Un héros de notre temps de M.I. Lermontov

« Un héros de notre temps » de Mikhaïl Iourievitch Lermontov (1814-1841) est une oeuvre hétérogène autour du personnage de Grigory Alexandrovitch Petchorine. Lermontov avait fait apparaître son héros pour la première fois dans « La princesse Ligovskaïa » en 1836, récit malheureusement inachevé. Les différentes histoires qui composent ce livre, dressent donc le portrait de Petchorine supposé incarner son époque. Lermontov semble avoir eu peu de respect pour celle-ci car son héros a plus de défauts que de qualités et il le reconnaît sans peine. « Je suis un sot ou bien un scélérat… je ne sais pas. Mais il est certain que je mérite, moi aussi, beaucoup de pitié, peut-être plus qu’elle. L’âme est en moi corrompue par le monde, mon imagination est inquiète, mon coeur est insatiable ; donnez-moi tout, c’est encore trop peu. Je m’habitue aussi bien à la tristesse qu’au plaisir et mon existence devient de jour en jour plus vide. Il me reste une seule ressource : voyager. Dès que possible, je partirai – mais pas en Europe, que Dieu m’en garde ! – j’irai en Amérique, en Arabie, aux Indes. Je finirai bien, peut-être, par mourir quelque part en route ! Au moins suis-je sûr que cette ultime consolation ne s’épuisera pas vite, à la faveur des orages et des mauvais chemins. »

Menant une vie dissolue à St Pétersbourg dans la garde impériale, Petchorine est envoyé dans le Caucase que la Russie souhaite annexer. C’est dans ce cadre majestueux que prennent place les aventures de Petchorine : sa rencontre avec Bella une jeune et belle tcherkesse, sa découverte d’un trafic de contrebande, son séjour dans une ville d’eau et ses soirées de jeu entre officiers. S’en dégage un caractère désabusé, désinvolte dans ses sentiments envers les femmes, joueur même avec sa propre vie. Petchorine est mélancolique, incapable de stabilité et de satisfaction. Rien ne comble le vide qu’il ressent en lui. Petchorine est presque un personnage baudelairien et je ne l’ai pas trouvé si détestable que ça.

Malheureusement, la construction du livre ne met pas assez en valeur son personnage central. Lermontov a choisi dans un premier temps de nous présenter Petchorine par le biais d’un de ses anciens camarades Maxime Maximitch. Au bout de deux histoires, nous passons au journal de Petchorine et donc au je. Je trouve ce changement quelque peu artificiel comme si Lermontov n’avait pas su choisir son dispositif narratif. Cela produit une forte discontinuité dans le livre. Mon second bémol est la brièveté des récits, le personnage de Petchorine n’est pas assez développé sauf dans « La princesse Mary ». Cet excellent chapitre m’a montré ce qu’aurait pu être un roman consacré à Petchorine et je regrette que l’auteur n’ait pas fait ce choix.

Mes réserves peuvent être prises comme des compliments, j’aurais aimé passer plus de temps avec Petchorine en tant que narrateur. Un héros de notre temps particulièrement bien campé, à la psychologie si typiquement 19ème.

Hiver russe

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6 réflexions sur “Un héros de notre temps de M.I. Lermontov

  1. Le résumé me rappelle beaucoup « Les cosaques » donc je vais m’abstenir pour l’instant…

    Sinon, j’ai bien reçu « Cranford », merci beaucoup !

    • Cela ne m’étonne pas puisque les deux romans se passent au même endroit. Dans la préface, il est également question « Des cosaques » ! J’espère que tu vas te régaler avec « Cranford ».

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