Une partie de chasse de Agnès Desarthe

chasse

Quatre hommes sont à la chasse. L’un d’eux, Tristan, tire sans le vouloir sur un lapin. Ce dernier a juste été assommé, le couperet est passé tout prêt. Soulagé, Tristan décide de protéger l’animal en le glissant dans sa gibecière. Il ne voulait pas venir à la chasse, il ne supporte pas l’idée de tuer. C’est Emma, sa femme, qui l’a forcé à participer à cette partie de chasse. Le jeune couple est arrivé dans le village depuis peu, Emma veut que Tristan s’intègre. Et quoi de mieux qu’une partie de chasse pour mieux connaître ses voisins ? Celle-ci va tourner au drame et le déluge qui s’abat dans la région ne va rien arranger.

« Une partie de chasse » est un roman initiatique. Emma envoie Tristan à la chasse pour en faire un homme, comme dans une tribu ancienne tuer symbolise la virilité. Mais Tristan a beaucoup de fantômes avec lui. Il doit se débarrasser d’un passé lourd, d’une enfance gâchée. La narration fait des aller-retours dans les souvenirs de Tristan, le passé envahit le présent. On en apprend aussi beaucoup sur les autres participants à la chasse, le roman se fait choral. Et aux voix des hommes se rajoute celle du lapin. Le début du roman s’ouvre de manière très originale sur les pensées du lapin que Tristan va sauver par la suite. « J’aimerais mourir de mort naturelle. Je voudrais vieillir. Personne ne vieillit chez nous. Nous partons dans la fleur de l’âge. J’aimerais avoir le temps de sortir de l’enfance. Connaître la nostalgie poignante qui étreint le cœur des adolescents. Quelque chose en eux pleure l’enfant qu’ils ne sont plus, et c’est un chagrin magnifique et muet. Je voudrais m’ennuyer, connaître le dégoût. Profiter, ensuite, du soulagement de la maturité. Je voudrais avoir le temps de connaître l’amour, et le luxe infini du désamour. » Le lapin se prend d’affection pour Tristan et discute avec lui. Il questionne sur la nature de l’homme, sur sa pilosité disparue, la honte de la nudité, le sexe pour la plaisir et non pour se reproduire, le rôle d’un père, etc… Tristan se fait défenseur du genre humain, de notre libre-arbitre. Face au lapin philosophe, au déluge qui montre la petitesse de l’homme face à la nature, Tristan se débat, relève la tête et commence à s’affirmer.

« Une partie de chasse » est un petit livre surprenant, amusant et tragique. Cette fable d’Agnès Desarthe m’a vraiment séduite et j’ai été emporté par le rythme de son récit, la justesse des personnages.

Merci aux éditions Points pour cette découverte.

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8 réflexions sur “Une partie de chasse de Agnès Desarthe

  1. J’avais bien aimé ce roman, il était vraiment agréable à lire! Les discussions entre le lapin et Tristan étaient vraiment intéressantes!

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