  3. Tout à fait d’accord pour dire que Modiano est à la recherche du temps perdu, de son temps perdu mais à la longue je me rends compte que je me suis ennuyé avec « Accident nocturne » comme si je tournais comme lu en rond dans son oeuvre et qu’il faut un jour en sortir !!

    • Je sais qu’il ne plait pas à tout le monde et c’est bien normal. Tu rejoins ce que j’ai déjà entendu sur l’ennui que peut engendrer la lecture de Modiano. Je t’avoue que je ne me lasse pas de son univers, de sa mélancolie !

  4. J’ai lu le même titre que toi et j’ai été touchée par cette nostalgie et la finesse de cette recherche du temps perdu et de la mémoire qui se dérobe. Peut-être me lasserais-je au cours de mes lectures mais je ne connais pas encore assez Modiano pour savoir si je m’ennuierai comme Denis.

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