Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kapriélian

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 « 800 pièces. Autant d’indices qui révèlent une facette de l’icône, pièces d’un puzzle à travers lequel elle signe sans s’en douter son autoportrait. La garde-robe qu’une femme porte serait comme le testament de ce qu’elle fut intimement, puisqu’elle témoigne de son goût, et qu’il n’y a peut-être rien de plus révélateur d’une vie intérieure. Toutes ces pièces disaient sa façon de vivre, d’appréhender son existence, le monde et elle-même. Après la mort de Garbo, sa garde-robe était devenue l’ultime corps qui attesterait de ce que fut vraiment le premier. Le duplicata de son corps réel – son ombre matérialisé. » Partie à Los Angeles pour réaliser un reportage sur la vente des vêtements et accessoires de Greta Garbo, Nelly Kapriélian en revient avec l’un des manteaux de la star. L’achat de ce manteau rouge, le manteau d’une étoile morte, l’entraîne dans une réflexion sur l’importance du vêtement, de l’apparence. Son livre est constitué de fragments, il s’agit d’un puzzle faisant s’entrecroiser l’essai et l’autofiction. Elle cite de nombreux auteurs pour étayer ses idées : Daphné du Maurier, Marcel Proust, Joris-Karl Huymans, Truman Capote, Oscar Wilde, HG Wells, Alfred Hitchcock….

Le vêtement est ce que nous montrons de nous aux autres. C’est notre vernis social, notre manière de nous présenter au monde. Il peut nous cacher ou au contraire nous montrer, souligner notre présence. La garde-robe vendue de Garbo montre ces deux aspects à la fois. Elle portait des vêtements d’homme (c’est d’ailleurs une pionnière du port du pantalon), discrets et sobres. Ses armoires étaient remplies de robes étincelantes, de manteaux aux couleurs vives comme celui acheté par Nelly Kapriélian. Ce masque social qu’est le vêtement peut nous permettre de nous réinventer, de nous transformer. L’auteur s’approprie l’aura de Garbo à travers son manteau comme Maria Callas s’était emparée de celle d’Audrey Hepburn. Et cela modifie l’image que l’on donne à voir aux autres. Cette transformation de soi peut aller jusqu’à la révolte. Oscar Wilde se faisait faire des manteaux pourpres, des vêtements allant à l’encontre de la mode victorienne et de l’ordre établi. Les punks hurlaient leur critique de la société anglaise par leur manière de se vêtir, de se coiffer.

Ces réflexions sur le vêtement s’inscrivent totalement dans la vie de Nelly Kapriélian et dans celle de sa famille. Il faut remonter jusqu’à son arrière-grand-mère pour expliquer son lien aux vêtements. Le mari de celle-ci mourut pendant le génocide arménien. Elle ne récupéra pas le corps de son mari mais uniquement sa chemise, qu’elle va enterrer au cimetière. La grand-mère et la mère de l’auteur travaillèrent ensuite dans le textile. Les histoires d’amour de Nelly Kapriélian évoquent « Vertigo » d’Hitchcock où James Stewart rhabille Kim Novak pour qu’elle ressemble à la femme de ses rêves. Et l’auteur se plie aux demandes de ses hommes, comme l’héroïne de « Rebecca », pour plaire, correspondre à l’image rêvée. Mais on ne peut se nier indéfiniment, renoncer à soi pour les autres.

« Le manteau de Garbo » est un livre passionnant, intelligent et riche. Un éloge du vêtement qui pose des questions sur notre identité, sur ce qui reste de nous, sur l’importance de l’art dans nos vies.

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11 réflexions sur “Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kapriélian

    • J’ai lu ton billet aujourd’hui et nos avis sont totalement différents. Je comprends que son hésitation sur le genre du livre t’aie agacée.

  1. Je n’ai pas réussi à entrer dans ce livre, c’est trop fragmenté à mon goût, et c’est intelligent oui, mais ça l’a donné l’impression de trop « vouloir être » intelligent, sans être suffisamment incarné

    • Tu as un peu le même avis que l’Irregulière qui l’a trouvé également trop fragmenté, hésitant trop entre essai et auto fiction. Je comprends complètement ton avis mais ce côté puzzle m’a bien plu.

  2. Je n’étais pas spécialement tentée (en encore moins quand je l’ai vue à LGL) mais ton billet me donnerait presque envie de revenir sur mon sentiment de départ. J’adore ta dernière phrase 😉 (c’est limite un peu modianesque)

    • Je crois qu’elle a du mal à parler de son premier livre, ça doit être compliqué lorsque l’on est soit même critique. Merci pour l’énorme compliment à propos de ma dernière phrase !

  3. Pingback: Veronica de Nelly Kaprièlian | Plaisirs à cultiver

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