Onze histoires de solitude de Richard Yates

onze-histoires-de-solitude

« Onze histoires de solitude » est un recueil de nouvelles de Richard Yates où l’on retrouve ses thèmes de prédilection : la solitude absolue des êtres, l’Amérique d’après la seconde Guerre Mondiale et l’écriture évoquée dans la toute dernière nouvelle.

Comme souvent, les personnages de Yates sont totalement seuls, désespérés par leur vie. « Docteur Jeu de Quille » parle de la difficulté de s’intégrer lorsque l’on est nouveau dans une classe. Le jeune Vincent Sabella ne sait plus quoi inventer pour se faire remarquer des autres enfants. Il ment, vandalise l’école et se sent toujours plus isolé. « Tout le bonheur du monde » se passe la veille du mariage de Grace et Ralph. Les deux amoureux ne vivent pas encore ensemble mais c’est déjà l’incompréhension qui règne entre eux. Chacun passe à côté du désir de l’autre.

La solitude, l’incompréhension, tout pour ne pas réussir sa vie ou passer à côté. Le personnage de « Sans peur et sans reproche » en est l’illustration. Walter aimait enfant mimer la mort du voleur dans des courses-poursuite avec ses copains. Il jouait toujours celui qui perdait jusqu’à en faire le leitmotiv de sa vie. « Il était indéniable que le rôle de bon perdant avait toujours eu pour lui un attrait immodéré. Pendant toute son enfance, il s’y était spécialisé, perdant crânement des combats contre des garçons plus forts, jouant mal au football dans le secret espoir d’être blessé et théâtralement emmené hors du terrain. (…) Le collège avait offert un champ plus vaste à son talent -il y avait des examens où échouer et des élections à perdre- et, plus tard, l’Air Force lui avait permis de rester seulement cadet, honorablement. Et maintenant, inévitablement, il semblait reprendre ses vieilles habitudes. » L’échec habite l’œuvre de Richard Yates. 

S’y dessine également une image de l’Amérique post seconde Guerre Mondiale. Un pays au passé glorieux qui n’a plus l’occasion de valoriser son image. Dans « Le mitrailleur », le héros ne trouve plus sa place dans la société. Il ressasse ses souvenirs de l’armée auprès de ses collègues, de jeunes marins dans un bar. Il est en manque d’action, d’héroïsme même si le sien fut plus que limité. C’est une Amérique en pleine mutation, on le voit dans « Une petite fête pour Noël ». Deux classes, deux institutrices diamétralement opposées : l’une est proche de ses élèves, enseignant dans la bonne humeur ; l’autre est old school, sévère, distante et moralisatrice. Deux époques qui s’affrontent.

Encore une fois, Richard Yates nous montre la face sombre de l’Amérique, celle des perdants, des laissés pour compte de la vie. L’écriture de l’auteur est toujours d’une grande lucidité, d’une grande mélancolie.

Merci à Christelle et aux éditions Robert-Laffont pour cette lecture.

Challenge Myself

Advertisements

4 réflexions sur “Onze histoires de solitude de Richard Yates

    • J’avais découvert Richard Yates grâce au film de Sam Mendes et depuis j’ai lu tout ce qui est sorti de lui. Mais mon préféré reste « La fenêtre panoramique ».

  1. Je n’ai toujours pas lu le roman que tu m’a offert de Yates mais je ne désespère pas de le lire et de lire aussi ces nouvelles, je sens que je vais succomber même si elles se passent au XXeme siècle (je juge surtout par rapport au film que j’avais trouvé admirable !)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s