Les privilèges de Jonathan Dee

Adam et Cynthia forment un couple que tout le monde envie. Dès le jour de leur mariage à Pittsburgh, le couple forme un îlot inaccessible. Ils vivent entièrement l’un pour l’autre, rien ne semble exister autour d’eux. La famille, les amis importent peu à ces deux êtres prometteurs : « Le bruit grandit dans la salle et, en son centre, Adam et Cynthia se regardent l’un l’autre, tournés de trois quart ainsi que le photographe les a placés en les malmenant quand il lui est devenu difficile d’expliquer ce qu’il voulait. Les bras d’Adam autour de la taille de Cynthia. Quelque chose leur a manqué toute la journée, et c’était ça. Quand ils sont au contact l’un de l’autre, personne d’autre ne peut les toucher. Leur enfance, leurs familles, tout ce qui les a façonnés est maintenant derrière eux et le restera désormais. »

Quelques années après leur mariage, Adam et Cynthia ont déjà bien établi leur situation : ils possèdent un appartement à New York, Adam travaille dans le milieu de la finance et ils ont deux enfants. Mais pour ces deux privilégiés, cela ne semble pas suffire. Leurs désirs sont immenses et la vie pas assez grande pour eux.

Jonathan Dee dresse le portrait d’une classe sociale, celle des ultra-riches, à travers « Les privilèges ». C’est avec un regard d’entomologiste qu’il dissèque la vie de Cynthia et d’Adam. Il ne les juge pas et ne tire aucune morale de ce qu’il décrit. En quatre grands chapitres et à coup d’ellipses, il trace le parcours de ce jeune couple ambitieux qui veut tout de la vie. Adam et Cynthia se construisent un monde, une bulle uniquement pour eux où l’argent coule à flot, où les désirs sont sans limite. Pour en arriver là, Adam jouera avec la légalité. La recherche du frisson est inévitable lorsque l’on a déjà beaucoup. L’argent, le confort peuvent créer l’ennui, le manque de désir. Adam et Cynthia résistent à cela en s’inventant de nouveaux buts. Il n’en va pas de même avec leurs enfants : April et Jonas. La première est l’enfant pourrie gâtée par excellence, elle finit alcoolique, droguée et totalement désœuvrée. Son frère fuit la richesse de ses parents, il cherche un sens à la vie et s’intéresse à l’art brut. Jonas est sans doute le personnage le plus sympathique car il semble comprendre que l’argent n’est pas un but en soi. Malheureusement une mésaventure le fera changer et la dernière phrase du livre est glaçante de cynisme.

« Les privilèges » est un livre remarquablement bien construit et maîtrisé. Le premier chapitre vaut à lui seul le détour. C’est un véritable tour de force qui nous fait passer d’un personnage à l’autre durant le mariage de Adam et Cynthia. « Les privilèges » est un livre intelligent, prenant qui nous montre un des plus beaux visages de la littérature américaine contemporaine.

Jonathan Dee sera présent au Festival America à l’occasion de la sortie son nouveau livre « La fabrique des illusions », son programme est ici.

Logo mois américain

Publicités

15 réflexions sur “Les privilèges de Jonathan Dee

  1. Je l’ai emprunté à la bibliothèque vu que tout le monde en parle en ce moment. J’espère avoir le temps de le lire pour le mois américain. En tout cas, ce que tu écris sur le premier chapitre me met l’eau à la bouche !

  2. Je n’ai pas encore découvert cet auteur. En fait il est affreux ton challenge, il me montre que je n’en connais pas autant que j’aimerais sur les auteurs américains.

  3. @Céline : C’est facile de parler d’un bon livre ! Et il vient de sortir en poche, je dis,je dis rien…

    @Cartonsdemma : Je te le conseille vivement, c’est vraiment un livre intéressant et extrêmement bien écrit.

    @Shelbylee : J’espère que tu vas aimer. Vraiment le premier chapitre est extraordinaire, c’est un tour de force.

    @Adalana : J’allais lu ton billet et j’étais contente de voir que tu avais également aimé. Je vais également acheter son nouveau livre sorti en France, j’espère qu’il est à la hauteur de celui-ci.

    @Keisha : Je vais aller voir Jonathan Dee au festival America et je vais probablement acheter son deuxième livre sorti en France.

    @Valérie : La littérature américaine est vraiment très riche et je découvre également plein de choses avec vos billets. Bon on va encore faire exploser nos PAL avec tout ça !

  4. Je me rends compte que nous avons pensé aux mêmes mots pour décrire le monde dans lequel ils s’enferment ! Malheureusement, je n’ai pas du tout été touchée par ces personnages, sauf peut-être Adam, dont on explore plus les sentiments. Etait-ce voulu ? Je ne sais pas, mais je me sens un peu frustrée quand même 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s