L'hypocrite heureux de Max Beerbohm

« Parmi tous ceux qui s’amusent à la cour du Régent, nul ne posséda, dit-on, la moitié de la malfaisance de Lord George Hell. Je n’ennuierai pas mes petits lecteurs avec un long récit de sa grande vilenie. Mais il serait bon qu’ils sachent qu’il fut cupide, destructeur, et désobéissant. Je crains qu’il ne soit établi qu’il veilla souvent à Carlton House bien après l’heure du coucher afin de s’adonner au jeu, et qu’en général, il buvait et mangeait plus qu’il n’était bon pour lui. Son penchant pour le beau linge était tel qu’il avait l’habitude de se vêtir les jours de semaine aussi magnifiquement que les honnêtes gens le dimanche. Il avait 35 ans et il faisait l’immense chagrin de ses parents. » Nous voilà prévenus : Lord George Hell est un dandy peu fréquentable ! Il est déplaisant, tricheur et cela se voit sur son visage. Les enfants, qui le croisent, ont peur de lui et son nom est associé au croquemitaine dans les nurseries pour calmer les petits. Mais le mécréant est bientôt frappé par le destin. Celui-ci prend les traits de Cupidon et transperce le coeur du dédaigneux Lord George. Il est séduit par une petite danseuse de chez Garble, lieu de rendez-vous des débauchés de la haute société. Sa Seigneurie se jette aux pieds de la jeune femme qui prend peur en voyant son visage. Comment faire disparaître ce vil aspect pour que la danseuse tombe amoureuse ?

« L’hypocrite heureux » fut écrit en 1897 par Max Beerbohm et fut publié dans « The Yellow Book », revue artistique dirigée par Aubrey Beardsley. Oscar Wilde y publia également. Le court roman de Beerbohm est d’ailleurs un clin d’oeil au « Portrait de Dorian Gray ». L’auteur utilise l’idée du visage marqué par les vices du personnage. Celui de Lord George est effrayant car il n’est que méchanceté et défauts. Son nom Hell est significatif comme celui qu’il se choisira par la suite : Heaven. Comme dans le chef-d’oeuvre de Wilde, le bien et le mal s’affrontent. Max Beerbohm fait également appel au surnaturel. Dorian Gray faisait faire son portrait pour cacher sa vraie nature. Lord George porte un masque qui se fond à son visage, le masque de l’amoureux transi.

Mais le sous-titre du livre est essentiel : « Un conte de fées pour hommes fatigués. » Et c’est ce qui différencie l’histoire de Lord George de celle de Dorian Gray. Max Beerbohm a composé un conte moral, nous assistons à la rédemption d’un homme et non à sa perte. L’âme du dandy n’est pas totalement perdue et elle finit par déteindre sur le physique. Les hommes fatigués du sous-titre ont de quoi espérer à nouveau.

« L’hypocrite heureux » a l’élégance du dandy qu’était Max Beerbohm. L’humour, l’espoir insufflés par l’auteur m’ont enchantés. So witty !

 

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3 réflexions sur “L'hypocrite heureux de Max Beerbohm

  1. C’est un auteur qui me tente : quand tu marques « witty », est-ce qu’il a une écriture pleine de phrases brillantes comme Wilde ?

  2. @Maggie : Max Beerbohm faisait partie du même groupe que Wilde et son esprit s’approche de celui de son ami. Ses traits d’esprit sont moins brillants que ceux de Wilde mais ils sont excellents quand même.

    @Lou : J’ai également acheté « Zuleika Dobson » mais je ne l’ai pas encore lu. Je me souviens bien de ton avis. Celui-ci est court et m’a vraiment plu.

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