L’idiot de Fédor Dostoïevski

Trois inconnus se retrouvent dans le même wagon d’un train se dirigeant vers St Pétersbourg. Ces trois hommes vont faire connaissance durant leur trajet. Leurs vies seront inextricablement liées à partir de cet instant : le prince Mychkine, Parfione Semionovitch Rogojine, un jeune marchand, et Lebedev un petit fonctionnaire. Le prince revient d’un long séjour en Suisse où il soignait son épilepsie. De retour en Russie, il va prendre contact avec le général Epantchine dont la femme serait de sa famille. Lors de son voyage en train et de sa visite chez le général, Mychkine entend parler d’une jeune femme d’une beauté extraordinaire : Nastassia Filippovna. Le soir même, elle organise une soirée pour son anniversaire. Le prince Mychkine la rencontre alors et en tombe amoureux. Mais il n’est pas le seul : Gania Yvolguine, le secrétaire du général, veut l’épouser, Rogojine veut l’acheter cent mille roubles, le général aimerait l’avoir comme maîtresse. Les choix de Nastassia Filippovna scelleront les destinées des autres personnages.

« L’idiot » est un immense roman, extrêmement dense et fourmillant de personnages. Il y a tout d’abord le quatuor central dont je reparlerai : le prince Mychkine, Rogojine, Nastassia Filippovna et Aglaïa Ivanovna Epantchine. Et autour d’eux, une myriade de personnages secondaires se déploie. Je tiens à préciser que l’on ne s’y perd pas car les personnages secondaires existent complètement, ce ne sont pas simplement des ombres évoluant autour des héros. Ils ont tous une voix bien déterminée et à ce titre on peut parler de roman choral. C’est d’autant plus vrai que les dialogues sont nombreux. Il y a beaucoup de scènes de groupe où les discussions sont passionnées. Elles se finissent très souvent par l’éclat d’un personnage, par un paroxysme dans son exaltation. Les thématiques abordées, lors de ces rencontres, sont très variées. Mais ce qui en ressort c’est une critique de la société russe. Dostoïevski constate un nihilisme grandissant parmi ses contemporains (c’est ce que reprochait également Lermontov à son héros Petchorine). Lui, le grand croyant, ne peut que déplorer cet abaissement de la spiritualité du peuple russe.

Revenons au coeur du livre, au quatuor amoureux et à celui autour de qui tout ce petit monde tourne : le prince Lev Nicolaevitch Mychkine. Pour Dostoïevski, il est l’image du Christ, un messie épileptique qui va semer le chaos autour de lui. Mychkine est en effet un être pur, humble, naïf, pardonnant à tous. D’où l’impression qu’il peut donner aux autres d’être un idiot alors qu’il s’agit de grandeur d’âme. Celle qui le définit le mieux est Aglaïa : « – Ici, il n’y a personne qui soit digne de ces paroles ! éclatait Aglaïa. Ici, personne, personne ne vaut même votre petit doigt, ni votre intelligence, ni votre cœur ! Vous êtes plus honnête que tous les autres, plus noble, vous êtes meilleur, vous êtes plus gentil, vous êtes plus intelligent ! Ici il y a des gens qui sont indignes de se baisser pour ramasser ce mouchoir que vous venez de faire tomber… Pourquoi vous humiliez-vous donc, pourquoi vous placez-vous plus bas que tous les autres ? Pourquoi avez-vous donc dénaturé ce que vous avez en vous, pourquoi n’avez-vous donc aucune fierté ? »

Face au prince, Rogojine est son double sombre, aussi brun que Mychkine est blond, aussi voyou que le prince est honnête. Les deux hommes se déchirent pour la même femme, la sublime Nastassia Filippovna. C’est l’âme perdue du roman. Rogojine veut la posséder, allant donc jusqu’à l’acheter. Mychkine veut la sauver. Il a de la compassion pour elle, même s’il pense qu’elle est folle et qu’il a peur de son visage. Nastassia aime le prince mais elle refuse de causer sa perte en l’épousant. Son admiration pour lui l’amène à se sacrifier. Au milieu de ce trio se trouve Aglaïa, la fille du général Epantchine. Double de Nastassia, elle est elle-même amoureuse du prince tout en refusant de l’admettre. L’incandescence de leurs sentiments, leurs revirements ne peuvent que les conduire à la tragédie.

L’écriture de Dostoïevski, au rythme épileptique et à l’oralité forte, transcrit magistralement l’exacerbation des sentiments, l’excès si russe des personnages. J’ai été happée par le flux de mots et la puissante incarnation des personnages. Mychkine, à l’instar de Raskolnikov, reste un personnage inoubliable.

Un lecture commune avec ma chère Romanza.

Hiver russe

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15 réflexions sur “L’idiot de Fédor Dostoïevski

      • Merci, le tien est très bien aussi. Finalement nos avis sont très similaires. Nous avons apprécié les mêmes choses et j’ai aussi ressenti des longueurs dans le début du volume 3. Quel régal ce livre !

    • Pour ma part, c’est vraiment le début du volume 3, où il est beaucoup question d’Hippolyte, qui m’a semblé plus long. Je devais être en manque de Nastassia ! Quel beau personnage aussi ! Maintenant il faudra que tu tentes « crime et châtiment ». 😉

    • Je suis contente que nous ayons réussi à te donner envie de lire Dostoïevski. C’est un vrai bonheur que de plonger dans son univers et de se laisser submerger par les excès de ses personnages.

  1. Il faut absolument que je le lise ! Dostoievski fait partie des auteurs que j’aime depuis que j’ai lu crime et châtiment même si je n’ai pas aimé le joueur… J’aime beaucoup l’aspect foisonnant de ses romans

    • Moi aussi j’ai adoré « Crime et châtiment » et jusque là je n’ai jamais été déçue par un roman de Dosto. « L’idiot » est un livre merveilleux, complexe, excessif, dramatique. Un chef-d’œuvre en somme !

  2. Je suis toujours en train de lire ce roman. Je le lis petit bout par petit bout (c’est quand même un sacré pavé!) J’ai visionné il n’y a pas si longtemps que cela l’adaptation noire et blanc avec Gérard Philipe. Elle était remarquable. Si tu te passionne pour le personnage de Dostoïevski je te conseille de lire Trois Maîtres de Stefan Zweig, il lui consacre toute une partie, il y a aussi un super numéro du Magazine littéraire entièrement dédié à cet écrivain. C’est passionnant! J’ai trouvé toute le chapitre sur les problèmes d’epylepsie de l’auteur et son emprisonnement très intéressants, cela m’a permis de mieux comprendre le début du roman. A bientôt!

    • Oui c’est pavé et Dosto ne se lit pas facilement. Je ne connaissais pas l’adaptation avec Gérard Philipe. Je te remercie pour cette info car j’adore cet acteur. Et je vais me pencher également sur Zweig. Je dois lire la biographie de Dosto sortie l’année dernière chez Folio. Je connais en gros sa vie mais je veux en savoir plus.

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