Le baron perché d’Italo Calvino

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C’est à 12 ans que le fils aîné du baron Laverse du Rondeau va transformer le cours de sa vie. Après avoir refusé de manger un plat d’escargots, le jeune Côme fait une fugue dans les arbres. Il y grimpe pour échapper aux contraintes familiales et décide de ne plus jamais mettre un pied à terre. Mais Côme n’y est pas coupé du monde, loin de là. Il participe activement tout au long de son existence au quotidien de son village du nord de l’Italie. Il crée un système d’arrosage, empêche un incendie de s’étendre, met en place un cahier de doléances, etc…Du haut de son arbre, Côme connaît également l’amour passionnel avec sa voisine Violette. Et même Napoléon vient le saluer !

Ce formidable récit d’Italo Calvino fait partie d’une trilogie nommée Nos ancêtres et qui comporte également « Le vicomte pourfendu » et « Le chevalier inexistant ».

Le début de l’histoire se déroule dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle et c’est le frère cadet qui nous raconte la vie de Côme. Celle-ci est pleine de péripéties, d’exploits. Le cadet rapporte souvent des bruits, des on-dit courant sur son frère, la vie de Côme est devenu légendaire. « Le baron perché » est très marqué par le siècle des Lumières, il s’agit d’ailleurs d’un conte philosophique à la Voltaire. Les aventures de Côme sont aussi invraisemblables que celles de Candide ! Côme incarne la liberté de penser (et de vivre comme on l’entend), la soif de connaissances propres aux Lumières. Il lit d’ailleurs toute l’Encyclopédie et écrit à Diderot ainsi qu’à Rousseau. L’arrière-plan historique est d’ailleurs toujours bien présent. Le livre débute après la Guerre de Succession d’Autriche, se poursuit à la Révolution française et s’achève aux moments des guerres napoléoniennes. La Révolution offre la possibilité à Côme de mettre en pratique ses idéaux démocratiques et de liberté pour chacun. Côme semble se mettre à l’écart du monde dans le feuillage des Yeuses mais c’est pour mieux le voir et l’apprécier.

« Le baron perché » est également une ode magnifique à la nature et au respect de celle-ci. Le cadet de Côme regrette qu’après la disparition de celui-ci, les arbres aient été coupés. Comment aurait pu s’exprimer la révolte de son frère sans les forêts et les parcs arborés ? Une réflexion on ne peut plus actuelle sur la conservation de la nature. « Il est un moment où le silence de la campagne se forme, au creux de l’oreille, d’une menue poussière de bruits : un croassement, un glapissement, un froissement furtif dans les herbes, un clapotis dans l’eau, un piétinement entre terre et cailloux, et, dominant tout autre son, le crissement des cigales … Les bruits se mêlent l’un à l’autre, l’ouïe parvient toujours à en discerner de nouveaux, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore. Les grenouilles ne cessent de coasser et cette basse continue ne trouble pas plus le fourmillement sonore que la continuelle palpitation des étoiles ne change la lumière de la nuit. Mais que s’élève ou que passe le vent, tous les bruits aussitôt se transforment et se renouvellent. Seul le reste, au plus profond de l’oreille, l’ombre d’un mugissement ou d’un murmure – celui qui vient de la mer. »

« Le baron perché » est une fantaisie extrêmement plaisante et poétique. Un très bel hymne à l’indépendance d’esprit, à l’intelligence et à la passion.

Un lecture commune avec Noctenbule avec qui je lirai probablement la suite de cette jolie trilogie.

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18 réflexions sur “Le baron perché d’Italo Calvino

  1. J’aime la douce folie de ce roman ! j’avais aussi lu « le vicomte pourfendu » pendant mes études. J’ai eu une période Calvino quand j’étais en fac, je faisais italien en première langue ce qui peut expliquer cela. J’ai l’impression qu’on lit peu la littérature italienne et c’est bien dommage ! L’autre livre de Calvino que j’aime beaucoup est « Si par une nuit d’hiver un voyageur… », il y écrit des débuts de romans et c’est très intéressant d’un point de vue littéraire pour analyser justement ces fameux débuts de roman qui doivent accrocher le lecteur dès l’ouverture !

    • Je suis bien d’accord avec toi sur le fait que nous ne lisons pas assez de littérature italienne qui d’excellente qualité. Je vais bien entendu continuer la lecture de cette trilogie et j’ai vraiment beaucoup aimé la poésie de celui-ci.

  2. Je l’ai lu il y a longtemps (j’étais au lycée) et j’en garde un excellent souvenir ! Il fait partie des (rares) livres que j’ai envie de relire.

  3. Pingback: Le baron perché – Italo Calvino – 3 juillet | 22h05 rue des Dames

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  5. Du coup, tu m’as fait commercer « Le vicomte pourfendu » que je voulais (re)lire depuis très longtemps (je ne sais plus si je l’ai déjà lu).

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