Une photo, quelques mots (137ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

romaric-cazaux© Romaric Cazaux

J’arrive à la fin de ma vie et je me souviens. Je me souviens du temps où je n’avais pas de barbe. J’avais 18 ans et je voulais fuir ma famille, ma campagne. Je m’y sentais à l’étroit, contraint par mon milieu, par mes parents qui espéraient que je travaille à la ferme avec eux. L’horizon me paraissait bas. J’étouffais dans ce village où tout le monde connaissait la vie de chacun. J’avais besoin d’air, d’espace. Alors je suis parti. J’ai choisi de partir le plus loin possible. J’ai choisi Paris. Je ne pouvais pas trouver plus différent de ce que j’avais vécu : une ville immense, grouillant de quidams anonymes. L’endroit idéal pour se réinventer, pour commencer à écrire ma vie d’adulte sur une page blanche. Paris m’offrait l’infini des possibles que ma campagne ne pouvait me donner.

Mais une grande ville peut déconcerter, épuiser même les plus enthousiastes. J’ai cru avoir trouvé ma place dans les artères palpitantes, les couloirs sous-terrains obscurs, les petits cafés de quartier. Je me fondais dans le paysage urbain. Mais cela n’a pas duré. Comment trouver sa route lorsque l’on veut en nier le point de départ ?

A la mort de mes parents, j’ai du revenir dans mon village. Il fallait solder l’héritage, vendre ou non la ferme. Et vous savez quoi ? Je ne suis jamais reparti ! J’ai été incapable de me séparer de la maison, des terres. A 40 ans, il était temps que je regarde mes origines en face. Et finalement, mes parents avaient raison, j’étais fait pour le terroir.

J’ai 70 ans aujourd’hui et je suis en paix avec mon histoire. Je me suis laissé pousser la barbe, comme mon père et mon grand-père avant moi. J’ai retrouvé des photos d’eux récemment et je  leur ressemble de plus en plus. D’ailleurs, cette casquette, c’était celle que portait mon père. Ma façon de rendre hommage à sa vie, à son travail et de lui dire que je suis rentré au bercail.

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23 réflexions sur “Une photo, quelques mots (137ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

  1. Oui, effectivement nous textes se ressemblent … sans doute parce que nous vivons pas loin l’un de l’autre, non ? 😀 (du moins pas loin du tout d’une très très grande ville, non ? :D)

  2. Pingback: Jean Des Bois (Atelier d'écriture) | Bric à Book

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