Les 39 marches d’Alfred Hitchcock

Comme je le signalais dans mon billet sur le livre, l’intrigue des « 39 marches » était faite pour Alfred Hitchcock : un jeune homme accusé à tort et un McGuffin portant sur la sécurité de l’Angleterre. Comme dans le livre, ce qui importe ici c’est la fuite, la cavalcade en Écosse de Richard Hannay (Robert Donat). L’esprit de John Buchan est bien présent même si Hitchcock modifie quelque peu l’histoire et rajoute des scènes. Le réalisateur explique dans le livre d’entretiens avec François Truffaut ce qui lui plaisait chez John Buchan : « Understatement c’est la présentation sur un ton léger d’évènements très dramatiques. » C’est un ton très britannique, Richard Hannay manque de se faire tuer à chaque instant mais il prend tout avec légèreté et détachement. Dans le livre de Buchan, sa fuite en Écosse était vraiment l’occasion de tuer l’ennui, de se divertir. Le danger le réjouit.

Différents aspects des « 39 marches » en font un classique du cinéma d’Hitchcock. Le dispositif du film est l’un des préférés du réalisateur : un homme innocent est poursuivi pour un crime qu’il n’a pas commis et seul le spectateur le sait, personne ne croit à son histoire. Hitchcock nous met dans une position très stressante, nous nous inquiétons pour Richard Hannay tout le long du film. Dans les « 39 marches », le ton reste néanmoins léger comme je le disais plus haut : Richard Hannay se déguise, échappe de manière rocambolesque à ses ennemis. Le rythme du film est le même que dans le livre, les aventures s’enchaînent très rapidement et sans transition. Le thème de l’homme innocent accusé à tort sera beaucoup plus dramatique dans « La loi du silence » ou « Le faux coupable ».

Alfred Hitchcock créé une ambiance paranoïaque. Richard Hannay ne connaît pas ses ennemis et finit par suspecter tout le monde. Lorsqu’il fuit Londres, Richard semble observer par les hommes de son compartiment (la caméra nous met à sa place, nous regardons au-dessus de son journal ce qui nous rend également paranos !). Dans la gare, les policiers semblent également à sa recherche. La meilleure scène est celle de la ferme. Richard y trouve refuge et il est reçu par un couple : une jeune femme et son mari, bourru et veule. La femme reconnaît Hannay à cause de l’avis de recherche dans le journal. Elle lui lance un regard sévère, lui la supplie des yeux. Le mari surprend leurs échanges et s’imagine qu’ils sont amants. Il espionne, surveille et renforce l’atmosphère paranoïaque où chacun soupçonne son voisin.

La grosse différence avec le roman c’est le personnage féminin (Madeleine Carroll) que croise Richard à plusieurs reprises. Là encore le couple est assez hitchcockien (voire hollywoodien) puisque les deux personnages sont comme chien et chat puis s’apprécient petit à petit. Le réalisateur réutilise souvent ce type de couple comme dans « La main au collet », « Les oiseaux » ou « Les enchaînés ». Les rapprochements improbables séduisent toujours beaucoup les spectateurs et apportent un petit plus glamour au suspens pur.

Le final des « 39 marches » est lui aussi très représentatif des films de Hitchcock. Le film s’ouvre et se ferme au music-hall avec Mister Memory qui a une mémoire phénoménal comme vous l’aurez deviné sans peine. Le fin mot de l’histoire est révélé sur scène comme dans « L’homme qui en savait trop » (1934) et « Jeune et innocent » (1937). Un beau final bien théâtral !

« Les 39 marches » est pour moi un film emblématique du cinéma de Alfred Hitchcock. Il allie le suspens, l’humour, le sens du cadrage et une pointe de glamour. C’est un film enjoué et rocambolesque qui vous fera assurément passer une excellente soirée. Et après avoir lu le livre et vu le film, courez au théâtre voir la formidable adaptation de Éric Métayer,  elle vaut véritablement le détour et vous fera hurler de rire.

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9 réflexions sur “Les 39 marches d’Alfred Hitchcock

  1. Je ne peux pas aller voir la pièce, je lirai le livre ( merci de me dire qu’il est tout petit :-)) et verrai surement le film. J’ai prévu demain une sortie obligatoire à ma médiathèque qui en stocke quelques-uns de Hitchcock…

  2. Le film est magnifique et je plussoie pour la pièce que j’ai eu la chance de voir. J’ai tellement ri que j’ai raté quelques répliques !Une performance étonnante et un tès bel hommage au film.

  3. @Maggie : C’est dommage pour la pièce mais l’essentiel c’est de voir le film !! Tu me diras ce que tu as trouvé à ta médiathèque, peut-être pourrions-nous visionner un film en commun ?

    @Somaja : Entièrement d’accord avec toi : le film est très réussie et la pièce est géniale. C’est une adaptation réussie en restant du théâtre et c’est incroyable d’arriver à un si bon résultat. Et vraiment on rit pendant tout le spectacle.

  4. Comme par hasard la médiathèque était fermée, samedi matin !!!!! Elle est aussi fermée le lundi, donc demain, j’irai faire un tour… Peut-être parce qu’elle ferme entre midi et deux…. le moment, où je suis libre évidemment 😦
    Mais dès que j’aurai mis la main sur un hitchcock, je te fais signe, car je ferai avec plaisir un film commun !

  5. Je suis d’accord pour le visionnage de La corde ! En fait, j’avais aussi pris « qui a tué Harry » et avec ce que tu m’en dis, je ne vais pas trainer à les voir !!!!

  6. super ! J’ai fini La corde parfaitement angoissant… Donc ce w-e ça sera rire avec Harry ! Je t’écris pour els dates et billets…

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