Harriet de Elizabeth Jenkins

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Harriet est une jeune femme de trente-deux ans. Un peu simple d’esprit, elle vit chez sa mère, Mrs Ogilvy, et son beau-père. Harriet est choyée et entourée par sa mère. Elle est très coquette et prend grand soin d’elle-même. Lors d’un séjour à la campagne, elle fait la connaissance de Lewis Oman et s’entiche de lui. Celui-ci comprend qu’elle est riche et décide de l’épouser. Mrs Ogilvy se refuse à cette idée : « S’il y avait eu dans la poitrine de Mrs Ogilvy le moindre espoir, un espoir trompeur, que cet homme, finalement, ait pu être sincèrement épris d’Harriet, ait pu comprendre qu’en dépit de sa bizarrerie c’était une fille gentille et malheureuse ; que ç’ait été un homme auquel, même si elle estimait que le mariage était pour Harriet une mauvaise chose, elle aurait pu la lui confier, avec sa fortune pour les entretenir, cet espoir, si tant est qu’il ait existé, s’évanouit à l’instant où Lewis franchit le seuil. » Devant l »opposition de la mère, Lewis monte Harriet contre elle. Il finit par l’épouser pour le plus grand malheur de la jeune femme.

Elizabeth Jenkins n’est pas connue en France, elle était une grande admiratrice de Jane Austen et Virginia Woolf, elle a obtenu le prix Femina en 1958 pour « Le lièvre et la tortue ». Elle s’inspire ici d’un terrible fait divers victorien qui défraya la chronique à la fin des années 1870. Après son mariage et son accouchement, Harriet est amenée à la campagne auprès du frère et de la belle-sœur de Lewis. Ce dernier les paie pour avoir le champ libre et courtiser la jolie Alice. Ils finissent d’ailleurs par se faire passer pour mari et femme dans le village. A la manière de Truman Capote dans « In cold blood »,  Elizabeth Jenkins se met dans la peau des bourreaux d’Harriet.  Elle décrit leurs motivations, leur cruauté à mettre à l’écart cette pauvre fille. Cela commence par la suppression de ses habits, de toute possibilité de se laver. Privée de tendresse et d’attention, Harriet régresse intellectuellement. Sa maladresse, sa déficience mentale la déshumanisent aux yeux de ses geôliers. Leur cruauté, leur perversité peuvent s’exercer puisque Harriet n’est qu’un animal. Ce qui est glaçant, c’est leur manière de justifier ce qu’ils font, ils se pensent dans leur bon droit. Ils sont totalement irresponsables, égoïstes et d’une cupidité sans fin. L’analyse psychologique d’Elizabeth Jenkins est d’une grande finesse et elle nous fait froid dans le dos. Le destin d’Harriet est terrible et déchirant. On ne prend la mesure de son calvaire qu’à la fin du livre au moment du procès puisque jusque là nous n’avions que la vision de ses tortionnaires.

« Harriet » est un livre extrêmement bien construit qui monte l’incommensurable cruauté de certains êtres envers les plus faibles.

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31 réflexions sur “Harriet de Elizabeth Jenkins

    • Comme avec les livres de Kate Summerscale, on apprend beaucoup de la société victorienne par ses faits divers. Ici elle traite aussi bien de la place des femmes que celle des handicapés.

    • Je pensais vraiment qu’il y aurait beaucoup d’articles sur ce livre. Nous sommes quand même assez nombreuses à nous intéresser à cette période de l’histoire anglais mais je n’ai vu aucun billet sur « Harriet ». Et c’est dommage car c’est un bon livre.

  1. On peut dire que tu me donnes envie de le sortir de ma PAL ! Mais je n’avais pas réalisé à quel point c’était noir. D’ailleurs c’est un sujet qu’on verrait plus dans un cadre contemporain ou du moins plus récent. Malgré la dureté des descriptions de la société victorienne en littérature c’est un sujet assez nouveau il me semble.

    • J’espère t’avoir donné envie de le sortir car il en vaut la peine. Je ne sais pas du tout comment Elizabeth Jenkins a connu ce fait-divers qui parle aussi bien de la condition des handicapés que de celle des femmes. L’histoire est vraiment terrible mais elle ne nous expose pas les détails sordides, ce n’est qu’au procès que l’on découvre l’ampleur des maltraitances.

  2. Je l’ai couvert tout à l’heure au travail et j’ai hésité à le prendre… Je crois que je n’hésiterai pas la prochaine fois que je le verrai !

  3. Malgré le sujet sombre, j’ai très envie de le lire ! J’avais apparemment raté le billet, c’est grâce à Lou que je le repère !

    • C’est encore une fois un témoignage très intéressant sur l’époque victorienne à travers le prisme d’un fait divers (comme Kate Summerscale ou Kate Colquhoun).

  4. J’ai déjà noté Kate Summerscale avec deux titres, j’ai découvert récemment celui-là que je note. Même si c’est atroce, c’est un petit morceau de l’histoire victorienne. Cela ne peut être qu’intéressant.

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