La dame en noir de Susan Hill

La veille de Noël, au coin du feu, la famille d’Arthur Kipps tente de se faire peur en se racontant des histoires de fantômes. Quand vient le tour d’Arthur, il se crispe et quitte brutalement la pièce. Et ce n’est pas faute de connaître une histoire à raconter :  » Ils m’avaient reproché d’être un rabat-joie pour m’inciter à raconter l’histoire de fantômes que je devais forcément connaître, comme tout un chacun. Et ils avaient raison : je connaissais une histoire, une histoire véridique, mêlant l’obsession et le mal, la peur et l’incompréhension, l’horreur et la tragédie. Mais en aucun cas il ne s’agissait d’un récit à narrer pour le simple plaisir de se divertir au coin du feu le soir du réveillon. » C’est cette histoire qu’Arthur décide de coucher sur le papier afin de l’exorciser.

Jeune notaire, il fut envoyé à Crythin Gifford pour régler la succession de Mrs Drablow. Arthur a pour mission de trier tous les papiers laissés par la défunte dans son manoir du Marais. Après un long voyage, Arthur découvre la typographie du lieu : le manoir se trouve sur une presqu’île extrêmement isolée du reste du village. L’endroit est sinistre. Pire, lors de l’enterrement de Mrs Drablow, Arthur voit une dame en noir au visage inquiétant et ravagé. Qui est cette dame en noir ?

Susan Hill a écrit un roman gothique classique, hommage à ceux de W. Wilkie Collins ou Mary Elizabeth Braddon. Elle sait créer une atmosphère propice à l’angoisse. Le manoir de Mrs Drablow est bordé de marais, coupé du monde dès que la mer monte. La brume marine envahit très subitement les lieux : « En me retournant, je fus surpris de constater que le manoir avait disparu, effacé non par les ombres du crépuscule mais par un épais brouillard marin qui déferlait sur les marais et enveloppait tout : moi, la maison dans mon dos, l’extrémité de la chaussée et la campagne à l’horizon. »  Le lieu est particulièrement propice à l’apparition de fantômes, de cris inquiétants au milieu des sables mouvants.

La fin de l’histoire d’Arthur Kipps n’est pas vraiment renversante, on devine assez vite comment cela va s’achever. Malgré cela, Susan Hill arrive à tenir son lecteur en haleine. L’inquiétude monte au fil des pages avec des pics de tension comme par exemple lorsque Arthur pénètre dans la nursery pour la première fois. Il est évident que le héros n’est pas un froussard, à sa place je ne serais jamais rentrée dans cette pièce et serais restée sous les couvertures ! Il faut également souligner la sobriété de Susan Hill qui n’en rajoute pas dans les effets effrayants. La suggestion est de mise et je lui en sais gré. D’ailleurs le roman est assez court et s’achève sur la révélation du drame vécu par Arthur. Pas besoin d’en rajouter, le lecteur reste sur l’effroi de l’évènement.

Rien de révolutionnaire dans ce roman à l’ambiance gothico-victorienne mais il ne faut pas bouder son plaisir. « La dame en noir » est un divertissement agréable dont l’intrigue est bien menée et où l’angoisse est véritablement palpable.

PS : Depuis ma lecture, j’ai eu l’occasion de voir l’adaptation de James Watkins en compagnie de Lou. L’intrigue a été très largement modifiée et j’ai trouvé ça un peu dommage car elle était bien menée dans le livre. Daniel Radcliffe  (qui s’en sort bien d’ailleurs) incarne Arthur Kipps et il est en mode dépressif tout le long du film. Il faut dire que le sort s’est acharné sur lui dès le commencement contrairement au livre qui le laisse un peu respirer. Le destin du jeune homme est entièrement tragique dans l’adaptation, aucune lueur de joie n’apparaît (sauf à la toute fin mais c’est assez déprimant également !). C’est donc un film très sombre, très noir à l’image du fantôme qui hante le manoir du Marais. La reconstitution est très réussie, les décors sont absolument splendides. Il faut dire que ce film est l’occasion de retrouver la Hammer qui avait totalement sombré dans l’oubli. Cette maison de production était spécialisée dans les films d’épouvante, notamment la série des Dracula avec Christopher Lee. La Hammer n’a pas perdu la main et sait toujours créer des atmosphères angoissantes et gothiques à souhaits. On sursaute sur son fauteuil à chaque apparition de la dame en noir, le contrat d’effroi est donc parfaitement rempli.

Dans l’ensemble, c’est plutôt un film réussi. (Par charité chrétienne, je ne m’étendrais pas sur la scène où un cadavre est sorti des marais presque intact après y avoir séjourné une cinquantaine d’années…) L’ambiance est inquiétante, les décors magnifiques, les acteurs justes. J’aurais sans doute plus apprécié ce film si je n’avais pas lu le livre car l’histoire a été trop modifiée à mon goût. Un petit divertissement bien sympathique qui vous fera passer un bon moment de frayeur !

                                               

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10 réflexions sur “La dame en noir de Susan Hill

  1. J’avais laissé ce roman de côté, mais tu me donnes bigrement envie de mettre mon nez dedans : « roman gothique », « sobriété », « hommage à Wilkie Collins »… une bonne lecture pour cet été !

  2. @Eliza : C’est exactement ça : une bonne lecture pour l’été ! Le livre se lit tout seul, l’ambiance est bien réussie, rien d’extraordinaire mais c’est très agréable.

    @Choupynette : Je suis d’accord avec toi, ce n’est pas le livre du siècle mais c’est une lecture agréable et sympathique.

  3. Ahhhh ! Le film et le livre, je dois les voir ! Je ne vais pas bouder mon plaisir au contraire !!! je suis convaincue que ça va me plaire !

  4. Quelle horreur cette affiche avec le visage derrière… j’ai passé un très bon moment en ta compagnie, même si j’étais plus tendue que toi 🙂

  5. @Maggie : Tu as bien raison, je suis sûre aussi que tu vas passer un bon moment.

    @Lou : C’est la couverture du livre français ! Oui c’est une horreur je suis bien d’accord. J’ai moins sursauté que toi mais j’ai quand même passé un bon moment avec ce lugubre manoir !

  6. On m’a en effet dit que le film était bien différent. Je le verrai en DVD parce que bon, encore une fois, pas question que je le regarde doublé.

    • @Karine:) : Le film est vraiment dans l’ambiance de la Hammer : esthétique soignée et très gothique, bonds dans ton siège. Mais l’histoire est vraiment éloignée et je trouve le roman beaucoup plus subtile.

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