Ma cousine Phillis de Elizabeth Gaskell

 Le jeune Paul Manning a la joie de devenir réellement indépendant. A 17 ans, il a été embauché par une ligne de chemin de fer qui met en place une voie ferrée entre Etham et Hornby. Loin de ses parents, il découvre les plaisirs de la vie adulte et travaille assidûment avec M. Holdsworth, ingénieur de son état. Les travaux avancent petit à petit durant un an et approchent du petit village de Heathbridge. A la lecture de ce nom, la mère de Paul l’informe que son oncle et sa tante Green habitent le village. Le jeune leur rend donc visite et fait la connaissance de sa cousine Phillis : « Je la revois encore – ma cousine Phillis. Le soleil déclinant l’éclairait directement et déversait un flot de lumière oblique dans la pièce qui s’ouvrait derrière elle. Sa robe, en tissu de coton bleu sombre, lui montait jusqu’au cou et descendait sur ses poignets, avec un petit ruché assorti partout où le vêtement touchait sa peau blanche. Et Dieu sait qu’elle était blanche, cette peau ! Je n’en ai jamais vu de pareille. Sa chevelure était claire, plus proche du jaune que de tout autre couleur. Elle me dévisageait sans ciller, de ses grands yeux paisibles et étonnés, mais que la vue d’un inconnu n’était pas pour inquiéter. »  Une forte affection lie dès cet instant les deux cousins. Paul assistera avec tendresse et inquiétude à l’éveil sentimental de sa cousine Phillis.

Cette longue nouvelle fut publiée en feuilleton dans The Cornhill Magazine de novembre 1863 à février 1864. Elizabeth Gaskell avait tout juste achevé « Les amoureux de Sylvia » (enfin disponible en français aux éditions Fayard) et allait s’atteler en 1865 à l’un de ses chefs-d’œuvre « Femmes et filles ».  A travers « Ma cousine Phillis », Elizabeth Gaskell parle de ce qui lui tient à cœur : la beauté de la campagne anglaise et sa disparition programmée par l’industrialisation galopante. Ce thème est présent dans toutes les grandes œuvres de l’auteur : « Cranford », « Femmes et filles » et « Nord et sud ». Elizabeth Gaskell décrit avec une tendresse nostalgique cette vie rurale. La campagne profonde semble un lieu paisible, protégé. La ligne de chemin de fer, symbole de la modernité, brisera le calme de cette vie.

Elizabeth Gaskell exploite également son talent pour la psychologie de ses personnages. Phillis en est un bel exemple, elle est décrite avec beaucoup de délicatesse. La jeune femme est pleine de fraîcheur, d’authenticité. Elle connaîtra les palpitations de l’amour mais aussi ses souffrances.  » Ma cousine Phillis » n’est pas simplement la chronique d’un premier amour, c’est également celle d’une famille. L’amour des parents de Phillis est immense, ils l’entourent, la choient comme un petit enfant. L’harmonie de la famille séduit Paul qui bénéficiera lui aussi des largesses affectives de son oncle et sa tante.

Les éditions de l’Herne continuent la publication des œuvres de Elizabeth Gaskell qui reste méconnue en France. « Ma cousine Phillis » est une œuvre mineure, néanmoins elle concentre ce qui fait le talent de l’auteur : l’amour de la vie rurale et la finesse psychologique.  La mélancolie due à un monde qui disparaît, la tendresse pour ses personnages font encore une fois merveille. « Ma cousine Phillis » séduira sans peine les amoureux tels que moi de la grande romancière anglaise.

Un grand merci aux éditions de L’Herne et à Caroline pour cet envoi qui m’a enchantée.

 

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8 réflexions sur “Ma cousine Phillis de Elizabeth Gaskell

  1. Je ne suis pas encore une amoureuse de GAskell car je n’ai toujours pas lu Nord &sud mais promis, c’est pour cet été et j’ai bien noté les titres qui viennent de paraître !!!!

  2. C’est étonnant, j’étais persuadée que ce roman parlait d’une vieille fille… Erreur donc, réparée maintenant, ce qui me fait noter ce titre sur mes tablettes.

  3. @Maggie : Je ne devrais plus te parler maintenant que je sais que tu n’as toujours pas fini « Nord et Sud »…Heureusement que tu aimes Hitch, ça compense !!! J’ai vraiment hâte d’avoir ton avis sur Gaskell, je suis sûre que tu vas devenir aussi fan que moi !

    @Keisha : Je sais que tu es une grande admiratrice comme moi de Elizabeth Gaskell. Je suis bien contente de voir fleurir les traductions, il faut qu’elle soit plus connue !

    @Céline : Pas de vieille fille à l’horizon dans ce livre ou peut-être que Phillis finira comme ça après son désespérant premier amour !(oui je suis d’un naturel optimiste !!)

    @Karine:) : Bien entendu ce n’est pas un chef-d’oeuvre comme « Nord et Sud » ou « Femme et fille ». Mais ça reste un petit livre délicieux et toujours dans cette belle campagne anglaise que Gaskell aimait tant.

  4. Moi aussi je pense l’aimer et j’avais aimé les descriptions du début… Comme je veux que tu continues à me parler :-), je vais emporter Gaskell dans mes bagages !!!! :_)

  5. Mon avis est très proche du tien. Ce texte n’est peut-être pas son meilleur, ni le plus impressionnant d’un point de vue romanesque, mais j’ai apprécié son style et son élégance 🙂

  6. @Maggie : Oui emporte « Nord et Sud » dans tes bagages, c’est une saine lecture pour les vacances !!!

    @Emjy : Oui c’est vraiment un texte mineur de E. Gaskell mais j’ai toujours grand plaisir à lire sa prose et ses personnages sont toujours si attachants.

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