Les hauts de Hurlevent de Emily Brontë

9782253004752-T

C’est sur une lande du Yorkshire balayée par le vent que se trouve la demeure de la famille Earnshaw, le lieu dit est appelé les hauts de Hurlevent. De retour d’une vente de chevaux dans la ville voisine, Mr Earnshaw revient avec une surprise de taille pour ses deux enfants : il ramène avec lui un petit bohémien trouvé sur le marché. Il lui donne un nom : Heathcliff, et le considère comme son fils. La réaction des enfants Earnshaw est diamétralement opposée. Catherine accepte Heathcliff immédiatement et les deux enfants deviennent inséparables. Hindley ne supporte pas ce jeune bohémien que son père privilégie. Malheureusement pour Heathcliff, Mr Earnshaw meurt et Hindley devient le maître de Hurlevent. Heathcliff passe du statut d’enfant de la famille à celui de domestique. Hindley le traite rudement, l’abaisse, l’humilie. « Heathcliff supporta son avilissement assez bien dans les premiers temps, parce que Cathy lui enseignait ce qu’elle apprenait, travaillait et jouait avec lui dans les champs. Tous deux promettaient vraiment de devenir aussi rudes que des sauvages ; le jeune maître ne s’occupait en rien de la manière dont ils se conduisaient, ni de ce qu’ils faisaient, pourvu qu’il ne les vît point. »   La situation s’aggrave pour Heathcliff lorsque Cathy se blesse sur la lande et est recueillie par la famille Linton de Thrushcross Grange. Cathy découvre le raffinement, le luxe et la douceur d’Edgar Linton. Heathcliff est abandonné de tous, sa vengeance sera terrible.

J’avais déjà lu il y a plus de 20 ans ce roman d’Emily Brontë. Je n’osais pas le relire de peur de l’aimer moins. J’avais tort, l’atmosphère sombre et désespérée des hauts de Hurlevent me plaît toujours autant. Le roman d’Emily Brontë est souvent réduit à l’histoire d’amour de Cathy et Heathcliff (c’est d’ailleurs souvent le cas dans les adaptations comme celle de William Wyler qui s’arrête à la mort de Cathy). Certes ces deux-là s’aiment par-delà la mort, s’identifient l’un à l’autre comme des jumeaux. Mais « Les hauts de Hurlevent » est surtout une histoire de vengeance, de haine dévorante. Heathcliff ne se contentera pas de déverser sa colère sur Hindley Earnshaw, Edgar Linton et Cathy. Sa vengeance s’exercera sur leurs descendants. Rien ne semble pouvoir étancher sa rage.

Pour raconter cette histoire tragique, Emily Brontë s’appuie sur les codes du romantisme noir. La demeure des Earnshaw se trouve dans un milieu hostile : une lande soumise aux intempéries et sublimement décrite par l’auteur. La maison est de plus totalement isolée, loin de tout voisinage. Il est question également d’un fantôme, celui de Cathy qui vient hanter Heathcliff. L’originalité d’Emily Brontë se situe tout d’abord dans sa manière de raconter la vie des personnages à travers le prisme de plusieurs narrateurs. Mr Lockwood, le locataire d’Heathcliff, se fait raconter l’histoire par Nelly Dean, sa servante, mais certains passages se font à travers des lettres et lui-même est le témoin direct de nombreuses scènes. Ensuite la violence des sentiments, de l’intrigue est surprenante. Où une jeune fille de pasteur a-t-elle pu inventer le personnage d’Heathcliff ? « Montrez-lui ce qu’est Heathcliff : un être resté sauvage, sans raffinement, sans culture ; un désert aride d’ajoncs et de basalte. »  Un personnage effrayant de sauvagerie, d’animalité, indomptable et tourmenté qui est unique dans la littérature. C’est le cœur du roman, l’âme damnée que l’on plaint, que l’on déteste mais que l’on n’oublie jamais.

« Les hauts de Hurlevent » est un grand roman noir sur un amour passionné et une vengeance terrifiante. La complexité, la violence des sentiments sont marquantes ; tout comme l’est le personnage d’Heathcliff, d’une sauvagerie inouïe. A lire et à relire !

Une lecture commune avec Eliza.

Publicités

40 réflexions sur “Les hauts de Hurlevent de Emily Brontë

    • Super si je te donnes envie de le relire, c’est bien aussi de relire surtout à des âges différents, cela permet de redécouvrir vraiment l’oeuvre.

  1. Je sais enfin quand je l’ai lu pour la première fois depuis que j’ai retrouvé mes anciens cahiers de lecture! c’était en avril 1988, j’avais donc 16 ans et comme toi je ne l’ai pas relu depuis, mais j’en ai l’intention !

    • Je devais avoir sensiblement le même âge quand je l’ai lu pour la première fois. Il m’avait vraiment marqué mais j’avais peur d’être déçue. Et pas du tout ! C’est toujours aussi fort !

    • Je ne relis pas assez mais tu as raison il y a des livres dont on ne peut se lasser. Je crois que celui-ci en fait partie et j’espère bien le relire encore !

    • C’est gentil, il me tenait à cœur de vous faire partager mon enthousiasme retrouvé pour ce roman. J’espère que tu l’aimeras autant que moi.

  2. c’était pour moi une formidable découverte, il y a deux ans ! j’ai adoré me balader dans ces terres sauvages, et Heathcliff me faisait flipper !

    • Je rêve de me promener dans la lande depuis que je l’ai lu ! Une obsession qui dure donc depuis bien bien longtemps …. 😉 Heathcliff est un personnage que l’on ne peut oublier, il est si terrible et d’une noirceur infinie. Il fallait oser créer un tel personnage pour une jeune femme.

    • Je suis surprise que tu ne l’aies pas lu. C’est sûr que les sentiments sont très très noirs, la vengeance domine le roman. Mais je n’ai pas trouvé qu’Emily Brontë en faisait trop. J’espère qu’un jour tu te lanceras.

  3. Contrairement à Jane Eyre, je ne l’ai jamais relu depuis l’adolescence … et pourtant, je suis tentée mais comme toi, je crains la déception …

    • Je te comprends parfaitement. Je l’avais tellement aimé que je craignais de gâcher ce beau souvenir. Mais comme j’aimais toujours l’histoire, je me suis dit qu’il fallait tenter. Et je suis bien contente de l’avoir relu, je l’ai vraiment redécouvert et c’était toujours aussi bien. Maintenant il faut que je relise « Jane Eyre » !

  4. Pingback: (Les Hauts de) Hurlevent, Emily Brontë | Passion Lectures

  5. J’ai dû le lire vers l’âge de 15 ans et je me souviens que j’avais aimé malgré les nombreux rebondissements et que je détestais Heathcliff

  6. Je l’ai lu pour la première fois quand j’étais au lycée, j’ai détesté tous les personnages mais adoré l’histoire ! Je lisais jusqu’à tomber de sommeil tellement je voulais savoir ce qui allait se passer ensuite ! Je l’ai relu une fois en anglais depuis mais ça date déjà un peu, il faudrait que je le relise.

    • Emily Brontë n’a pas voulu faire plaisir à son lecteur en écrivant ce roman. Les personnages sont effectivement assez terribles : lâches ou violents mais peu aimables. Mais il se dégage une telle force de cette histoire et de cette écriture. Bravo de l’avoir lu en anglais !

  7. Un classique qu’il faut absolument que je lise ! je l’ai commencé mais ne suis pas parvenue à le terminer (ça ne devait pas être le bon moment…) à réitérer !

  8. Ça a longtemps été mon livre préféré. Georges Bataille a écrit des choses très intéressante dessus dans « La littérature et le mal », qui sorte un peu des analyses habituelles. Si je me souviens bien, il considère l’amour de Cathy et Heathcliff comme un refuge pour préserver leur enfance, enfance qu’elle brise en se mariant et donc en prenant des responsabilités. Pour le reste, ma mémoire me fait malheureusement défaut.

    • Il faudrait que je lise ce qu’en dit Bataille, je trouve ce que tu cites très juste. Leur enfance est totalement idyllique et ils vivent totalement dans une bulle tous les deux. C’est très intéressant comme analyse. Merci pour l’info !

    • Je pense que je suis comme toi, je pourrais le relire plusieurs fois et toujours aimer cette atmosphère sombre de la lande. C’est un roman qui sort vraiment de l’ordinaire.

  9. C’est vrai qu’on peut le lire à différents âges . Le plaisr est toujours aussi intense. Tu as raison pour l’adaptation de Wyler. Si elle s’arrête aussi à la mort de Cathy, l’adaptation de Andrea Arnold est une pure merveille, elle met en évidence toute la noirceur et la violence du roman.

  10. Tu as raison en ce qui concerne l’adaptation d’Andréa Arnold, l’ambiance est très sombre et violente. J’ai adoré la photo de ce film, la lande y est magnifiquement montrée dans toute sa sauvagerie.

  11. Pingback: (Les Hauts de) Hurlevent, Emily Brontë – Lectures & co

  12. Bonjour,
    Y’a-t-il une édition meilleure qu’une autre en terme de traduction et adaptation ? laquelle conseillez vous ? merci

    • Je n’ai pas lu la version en anglais donc je n’ai pas vraiment de point de comparaison mais en général les traductions du Livre de poche sont de qualité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s