Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson

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Jeanette a été adoptée bébé par la famille Winterson, des pentecôtistes de Accrington dans le nord de l’Angleterre. Mrs Winterson est une personne dure, austère, en attente de l’Apocalypse et pensant que le diable s’est penché sur le berceau de sa fille. « J’ignore pourquoi elle n’avait, ne pouvait pas avoir d’enfant. Je sais qu’elle m’a adoptée parce qu’elle voulait une amie (elle n’en avait aucune), et parce que j’étais comme une fusée éclairante lancée à l’adresse du monde – une façon de dire qu’elle était là -, une sorte de croix marquant sa présence sur la carte. » Mrs Winterson espère que sa fille se comportera comme elle le souhaite mais ce n’est bien entendu pas le cas. Jeanette passe de longues nuits dehors parce qu’elle est rentrée trop tard. C’est son père, ouvrier la nuit, qui la découvre dormant sur le seuil de la porte. Mrs Winterson est intraitable et cruelle. Deux évènements vont marquer Jeanette à vie et l’ont décidée à quitter sa maison à seize ans. La jeune fille a très tôt découvert le bonheur de la lecture à la bibliothèque d’Accrington, elle décide de lire toute la littérature anglaise de A à Z. Elle commence même à s’acheter des livres qu’elle cache sous son matelas car pour Mrs Winterson la lecture est dangereuse : « C’est vrai, les histoires sont dangereuses, ma mère avait raison. Un livre est un tapis volant qui vous emporte loin. Un livre est une porte. Vous l’ouvrez. Vous en passez le seuil. En revenez-vous ?  »  Malheureusement Mrs Winterson trouve les livres de sa fille et les brûle tous dans le jardin. Jeanette est attirée par les filles et elle a une relation avec une autre adolescente. Les parents des deux filles le découvrent. Jeanette est alors soumise à un exorcisme pour la rendre « normale ». Après cela, il ne lui reste plus qu’à quitter sa famille pour commencer sa propre vie.

« Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? » est un livre poignant. Jeanette Winterson avait déjà raconté son histoire sous forme romancée dans « Les oranges ne sont pas les seuls fruits ». Ici elle le fait sous la forme autobiographique puisque son histoire se poursuit par la découverte de sa mère biologique. La vie de Jeanette Winterson est une bataille, une lutte pour s’affirmer, pour devenir quelqu’un. Elle a dû lutter contre sa mère, ses mauvais traitements et sa morale religieuse sévère. Elle s’est également battue pour rentrer à Oxford. Dans les années 60, les enfants des milieux ouvriers n’allaient pas à l’université. La culture n’arrivait pas jusqu’à eux. Même devenue adulte, Jeanette continue à se battre : contre elle-même et sa dépression, contre l’administration pour découvrir l’identité de sa vraie mère.

« Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? » est également un formidable hymne à la lecture. Ce sont les livres qui ont permis à Jeanette Winterson de s’échapper de sa famille, d’aller à l’université et de se construire en tant qu’écrivain. La langue, les mots sont devenus des refuges, des alliés. Les livres sont une ouverture sur le monde, sur le passé et ils brisent le sentiment de solitude : « Plus je lisais, plus je me sentais liée à travers le temps à d’autres vies et j’éprouvais une empathie plus profonde. Je me sentais moins isolée. Je ne flottais pas sur mon petit radeau perdu dans le présent ; il existait des ponts qui menaient à la terre ferme. »

Jeanette Winterson écrit son histoire, sa terrible enfance, sans misérabilisme, sans acrimonie envers sa mère adoptive. Elle ne se donne pas non plus le beau rôle, ne nous cachant pas ses doutes, ses failles. Sa survie, elle la doit aux livres, à sa passion pour les mots. Une formidable leçon de vie.

Merci aux éditions Points.

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16 réflexions sur “Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson

  1. C’est drôle je ne connaissais pas l’auteur, mais je viens de lire une info qui va t’intéresser : elle a été choisi pour une réécriture moderne de The Winter’s tale de Shakespeare. Bon c’est prévu pour 2016 (et il y aura d’autres titres par d’autres auteurs), mais il y a du potentiel d’après ce que tu écris.

  2. Je l’avais vaguement repéré, mais j’ignorais totalement de quoi il s’agissait : autobiographie, années 60 et amour de la lecture = bon ben yapluka !

  3. J’avais lu son roman qui raconte la même histoire mais que j’avais trouvé trop complexe pour moi. Cette version là a l’air plus abordable.

    • J’avais bien envie de lire le roman tout de suite après mais je n’ai pas trouvé le temps. Peut-être qu’il est plus facile de lire l’autobio en premier pour apprécier le roman ensuite.

  4. Son histoire, aussi terrible soit-elle, m’intéresse beaucoup. Mais j’hésite avec la version romancée.

    • Je ne pourrais pas te conseiller puisque je n’ai pas lu le roman pour le moment. Je sais qu’il avait également reçu un très bon accueil critique.

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