Le quatrième mur de Sorj Chalandon

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Quand Samuel Akounis est entré dans la vie de Georges en janvier 1974, ce dernier était étudiant en droit. De gauche, il est de tous les combats, de toutes les manifestations. Une rébellion de la jeunesse qui peu à peu s’éteint. Sam, juif de Salonique, a perdu sa famille pendant la seconde Guerre Mondiale et a été torturé pendant la dictature des colonels à la suite de sa représentation de « Ubu roi ». Il apprend à George à réfléchir sur ses engagements, la France est une démocratie et les étudiants ne risquent pas leur vie à chaque manifestation. Il lui apprend également que le théâtre est un lieu de résistance, « (…) une arme de dénonciation. » C’est pourquoi, cinq ans après leur rencontre, Samuel parle à Georges de son rêve de monter Antigone à Beyrouth : « Depuis toujours, Sam voulait monter la pièce noire d’Anouilh dans une zone de guerre. Offrir un rôle à chacun des belligérants. Faire la paix entre cour et jardin. » Mais Samuel est gravement malade et c’est à Georges qu’il demande de donner vie à son rêve.

J’avais découvert Sorj Chalandon grâce à ses deux livres consacrés à l’Irlande : « Mon traître » et « Retour à Killybegs ». Au centre du « Quatrième mur », comme dans les deux romans irlandais, il y a une amitié indéfectible, une fraternité d’adoption. Georges ne peut pas laisser tomber Sam, ne peut abandonner le rêve de son ami. Le Liban est en guerre, ses habitants se déchirent. Georges s’y rend pourtant le 10 février 1982 pour rencontrer les acteurs amateurs sélectionnés par Sam. Antigone est palestinienne et sunnite, Hémon est Druze, Créon est maronite, ses gardes sont chiites. Georges, qui défendait la Palestine à Paris, découvre une situation complexe où la violence semble sans fin. Chaque camp pleure ses enfants morts. Chacun est tour à tour martyr et bourreau. Beyrouth est un immense champ de bataille divisé en quartiers où les snipers guettent. Georges est pris au piège de sa promesse, pris au piège de la douleur qui l’empêche de retourner à sa vie paisible et douillette. Comment regarder son enfant grandir lorsque d’autres sont tués ?

Sorj Chalandon, ancien reporter de guerre pour Libération, a vécu cette guerre au Liban, a éprouvé la difficulté à oublier la souffrance, les meurtres, la violence. Comment vivre normalement après avoir vu les massacres de Sabra et Chatila ? « Le quatrième mur » est son exutoire, sa catharsis. Il y raconte ce qu’en tant que journaliste il ne pouvait pas écrire, c’est-à-dire ce que lui ressentait. Les phrases de Sorj Chalandon sont courtes, très rythmées, il y a une urgence dans son écriture. Et il y a surtout beaucoup d’émotions, de celles qui vous saisissent, qui vous étreignent pour ne plus vous quitter. La scène dans le camp de Sabra est de celles que l’on n’oublie pas.

« Le quatrième mur » a obtenu le Goncourt des lycéens ce qui est mérité pour ce livre qui m’a bouleversée. Si vous avez l’occasion d’aller écouter Sorj Chalandon parler de son travail, courez-y car cet homme est aussi captivant que ses romans.

Une lecture commune avec Stephie.

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10 réflexions sur “Le quatrième mur de Sorj Chalandon

  1. J’avais lu quelques romans libanais ou concernant la guerre du liban et comme je n’ai rien lu de cet auteur, je vais noter ce roman !

    • Si tu t’intéresse à la guerre au Liban, il te faut ce livre. Sorj Chalandon l’a vécue de l’intérieur et retranscrit bien l’horreur et la peur.

  2. La deuxième moitié m’a bouleversée. Comment se remettre à vivre quand on a cotoyé la mort de si près ?

    • Il est vrai que « Retour à Killybegs » était vraiment très fort en émotion et je l’ai également préféré. Mais j’ai été saisie également par le récit de cette guerre au Liban, par la peur au quotidien et l’horreur que l’on ne peut effacer.

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